PsychologieIfs Therapie

Pourquoi vous attirez toujours les mêmes problèmes ?

L'IFS dévoile le schéma répétitif de vos parties.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous fermez la porte, et vous vous dites : « Ça y est, cette fois c’est la bonne. » Trois mois plus tard, le même nœud dans le ventre, la même phrase qui résonne : « Pourquoi ça m’arrive encore à moi ? »

Je vois ça presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Un commercial brillant, capable de convaincre n’importe quel client, mais qui se retrouve systématiquement avec un patron qui ne le respecte pas. Une femme intelligente, drôle, généreuse, qui enchaîne les relations où elle finit par tout donner et recevoir des miettes. Un sportif de haut niveau qui domine ses adversaires en entraînement, mais qui craque au moment crucial de chaque compétition.

Si vous êtes ici, c’est probablement parce que vous avez remarqué ce motif. Ce scénario qui se répète, comme une mauvaise série dont vous connaissez chaque épisode avant même qu’il ne commence. Vous avez tout essayé : la volonté, les résolutions, les listes de choses à ne plus faire. Et pourtant, le même film repasse.

Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas de la malchance. Et surtout, ce n’est pas un défaut en vous. C’est le signe qu’une partie de vous essaie de vous protéger. Avec l’IFS – l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur – je vais vous montrer comment ces répétitions fonctionnent, et surtout, comment en sortir.


Pourquoi votre cerveau insiste pour répéter ce qui vous fait souffrir ?

La première chose à comprendre, c’est que votre cerveau n’est pas un saboteur. Il n’a aucune intention de vous nuire. Ce qui ressemble à une mauvaise habitude ou à une faiblesse de caractère est en réalité un mécanisme de survie qui a fonctionné… à un moment donné.

Prenons un exemple concret. Je reçois Maxime, 34 ans, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il n’arrive pas à s’arrêter de travailler. Il se couche à minuit, se réveille à cinq heures, répond aux mails pendant le dîner. Sa femme menace de le quitter, sa santé se dégrade, mais il ne peut pas ralentir. « Je sais que c’est débile, qu’il faut que je m’arrête, mais j’ai l’impression que si je lâche une seconde, tout va s’effondrer. »

Cette phrase – « si je lâche, tout s’effondre » – c’est la clé. À un moment de son histoire, Maxime a appris que la sécurité passait par le contrôle total et l’hyper-performance. Peut-être parce que ses parents étaient imprévisibles, ou qu’il a vécu une période d’insécurité financière dans l’enfance. Son cerveau a créé une règle : « Pour être en sécurité, tu dois tout contrôler et travailler sans relâche. »

Aujourd’hui, cette règle est devenue obsolète. Elle le détruit. Mais la partie de lui qui a créé cette règle ne le sait pas. Elle continue de croire qu’elle le protège. Alors elle active les mêmes comportements, encore et encore.

C’est ça, le piège des schémas répétitifs : ils sont nés dans un contexte où ils étaient adaptés, mais ils continuent à tourner en boucle dans un contexte où ils ne le sont plus. Votre cerveau ne cherche pas à vous rendre heureux. Il cherche à vous maintenir en vie, en reproduisant ce qui a « marché » une fois.

« Le problème, ce n’est pas la partie qui veut vous protéger. Le problème, c’est qu’elle utilise une carte vieille de trente ans pour naviguer dans le présent. »


Qu’est-ce que l’IFS révèle sur vos schémas répétitifs ?

L’IFS, développé par Richard Schwartz dans les années 1980, repose sur une idée simple mais révolutionnaire : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de différentes « parties », chacune avec sa propre personnalité, ses émotions, ses croyances et son rôle.

Quand je travaille avec un sportif qui perd systématiquement ses matchs importants, on ne cherche pas « un problème de confiance ». On cherche la partie qui, en coulisses, sabote sa performance. Souvent, on découvre un « pompier » – une partie qui crée une crise pour détourner l’attention d’une peur plus ancienne. Ou un « manager » qui le pousse à la perfection depuis si longtemps que la moindre imperfection déclenche une paralysie.

Dans l’IFS, on distingue trois grands types de parties :

Les managers : Ce sont les parties qui organisent votre vie pour éviter la douleur. Elles vous poussent à être parfait, à anticiper, à contrôler, à plaire, à vous taire. Elles sont souvent hyperactives. « Si tu travailles assez dur, personne ne pourra te reprocher quoi que ce soit. » « Si tu es gentil tout le temps, personne ne te rejettera. »

Les pompiers : Ce sont les parties qui interviennent en urgence quand la douleur devient trop forte. Elles vous poussent vers la nourriture, l’alcool, les écrans, la colère explosive, la fuite dans une relation, ou au contraire l’isolement total. Leur seul objectif : éteindre le feu immédiatement, même si la méthode est destructrice à long terme.

Les exilés : Ce sont les parties les plus vulnérables, souvent très jeunes, qui portent les blessures originelles. Humiliation, abandon, rejet, trahison. Elles sont exilées à l’intérieur de vous parce que leur douleur est trop intense. Les managers et les pompiers passent leur temps à les maintenir enfermées.

Et puis il y a le Self – votre essence profonde. Calme, curieux, confiant, compatissant, courageux. Ce n’est pas une partie, c’est ce que vous êtes quand aucune partie ne prend le contrôle. Le but de l’IFS, c’est de vous reconnecter à ce Self.

Quand vous dites « j’attire toujours le même genre de personne toxique », vous ne parlez pas de votre Self. Vous parlez d’une partie qui cherche désespérément à recréer une situation familière, même douloureuse, parce que le familier est prévisible, et le prévisible est « sûr » pour le cerveau archaïque.


Comment votre « manager intérieur » organise vos répétitions sans que vous le sachiez

Parlons du manager. C’est souvent la partie la plus active chez les personnes que je reçois. C’est elle qui vous dit : « Il faut que tu sois fort. » « Ne montre pas tes faiblesses. » « Si tu pleures, tu es faible. » « Si tu échoues, tu es nul. »

Le manager n’est pas votre ennemi. Il essaie de vous protéger d’une douleur ancienne. Mais sa méthode, c’est le contrôle. Et le contrôle, ça passe par la répétition du connu.

Je reçois Claire, 29 ans, professeure des écoles. Elle vient parce qu’elle se retrouve toujours dans des relations amoureuses où elle se sent invisible. Elle choisit des hommes distants, parfois méprisants, et elle passe son temps à essayer de les « mériter ». Elle sait que c’est malsain, elle en souffre, mais elle recommence.

En explorant avec l’IFS, on découvre une petite Claire de six ans. Sa mère était dépressive, absente. Pour obtenir un sourire, un regard, un mot doux, la petite Claire devait être parfaite. Ranger sa chambre, avoir de bonnes notes, ne pas pleurer. Elle a appris que l’amour se mérite par le sacrifice et l’invisibilité.

Aujourd’hui, son manager – une partie hypervigilante – sélectionne inconsciemment des partenaires distants. Pourquoi ? Parce que c’est le seul modèle d’amour que cette partie connaît. L’amour « facile », celui qui vient sans effort, lui semble dangereux, suspect. « Si quelqu’un m’aime sans que je me sacrifie, c’est louche. Il va forcément me faire du mal. »

Alors le manager recrée le scénario familier : elle choisit quelqu’un de distant, elle s’épuise à lui plaire, elle souffre, et la boucle est bouclée. La partie exilée – la petite Claire qui a faim d’amour – reste enfermée, jamais nourrie, jamais guérie.

« Ce que vous appelez ‘mauvais choix’ est souvent une tentative de guérir une vieille blessure avec les outils du passé. »


Le pompier : la partie qui aggrave tout en voulant vous sauver

Si le manager est l’architecte du schéma, le pompier en est l’exécuteur des basses œuvres. Il entre en scène quand le manager a échoué, ou quand un événement réveille un exilé.

Reprenons Claire. À un moment, son manager a choisi un homme distant. Mais un soir, cet homme lui envoie un message froid. La petite Claire – l’exilée – se réveille : « Il va me quitter. Je ne suis pas assez bien. Je vais être abandonnée. » La douleur est insoutenable.

Le pompier entre alors en action. Il peut la pousser à envoyer dix messages d’affilée, à se jeter dans une nouvelle relation sur Tinder le soir même, à manger un litre de glace, à boire jusqu’à ne plus sentir, ou à s’effondrer en larmes pendant des heures.

Le pompier ne réfléchit pas. Il éteint le feu. Mais sa méthode est tellement brutale qu’elle crée des dégâts collatéraux : honte, culpabilité, épuisement. Et le lendemain, le manager reprend le contrôle : « Tu vois, t’es nulle. Il faut tout contrôler encore plus. »

Vous voyez le cercle vicieux ? Le manager crée un schéma rigide. Le pompier le fait exploser en cas de crise. Et vous, au milieu, vous vous sentez impuissant. Vous attirez les mêmes problèmes parce que tout votre système interne est programmé pour ça.


Pourquoi la volonté ne suffit jamais à casser un schéma

C’est la question que je reçois le plus souvent : « Thierry, je sais ce qu’il faudrait faire. J’ai une liste de résolutions. Je me suis promis cent fois d’arrêter. Pourquoi je n’y arrive pas ? »

Parce que vous essayez de négocier avec des parties qui ne parlent pas le même langage que vous. Votre manager ne comprend pas la logique. Il comprend la peur. Votre pompier ne comprend pas la raison. Il comprend l’urgence.

Quand vous vous dites « je dois arrêter de plaire à tout le monde », vous parlez à votre manager. Mais le manager a une mission – vous protéger du rejet – et il considère que votre résolution est une menace pour cette mission. Alors il la sabote subtilement : « Bon, juste pour cette réunion, je vais faire un effort. Après j’arrête. » Et vous voilà reparti.

La volonté est une ressource limitée. Elle fonctionne un temps, puis elle s’épuise. Et quand elle s’épuise, les parties reprennent le contrôle, plus fortes qu’avant, parce qu’elles se sentent menacées.

L’IFS ne consiste pas à combattre vos parties. Il consiste à les comprendre, à les remercier pour leur protection, et à leur montrer qu’aujourd’hui, vous pouvez les aider autrement. Ce n’est pas un rapport de force. C’est une négociation intérieure, menée depuis le Self – votre centre calme et compatissant.


Comment l’IFS vous aide à identifier et désamorcer votre schéma répétitif

Concrètement, comment ça se passe ? Je vais vous donner les grandes étapes, telles que je les pratique avec les adultes qui viennent me voir à Saintes.

Étape 1 : Repérer la répétition sans vous juger

La première chose, c’est d’arrêter de vous traiter de « nul » ou de « faible ». La répétition est un signal, pas une condamnation. Prenez un carnet et notez : quels sont les trois scénarios qui reviennent le plus souvent dans votre vie ? Une relation qui finit toujours mal ? Un conflit avec un collègue ? Une incapacité à dire non ?

Soyez précis. « Je me retrouve toujours à faire le travail des autres sans être reconnu. » « Je tombe toujours sur des partenaires qui finissent par me tromper ou me quitter. » « Je stresse toujours avant une échéance, même si je suis préparé. »

Étape 2 : Accueillir la partie qui organise le schéma

Quand vous sentez que le schéma est en train de se jouer – par exemple, vous êtes en train d’accepter une tâche que vous ne voulez pas faire – arrêtez-vous une seconde. Respirez. Et demandez-vous : « Quelle partie de moi est aux commandes en ce moment ? »

Ne cherchez pas une réponse intellectuelle. Sentez-la dans votre corps. Est-ce une tension dans la mâchoire ? Un poids dans la poitrine ? Une agitation dans le ventre ? Dites-lui : « Je te vois. Je sens que tu es là. Merci d’essayer de m’aider. »

Étape 3 : Demander à la partie ce qu’elle craint

C’est l’étape la plus importante. Une fois que vous avez identifié la partie – par exemple, celle qui vous pousse à dire oui – demandez-lui doucement : « Qu’est-ce qui se passerait si tu ne faisais pas ton travail ? Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive ? »

La réponse est presque toujours la même : « Si je ne fais pas ça, je vais être rejeté. » « Si je ne contrôle pas tout, je vais échouer. » « Si je montre ma colère, je vais être abandonné. »

Cette peur est la clé. Derrière elle, il y a un exilé – une partie blessée qui attend depuis longtemps d’être entendue.

Étape 4 : Négocier un nouveau rôle

Quand la partie se sent entendue et reconnue, elle accepte souvent de lâcher un peu de contrôle. Vous pouvez lui dire : « Je comprends que tu veux me protéger. Est-ce que tu acceptes de me laisser essayer autre chose, juste pour cette fois ? »

Parfois, la partie refuse. C’est normal. Elle a besoin de temps et de confiance. L’important, c’est d’établir une relation. Au fil des semaines, vous apprenez à dialoguer avec elle. Et progressivement, elle se détend.


Ce que l’IFS ne fait pas (pour être honnête avec vous)

Je veux être clair : l’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne fait pas disparaître les schémas du jour au lendemain. Il ne vous transforme pas en une personne parfaite qui ne ferait plus jamais d’erreurs.

Ce qu’il fait, c’est vous redonner du choix. Là où avant vous étiez poussé par une force invisible, vous commencez à voir clair. Vous sentez la montée de l’habitude, et vous pouvez décider : est-ce que je laisse cette partie prendre le volant, ou est-ce que je prends un autre chemin ?

Parfois, vous prendrez le même chemin. Et ce n’est pas un échec. C’est une information. « Ah, cette partie avait besoin de sécurité aujourd’hui. Je vais prendre soin d’elle. » La différence, c’est que vous ne serez plus dans la honte. Vous serez dans la compréhension.

Les sportifs que j’accompagne en préparation mentale ne gagnent pas soudainement tous leurs matchs. Mais ils arrêtent de se saboter. Ils jouent leur jeu, sans la peur qui les paralysait. Et ça change tout.


Ce que vous pouvez faire maintenant, avant même de me contacter

Si cet article résonne avec vous, voici une pratique simple à essayer dès aujourd’hui. Elle vous prendra cinq minutes.

Asseyez-vous calmement. Fermez les yeux. Portez votre attention sur la répétition qui vous préoccupe le plus en ce moment. Ne cherchez pas à la résoudre. Observez-la comme si vous regardiez un nuage passer.

Puis demandez-vous : « Quelle partie de moi est la plus active dans ce schéma ? » Peut-être que vous sentez une pression dans la poitrine, un nœud dans l’estomac, une tension dans les épaules. Adressez-vous à cette sensation : « Je te vois. Je sens que tu es là pour me protéger. Merci. »

Ensuite, demandez-lui doucement : « De quoi as-tu peur qu’il arrive si tu arrêtais de faire ton travail ? » Écoutez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations. Ne juge

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit