3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comprendre le mécanisme des empreintes du passé avec l'IFS.
Tu les reconnais tout de suite quand ils reviennent. Ce n’est pas une pensée vague, c’est une sensation physique, une boule dans le ventre, une oppression dans la poitrine, ou cette voix intérieure qui te dit : « Tu n’y arriveras pas », « Tu es nul », « Fais attention, ça va mal finir ». Parfois, c’est une image qui surgit sans prévenir : le regard de ce prof en primaire, cette dispute avec un parent, cet échec professionnel qui a tout fait basculer. Ces souvenirs ne sont pas juste des histoires dans ta tête. Ils sont vivants. Ils agissent encore sur toi aujourd’hui, des années plus tard, comme si le temps n’avait pas passé.
Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Un adulte compétent, intelligent, équilibré dans sa vie professionnelle, mais qui, face à une situation précise — un conflit, une critique, une décision importante —, se retrouve paralysé, submergé par une émotion qui semble disproportionnée. Il me dit : « Je sais que ça n’a pas de sens, mais je n’y peux rien. C’est plus fort que moi. » Et il a raison. Ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de mécanisme.
Avec l’IFS — le modèle des Systèmes Familiaux Internes —, j’ai trouvé une manière de comprendre ces empreintes du passé qui soit à la fois précise et profondément humaine. Ce n’est pas une théorie abstraite. C’est une cartographie de ce qui se passe à l’intérieur de toi quand un souvenir douloureux refait surface. Et surtout, c’est une voie pour en sortir. Pas en effaçant le souvenir, mais en libérant la charge qu’il porte encore.
Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi certains souvenirs restent bloqués, comment ils continuent d’influencer ta vie sans que tu le décides, et ce que l’IFS propose pour les apaiser. Je vais être honnête : ce n’est pas une baguette magique. Mais c’est un chemin qui fonctionne, à condition d’être prêt à regarder en face ce qui habite ces souvenirs.
On a tous des souvenirs. Heureux, tristes, neutres. La plupart, tu les ranges dans un coin de ta mémoire et ils ne te dérangent pas. Tu peux penser à un voyage, à un repas de famille, à une première rencontre. L’émotion est là, mais elle est douce, maîtrisée. Elle ne prend pas le contrôle.
Ce n’est pas le cas des souvenirs douloureux qui restent bloqués. Eux, ils ne sont pas rangés. Ils sont comme en attente, prêts à surgir. Et quand ils surgissent, ce n’est pas un simple rappel. C’est une reviviscence. Ton corps et ton esprit réagissent comme si l’événement était en train de se reproduire. La même peur, la même colère, la même tristesse. Parfois même amplifiées.
Pourquoi ? Parce que le cerveau, face à un événement trop intense, trop menaçant, trop douloureux, n’arrive pas à le traiter complètement. C’est un peu comme un fichier que tu télécharges mais qui se corrompt à cause d’une coupure réseau. Le fichier est là, mais il est illisible, ou il ne s’ouvre que par fragments, et à chaque fois il plante ton système.
En neurobiologie, on appelle ça un « souvenir non consolidé ». En IFS, on parle d’une partie qui est restée piégée dans le passé. Ce n’est pas juste une métaphore. L’IFS considère que notre psyché est composée de multiples « parties », des sous-personnalités qui ont chacune leur âge, leur rôle, leur émotion dominante. Quand tu vis un traumatisme ou une blessure relationnelle répétée — une humiliation, un abandon, une trahison, un rejet —, une partie de toi se fige à ce moment-là. Elle porte l’âge de l’événement, la douleur exacte, et les croyances que tu as construites pour survivre.
C’est cette partie qui se réactive aujourd’hui. Pas toi, adulte, avec tes ressources. Une partie de toi, restée enfant ou adolescent, qui croit encore que le danger est présent. Et elle agit pour te protéger, avec les moyens du bord.
Blockquote : « Une partie blessée ne demande pas à être effacée. Elle demande à être écoutée, reconnue, soulagée du fardeau qu’elle porte depuis trop longtemps. »
Imagine que ton cerveau est comme un bibliothécaire. Il reçoit des milliers d’informations chaque jour. Son boulot, c’est de les classer : les souvenirs agréables dans la section « bonnes expériences », les informations utiles dans « apprentissages », les événements neutres dans « archives ». Mais quand un événement est trop violent — une agression, une perte, une humiliation publique, un accident —, le bibliothécaire est submergé. Il ne sait pas où mettre ça. Alors il laisse le dossier sur son bureau, ouvert, en vrac.
Ce dossier, il reste « chaud ». Il n’est pas archivé. Et comme il n’est pas archivé, il peut être activé à tout moment par un déclencheur : une odeur, un ton de voix, une situation qui ressemble de près ou de loin à l’originale. C’est le mécanisme de l’amygdale, cette petite structure dans ton cerveau qui détecte les menaces. Elle ne fait pas la différence entre un danger réel ici et maintenant, et un souvenir de danger. Pour elle, si ça ressemble à un loup, c’est un loup. Alors elle déclenche l’alarme : fuite, combat, figement.
C’est là que l’IFS devient précieux. Parce qu’au lieu de simplement dire « ton cerveau dysfonctionne », on va regarder qui, en toi, porte cette alarme. Et on va découvrir qu’il y a souvent plusieurs parties impliquées.
Il y a la partie exile : celle qui porte la douleur brute, la vulnérabilité, la honte, la peur. C’est elle qui a été blessée. Elle est souvent jeune, fragile, et elle a été « exilée » dans un coin de ta psyché pour que tu puisses continuer à fonctionner.
Et puis il y a les parties protectrices. Elles sont là pour empêcher l’exilé de resurgir. Parce que si l’exilé sortait avec toute sa charge émotionnelle, ce serait insupportable. Alors les protecteurs mettent en place des stratégies : contrôle, perfectionnisme, évitement, colère, anxiété, dissociation, dépendance affective, hypervigilance. Leur but est noble : te protéger. Mais leur méthode est devenue rigide, automatique, et souvent elle te coûte cher en énergie et en liberté.
Je pense à ce patient, footballeur amateur, qui venait me voir parce qu’il « se bloquait » à chaque penalty important. Il me disait : « Je sais tirer, je m’entraîne, mais en match, au moment crucial, je sens une main invisible qui me serre la gorge. » En explorant avec l’IFS, on a trouvé une partie de lui, âgée de 12 ans, qui avait vécu une humiliation en plein match, devant son père. Cette partie était encore dans le souvenir, convaincue que si elle ratait, elle perdrait l’amour de son père. Le protecteur, lui, avait décidé : « On ne prend plus de risque. On se bloque. » Résultat : à 30 ans, son corps réagissait encore comme à 12 ans.
C’est le cœur du modèle IFS, et c’est ce qui le rend si profondément respectueux. L’idée de base est simple : tu n’es pas tes parties. Tu es un Self — une essence centrale, calme, curieuse, confiante, compatissante, créative, courageuse et connectée. Ces qualités, on les appelle les « 8 C » du Self. Tout le monde les possède, même si elles sont parfois recouvertes par l’agitation des parties.
Quand une partie douloureuse s’active, elle prend le contrôle. Tu deviens cette partie. Tu es en fusion avec elle. Tu ne te dis pas « j’ai une partie anxieuse », tu es l’anxiété. Tu ne te dis pas « une partie de moi se sent humiliée », tu es l’humiliation. C’est pour ça que c’est si difficile d’en sortir par la volonté : tu es dedans.
L’IFS propose un mouvement radical : au lieu de lutter contre cette partie, tu apprends à la voir. À prendre une distance suffisante pour pouvoir dialoguer avec elle. Pas pour la chasser, mais pour comprendre ce qu’elle porte, ce qu’elle craint, ce dont elle a besoin.
Concrètement, dans une séance, je vais t’inviter à te tourner vers la sensation, l’émotion, la voix intérieure qui est présente. Pas pour l’analyser, mais pour l’accueillir. « Comment te sens-tu en tournant ton attention vers cette partie ? » « Qu’est-ce qu’elle veut que tu saches ? » « Quel âge a-t-elle ? » « Que craint-elle qu’il se passe si elle arrête de faire son travail ? »
Et progressivement, quelque chose se libère. La partie se sent vue. Elle peut enfin raconter son histoire, sans être jugée, sans être réprimée. Et quand elle se sent suffisamment en sécurité, elle peut laisser tomber son fardeau. Ce n’est pas toi qui décides. C’est elle qui se décharge, naturellement, quand elle est prête.
Blockquote : « Le Self n’a pas à réparer les parties. Il a juste à être présent. C’est la présence qui guérit, pas l’intervention. »
C’est une des questions les plus fréquentes que j’entends : « Pourquoi est-ce que je retombe toujours dans les mêmes schémas ? » Tu changes de partenaire, mais tu retrouves la même dynamique relationnelle. Tu changes de travail, mais tu revois le même conflit avec un collègue. Tu changes de ville, mais tu ressens le même isolement.
La réponse, en IFS, est presque mécanique. Les parties protectrices ont développé des stratégies pour gérer le monde en fonction de la blessure originelle. Si tu as été trahi enfant, une partie de toi est devenue hypervigilante. Elle scrute les signes de trahison chez les autres. Et comme elle les cherche, elle les trouve. Et elle les interprète. Et elle réagit. Et l’autre personne, face à ta méfiance, finit par se comporter d’une manière qui confirme ta peur. Le pattern se reproduit.
Ce n’est pas une malédiction. C’est une fidélité. Tes parties sont fidèles à ce qu’elles ont appris pour survivre. Elles ne savent pas que tu as grandi, que tu as des ressources, que le contexte a changé. Elles agissent comme si tu avais encore 8 ans, 15 ans, 20 ans, et que le danger était imminent.
C’est pour ça que le simple fait de comprendre intellectuellement un pattern ne suffit pas à le changer. Tu peux avoir lu tous les livres sur l’attachement, fait des années de thérapie analytique, compris que ton père était distant et ta mère anxieuse. Tu peux avoir la conscience la plus claire du monde. Et pourtant, dans le vif de la relation, ton corps réagit exactement pareil. Parce que ce n’est pas une question de compréhension. C’est une question de parties qui n’ont pas été libérées de leur charge.
L’IFS ne vise pas à te faire « comprendre » ton pattern. Il vise à aller rencontrer la partie qui le maintient, à la décharger de sa peur, et à permettre à ton Self de reprendre naturellement le leadership.
Je vais être précis, parce que j’entends parfois des idées flottantes sur la guérison. Non, tu n’oublies pas le souvenir. Tu ne deviens pas insensible. Tu ne transformes pas une tragédie en belle histoire. Ce qui change, c’est la charge émotionnelle attachée au souvenir.
Prenons un exemple concret. Une patiente, cadre dans une entreprise, venait pour une anxiété sociale massive en réunion. Elle avait une partie d’elle-même, très jeune, qui se souvenait d’une humiliation en classe de CM2. L’institutrice l’avait ridiculisée devant tout le monde pour une réponse jugée « idiote ». À l’époque, elle avait ressenti une honte si brûlante qu’elle avait décidé de ne plus jamais prendre la parole en public sans être absolument sûre d’elle. Le protecteur était devenu un contrôleur implacable : il vérifiait chaque mot, chaque phrase, chaque silence.
En séance, on a rencontré cette partie de CM2. Elle était recroquevillée, honteuse, convaincue qu’elle était « nulle et qu’il fallait se cacher ». On est resté avec elle, sans vouloir la changer. On l’a écoutée. On lui a dit qu’elle n’avait plus à porter cette honte toute seule. Et à un moment, elle a laissé tomber. La honte s’est dissipée. La partie s’est sentie soulagée, et elle a accepté de prendre une nouvelle place : celle d’une enfant qui avait vécu une injustice, mais qui n’était plus définie par elle.
Aujourd’hui, cette patiente se souvient encore de l’incident. Elle peut raconter l’histoire. Mais elle n’a plus la boule au ventre en la racontant. Elle peut même en sourire, avec une tendresse pour cette petite fille qu’elle était. Et surtout, elle peut prendre la parole en réunion sans que son cœur s’emballe. Le souvenir est là, mais il est devenu une histoire du passé, pas une prison du présent.
C’est ça, la libération d’une empreinte. Tu n’effaces pas le passé. Tu le désamorces. Tu redonnes à la partie blessée sa place légitime, sans qu’elle ait à diriger ta vie.
Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour commencer. Il y a des choses simples que tu peux essayer, seul, chez toi. Je vais te proposer un exercice que je donne souvent à mes patients, entre deux rendez-vous.
Installe-toi calmement, dans un endroit où tu ne seras pas dérangé. Ferme les yeux. Porte ton attention sur une situation récente qui a provoqué une émotion forte, disproportionnée par rapport à l’événement. Une réaction de colère, de tristesse, de peur, de honte. Ne cherche pas à l’analyser. Reste avec la sensation physique. Où est-elle dans ton corps ? Quelle forme, quelle couleur, quelle texture ?
Maintenant, pose-toi ces questions, lentement, sans forcer la réponse :
Ne cherche pas à répondre avec ta tête. Laisse venir. Parfois, c’est une image, une phrase, une sensation qui change. Si une autre partie intervient pour juger ou minimiser (« C’est ridicule », « Ça ne sert à rien »), accueille-la aussi. Remercie-la de vouloir te protéger.
Ce n’est pas un exercice magique. Parfois, rien ne se passe. Parfois, une porte s’entrouvre. L’important, c’est de montrer à tes parties que tu es prêt à les écouter, sans les forcer, sans les juger. C’est un geste de paix intérieure.
Et si tu sens que c’est trop lourd, trop confus, trop douloureux à faire seul, c’est normal. Certaines parties ont besoin d’un témoin extérieur, d’un guide. C’est là qu’un accompagnement professionnel prend tout son sens.
Tu l’auras compris, les souvenirs douloureux ne restent pas bloqués par hasard ou par faiblesse. Ils sont maintenus par des parties de toi qui ont fait de leur mieux pour te protéger, avec les moyens qu’elles avaient à l’époque. Le problème, ce n’est pas elles. C’est qu’elles sont restées figées, sans savoir que tu as grandi, que tu as changé, que tu as aujourd’hui des ressources qu’elles
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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