3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Le piège du refoulement et comment en sortir.
Tu es là, à lire ces lignes, peut-être parce qu’une petite voix intérieure te dit que quelque chose cloche. Peut-être que tu passes tes journées à sourire, à dire que tout va bien, à t’occuper des autres ou à t’investir à fond dans ton boulot. Et pourtant, le soir, quand le silence s’installe, une fatigue étrange t’envahit. Une lourdeur. Parfois, une colère sourde ou une tristesse qui semble sortir de nulle part.
Je reçois souvent des personnes comme toi dans mon cabinet à Saintes. Des adultes qui ont appris, souvent depuis l’enfance, à serrer les dents. À « passer à autre chose ». À ne pas s’écouter. Le message qu’on nous a répété est clair : « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », « Arrête de pleurer, ce n’est pas grave », « Il faut tourner la page ». Alors on obéit. On range ses émotions dans une boîte, on pousse le couvercle, et on continue.
Mais voilà le problème : une blessure ignorée ne disparaît pas. Elle grandit dans l’ombre. Elle devient plus forte, plus exigeante, plus imprévisible. Et un jour, elle te rattrape. Sous forme d’anxiété, d’insomnie, d’épuisement, ou de réactions explosives qui te surprennent toi-même.
Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi le fameux « laisser derrière soi » est un piège. Et surtout, comment tu peux, pour de vrai, alléger ce poids. Pas en l’oubliant, mais en l’écoutant d’une manière nouvelle. Je vais te parler de mécanismes que je vois chaque jour, et d’une approche que j’utilise beaucoup : l’IFS (Internal Family Systems), ou le travail avec les parties de soi.
Alors, prêt(e) à regarder ce qui se cache sous le tapis ?
Avant de juger le refoulement, il faut comprendre qu’il n’est pas un défaut. C’est une stratégie de survie. Ton cerveau est incroyablement intelligent : quand une émotion est trop forte, trop douloureuse, ou quand tu n’as pas les ressources pour la gérer (enfant, contexte dangereux, absence de soutien), il fait ce qu’il peut. Il met ça de côté. Il crée une sorte de tiroir verrouillé pour que tu puisses continuer à fonctionner.
Prenons un exemple. Je pense à un coureur que j’ai accompagné, un passionné de marathon. Il venait me voir parce qu’il n’arrivait plus à courir sans avoir des douleurs au genou. Aucune blessure détectée par les médecins. En discutant, on a découvert qu’il avait perdu son père quelques années plus tôt. Il avait décidé, pour « ne pas s’effondrer », de ne pas pleurer, de ne pas en parler, de se jeter dans l’entraînement. Il avait refoulé son chagrin. Son genou, lui, n’avait pas oublié. Il portait le poids de cette tristesse non exprimée.
Sur le moment, le refoulement a sauvé ce coureur. Il a pu terminer ses études, continuer à travailler, et même courir des marathons. Mais à long terme, cette stratégie a un coût. Le corps et l’esprit tiennent une comptabilité. Chaque émotion mise de côté est une dette qui génère des intérêts composés.
Le refoulement n’est pas une erreur, c’est une solution temporaire. Le problème, c’est qu’on oublie souvent qu’elle est temporaire.
Quand tu ignores une blessure, tu ne la fais pas disparaître. Tu l’envoies juste dans l’inconscient, où elle continue de vivre, de s’alimenter, et de chercher des moyens de se faire entendre. C’est un peu comme si tu mettais un couvercle sur une casserole d’eau bouillante. La vapeur ne disparaît pas. Elle monte, monte, et finit par faire sauter le couvercle. Les crises d’angoisse, les insomnies, les addictions, les explosions de colère, ce sont souvent ces couvercles qui sautent.
C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) devient un outil précieux pour comprendre ce qui se passe. Cette approche, que j’utilise quotidiennement, part d’une idée simple : notre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de différentes « parties », comme une famille intérieure. Chaque partie a ses croyances, ses émotions, et surtout, une intention positive pour toi.
Quand tu as une blessure – par exemple, un sentiment de rejet après une séparation, ou une humiliation vécue dans l’enfance – cette blessure devient une partie vulnérable en toi. On l’appelle souvent la partie « exilée ». Elle porte la douleur, la honte, la peur. Naturellement, tu ne veux pas ressentir ça. Alors d’autres parties, appelées « managers », entrent en scène. Elles ont pour mission de s’assurer que tu ne te reconnectes jamais à cette douleur.
Le manager, c’est cette voix qui te dit : « Ne pense pas à ça », « Travaille plus dur », « Sois parfait », « Fais-toi tout petit », « Contrôle tout ». C’est la partie qui te pousse à remplir ton agenda, à vérifier trois fois si tu as fermé la porte, à dire oui à tout le monde pour ne pas déplaire, ou à t’investir à 200% dans ton sport pour ne pas penser.
Ces managers sont des protecteurs. Ils sont souvent très efficaces, mais ils deviennent aussi très stricts. Ils prennent le pouvoir. Ils deviennent des dictateurs bienveillants. Le problème, c’est qu’ils te coupent de toi-même. Ils te font vivre dans une hyper-vigilance constante.
J’ai un patient, un chef d’entreprise, qui venait pour des crises d’angoisse. Son manager intérieur était un bourreau de travail. Il arrivait au bureau à 6h, partait à 21h, ne prenait jamais de vacances. Il disait : « Si je ralentis, tout va s’effondrer. » En réalité, c’était son système qui essayait de ne pas ressentir une peur ancienne : celle de ne pas être à la hauteur, héritée d’un père exigeant. En ignorant cette peur, il avait créé un manager si puissant qu’il menaçait de le faire brûler. La blessure ignorée (la peur de l’échec) n’avait pas disparu. Elle avait juste embauché un garde du corps tyrannique.
Quand tu ignores une blessure, tu ne fais pas le vide. Tu remplis l’espace avec des tensions, des stratégies de contrôle, et de la fatigue. Plus la blessure est grande, plus le manager doit être fort. Et plus il devient rigide. C’est pour ça que les personnes qui refoulent finissent souvent par se sentir vides, ou au contraire, submergées par des réactions disproportionnées.
Il y a un autre type de protecteur dans le modèle IFS : les « pompiers ». Si les managers sont là pour empêcher le feu (la douleur) de se déclarer, les pompiers arrivent quand le feu est déjà parti. Quand la blessure refoulée refait surface – une vague d’angoisse, un souvenir, une émotion brute – les pompiers agissent en urgence pour éteindre l’incendie.
Et comment ils éteignent ? Par des comportements intenses et souvent impulsifs. Ça peut être :
Ces comportements fonctionnent. Sur le moment, ils détournent l’attention, ils calment la tempête. Mais ils ont un coût terrible : ils renforcent l’idée que la douleur est trop dangereuse pour être regardée. Et ils créent une dépendance.
Prenons l’exemple d’une personne qui a vécu une trahison amoureuse. Elle a refoulé sa colère et sa tristesse (la blessure). Son manager lui dit : « Sois forte, ne pleure pas, reconstruis-toi. » Mais un soir, un souvenir surgit. La douleur est là. Alors le pompier arrive : « Prends un verre. » Le verre devient deux, puis trois. Le lendemain, la gueule de bois physique et morale est là. La blessure n’a pas été traitée, elle a juste été anesthésiée. Et le pompier a appris que l’alcool est une solution. Le piège se referme.
Ce que tu fuis te rattrape toujours. Et souvent, il te rattrape sous la forme de ce que tu utilises pour fuir.
Ignorer une blessure, c’est comme essayer de pousser un ballon sous l’eau. Plus tu appuies fort, plus il te fatigue. Et au moindre relâchement, il remonte à la surface avec une force décuplée. Les pompiers sont ces mains qui appuient sur le ballon, mais elles s’épuisent. Et toi aussi.
Tu peux peut-être tromper ton esprit conscient. Tu peux te répéter que ça va, que le passé est passé. Mais ton corps, lui, n’est pas dupe. Il tient le score, comme l’explique si bien le psychiatre Bessel van der Kolk dans son livre Le corps n’oublie rien.
Chaque émotion refoulée est une information qui reste stockée dans ton système nerveux. Elle n’est pas traitée, elle est juste mise en attente. Avec le temps, cette énergie bloquée cherche une voie de sortie. Elle peut devenir :
Je vois régulièrement des sportifs de haut niveau qui viennent pour des blessures à répétition. On soigne le muscle, on fait de la kiné, mais la blessure revient. Souvent, le corps exprime ce que l’esprit n’a pas voulu entendre. Un coureur qui se blesse toujours à la même jambe ? Peut-être qu’elle porte une colère qu’il n’a jamais exprimée. Un footballeur qui a des crampes inexplicables en fin de match ? Peut-être une peur de l’échec qu’il essaie de dépasser par la volonté.
Le corps est un messager fidèle. Quand tu ignores tes émotions, il prend le relais. Il élève la voix. Une douleur légère devient une douleur forte. Un petit stress devient une crise d’angoisse. Le message devient de plus en plus difficile à ignorer.
C’est pour ça que je dis souvent à mes patients : « Écoute ta douleur avant qu’elle ne crie. » Une blessure ignorée ne devient pas plus forte par magie. Elle devient plus forte parce qu’elle s’accumule, se charge d’énergie non libérée, et parce que les stratégies pour la contenir (managers et pompiers) deviennent de plus en plus coûteuses et rigides.
Alors, comment on fait pour sortir de ce cercle vicieux ? La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une voie. Elle ne passe pas par l’affrontement, mais par la curiosité et la compassion. L’IFS nous apprend que chaque partie de nous, même la plus bruyante ou la plus destructrice, a une intention positive. Le manager qui te pousse au burn-out veut te protéger de l’échec. Le pompier qui te fait boire veut apaiser ta douleur.
Le but n’est pas de se débarrasser de ces parties. C’est de les comprendre, de les remercier pour leur travail, et de leur montrer qu’elles peuvent lâcher prise parce que tu es maintenant un adulte capable de gérer la situation. Voici les étapes que je propose à mes patients, et que tu peux commencer à explorer toi-même.
La première étape, c’est de prendre conscience que tu n’es pas ton émotion ou ta réaction. Tu es la personne qui observe cette réaction. Quand tu sens de l’anxiété monter, ou une envie irrépressible de grignoter, ou une colère explosive, arrête-toi une seconde. Demande-toi : « Quelle partie de moi est activée en ce moment ? » Tu peux même lui donner un nom. « Tiens, voilà la partie perfectionniste. » ou « Ah, la partie qui veut tout contrôler se réveille. »
C’est l’étape la plus importante. Au lieu de dire « Je suis nul(le) de réagir comme ça », ou « Je dois arrêter cette anxiété », pose-toi des questions avec une vraie curiosité. Pas une curiosité froide, mais une curiosité bienveillante, comme si tu découvrais un ami inattendu.
Souvent, la réponse est surprenante. La partie angoissée te dira peut-être : « J’ai peur que tu sois rejeté(e) si tu ne fais pas tout parfaitement. » Et elle a peut-être 7 ans, l’âge où tu as été humilié(e) devant la classe.
Ne reste pas dans la tête. Demande à cette partie : « Où est-ce que je te sens dans mon corps ? » C’est une boule dans le ventre ? Une pression dans la poitrine ? Une tension dans la mâchoire ? Reste avec cette sensation, sans vouloir la changer. Respire doucement vers elle. C’est une façon de dire à cette partie : « Je te vois, je te reconnais, tu as le droit d’être là. » C’est l’inverse du refoulement. C’est l’accueil.
Derrière le manager ou le pompier, il y a toujours une partie vulnérable, l’exilée. C’est elle qui porte la blessure originelle. Quand tu as établi une relation de confiance avec le manager, tu peux lui demander : « Qu’est-ce que tu me caches ? De qui me protèges-tu ? » Là, tu vas peut-être toucher une tristesse ancienne, une honte, une peur d’abandon. C’est le cœur du travail. Tu n’as pas à la « régler » tout de suite. Tu peux juste être présent(e) pour elle. Lui dire : « Je suis là maintenant. Je ne suis plus un enfant. Je peux t’écouter. »
Quand la partie exilée a été entendue et apaisée, le protecteur (manager ou pompier) peut commencer à lâcher prise. Tu peux lui dire : « Merci d’avoir fait ce travail si longtemps. Maintenant, tu peux te reposer. Je peux gérer ça. » Ça ne marche pas du premier coup. Il faut de la pratique. Mais à force, le protecteur accepte de prendre un rôle moins extrême. Le perfectionniste devient une quête d’excellence saine. Le pompier qui te pousse à manger devient une capacité à te faire plaisir avec modération.
Je vais être honnête avec toi. L’IFS, l’hypnose ericksonienne, l’Intelligence Relationnelle, ce ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne vont pas effacer ton passé. Elles ne vont pas faire que les personnes qui t’ont blessé(e) deviennent soudainement bienveillantes. Elles ne vont pas te transformer en quelqu’un de parfaitement zen 24h/24.
Ce qu
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Repérez ce qui vous empêche de ressentir votre présence intérieure.
Reconnaissez les signes d’un Self caché sous vos émotions.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.