3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le rôle des protecteurs dans la thérapie IFS expliqué simplement.
Tu es là, à lire ces lignes, et quelque chose en toi s’active. Peut-être une petite voix qui dit : « Tu perds ton temps, ça ne marchera pas ». Ou une sensation dans le ventre, un poids. Peut-être même une envie soudaine de fermer cette page et de faire autre chose. Rassure-toi, c’est normal. Cette partie de toi qui veut te protéger fait exactement son boulot. Mais parfois, ce boulot, il nous sabote.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Un homme me raconte qu’il aimerait enfin se mettre à courir, mais chaque matin, son réveil sonne et il reste au lit, une fatigue immense le cloue. Il se traite de « fainéant ». Une femme me dit qu’elle voudrait être plus proche de son conjoint, mais dès qu’il s’approche, elle se ferme, le critique, trouve une raison de s’éloigner. Elle se traite de « froide ». Et toi, peut-être que tu te traites de « pas assez », de « trop sensible », de « nul ».
Et si ce n’était pas toi ? Et si c’était une partie de toi, un protecteur, qui agissait pour ton bien, avec une logique que tu ne vois pas encore ? C’est ce que l’IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) appelle les « protecteurs ». Aujourd’hui, je vais t’expliquer comment ces parties fonctionnent, pourquoi elles sabotent ce que tu veux vraiment, et comment la thérapie IFS permet de les comprendre sans les combattre.
L’IFS part d’une idée simple, mais révolutionnaire : ton esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de différentes « parties », comme une famille intérieure. Chacune a ses propres émotions, croyances, et un rôle spécifique. Tu as une partie qui te pousse à réussir, une autre qui te fait douter, une qui veut que tu te reposes, une qui s’inquiète pour tout. Ce ne sont pas des pathologies. Ce sont des sous-personnalités qui ont émergé pour t’aider à survivre, surtout après un événement difficile.
Prenons un exemple concret. Marine, 34 ans, vient me voir pour des crises d’angoisse. Elle est cadre dans une entreprise, performante, mais depuis un burn-out il y a deux ans, elle a peur de tout : parler en réunion, prendre des décisions, même répondre au téléphone. Elle se dit : « Je suis devenue une loque ». En séance, on explore. Je lui demande de fermer les yeux et de se connecter à cette peur. Une image émerge : une petite fille de 7 ans, recroquevillée dans un coin, la tête entre les genoux. C’est une partie d’elle.
Cette partie n’est pas « la peur ». C’est une partie qui a été créée à 7 ans, quand Marine a vécu un événement traumatique (une humiliation publique à l’école). À ce moment-là, cette partie a pris le relais pour la protéger : elle s’est figée, a arrêté de parler, a fait le vide. Et aujourd’hui, à 34 ans, elle continue de faire la même chose dès que Marine est exposée à un regard extérieur. La partie ne sait pas que le danger est passé. Pour elle, le temps s’est arrêté.
En IFS, on appelle cela une partie exilée. C’est une partie jeune, blessée, qui porte des émotions brutes : honte, peur, tristesse, solitude. Elle est exilée, cachée, parce que ses émotions sont trop intenses pour être vécues au quotidien. Et autour d’elle, des protecteurs se mettent en place pour qu’elle ne ressurgisse jamais.
Marine n’est pas « une loque ». Elle a une partie exilée qui est terrorisée, et des parties protectrices (la peur, l’évitement, l’autocritique) qui tentent de gérer cette terreur. Le problème ? Ces protecteurs sont devenus si envahissants qu’ils la paralysent.
Un point clé à retenir : Une partie protectrice n’est jamais le problème en soi. Elle est la solution que ton système a trouvée, à un moment donné, pour survivre. Le problème, c’est qu’elle continue d’appliquer une solution d’urgence dans un contexte où tu n’es plus en danger.
Tu as peut-être déjà fait l’expérience de te fixer un objectif – arrêter de fumer, être plus patient avec tes enfants, te mettre au sport – et de sentir une résistance intérieure, presque physique. Une force invisible qui te tire en arrière. Tu te dis : « Je manque de volonté ». Mais ce n’est pas de la volonté. C’est un protecteur qui ne veut pas que tu changes.
Pourquoi ? Parce que, pour lui, changer est dangereux. Voici le mécanisme.
Imagine qu’après un trauma (un deuil, une agression, une relation toxique, un échec professionnel), une partie exilée se soit formée. Elle porte une croyance douloureuse : « Je ne suis pas en sécurité », « Je ne mérite pas d’être aimé », « Si je montre mes émotions, je serai rejeté ». Les protecteurs, eux, ont un job : empêcher que cette croyance ne se réalise à nouveau. Ils développent des stratégies.
Par exemple, un protecteur contrôleur va tout planifier, tout anticiper, pour que tu ne sois jamais pris au dépourvu. Un protecteur critique va te rabaisser avant que les autres ne le fassent, pour que tu sois immunisé. Un protecteur évitant va te pousser à fuir les situations qui pourraient réveiller la douleur : les relations, les promotions, les défis.
Et quand tu décides de changer, le protecteur sonne l’alarme : « Attention ! Il veut se mettre au sport. Si ça échoue, il va se sentir nul, et la honte va réveiller la partie exilée. On ne peut pas prendre ce risque. Mieux vaut qu’il reste au lit, qu’il pense qu’il est fainéant, plutôt que de risquer la douleur réelle. »
Le protecteur ne te sabote pas par méchanceté. Il te sabote parce qu’il croit sincèrement que c’est la seule façon de te protéger. Il n’a pas accès à la réalité d’aujourd’hui. Il fonctionne avec des données obsolètes, datant du trauma.
Je pense à Julien, 42 ans, footballeur amateur de bon niveau. Il vient me voir parce qu’il « craque » en match : il s’énerve contre ses coéquipiers, commet des fautes stupides, se fait exclure. Il se traite de « caractériel ». En explorant, on découvre une partie protectrice hyper-vigilante. À 12 ans, Julien a été humilié par son entraîneur devant tout le club. Depuis, une partie de lui est convaincue que « si je ne domine pas la situation, je serai détruit ». En match, dès qu’il sent une perte de contrôle (un mauvais ballon, une décision de l’arbitre), ce protecteur prend les commandes et attaque. Il ne sabote pas son match. Il le protège de la honte de l’enfant de 12 ans. Mais le résultat, c’est qu’il se sabote lui-même.
Ce que l’IFS permet de faire, ce n’est pas de combattre ce protecteur. C’est de le comprendre, de le remercier, et de lui montrer qu’aujourd’hui, tu as d’autres ressources.
La force de l’IFS, c’est qu’elle ne considère aucune partie comme « mauvaise ». Il n’y a pas de partie à éliminer, à dominer, à guérir de force. Il y a des parties à connaître et à délester de leur rôle.
Le processus est simple en apparence, mais profond en pratique. Il repose sur ce qu’on appelle le Self, ou le « Soi ». Le Self n’est pas une partie. C’est ton essence : calme, curieuse, confiante, compatissante, courageuse, créative, connectée. Tout le monde a un Self. Il est juste souvent recouvert par le bruit des parties.
En séance, on va inviter une partie protectrice à prendre un peu de distance. On ne lui demande pas de partir. On lui demande : « Peux-tu t’asseoir à côté de moi ? Je voudrais te connaître. » C’est tout.
Prenons l’exemple de cette voix critique qui te dit : « Tu es nul, tu n’y arriveras jamais ». D’habitude, tu la combats : tu argumentes, tu te justifies, tu te forces à penser positif. Ça ne marche pas, parce que tu entres en guerre avec une partie de toi. En IFS, on fait l’inverse. On se tourne vers elle avec curiosité.
« Bonjour, partie critique. Je te sens là. Merci d’être venue. Est-ce que tu peux me dire pourquoi tu es si dure avec moi ? »
Et souvent, la réponse est bouleversante. La partie critique va dire : « Parce que si tu te relâches, tu vas souffrir. Je te critique pour que tu te dépasses, pour que tu sois parfait, pour que personne ne te rejette. Je suis épuisée, mais je ne sais pas faire autrement. »
À ce moment-là, quelque chose change. Tu n’es plus en lutte contre toi-même. Tu deviens un observateur compatissant. Tu vois la partie non plus comme un ennemi, mais comme un gardien fatigué, qui tient une épée depuis des années.
Ensuite, on demande à cette partie protectrice si elle serait d’accord de nous laisser approcher la partie exilée qu’elle protège. Parfois, elle accepte tout de suite. Parfois, elle a peur. On ne force jamais. On respecte son timing. Et quand elle est prête, on va rencontrer cette petite partie blessée. On l’écoute. On lui dit : « Je te vois. Tu n’es plus seule. Je suis là maintenant. » On lui apporte ce dont elle a été privée : la présence, la sécurité, la validation.
Et là, quelque chose de magique se produit. La partie exilée se libère de sa charge émotionnelle. Elle n’a plus besoin d’être protégée. Et le protecteur, voyant que le danger n’est plus là, peut lâcher son rôle. Il peut se transformer. Ce critique devient un allié. Ce contrôleur devient un guide. Cet évitant devient un sage qui t’apprend le bon rythme.
Un moment fort : Un jour, une patiente m’a dit, après avoir dialogué avec sa partie critique : « Je viens de comprendre que cette voix ne me déteste pas. Elle m’aime tellement qu’elle est prête à me faire mal pour m’éviter une douleur pire. C’est la première fois que je ne la hais pas. » C’est ça, l’IFS. Passer de la haine de soi à la compassion pour soi.
L’IFS est une approche puissante, mais il y a des pièges. Je vais être honnête avec toi.
Premier piège : croire que « c’est juste mon subconscient » et que ça va se régler tout seul. Non. L’IFS demande un engagement. Dialoguer avec ses parties, c’est un apprentissage. On peut le faire seul (il existe des méditations guidées, des journaux IFS), mais souvent, un thérapeute est utile pour ne pas se perdre, pour ne pas réactiver un trauma sans filet.
Deuxième piège : vouloir se débarrasser d’une partie. Si tu abordes l’IFS en disant : « Je veux que cette partie de moi disparaisse », tu vas te heurter à un mur. Les parties ne disparaissent pas. Elles se transforment. Elles lâchent leur fardeau. Mais elles restent, comme des membres de ta famille intérieure. L’objectif n’est pas de faire le ménage, mais de rétablir l’harmonie.
Troisième piège : confondre le Self et une partie « sage ». Parfois, on croit être dans le Self, mais on est en fait dans une partie « spiritualisée » ou « détachée » qui évite les émotions. Le vrai Self n’est pas distant. Il est chaleureux, présent, et capable de ressentir de la compassion sans être submergé. Si tu te sens « au-dessus de tout », « zen artificiel », il y a des chances que ce soit une partie protectrice.
Quatrième piège : aller trop vite vers l’exilé. Certains veulent immédiatement « guérir la petite fille » ou « le petit garçon ». Mais si tu fonces sans l’accord des protecteurs, tu risques de les braquer. Ils vont resserrer leur emprise. C’est comme si tu voulais entrer dans une maison protégée par un chien de garde en forçant la porte. Le chien va mordre. Il faut d’abord faire ami-ami avec le chien. Les protecteurs sont tes alliés, pas tes obstacles.
Dans mon cabinet, je vois des personnes qui ont essayé de « guérir » seules, en lisant des livres, et qui se sont retrouvées submergées par des émotions. Ce n’est pas grave, mais c’est inconfortable. L’IFS, c’est un chemin. Pas un sprint.
Je vais te surprendre : une fois que tu as établi une relation de confiance avec tes protecteurs, ils deviennent tes plus grands alliés. Pourquoi ? Parce qu’ils sont puissants, déterminés, et fidèles.
Reprends l’exemple du protecteur contrôleur. Avant, il te faisait vivre dans l’anxiété, à tout planifier, à ne jamais lâcher prise. Après le travail IFS, il peut se reconvertir. Il devient ton organisateur intérieur, celui qui t’aide à structurer tes projets sans panique. Il met sa force au service de tes désirs, pas de tes peurs.
Le protecteur critique, lui, peut devenir un coach intérieur exigeant mais bienveillant. Il te pousse à donner le meilleur de toi, sans te détruire. Il te dit : « Allez, tu peux faire mieux », mais avec un sourire, pas avec un couteau.
Le protecteur évitant peut devenir un gardien de ton énergie. Il te dit : « Là, tu as besoin de repos, ne force pas ». Il te protège du burn-out, pas de la vie.
C’est ce qui rend l’IFS si puissant pour le sport, par exemple. Beaucoup de mes athlètes – coureurs, footballeurs – viennent avec des blocages : peur de l’échec, pression, tendance à abandonner. On ne combat pas ces blocages. On va voir la partie qui a peur, on la remercie de vouloir les protéger, et on lui montre qu’aujourd’hui, ils sont plus forts, plus outillés. La partie qui fuyait l’effort devient celle qui sait doser l’entraînement. La partie qui paniquait avant une compétition devient celle qui canalise l’adrénaline.
Un point clé à retenir : Chaque partie a une intention positive. Même celle qui semble te détruire. Trouve cette intention, et tu transformes un saboteur en allié.
Tu n’as pas besoin d’être en thérapie pour commencer à expérimenter. Voici un petit exercice que tu peux faire seul, chez toi, dans un moment calme.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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