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Pourquoi vous sentez-vous vide ? Le Self IFS a la réponse

Un vide intérieur peut cacher un Self prêt à émerger.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes là, confortablement installé dans votre canapé, le regard vide fixé sur l’écran de votre téléphone. Vous venez de scroller vingt minutes sans rien voir. Vous avez mangé sans avoir faim, ri sans trouver ça drôle, dit « ça va » alors qu’au fond, il y a ce poids sourd, cette absence. Un vide. Pas une tristesse franche, pas une colère précise. Juste… rien. Un espace intérieur qui semble désert, froid, parfois même effrayant.

Je reçois ça presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes intelligents, actifs, parfois brillants socialement ou professionnellement, qui me disent : « Thierry, j’ai tout pour être heureux, mais je ne ressens rien. » Ou : « Je fais semblant. » Ou encore : « Je cherche quelque chose, mais je ne sais pas quoi. »

Ce vide, on le vit souvent comme une anomalie, un défaut de fabrication. On essaie de le combler : travail, sport, relations, voyages, achats, alcool, écrans. Ça marche un moment. Puis le vide revient, plus insistant. Parfois, on finit par croire que ce vide, c’est nous. Qu’on est creux, abîmé, cassé.

Et si je vous disais que ce vide n’est pas un trou mais une porte ? Qu’il ne signale pas une absence, mais une présence qui attend d’être reconnue ?

C’est là que l’IFS – le modèle des Systèmes Familiaux Internes – change complètement la donne. Il propose une idée radicale : au centre de vous, il n’y a pas un vide, mais un Self. Un Self calme, curieux, confiant, créatif, connecté, courageux, compatissant. Huit qualités qui sont votre nature profonde. Pas une construction, pas un objectif à atteindre. Une réalité.

Mais alors, pourquoi ne le sentez-vous pas ? Parce que des parties de vous, souvent très jeunes, très protectrices, occupent tout l’espace. Et ce vide que vous ressentez ? C’est parfois le signe que le Self essaie de se frayer un chemin à travers l’épaisse couche de protections que vous avez mises en place depuis des années.

Le vide comme symptôme, pas comme essence

Parlons d’abord de ce que vous vivez concrètement.

Imaginez Julien, 42 ans, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il « s’ennuie de tout ». Il a changé trois fois de boîte en cinq ans. Chaque nouveau poste l’enthousiasme trois mois, puis le vide revient. Il se force à sortir, à faire du sport, à voir des amis. Mais il décrit une sensation de « jouer un rôle ». Il dit : « Je suis un acteur dans ma propre vie. »

Ou Claire, 35 ans, mère de deux enfants. Elle raconte : « Je les aime, mes enfants, je le sais. Mais quand je suis avec eux, je suis en pilotage automatique. Je fais les gestes, je dis les mots, mais je ne ressens rien. Parfois, je me demande si je suis un monstre. »

Ce que vivent Julien et Claire, c’est ce que j’appelle le « vide fonctionnel ». Vous faites, vous produisez, vous tenez. Mais la connexion avec votre expérience intérieure est coupée. Ce n’est pas une dépression au sens clinique – même si ça peut y ressembler. C’est plutôt un état où des parties de vous, pour vous protéger, ont pris les commandes et éteint le ressenti.

En IFS, on appelle ça des protecteurs. Ces parties ont un boulot : vous éviter la souffrance. Souvent, elles sont apparues très tôt, dans l’enfance ou l’adolescence. Elles ont décidé que ressentir était trop dangereux, trop douloureux, trop vulnérable. Alors elles ont construit un mur. Et ce mur, vous l’appelez « vide ».

Le problème, c’est qu’en vous protégeant de la douleur, elles vous coupent aussi de la joie, de l’amour, de la vitalité. Vous ne sentez plus le vide ? Non. Vous sentez l’absence de vous-même.

Le Self : votre centre d’origine

L’IFS postule que nous naissons avec un Self. Pas un ego, pas une identité construite, mais une qualité d’être. Elle se manifeste par huit attributs que vous pouvez tous reconnaître, même si vous ne les vivez pas en permanence :

  • Calme : une présence stable, non réactive.
  • Curiosité : un intérêt ouvert pour ce qui se passe, sans jugement.
  • Compassion : une bienveillance qui ne cherche pas à réparer, juste à être avec.
  • Confiance : une certitude que tout va bien, même dans l’incertitude.
  • Créativité : une capacité à trouver des solutions nouvelles.
  • Connexion : un sentiment d’appartenance, d’interdépendance.
  • Courage : une force tranquille pour regarder ce qui est difficile.
  • Clarté : une vision nette de ce qui est vrai pour vous.

Ces huit mots commencent tous par C en anglais (Calm, Curiosity, Compassion, Confidence, Creativity, Connection, Courage, Clarity). Les anglophones parlent des « 8 C’s du Self ». Moi, j’aime dire que c’est votre moi profond, celui qui est là avant que les blessures et les stratégies de protection ne prennent le dessus.

Et voici la clé : le Self n’a pas besoin d’être construit, seulement dégagé. Comme un diamant recouvert de poussière. La poussière, ce sont les parties protectrices. Le vide que vous ressentez, c’est parfois la poussière qui est si épaisse que vous avez oublié qu’il y avait quelque chose en dessous.

« Le vide n’est pas un trou dans votre âme. C’est la salle d’attente de votre Self. Il attend que vous écartiez les gardiens pour entrer. »

Les parties qui créent le vide

Faisons un pas de plus. Si le Self est là, pourquoi ne le sentons-nous pas ? Parce que des parties de nous sont en conflit.

Prenons un exemple concret. Vous avez une partie qui vous pousse à réussir, à en faire toujours plus. Elle dit : « Si tu t’arrêtes, tu t’effondres. » Elle vous maintient dans l’action, la performance, la liste de tâches. Elle est protectrice : elle vous évite de sentir l’échec, le rejet, l’abandon.

Mais en dessous, il y a une autre partie, souvent plus jeune, qui porte une blessure. Peut-être une partie enfant qui a été ignorée, critiquée, ou qui a dû être parfaite pour être aimée. Cette partie-là, on l’appelle un exilé en IFS. Elle porte des émotions douloureuses : honte, peur, tristesse, solitude.

Le protecteur (la partie qui vous fait courir après la réussite) verrouille l’exilé dans une pièce sombre. Pour être sûr qu’il ne sorte pas, il remplit tout l’espace avec du bruit, du travail, des écrans, des relations. Résultat : vous ne sentez ni la douleur de l’exilé, ni la présence du Self. Vous sentez… du vide. Parce que tout est occupé par l’activité du protecteur, mais cette activité est déconnectée de votre centre.

Certains de mes patients décrivent ça comme « vivre dans une bulle ». Tout est étouffé. Les émotions arrivent comme à travers un coton. Vous souriez, mais votre sourire n’atteint pas vos yeux.

Le vide, c’est donc un symptôme de saturation : trop de protection, trop de contrôle, trop de fuite. Le Self n’a pas d’espace pour respirer.

Comment le vide devient une invitation

Maintenant, imaginez que vous arrêtez de lutter contre ce vide. Au lieu de le combler, vous vous asseyez avec lui. Vous lui demandez : « Qu’est-ce que tu es ? D’où viens-tu ? Que veux-tu me dire ? »

C’est ce que je propose à mes patients. On commence par une simple curiosité. Pas pour analyser, pas pour résoudre. Juste pour être avec.

Un jour, une patiente – appelons-la Sophie – me dit : « J’ai ce vide dans la poitrine. C’est froid. Ça me fait peur. » Je lui propose de fermer les yeux et de placer son attention là, dans ce vide. Pas pour le chasser, mais pour le regarder comme on regarde un nuage.

Au bout de quelques secondes, elle dit : « C’est comme un trou noir. Mais en dessous, il y a quelque chose qui bouge. » Je l’invite à rester. Elle pleure doucement. Elle dit : « C’est une petite fille. Elle est seule. Elle attend. »

Cette petite fille, c’est une partie exilée. Elle porte une blessure ancienne : un parent trop occupé, une séparation, un sentiment de ne pas compter. Le protecteur a construit le vide pour que Sophie n’ait pas à sentir cette solitude déchirante. Mais en faisant ça, il l’a coupée de sa capacité à ressentir l’amour, la présence, la joie.

Quand Sophie, guidée par son Self (calme, curieux, compatissant), a pu s’approcher de cette petite fille, lui dire « je te vois, je suis là », le vide a commencé à se dissiper. Pas par magie. Par présence. La petite fille a été reconnue. Elle n’avait plus besoin de se cacher.

Ce que Sophie a vécu, c’est la libération de son Self. En s’occupant de ses parties, elle a libéré de l’espace. Le vide a laissé place à une sensation de plénitude légère. Pas de bonheur tonitruant, mais une paix profonde.

Ce que l’IFS ne fait pas

Soyons clairs : l’IFS n’est pas une baguette magique. Ce n’est pas non plus une thérapie où on vous dit « pensez positif » ou « visualisez votre meilleur vous ». Ce serait rajouter une couche de protection.

L’IFS, c’est un travail d’accueil. Vous n’allez pas tuer vos parties protectrices. Elles ont fait leur job, souvent avec courage. Vous allez les remercier, leur montrer que vous pouvez maintenant prendre le relais. Vous allez libérer les exilés en leur offrant une présence bienveillante.

Et le Self, lui, n’a pas besoin d’être renforcé. Il est déjà là, intact. Vous n’avez pas à devenir quelqu’un d’autre. Vous avez à déposer les masques.

C’est pour ça que le vide est une si bonne nouvelle. Il signale que vos parties sont prêtes à lâcher prise. Que le Self frappe à la porte. Que vous êtes fatigué de jouer un rôle. Que vous voulez rentrer chez vous, dans votre propre corps, votre propre cœur.

Les signes que votre Self est en train d’émerger

Peut-être lisez-vous ces lignes et vous dites : « D’accord, mais moi, je ne sens toujours que le vide. Comment savoir si mon Self est là ? »

Voici quelques signes discrets que votre Self commence à pointer le bout de son nez :

  • Vous avez des moments où vous vous sentez calme sans être apathique. Pas d’urgence, pas d’agitation. Juste une pause.
  • Vous ressentez une curiosité pour vous-même, pour vos réactions, sans vous juger. Vous vous demandez : « Tiens, pourquoi cette colère ? » au lieu de « Je suis nul d’être en colère. »
  • Vous avez des élans de compassion pour vous-même ou pour les autres, même imparfaits. Vous vous surprenez à penser : « C’est dur pour lui aussi. »
  • Vous faites l’expérience de moments de connexion : un regard échangé, un silence partagé, un paysage qui vous touche. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est réel.
  • Vous sentez un courage nouveau pour regarder des choses que vous fuyiez. Pas pour les affronter, juste pour les voir.

Ces micro-expériences, c’est votre Self qui respire. Il n’a pas besoin d’être spectaculaire. Il est humble. Il est là, dans les interstices de votre vie quotidienne.

Une pratique simple pour commencer

Vous n’avez pas besoin d’être en thérapie pour amorcer ce mouvement. Voici quelque chose que vous pouvez faire maintenant, seul, chez vous.

Installez-vous confortablement. Fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes. Puis posez-vous ces questions, lentement, comme si vous les murmuriez à un ami :

  1. « Quelle partie de moi est là en ce moment ? » Peut-être une partie pressée, une partie sceptique, une partie triste. Accueillez-la sans chercher à la changer.

  2. « Qu’est-ce que cette partie veut que je sache ? » Écoutez la réponse. Pas avec votre tête, avec votre ressenti. Elle dit peut-être : « J’ai peur que ça ne marche pas. » Ou : « Je suis fatiguée de faire semblant. »

  3. « Est-ce que je peux être simplement présent avec cette partie ? » Vous n’avez pas à la réparer. Juste à être là, comme un parent bienveillant qui écoute son enfant.

  4. « Et maintenant, qu’est-ce qui se passe dans mon corps ? » Peut-être que le vide bouge, se transforme, laisse place à une sensation de chaleur ou de légèreté. Peut-être que rien ne change. Les deux sont OK.

Cette pratique, c’est un acte de présence auto-compassionnelle. Vous ne faites pas disparaître le vide. Vous l’invitez à vous révéler ce qu’il cache.

Quand le vide devient une ressource

Au fil du temps, avec la pratique, le rapport au vide change. Il n’est plus cet ennemi à combattre, ce symptôme à éliminer. Il devient un signal, un messager. Quand il revient, vous savez qu’une partie de vous demande de l’attention. Vous savez que votre Self est en train de vous dire : « Ici, il y a quelque chose à voir. »

Certains de mes patients en arrivent à ressentir une forme de gratitude pour ce vide. Il les a poussés à chercher, à s’arrêter, à descendre à l’intérieur. Sans lui, ils seraient restés en surface, à gérer, à produire, à survivre.

« Le vide n’est pas une absence de vous. C’est l’écho de votre Self qui appelle à travers les murs que vous avez construits. »

Vous n’êtes pas vide, vous êtes plein de parties qui attendent

Je vais conclure par une image qui revient souvent dans mon cabinet.

Imaginez une maison. Vous vivez dans le salon, mais il y a des pièces fermées, des caves, des greniers. Vous avez entendu des bruits, parfois. Vous avez préféré ne pas ouvrir. Alors vous restez dans le salon, à regarder la télé, à ranger, à faire semblant que tout va bien. Mais vous sentez que la maison est plus grande. Vous sentez qu’il manque quelque chose.

Le vide, c’est la sensation de cette maison non explorée. Et le Self, c’est le propriétaire légitime, celui qui peut ouvrir chaque porte avec calme, curiosité et compassion. Pas pour tout changer, mais pour habiter pleinement sa maison.

Si vous vous reconnaissez dans ce que j’ai décrit, sachez que vous n’êtes ni brisé ni creux. Vous êtes simplement en transition. Vos parties vous ont protégé, et maintenant elles sont prêtes à vous confier les clés. Le Self est là. Il n’a jamais cessé d’être là.

Et maintenant ?

Vous pouvez commencer par une toute petite chose. Ce soir, avant de vous endormir, posez votre main sur votre cœur ou votre ventre. Et dites, à voix haute ou en silence : « Je suis là pour toi. » Pas pour résoudre, pas pour comprendre. Juste pour être présent.

C’est le début d’une nouvelle relation avec vous-même. Une relation où le vide n’est plus un ennemi, mais un guide. Et si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement pour explorer ces territoires intérieurs, je suis là, à Saintes, pour vous recevoir. Pas pour vous réparer – vous n’êtes pas cassé. Pour vous aider à retrouver le chemin vers ce Self qui n’a jamais cessé de vous attendre.

Prenez soin de vous.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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