3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Découvrez le protecteur qui agit dans l'urgence sans votre consentement.
Tu passes ta journée à jongler entre les urgences. Un client mécontent au téléphone, un mail de ton chef qui demande des comptes, un proche qui a besoin de toi tout de suite. Et à chaque fois, tu réponds présent. Tu éteins l’incendie, tu calmes le jeu, tu reprends le contrôle.
Sauf qu’une fois la crise passée, tu te retrouves vidé, irritable, parfois honteux de t’être emporté ou d’avoir cédé. Tu te demandes : pourquoi est-ce que je réagis toujours comme ça ? Pourquoi je n’arrive pas à rester calme, à prendre du recul ?
Je te propose un arrêt sur image. Et si cette réaction immédiate, cette espèce de pompier qui surgit en toi dans l’urgence, n’était pas un défaut, mais une partie de toi qui essaie de te protéger ? Une partie qui a ses raisons, sa logique, et qui mérite d’être comprise plutôt que combattue.
Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes. Depuis plus de dix ans, j’accompagne des adultes qui, comme toi, vivent avec ce pompier intérieur. Ils viennent pour des crises d’angoisse, des colères incontrôlables, des épuisements professionnels. Et ce qu’on découvre ensemble, c’est que derrière chaque crise, il y a un protecteur qui agit sans leur consentement. Un pompier qui croit bien faire, mais qui, à force, les épuise.
Aujourd’hui, on va parler de ce pompier. De qui il est, comment il fonctionne, et surtout, comment reprendre le volant de ta vie sans le licencier.
Imagine-toi dans une situation sous pression. Tu es au volant, coincé dans un embouteillage alors que tu es déjà en retard pour une réunion importante. Ton cœur s’accélère, tes mâchoires se serrent, tu sens une boule au ventre. Puis, un conducteur te fait une queue de poisson. Et là, boum. Tu exploses. Tu klaxonnes, tu l’insultes à voix haute (ou dans ta tête), tu te sens en feu.
Ce n’est pas toi qui décides de cette réaction. C’est une partie de toi qui prend le contrôle. Dans la thérapie des Systèmes Familiaux Intérieurs (IFS), on appelle ça un protecteur. Le pompier est l’un d’eux. Il est spécialisé dans la gestion des urgences.
Son job, c’est d’éteindre les incendies émotionnels le plus vite possible. Il n’a pas de temps pour la réflexion, la nuance ou les bonnes manières. Il veut une solution immédiate : fuir, attaquer, se paralyser, se distraire, consommer. Il ne te demande pas ton avis. Il agit.
« Le pompier intérieur ne cherche pas à te faire du mal. Il cherche à te sortir d’un danger qu’il perçoit comme vital. Le problème, c’est qu’il utilise souvent un lance-flammes pour éteindre une allumette. »
Prenons un exemple concret. Je reçois Laura, 42 ans, cadre dans une collectivité. Elle vient me voir parce qu’elle fait des crises d’angoisse à répétition, surtout avant les réunions d’équipe. Elle me dit : « Je ne comprends pas. Je sais que je suis compétente, mais dès qu’on me regarde, j’ai l’impression de me noyer. Mon cœur s’emballe, je transpire, j’ai envie de partir en courant. »
Son pompier, c’est la fuite. Dès que Laura sent un regard évaluateur (même bienveillant), son pompier interprète ça comme un danger. Il déclenche une alerte maximale. Laura n’a pas le temps de se dire « c’est juste une réunion ». Son corps réagit déjà.
Ce pompier n’est pas un ennemi. Il est né à un moment de sa vie où fuir était la meilleure solution. Peut-être à l’école, quand un professeur l’humiliait. Peut-être dans son enfance, quand se faire petite la protégeait d’une colère parentale. Le pompier a mémorisé cette stratégie et la ressort à chaque situation qui ressemble, de près ou de loin, à ce danger originel.
C’est la clé pour comprendre pourquoi tu te sens parfois dépossédé de toi-même. Le pompier n’est pas une partie rationnelle. Il est régi par une logique archaïque : survie immédiate.
Dans ton cerveau, il y a un système d’alarme qui s’appelle l’amygdale. C’est elle qui détecte les menaces. Quand elle perçoit un danger, elle envoie un signal à ton corps en moins d’un dixième de seconde. Le pompier, lui, est connecté à cette alarme. Il n’attend pas que ton cortex préfrontal (la partie réfléchie) analyse la situation. Il agit.
C’est utile si tu croises un ours dans les bois. Mais dans ta vie quotidienne, cette réaction est souvent inadaptée. Le pompier ne fait pas la différence entre un danger réel (un incendie) et un danger perçu (un regard critique). Pour lui, tout est feu.
Prenons un autre exemple. Marc, 35 ans, joueur de football amateur. Il vient me voir parce qu’il pète les plombs sur le terrain. Dès qu’un adversaire le tacl un peu fort, il répond, il s’énerve, il prend des cartons. Il me dit : « Je sais que je devrais me calmer, mais c’est plus fort que moi. »
Son pompier, c’est l’attaque. Marc a grandi dans une fratrie où il devait se battre pour être écouté. Son pompier a appris que pour se protéger, il fallait montrer les dents en premier. Sur le terrain, quand il se sent agressé (même sportivement), son pompier prend les commandes. Marc n’a pas le temps de réfléchir. Il est déjà dans l’action.
Le pompier ignore ton consentement parce qu’il croit que tu n’es pas capable de gérer la situation toi-même. Il te considère comme un enfant en danger qu’il faut sauver. Et pour lui, la fin justifie les moyens. Il peut te faire dire des choses que tu regrettes, te faire consommer de l’alcool ou de la nourriture pour te calmer, te faire fuir une opportunité professionnelle. Tout ça, parce qu’il croit sincèrement te protéger.
« Le pompier ne te demande pas la permission. Il est convaincu que sans lui, tu vas t’effondrer. Et c’est cette conviction qui le rend si puissant et si épuisant. »
Le pompier n’a pas une seule forme. Il peut prendre plusieurs déguisements, selon ce qui a fonctionné pour toi dans le passé. En voici trois fréquents.
C’est celui de Marc. Il utilise la colère, la critique, l’agressivité. Il pense que la meilleure défense, c’est l’attaque. Si tu as ce pompier, tu peux te reconnaître dans des comportements comme : hausser le ton rapidement, couper la parole, avoir des jugements acerbes, ou même avoir des gestes brusques.
Ce pompier est souvent épuisant pour tes proches. Mais lui, il croit que sans cette colère, tu serais écrasé. Il te protège de la vulnérabilité. Car derrière la colère, il y a souvent une peur ou une tristesse que le pompier ne veut pas que tu ressentes.
C’est celui de Laura. Il utilise l’évitement, la procrastination, la dissociation. Si tu as ce pompier, tu peux : reporter des décisions, annuler des rendez-vous à la dernière minute, te perdre dans ton téléphone ou dans des séries, ou même avoir des sensations de flottement (comme si tu n’étais plus vraiment là).
Ce pompier te protège de l’angoisse. Il te sort de la pièce avant que tu ne sois envahi. Mais à force, il t’isole. Il te prive d’expériences qui pourraient pourtant te faire du bien.
C’est un pompier plus discret mais tout aussi puissant. Il utilise la planification excessive, le perfectionnisme, l’autocritique. Si tu as ce pompier, tu passes des heures à tout prévoir, à vérifier, à te reprocher la moindre erreur. Tu crois que si tu maîtrises tout, rien de grave ne peut arriver.
Ce pompier est souvent valorisé socialement. On te dit que tu es consciencieux, rigoureux. Mais à l’intérieur, c’est une prison. Tu n’as jamais de répit. Le pompier contrôle est un éternel insatisfait. Pour lui, la moindre faille est un danger mortel.
Bien sûr, tu peux avoir plusieurs pompiers qui s’activent selon les contextes. L’important, c’est de commencer à les reconnaître. Pas pour les juger, mais pour les observer.
Le pompier a une double face. D’un côté, il te sauve la mise. Sans lui, tu serais submergé par des émotions que tu ne sais pas gérer. De l’autre, il te coûte cher. Très cher.
Prenons l’exemple de Sophie, 48 ans, mère de deux adolescents. Elle vient me voir pour des crises de boulimie. Le soir, après une journée épuisante, elle se jette sur le frigo. Elle mange sans faim, jusqu’à avoir mal au ventre, puis se sent coupable. Elle me dit : « Je sais que ce n’est pas bon pour moi. Mais sur le moment, c’est plus fort que tout. »
Son pompier, c’est la consommation alimentaire. Il utilise la nourriture pour anesthésier une émotion que Sophie ne veut pas ressentir. Le plus souvent, c’est de la colère ou de la tristesse liée à sa charge mentale. Le pompier intervient : « Vite, mange quelque chose, ça va passer. »
Sur le moment, ça marche. Sophie se sent mieux pendant quelques minutes. Mais ensuite, la honte et la culpabilité s’installent. Et le cycle recommence. Le pompier la piège en lui donnant une solution à court terme qui aggrave le problème à long terme.
C’est pareil pour le pompier qui fuit. Tu annules une réunion stressante. Soulagement immédiat. Mais tu passes la soirée à ruminer, à te sentir nulle. Et la prochaine fois, la peur sera encore plus forte.
Le pompier n’est pas mal intentionné. Il est juste myope. Il ne voit que l’instant présent. Il ne peut pas anticiper les conséquences. C’est pour ça qu’il a besoin d’être accompagné, pas combattu.
« Le pompier n’est pas un problème à résoudre. C’est un allié à comprendre. Quand tu comprends pourquoi il agit, tu peux commencer à négocier avec lui. »
Tu ne vas pas te débarrasser de ton pompier. Et ce n’est pas le but. Le but, c’est de devenir le conducteur de ta vie, avec lui comme passager. Pour ça, il faut apprendre à le connaître et à le rassurer.
Voici une pratique simple, que tu peux essayer dès aujourd’hui. Elle vient de l’IFS.
La prochaine fois que tu sens une réaction automatique (colère, fuite, contrôle excessif), arrête-toi une seconde. Ne juge pas. Observe.
Demande-toi : « Quelle partie de moi est aux commandes en ce moment ? » Tu peux même lui donner un nom, un visage, une couleur. Pour Laura, son pompier avait la forme d’un petit robot stressé. Pour Marc, c’était un soldat casqué.
Une fois que tu as repéré ton pompier, essaye de dialoguer avec lui (dans ta tête, ou par écrit). Ces questions sont une porte d’entrée :
Quand ton pompier accepte de reculer (même un tout petit peu), tu retrouves un espace de choix. Tu n’es plus en pilotage automatique. Tu peux décider : est-ce que je réponds calmement ? Est-ce que je prends un temps pour moi ? Est-ce que je dis non ?
Ce n’est pas facile au début. Le pompier va résister. Il va te dire : « Mais tu vas tout faire foirer sans moi ! » C’est normal. Il a besoin d’être rassuré, pas d’être ignoré.
La beauté de ce travail, c’est qu’avec le temps, ton pompier peut changer de rôle. Il peut passer de pompier urgentiste à agent de sécurité calme et prévenant.
C’est ce qui est arrivé à Julien, 52 ans, coureur de fond amateur. Il venait me voir pour une blessure à répétition. Il s’entraînait trop, forçait malgré la douleur. Son pompier, c’était la performance à tout prix. Il lui disait : « Si tu t’arrêtes, tu es faible. Continue, coûte que coûte. »
On a travaillé ensemble pour comprendre ce pompier. Julien a découvert qu’il s’était construit à l’adolescence, quand son père lui répétait qu’il n’était pas assez bon. Le pompier s’était mis en mode « prouve-leur qu’ils ont tort ». Mais à 52 ans, ce n’était plus adapté. Il épuisait Julien.
Petit à petit, Julien a appris à dire à son pompier : « Je te remercie de m’avoir poussé toutes ces années. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de ralentir pour durer. Tu peux m’aider à trouver le bon rythme ? »
Le pompier a accepté. Il est devenu un allié. Julien court toujours, mais avec plus de plaisir et moins de blessures. Il a même amélioré ses temps, parce qu’il écoute mieux son corps.
Ce chemin est possible pour toi aussi. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre. Il s’agit de retrouver la partie de toi qui sait ce qui est bon pour toi, sans être dictée par l’urgence.
Tu n’as pas besoin d’attendre une crise pour commencer. Voici trois actions concrètes, à faire dès aujourd’hui.
Pendant une semaine, note chaque fois que tu sens une réaction automatique. Pas besoin d’écrire des pages. Juste : la situation, la réaction (colère, fuite, contrôle), et ce que tu ressens après. Ce simple geste d’observation crée un espace entre toi et ton pompier.
Avant de répondre à un mail stressant, de réagir à une provocation, ou de te jeter sur le frigo, prends 30 secondes. Pose ta main sur ton ventre ou ta poitrine. Respire lentement. Dis à ton pompier : « Je te vois. Je sais que tu veux m’aider. On va y aller doucement. »
C’est ridiculement simple. Et ça marche. Parce que ça montre à ton pompier que tu es là, que tu ne l’ignores pas.
Souvent, la réaction du pompier cache un besoin non satisfait. Besoin de repos, de reconnaissance, de sécurité, de connexion. Quand tu identifies le besoin, tu peux y répondre de manière plus douce.
Par exemple, si ton pompier te pousse à manger, peut-être
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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