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Pourquoi vos disputes de couple reviennent toujours au même conflit intérieur

Les répétitions en couple cachent des parts de vous qui s'ignorent.

TSThierry Sudan
25 avril 202614 min de lecture

Vous avez remarqué ? La dispute a éclaté pour une histoire de vaisselle, encore. Ou pour ce ton que votre conjoint a pris en parlant à votre mère. Ou parce qu’il ou elle est arrivé en retard, une fois de plus. Et pourtant, en plein milieu de l’échange, vous avez eu cette sensation étrange, presque vertigineuse : on s’est déjà disputés pour ça. Les mots sont différents, le contexte a changé, mais la musique, elle, est exactement la même. Vous vous entendez dire « Tu ne m’écoutes jamais », « Tu fais toujours passer les autres avant nous », « Je n’existe pas pour toi ». Et vous avez raison sur le fond. Mais voilà le problème : même quand vous avez raison, la dispute ne s’arrête pas. Elle tourne en boucle, elle s’épuise, elle laisse un silence lourd, et elle revient trois semaines plus tard, habillée d’un prétexte neuf.

Je reçois des couples – ou plutôt des individus dans leur couple – tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Et si je devais résumer ce que j’entends le plus souvent, ce n’est pas « on ne s’aime plus ». C’est « on n’arrive pas à avancer ». Comme si une force invisible ramenait toujours la conversation au même carrefour. On croit que c’est un problème de communication. On s’achète des livres, on essaye de parler calmement, on compte jusqu’à dix. Mais ça ne marche pas. Parce que ce n’est pas un problème de communication. C’est un problème de parts de vous qui s’ignorent.

Je vais vous montrer pourquoi vos disputes de couple sont en réalité un signal d’alarme intérieur. Et surtout, comment arrêter de jouer le même disque rayé.

Pourquoi vous répétez toujours le même scénario sans le vouloir

Imaginez un instant que votre vie affective soit un film. Vous avez un rôle, une réplique fétiche, et un moment précis où vous montez sur scène. Vous connaissez la scène par cœur : votre partenaire dit ou fait quelque chose d’apparemment anodin, et soudain, ce n’est plus anodin du tout. Une chape de plomb vous tombe dessus. Votre respiration change. Vous sentez une boule dans le ventre, ou une chaleur dans la poitrine, ou une raideur dans la mâchoire. Et vous parlez. Vous dites des choses que vous regrettez parfois, mais que vous ne pouvez pas retenir. Comme si quelqu’un d’autre prenait le micro.

Ce quelqu’un d’autre, ce n’est pas un démon, ce n’est pas un manipulateur caché, ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une part de vous. En thérapie IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur – on appelle ça une « partie ». Chacun de nous est constitué d’un ensemble de parties, comme une famille intérieure. Il y a celle qui veut tout contrôler, celle qui a peur d’être abandonnée, celle qui se rebelle, celle qui se sacrifie, celle qui juge. Et dans un couple, ces parties s’activent comme des interrupteurs.

Prenons un exemple concret, que j’ai légèrement modifié pour préserver l’anonymat. Je reçois Paul, la quarantaine, commercial. Il vient me voir parce que ses disputes avec sa femme Sophie deviennent insupportables. Le motif récurrent : Sophie passe du temps au téléphone avec sa sœur, le soir, après le dîner. Paul se sent exclu. Il lui dit qu’elle préfère sa sœur à lui. Sophie se défend, dit qu’elle a besoin de parler à sa famille. La dispute monte. Paul finit par claquer la porte de la chambre et ne lui parle plus pendant deux jours. Le scénario dure depuis trois ans.

Quand on creuse, on découvre que Paul a grandi dans une famille où il était le troisième enfant, celui qu’on oubliait un peu. Ses parents, absorbés par le travail et les deux aînés, le laissaient souvent seul devant la télé. À huit ans, il avait déjà appris une chose : pour exister, il fallait se faire remarquer, même négativement. Sa partie « abandonnée » s’est formée là. Aujourd’hui, quand Sophie décroche son téléphone le soir, cette partie ne voit pas une conversation banale. Elle voit la même scène qu’à huit ans : on l’oublie. Et elle prend le contrôle. Elle crie, elle accuse, elle claque la porte. Pas par méchanceté. Par survie.

Paul ne se bat pas contre Sophie. Il se bat contre une vieille blessure qui n’a jamais été vue.

Et vous ? Quelle est la scène qui revient toujours dans votre couple ? Le reproche sur le manque d’attention ? Le sentiment de ne pas être écouté ? La peur d’être envahi ? La colère de ne pas être respecté ? Cette scène, aussi douloureuse soit-elle, est une porte d’entrée vers une partie de vous qui souffre en silence.

Votre partenaire n’est pas votre ennemi, il est le déclencheur de votre alarme intérieure

C’est peut-être la chose la plus difficile à accepter quand on est en pleine dispute. Vous avez envie de lui jeter à la figure qu’il ou elle est insensible, égoïste, ou aveugle. Et sur le moment, c’est vrai : son comportement est objectivement problématique. Mais si vous ne regardez que son comportement, vous restez dans l’impasse. Parce que vous lui demandez de changer quelque chose qu’il ou elle ne peut pas changer pour vous : arrêter de déclencher votre alarme.

Votre alarme intérieure, c’est cette réaction disproportionnée qui vous surprend vous-même. Vous savez, au fond, que la vaisselle dans l’évier ne mérite pas une crise existentielle. Mais vous y allez quand même. Pourquoi ? Parce que la vaisselle n’est pas le sujet. Le sujet, c’est que la vaisselle représente, pour une partie de vous, le manque de considération, l’inégalité des tâches, le sentiment de porter tout le poids du foyer. Et cette partie-là a des années de souffrance accumulée.

Quand vous comprenez cela, quelque chose bascule. Vous n’êtes plus en train de demander à votre partenaire d’être parfait pour ne pas vous blesser. Vous êtes en train d’apprendre à repérer quand une de vos parties prend les commandes. Et ça, c’est une libération énorme. Parce que vous n’avez plus besoin que l’autre change pour vous sentir bien. Vous pouvez commencer à vous occuper de ce qui se passe à l’intérieur.

Je travaille souvent avec des sportifs, des coureurs ou des footballeurs. Dans la préparation mentale, on apprend une chose simple : quand vous courez un marathon, vous ne pouvez pas contrôler la météo, le dénivelé, ou l’état de vos chaussures. Vous pouvez seulement contrôler votre respiration, votre foulée, votre dialogue intérieur. Dans le couple, c’est pareil. Vous ne contrôlerez jamais parfaitement ce que l’autre fait ou dit. Mais vous pouvez apprendre à reconnaître quand votre alarme intérieure sonne, et à ne pas lui laisser le volant.

« Tant que vous chercherez la cause de votre souffrance dans le comportement de l’autre, vous serez prisonnier. La cause est en vous. La clé aussi. »

Comment l’IFS vous aide à dialoguer avec ce qui se cache sous la colère

L’Internal Family Systems, ou IFS, est une approche que j’utilise quotidiennement dans mon cabinet à Saintes. Elle repose sur une idée simple et puissante : vous n’êtes pas vos émotions. Vous n’êtes pas votre colère, votre tristesse, votre peur. Vous êtes la conscience qui peut observer ces émotions. Et ces émotions sont portées par des « parties » de vous qui ont chacune une intention positive, même quand elles semblent destructrices.

Prenons la colère. Quand vous êtes en dispute, la colère est souvent la première à se manifester. Elle est bruyante, chaude, impulsive. Elle veut attaquer, défendre, prouver qu’on a raison. En IFS, on ne cherche pas à faire taire la colère. On cherche à comprendre ce qu’elle protège. Parce que la colère est presque toujours une protectrice. Elle est là pour empêcher quelque chose de plus vulnérable d’émerger : une tristesse ancienne, une peur d’abandon, une honte enfouie.

Quand je travaille avec une personne en crise conjugale, je l’invite à faire un petit exercice. Pas pendant la dispute – c’est trop tôt – mais après, quand le calme est revenu. Je lui demande de se souvenir du moment précis où la colère est montée. De fermer les yeux et de revenir dans cette scène. Puis je pose des questions douces :

« Où est-ce que tu sens la colère dans ton corps ? Dans la poitrine ? Dans la mâchoire ? Dans les poings ? »

« Si cette colère pouvait parler, qu’est-ce qu’elle dirait ? »

« Et si tu écoutes derrière la colère, qu’est-ce que tu entends ? Une peur ? Une tristesse ? Un sentiment d’injustice ? »

C’est là que la magie opère. Presque toujours, la colère laisse place à quelque chose de plus ancien. Une petite fille ou un petit garçon qui s’est senti invisible, rejeté, ou débordé. Une partie qui n’a jamais été consolée. Et cette partie n’a pas besoin qu’on lui donne raison. Elle a besoin qu’on la voie. Qu’on l’écoute. Qu’on lui dise : « Je te comprends. Tu as eu mal. Tu es en sécurité maintenant. »

Quand vous faites cela, vous désamorcez le conflit de l’intérieur. La prochaine dispute ne disparaîtra pas forcément, mais elle sera moins explosive. Vous aurez une fraction de seconde de plus entre le déclencheur et votre réaction. Et cette fraction de seconde, c’est votre liberté.

Pourquoi l’Intelligence Relationnelle change la donne entre vous deux

L’IFS travaille sur votre relation à vous-même. Mais dans un couple, il y a deux personnes. Et c’est là qu’intervient ce que j’appelle l’Intelligence Relationnelle. C’est une compétence que j’enseigne à mes patients et à mes sportifs, et qui repose sur une idée simple : la qualité de votre relation dépend de votre capacité à rester connecté à vous-même tout en restant connecté à l’autre.

Concrètement, l’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à repérer quand une de vos parties est activée, et à ne pas la laisser diriger la conversation. Mais c’est aussi la capacité à repérer quand une partie de votre partenaire est activée, et à ne pas prendre ses paroles pour la vérité absolue sur vous.

Quand Sophie dit à Paul « Tu es trop collant, laisse-moi respirer », Paul peut entendre « Je suis un poids, je suis trop dépendant, je ne vaux rien ». Et sa partie abandonnée s’emballe. Mais avec un peu d’Intelligence Relationnelle, Paul peut faire une pause et se dire : « Ce n’est pas Sophie qui parle. C’est une partie de Sophie qui a besoin d’espace. Une partie qui a peut-être peur d’être étouffée, ou qui a besoin de préserver son autonomie. » Et à ce moment-là, il peut répondre depuis son centre, pas depuis sa blessure. Il peut dire : « Je comprends que tu aies besoin de temps pour toi. Est-ce qu’on peut trouver un moment demain pour qu’on se parle de ce qui s’est passé ce soir ? »

Vous voyez la différence ? Ce n’est pas de la manipulation. C’est de la régulation émotionnelle. Et ça s’apprend.

Dans mon travail avec les footballeurs, je vois exactement la même dynamique. Un joueur rate une passe, son coéquipier lui crie dessus. Le joueur peut réagir par la colère, la honte, ou le repli. Mais s’il a développé son Intelligence Relationnelle, il peut reconnaître que le cri de son coéquipier n’est pas une attaque personnelle, mais l’expression de sa propre peur de perdre. Il peut répondre calmement, recadrer, et continuer le match. Dans le couple, c’est pareil. Chaque dispute est un match que vous pouvez apprendre à ne pas perdre.

La pratique concrète pour sortir du cercle vicieux dès ce soir

Vous voulez arrêter de répéter le même scénario ? Voici une pratique en trois étapes, que vous pouvez commencer dès ce soir. Ce n’est pas une baguette magique, mais c’est un début concret.

Étape 1 : Identifiez votre scénario répétitif. Prenez un carnet. Notez les trois disputes les plus fréquentes de votre couple. Soyez précis : « Quand il rentre du travail et qu’il ne me dit pas bonjour », « Quand elle passe trop de temps sur son téléphone le soir », « Quand il prend une décision sans me consulter ». Maintenant, pour chaque scénario, demandez-vous : quel sentiment est toujours présent juste avant que la dispute éclate ? De la tristesse ? De la peur ? De la honte ? De la colère ? Ce sentiment est la signature de votre partie blessée.

Étape 2 : Créez un espace de dialogue avec cette partie. Quand vous êtes seul, calme, installez-vous confortablement. Fermez les yeux. Revenez à une dispute récente. Ressentez l’émotion qui monte. Puis, au lieu de la chasser, dites-lui intérieurement : « Je te vois. Je sens que tu es là. Est-ce que tu peux t’éloigner un peu pour que je puisse te parler ? » Si elle ne veut pas, respectez-la. Revenez plus tard. L’idée n’est pas de forcer, mais d’inviter. Quand vous sentez un peu de distance, demandez à cette partie : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? Qu’est-ce que tu as peur qu’il se passe si je ne réagis pas comme ça ? » Écoutez la réponse sans jugement. Vous découvrirez peut-être une peur très ancienne.

Étape 3 : Faites un pacte avec votre partenaire. Choisissez un moment calme, pas en pleine crise. Dites-lui : « J’ai compris que dans nos disputes, il y a une partie de moi qui s’active et qui dit des choses que je ne pense pas vraiment. Je voudrais essayer quelque chose. La prochaine fois que je monte dans les tours, est-ce que tu peux me dire un mot-clé, un signal, pour m’aider à me rappeler que ce n’est pas moi qui parle, mais une partie de moi ? » Et proposez-lui de faire la même chose pour lui ou elle. Le mot-clé peut être un sourire, un geste, ou un mot comme « pause » ou « partie ». Ce simple accord change la dynamique : vous n’êtes plus deux adversaires, vous êtes deux alliés qui apprennent à reconnaître leurs invités indésirables.

Cette pratique ne réglera pas tout du premier coup. Mais elle installe une nouvelle habitude : celle de regarder à l’intérieur avant de réagir à l’extérieur.

Ce que ces approches peuvent et ne peuvent pas faire pour vous

Je veux être honnête avec vous, comme je le suis toujours avec les personnes qui viennent me voir à Saintes. L’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ne sont pas des solutions miracles. Elles ne vont pas effacer vos blessures d’un coup de baguette. Elles ne vont pas transformer votre partenaire en personne parfaite. Elles ne vont pas supprimer les conflits. Ce qu’elles peuvent faire, en revanche, c’est changer votre rapport au conflit.

Elles peuvent vous apprendre à ne plus vous effondrer après une dispute. Elles peuvent vous aider à retrouver un sommeil paisible, même après une soirée difficile. Elles peuvent vous offrir une fraction de seconde de conscience entre le stimulus et la réaction, et dans cette fraction de seconde, tout peut changer. Elles peuvent vous permettre de dire « Je suis en colère » au lieu de crier « Tu es un incapable ». Elles peuvent vous redonner accès à votre propre douceur, à votre force calme, à cette partie de vous qui sait déjà ce dont vous avez besoin.

Mais pour cela, il faut un engagement. Celui de vous arrêter, de descendre du manège des disputes, et de regarder en face ce qui vous habite. Ce n’est pas toujours confortable. Parfois, on découvre des choses qu’on avait enfouies depuis longtemps. Mais je n’ai jamais vu quelqu’un regretter d’avoir fait ce chemin. Ce que je vois, ce sont des personnes qui, après quelques séances, me disent : « Je ne sais pas ce qui a changé, mais on

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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