3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Découvrez comment l'IFS explique vos voix intérieures contradictoires.
Vous vous levez le matin avec une bonne résolution : aujourd’hui, je vais avancer sur ce projet qui me tient à cœur. Puis, vers 10 heures, une voix intérieure vous chuchote : « Tu devrais plutôt vérifier tes mails, ranger ton bureau, t’occuper de cette tâche administrative. » Vous obéissez. À midi, une autre voix s’invite : « Tu n’arriveras jamais à finir ce projet, de toute façon. Pourquoi t’acharner ? » Vous terminez la journée épuisé, sans avoir avancé sur l’essentiel, avec cette sensation désagréable d’être en guerre contre vous-même.
Ce scénario, vous le reconnaissez peut-être. Peut-être même le vivez-vous au quotidien, dans des domaines variés : votre couple, votre travail, votre rapport à votre corps ou à vos émotions. Vous avez l’impression d’être divisé, tiraillé entre des parts de vous qui veulent des choses opposées. Une partie veut changer, prendre soin de vous, vous affirmer. Une autre partie préfère rester dans l’ombre, éviter les risques, protéger le statu quo. Vous vous dites : « Je suis contradictoire, je manque de volonté, je ne sais pas ce que je veux. »
Pourtant, cette expérience de conflit intérieur n’est ni un défaut ni une preuve de faiblesse. C’est le signe que votre psychisme est organisé de manière bien plus riche et complexe que ce que vous imaginez. Et il existe une approche qui permet non seulement de comprendre ce phénomène, mais aussi d’apaiser ces tensions de l’intérieur. Elle s’appelle l’IFS, ou Internal Family Systems. Laissez-moi vous expliquer pourquoi vous vous sentez en conflit intérieur, et comment l’IFS peut éclairer ce que vous vivez.
Vous avez déjà essayé de prendre une décision importante et ressenti un véritable débat intérieur ? C’est normal. L’IFS part d’une observation simple : notre esprit n’est pas unitaire. Il est composé de multiples parties, chacune avec sa propre perspective, ses émotions, ses croyances et ses intentions. Imaginez une famille intérieure : il y a des parties qui veulent vous protéger, d’autres qui cherchent à vous pousser à agir, d’autres encore qui portent des blessures anciennes.
Prenons un exemple concret. Je reçois Paul, 42 ans, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il se sent « bloqué » dans sa carrière. Il a une opportunité de promotion, mais il n’arrive pas à postuler. Chaque fois qu’il ouvre le dossier, une voix intérieure lui dit : « Tu n’es pas assez compétent. Tu vas te planter. Reste où tu es, c’est plus sûr. » Une autre voix répond : « Arrête de douter, tu es meilleur que la plupart de tes collègues. Saisis cette chance ! » Résultat : il reste figé, incapable d’agir, rongé par l’anxiété.
Paul n’est pas « indécis ». Il est le théâtre d’un conflit entre deux parties : l’une, que nous appellerons la Partie Protectrice, veut le garder en sécurité en évitant le risque d’échec ; l’autre, que nous nommerons la Partie Motivée, veut qu’il progresse et réalise son potentiel. Ces deux parties sont toutes les deux bien intentionnées. Mais elles ne communiquent pas entre elles. Elles agissent en silos, chacune convaincue d’avoir raison. C’est ce qui crée le conflit intérieur.
L’IFS vous apprend que chaque partie a une fonction positive. Même celle qui vous paralyse, celle qui vous critique, celle qui vous pousse à manger du chocolat devant Netflix au lieu de faire du sport. Derrière chaque comportement que vous jugez « mauvais » ou « contre-productif », il y a une intention de protection. Le problème, ce n’est pas la partie elle-même, c’est son isolement, son manque de dialogue avec les autres, et surtout le fait qu’elle prenne le contrôle de votre vie sans que vous en ayez conscience.
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines parties de vous semblent si puissantes ? Pourquoi la voix qui vous critique est si forte, alors que la voix qui vous encourage est si faible ? La réponse est surprenante : les parties qui créent le conflit intérieur sont souvent celles qui ont pris le pouvoir pour vous protéger, il y a longtemps, dans un contexte différent.
Imaginons une situation que je rencontre fréquemment. Sophie, 34 ans, infirmière, vient me consulter pour une « anxiété généralisée ». Elle se sent constamment en alerte, incapable de se détendre, même en vacances. En explorant avec elle, nous découvrons une Partie Perfectionniste très active. Cette partie lui impose des standards irréalistes : « Tu dois être parfaite au travail, à la maison, dans tes relations. Si tu fais une erreur, tu es nulle. » Une autre partie, que nous appellerons la Partie Critiquée, se sent écrasée, honteuse, et réplique en se repliant sur elle-même, en évitant toute situation où elle pourrait échouer.
Le conflit est permanent : la Partie Perfectionniste pousse, la Partie Critiquée se rétracte. Sophie se sent écartelée, épuisée. Mais pourquoi la Partie Perfectionniste est-elle si inflexible ? En remontant dans son histoire, Sophie se souvient : enfant, elle a appris que l’amour de ses parents était conditionné à ses résultats scolaires et à son comportement irréprochable. La Partie Perfectionniste est née pour protéger Sophie du rejet. Elle a pris le relais, croyant que si Sophie était parfaite, elle serait aimée. Aujourd’hui, même si Sophie est adulte et que ses parents ne la jugent plus, cette partie continue à appliquer la même stratégie. Elle ne sait pas faire autrement.
Le conflit intérieur profite donc à ces parties protectrices qui, sans le savoir, perpétuent des schémas dépassés. Elles pensent agir pour votre bien, mais elles vous empêchent de vivre librement. Et vous, vous vous sentez coupable de ne pas « réussir » à les faire taire. C’est un cercle vicieux.
« Chaque partie de vous, même celle que vous détestez le plus, essaie de vous protéger d’une manière qui a fonctionné dans le passé. Le problème, c’est qu’elle ne sait pas que vous avez grandi. »
La première étape pour apaiser le conflit intérieur, c’est de reconnaître que vous avez des parties, sans les juger. L’IFS ne vous demande pas de vous débarrasser de vos parties, mais de les accueillir avec curiosité. Car c’est le jugement qui alimente le conflit. Si vous dites : « Je suis nul, je n’arrive pas à me motiver », vous renforcez la partie critique. Si vous dites : « Je remarque qu’une partie de moi a peur de me lancer », vous créez un espace de dialogue.
Pour commencer, je vous propose un petit exercice. La prochaine fois que vous ressentez un conflit intérieur, arrêtez-vous une minute. Posez-vous ces questions, comme si vous parliez à un ami :
Ce simple geste de reconnaissance change déjà la donne. Vous passez d’une identification à la voix (je suis anxieux) à une observation (j’ai une partie anxieuse). C’est le début de la désidentification, un concept clé en IFS. Vous n’êtes pas vos parties. Vous êtes le Self, cette essence calme, curieuse, compatissante qui peut accueillir toutes vos parties.
Prenons un autre exemple. Marc, 28 ans, étudiant en thèse, se plaint de procrastination chronique. Il se dit : « Je suis feignant, je n’ai pas de discipline. » En explorant avec lui, nous découvrons une Partie Rebelle qui refuse de se mettre au travail. Pourquoi ? Parce qu’elle protège Marc d’une Partie Épuisée, qui a été surmenée pendant des années. La Partie Rebelle dit : « Si tu travailles trop, tu vas craquer. Alors on ne fait rien. » Le conflit est entre la Partie Exigeante (celle qui veut qu’il termine sa thèse) et la Partie Rebelle (celle qui veut le préserver). Marc n’est pas feignant. Il est déchiré entre deux protecteurs qui ont des stratégies opposées.
Reconnaître ses parties sans jugement, c’est accepter que chacune a une bonne raison d’être là. Vous n’avez pas à les aimer tout de suite. Mais vous pouvez commencer à les écouter.
Vous avez peut-être déjà vécu cette situation frustrante : vous décidez de changer, vous vous fixez des objectifs, vous êtes motivé. Puis, au bout de quelques jours, une force invisible vous ramène à vos vieilles habitudes. Vous vous dites : « Je n’ai pas de volonté. » En réalité, vous avez rencontré une partie protectrice qui ne veut pas que vous changiez.
Ces parties protectrices, que l’IFS appelle les Managers, ont pour mission de maintenir l’équilibre, d’éviter la vulnérabilité. Elles ont développé des stratégies pour que vous ne soyez pas blessé, rejeté, ou submergé par des émotions douloureuses. Par exemple, si vous avez une Partie Critique qui vous rabaisse avant un entretien, elle le fait pour que vous soyez tellement stressé que vous échouiez, ce qui vous évitera d’espérer trop et d’être déçu. C’est tordu, mais logique pour elle.
Je me souviens d’Élodie, 39 ans, coach sportive. Elle vient me voir parce qu’elle n’arrive pas à développer son activité en ligne, alors qu’elle en rêve. Chaque fois qu’elle commence à créer du contenu, une Partie Saboteuse la pousse à regarder des séries, à ranger son frigo, à tout sauf à travailler. En explorant, nous découvrons une Partie Honteuse, très jeune, qui porte la croyance : « Si tu te montres, tu seras jugée et rejetée. » La Partie Saboteuse protège Élodie de cette honte en la maintenant dans l’invisibilité.
Le conflit intérieur est donc une lutte entre la partie qui veut grandir et la partie qui veut rester en sécurité. Et tant que vous ne négociez pas avec le protecteur, le changement est impossible. L’IFS ne cherche pas à contourner ces parties, mais à établir une relation de confiance avec elles. Il ne s’agit pas de forcer la partie protectrice à se taire, mais de comprendre ce qu’elle craint, et de la rassurer.
« Le changement durable ne vient pas de la lutte contre vos parties, mais de l’alliance avec elles. Une partie protectrice ne lâchera jamais le volant tant qu’elle ne se sentira pas en sécurité. »
L’IFS propose un processus en plusieurs étapes pour passer du conflit à la coopération intérieure. Je vais vous en donner les grandes lignes, de manière simplifiée, pour que vous puissiez commencer à l’expérimenter.
La première étape est l’identification. Vous repérez une partie qui semble active. Par exemple, la partie qui vous dit « Tu es nul » quand vous faites une erreur. Au lieu de la combattre, vous lui dites intérieurement : « Je vois que tu es là. Merci de te manifester. » Vous lui accordez de l’attention.
La deuxième étape est l’accueil. Vous demandez à cette partie ce qu’elle ressent, ce qu’elle veut. Pas pour la juger, mais pour la comprendre. Posez-lui la question : « Que crains-tu si tu arrêtais de me critiquer ? » La réponse est souvent surprenante. La partie critique peut dire : « J’ai peur que tu deviennes négligent et que tu te mettes en danger. » Derrière la critique, il y a de la peur et de l’amour maladroit.
La troisième étape est la décharge. La partie protectrice porte souvent le poids d’une émotion ou d’une croyance qui ne lui appartient pas vraiment. Elle a été créée pour gérer une blessure ancienne. En IFS, on peut alors demander à la partie si elle est prête à laisser le Self prendre les choses en main. Le Self, c’est cette partie de vous qui est calme, confiante, connectée. Vous pouvez lui demander : « Et si tu me faisais confiance pour gérer cette situation ? Je suis adulte maintenant, je peux m’occuper de ça. »
Cela ne marche pas toujours du premier coup. Les parties protectrices sont souvent méfiantes. Mais à force de dialogue, elles peuvent accepter de se retirer un peu, de faire un pas de côté. Et là, vous accédez à la partie vulnérable qu’elles protègent : une partie blessée, souvent un enfant intérieur, qui porte la douleur d’origine. C’est là que la guérison profonde se produit.
Prenons l’exemple de Paul, le commercial. Après avoir dialogué avec sa Partie Protectrice (celle qui lui disait de ne pas postuler), il a découvert qu’elle protégeait une Partie Enfant humiliée. À 8 ans, Paul avait été ridiculisé par son père après avoir échoué à un examen. Cette partie portait une honte immense. La Partie Protectrice avait juré que Paul ne vivrait plus jamais ça. En accueillant cette partie enfant, en la rassurant, Paul a pu libérer l’énergie bloquée. Il a postulé à la promotion, et même s’il n’a pas été retenu, il a ressenti une immense paix intérieure. Le conflit était apaisé.
Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer. Voici un exercice pratique que je donne souvent à mes patients. Il est simple, mais puissant si vous le faites avec sincérité.
Ce soir, installez-vous calmement, sans distraction. Prenez quelques respirations profondes. Pensez à un conflit intérieur récent : par exemple, l’envie de faire du sport versus l’envie de rester sur le canapé. Identifiez les deux parties en présence. Donnez-leur un nom, une couleur, une forme. Par exemple, la Partie Sportive est un petit bonhomme énergique en rouge, la Partie Canapé est un ours paresseux en gris.
Maintenant, adressez-vous à la partie que vous jugez la plus « gênante », celle qui vous empêche d’agir. Par exemple, la Partie Canapé. Dites-lui, intérieurement : « Je te vois. Je sais que tu es là pour une bonne raison. Qu’est-ce que tu essaies de me protéger ? » Écoutez la réponse. Elle peut être une sensation, une image, un mot. Ne forcez pas. Restez curieux.
Ensuite, remerciez cette partie. Dites-lui : « Merci de veiller sur moi. Je comprends que tu veux mon bien. » Vous pouvez même lui demander : « Accepterais-tu de faire un petit pas de côté, juste pour voir ce qui se passe ? » Si elle refuse, respectez cela. Vous avez déjà créé un lien.
Terminez en prenant une décision simple, même petite, qui tient compte des deux parties. Par exemple : « Je vais faire 10 minutes d’exercice, puis je m’autorise à regarder une série. » Vous montrez que vous pouvez négocier, que les deux parties ont une place.
Ce n’est pas une solution miracle, mais c’est un premier pas vers une paix intérieure. Le conflit ne disparaît pas du jour au lendemain, mais il s’adoucit. Vous apprenez à devenir le leader calme de votre famille intérieure.
Vous avez peut-être reconnu certaines de vos expériences dans ces lignes. Peut-être que vous sentez, pour la première fois, que votre conflit intérieur n’est pas une fatalité, mais une invitation à mieux vous connaître. L’IFS ne promet pas de faire taire vos parties, mais de les réunir autour d’un même projet : votre bien-être.
Je ne vais pas vous dire que
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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Repérez ce qui vous empêche de ressentir votre présence intérieure.
Reconnaissez les signes d’un Self caché sous vos émotions.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.