Pourquoi vous vous sabotez : l’explication de l’IFS et comment dialoguer avec la part qui freine
L’autosabotage vu par l’IFS : une part protectrice qui vous freine pour de bonnes raisons, trois signes pour la reconnaître, comment dialoguer avec elle sans la forcer, et un exercice pour commencer seul.

Vous aviez tout préparé. Ce projet vous tenait à cœur, cette relation commençait bien, cette candidature était prometteuse. Et puis, au dernier moment, vous avez remis à plus tard, vous avez oublié, vous avez dit la mauvaise chose, vous avez abandonné. Encore une fois. Et vous vous demandez : pourquoi je me sabote ?
On parle souvent d’autosabotage comme d’un défaut : manque de volonté, de confiance, de discipline. L’IFS (Internal Family Systems) propose une explication très différente, et beaucoup plus porteuse d’espoir : vous n’êtes pas un saboteur. Une part de vous sabote, et elle a de bonnes raisons de le faire.
L’autosabotage, un mécanisme de protection déguisé
Dans le modèle IFS, notre psychisme est composé de multiples parts. Certaines, les protecteurs, ont pour mission d’éviter que nous revivions des douleurs anciennes. Quand une situation risque de réveiller une blessure (un échec, un rejet, une humiliation, une perte), un protecteur peut intervenir pour l’empêcher, quitte à vous freiner.
Vu ainsi, l’autosabotage n’est pas une attaque contre vous. C’est une protection. Maladroite, coûteuse, mais sincère.
Pourquoi certaines parts veulent vous freiner
Quelques exemples fréquents :
- la peur de l’échec : si vous ne tentez pas vraiment, vous ne pouvez pas vraiment échouer ; une part préfère que vous ne finissiez pas votre dossier plutôt que de risquer qu’il soit refusé ;
- la peur du succès : réussir, c’est être plus visible, plus attendu, plus exposé à la critique ; ou c’est risquer de dépasser un parent, de trahir une loyauté familiale ;
- la peur de l’intimité : une relation qui devient sérieuse réveille la peur d’être abandonné ou envahi ; une part trouve un défaut à l’autre, ou provoque une dispute ;
- la loyauté à une croyance : « je ne mérite pas d’être heureux », « les gens comme nous ne réussissent pas » ; une part s’assure que la croyance reste vraie.
Derrière chaque protecteur qui sabote, il y a généralement un exilé : une part jeune qui porte la douleur que le protecteur cherche à éviter.
Trois signes pour reconnaître la part qui sabote
- Le sabotage arrive au moment où ça compte : juste avant l’échéance, juste quand la relation devient sérieuse, juste quand le succès est proche.
- Vous avez l’impression que « ce n’est pas vous » : vous regardez votre comportement avec étonnement, comme si quelqu’un d’autre avait pris les commandes.
- Une voix intérieure le justifie : « de toute façon, ça n’aurait pas marché », « ce n’est pas le bon moment », « tu n’es pas prêt ».
Ces signes indiquent qu’une part protectrice a pris le relais.
Pourquoi cette part a pris le pouvoir
Les protecteurs se mettent souvent en place tôt, dans des situations où l’enfant n’avait pas d’autres moyens de se protéger. Un enfant moqué pour ses erreurs peut développer une part qui l’empêche d’essayer. Un enfant dont les réussites suscitaient de la jalousie peut développer une part qui l’empêche de briller.
Ces parts ont fait leur travail, souvent bien. Le problème, c’est qu’elles ne savent pas que vous avez grandi, que vous avez aujourd’hui d’autres ressources. Elles continuent d’appliquer une stratégie d’enfant à une vie d’adulte.
Pourquoi la volonté ne suffit pas
Se forcer, se motiver, se faire des reproches : ces stratégies opposent une part (celle qui veut avancer) à une autre (celle qui freine). Le conflit intérieur s’intensifie, et la part qui freine a souvent le dernier mot, parce qu’elle est animée par la peur. C’est pourquoi l’autosabotage résiste si bien aux bonnes résolutions.
Dialoguer avec la part qui vous bloque
L’IFS propose une autre voie : au lieu de combattre la part qui sabote, entrer en relation avec elle.
- Repérez-la : pensez à une situation récente de sabotage. Où sentez-vous cette part dans votre corps ? Comment la percevez-vous (une image, une voix, une sensation) ?
- Vérifiez votre état : que ressentez-vous envers elle ? Si c’est de l’agacement ou du mépris, une autre part (souvent celle qui veut avancer) est en train de la juger. Demandez-lui de faire un pas de côté.
- Posez-lui des questions avec curiosité :
- « Qu’est-ce que tu essaies de faire pour moi ? »
- « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu me laisses avancer ? »
- « Depuis quand fais-tu ce travail ? »
- Remerciez-la pour ses efforts, même si leurs effets vous coûtent.
- Négociez : « Est-ce que tu accepterais de me laisser essayer un petit pas, si je prends soin de ce que tu protèges ? »
Souvent, la part qui sabote est soulagée d’être enfin entendue. Elle n’a pas besoin d’être supprimée, mais rassurée.
De la protection à la libération
Le travail ne s’arrête pas au dialogue avec le protecteur. Avec un accompagnement, on peut ensuite rencontrer l’exilé qu’il protège : l’enfant qui a eu honte, peur, mal. Quand cet enfant reçoit enfin ce dont il avait besoin, le protecteur n’a plus besoin de vous freiner. Il peut même choisir un autre rôle, plus aidant : devenir prudent plutôt que paralysant.
L’hypnose ericksonienne complète ce travail en installant de nouvelles réponses dans le corps : la sensation de pouvoir avancer en sécurité.
Ce que l’IFS ne fait pas
Elle ne transforme pas l’autosabotage en une séance. Elle ne remplace pas un suivi médical ou psychologique si le sabotage s’accompagne de dépression, d’addictions, ou de comportements qui vous mettent en danger. Et elle ne prétend pas que tous les freins sont injustifiés : parfois, une part qui hésite a raison, et vous signale un vrai risque.
Commencer seul dès aujourd’hui
Prenez dix minutes avec un carnet. Pensez à un projet que vous repoussez. Écrivez une lettre à la part qui vous freine, en commençant par : « Je crois que tu essaies de me protéger de… » Puis, en changeant de main ou de couleur, laissez-la répondre. Ce simple exercice change souvent la relation.
Pour comprendre les différents protecteurs, voyez managers et pompiers : qui mène la danse en vous.
Écouter plutôt que supprimer
Et si la solution n’était pas de vous forcer, mais de vous écouter ? La part qui vous sabote connaît vos blessures mieux que personne. Elle peut devenir une alliée. Si vous souhaitez être accompagné, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.
Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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