3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Découvrez la part qui vous protège en vous freinant.
Vous arrive-t-il de vous dire « mais pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? » après avoir craqué sur un paquet de biscuits alors que vous vouliez manger sainement, ou après avoir repoussé encore une fois ce projet qui vous tient pourtant à cœur ? Vous n’êtes pas seul. L’autosabotage, ce comportement qui semble aller contre nos propres intérêts, est un phénomène courant mais profondément déroutant. En tant que praticien installé à Saintes depuis 2014, j’ai accompagné des dizaines d’adultes coincés dans ce cycle : ils veulent avancer, mais quelque chose en eux les freine systématiquement. Pendant longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait d’un manque de volonté ou d’une faiblesse de caractère. Puis j’ai découvert l’IFS (Internal Family Systems), un modèle qui a radicalement changé ma pratique. Et si cette partie de vous qui sabote n’était pas un ennemi à abattre, mais un protecteur maladroit qui essaie de vous garder en sécurité ? C’est ce que nous allons explorer ensemble.
L’autosabotage prend des formes variées : procrastination, perfectionnisme paralysant, relations toxiques, addictions douces, ou encore auto-critique incessante. Il se manifeste souvent juste avant un pas important : une promotion, un rendez-vous amoureux, une prise de parole en public. Ce n’est pas un hasard. Le mécanisme est plus complexe qu’une simple « faiblesse ». Derrière chaque acte d’auto-sabotage se cache une partie de vous, une « sous-personnalité », qui agit avec une intention positive, même si ses méthodes sont contre-productives. L’IFS nous apprend que notre psyché est composée de multiples parties, chacune avec son propre rôle, ses émotions et ses croyances. Quand l’une d’elles prend le contrôle pour vous empêcher d’échouer, de souffrir ou d’être rejeté, vous vivez cela comme un sabotage. Mais si vous apprenez à dialoguer avec elle, vous découvrez qu’elle vous protège d’une douleur ancienne, souvent oubliée.
Prenons l’exemple de Caroline, une cliente que j’ai suivie il y a quelques années. Caroline, 34 ans, cadre dans une entreprise de services, venait me voir parce qu’elle n’arrivait pas à terminer son mémoire de master, pourtant essentiel pour sa carrière. Elle avait déjà repoussé la date limite trois fois. « Je sais que je suis capable, me disait-elle, mais à chaque fois que je m’assois pour écrire, une voix dans ma tête me dit que ce sera nul, que je vais me ridiculiser. Alors je vais scroller sur mon téléphone ou ranger mon bureau. » Cette voix, c’est une partie d’elle que j’appelle le « critique intérieur ». Pour l’IFS, ce n’est pas une tare, c’est un protecteur qui utilise la peur de l’échec pour éviter une humiliation potentielle. En explorant ensemble, Caroline a découvert que cette partie était née à l’adolescence, quand son père, lui-même perfectionniste, lui avait dit : « Si tu fais les choses à moitié, tu n’es rien. » Depuis, cette partie veillait à ce qu’elle ne prenne aucun risque. Le sabotage (la procrastination) était son arme de protection.
« La partie qui sabote n’est pas votre ennemie. Elle est le gardien d’une blessure que vous ne voulez plus revivre. »
Cet article va vous montrer comment l’IFS décode l’autosabotage en trois étapes : identifier les parties en jeu, comprendre leur intention positive, puis négocier un nouveau contrat avec elles. Vous apprendrez à reconnaître ces voix intérieures et à les apaiser, non pas en les combattant, mais en les accueillant avec curiosité. Ce n’est pas une solution miracle, mais un chemin concret vers plus de liberté intérieure. Prêt à rencontrer le protecteur qui se cache derrière vos blocages ?
L’autosabotage n’est pas une fatalité, ni un trait de personnalité fixe. C’est un comportement répétitif qui semble agir contre vos objectifs conscients. Vous voulez arrêter de fumer, mais vous allumez une cigarette en soirée. Vous souhaitez vous lever tôt pour courir, mais vous restez sous la couette. Vous rêvez de lancer votre entreprise, mais vous passez des mois à « peaufiner » votre business plan. Dans chaque cas, il y a un écart entre votre intention et votre action. Cet écart, c’est le terrain de jeu de l’autosabotage.
Ce qui est fascinant, c’est que ce comportement n’est pas stupide. Il est logique, du point de vue de la partie qui le génère. Imaginez un système de sécurité dans une maison : si le détecteur de fumée se déclenche à chaque fois que vous faites griller du pain, il devient gênant, mais il remplit sa fonction : vous alerter d’un danger potentiel. De la même manière, la partie qui sabote est hyper-vigilante. Elle a été programmée dans un contexte passé – souvent dans l’enfance ou l’adolescence – pour vous protéger d’une menace perçue : rejet, humiliation, abandon, échec. Le problème, c’est qu’elle continue à appliquer des stratégies d’hier à des situations d’aujourd’hui. Elle ne sait pas que vous avez grandi, que vous avez plus de ressources, que les enjeux ont changé.
L’IFS distingue deux types de parties impliquées dans l’autosabotage : les protecteurs et les exilés. Les protecteurs sont les parties actives qui sabotent. Elles peuvent prendre la forme de procrastinateurs, de critiques intérieurs, de perfectionnistes, ou de « bons à rien » qui vous rabaissent. Leur rôle est d’empêcher les exilés – des parties plus jeunes, chargées de douleurs émotionnelles (honte, peur, solitude) – de refaire surface. Par exemple, la procrastination de Caroline protégeait une exilée adolescente qui avait intériorisé le message « tu n’es pas à la hauteur ». En repoussant l’écriture, le protecteur évitait à cette jeune partie de revivre la honte d’être jugée par son père.
Comprendre cela change tout. Au lieu de vous traiter de « fainéant » ou de « loser », vous pouvez commencer à vous poser la question : « Quelle partie de moi réagit ici ? Que cherche-t-elle à éviter ? » Cette simple curiosité ouvre une porte. L’autosabotage cesse d’être un ennemi à vaincre pour devenir un messager. Il vous parle de quelque chose qui a besoin d’être entendu.
Pour l’IFS, votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de plusieurs « parties » ou sous-personnalités, chacune avec ses propres émotions, croyances et stratégies. Vous avez peut-être une partie qui veut réussir, une autre qui veut se reposer, une autre qui craint le changement. C’est normal. Le problème survient quand une partie prend le contrôle de manière rigide et vous empêche d’agir selon votre « Self » – votre centre calme, confiant et connecté.
Les parties qui sabotent sont souvent des protecteurs managers. Elles gèrent votre vie quotidienne pour éviter les situations qui pourraient activer des exilés. Leurs stratégies sont variées :
Chacune de ces parties a une intention positive. Le perfectionniste veut vous éviter la honte de l’échec. Le procrastinateur veut vous épargner l’anxiété. Le critique veut vous protéger de la désapprobation. Le problème, c’est que leurs méthodes sont inadaptées à votre vie adulte. Elles utilisent des stratégies héritées de l’enfance, quand vous aviez moins de pouvoir et de ressources.
Prenons un autre exemple anonymisé : Marc, 42 ans, footballeur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Il a un potentiel évident, mais il se blesse systématiquement avant les matchs importants. En explorant avec l’IFS, nous avons rencontré une partie de lui, un « gardien », qui avait décidé à 12 ans, après une humiliation en match, que jouer sous pression était trop dangereux. Cette partie créait des blessures mineures (contractures, tendinites) pour l’empêcher de jouer et donc de risquer l’échec. Ce n’était pas du hasard, c’était une protection. Une fois que Marc a compris cela, il a pu dialoguer avec cette partie, la remercier, et lui proposer un nouveau rôle : celui de le soutenir plutôt que de le freiner.
« Quand vous comprenez que la partie qui sabote veut vous protéger d’une douleur ancienne, la colère se transforme en curiosité. Et la curiosité ouvre la porte au changement. »
Avant de pouvoir dialoguer avec la partie qui sabote, il faut d’abord la reconnaître. Elle n’est pas toujours évidente. Elle peut se cacher derrière des excuses, des sensations physiques ou des émotions fortes. Voici trois signes qui indiquent qu’une partie est à l’œuvre.
1. Un sentiment de contradiction intérieure Vous ressentez un conflit interne. Une partie de vous veut avancer (celle qui a fixé l’objectif), mais une autre résiste. Ce n’est pas de la paresse, c’est une lutte. Par exemple, vous vous dites « je vais travailler sur ce dossier » et soudain, vous vous retrouvez à faire le ménage. Ce décalage est le signe qu’une partie protectrice a pris le relais. Notez les moments où vous vous sentez divisé. Demandez-vous : « Quelle partie veut X ? Quelle partie veut Y ? »
2. Des émotions intenses et soudaines La partie qui sabote s’active souvent avec une charge émotionnelle : anxiété, irritation, honte, ou même un sentiment d’urgence. Si vous ressentez une bouffée d’angoisse juste avant de commencer une tâche importante, c’est probablement une partie qui vous alerte d’un danger. Elle peut aussi se manifester par des pensées automatiques : « Ça ne sert à rien », « Tu vas te planter », « Pourquoi tu t’embêtes ? » Ces voix ne sont pas la vérité, ce sont des messages d’une partie.
3. Des comportements répétitifs et compulsifs L’autosabotage suit souvent un schéma. Vous repoussez toujours les mêmes types de tâches. Vous craquez sur la même nourriture. Vous répétez les mêmes erreurs en couple. Si vous observez une répétition, c’est qu’une partie a un pattern bien rodé. Elle réagit de manière automatique, sans que vous ayez le temps de réfléchir. Ce pattern est sa signature.
Pour identifier la partie, je vous propose un petit exercice pratique. La prochaine fois que vous vous surprenez à saboter (par exemple, en repoussant une tâche), arrêtez-vous une minute. Prenez une respiration. Puis posez-vous ces questions, comme si vous parliez à un personnage à l’intérieur de vous :
Ne cherchez pas à avoir des réponses parfaites. Laissez venir ce qui vient. Vous pourriez être surpris. Un client m’a dit un jour : « J’ai vu une petite fille de 8 ans, terrorisée à l’idée de décevoir sa mère. » Cette petite fille était l’exilée que le protecteur (le perfectionniste) tentait de cacher. En nommant la partie, vous la sortez de l’ombre. Et ce simple geste commence à diminuer son emprise.
Une fois que vous avez identifié la partie qui sabote, l’étape suivante n’est pas de la combattre ou de la faire taire. C’est de négocier avec elle. Dans l’IFS, on dit que les protecteurs ont besoin d’être reconnus, remerciés, puis libérés de leur rôle. Voici comment procéder en trois mouvements.
Étape 1 : La reconnaissance Dites à la partie : « Je te vois. Je comprends que tu essaies de m’aider. Merci d’avoir veillé sur moi tout ce temps. » Cela peut sembler étrange, mais c’est essentiel. Les protecteurs sont souvent des parties épuisées, qui travaillent sans relâche depuis des années. Elles ont besoin de se sentir vues et valorisées. Si vous les attaquez, elles se renforcent. Si vous les remerciez, elles s’apaisent.
Étape 2 : L’exploration de l’intention Demandez à la partie : « Quel est ton vrai rôle ? Que crains-tu qu’il se passe si tu me laissais agir ? » Vous allez souvent découvrir une peur sous-jacente : peur du rejet, de l’humiliation, de la solitude. Cette peur est légitime. Elle appartient à un exilé, une partie plus jeune qui porte une blessure. Mais le protecteur n’a plus besoin de porter ce fardeau seul. Vous pouvez lui dire : « Je suis là maintenant. Je suis adulte. Je peux gérer. »
Étape 3 : La proposition d’un nouveau contrat Demandez à la partie : « Que faudrait-il pour que tu acceptes de me laisser essayer, même un tout petit peu ? » Souvent, le protecteur accepte un test. Par exemple : « Je vais travailler sur ce projet pendant 10 minutes seulement. Si ça devient trop dur, j’arrête. » Cette petite fenêtre d’action permet de rassurer la partie. Petit à petit, elle apprend que le danger n’est pas réel, que vous pouvez survivre à l’inconfort. Le contrat peut évoluer : 15 minutes, puis 30, puis une heure.
J’ai vu des résultats étonnants avec cette méthode. Un client, qui repoussait son bilan de compétences depuis un an, a négocié avec son procrastinateur : « Je vais juste ouvrir le fichier et écrire une phrase. » Il a écrit une phrase, puis une autre, et finalement une page. Son protecteur, voyant qu’aucune catastrophe n’arrivait, a relâché la pression. La clé, c’est la progressivité. Ne forcez pas. Le protecteur a besoin de temps pour vous faire confiance.
« La négociation avec un protecteur, c’est comme apprivoiser un chien qui a été maltraité. Vous ne lui criez pas dessus. Vous lui offrez une friandise et vous attendez qu’il s’approche. »
L’erreur la plus commune, c’est de vouloir éliminer la partie qui sabote. « Je dois arrêter de procrastiner », « Je dois faire taire mon critique intérieur ». Mais en IFS, on ne supprime pas les parties. On les accueille. Pourquoi ? Parce qu’elles sont indestructibles. Elles font partie de vous. Si vous les réprimez, elles reviennent plus fort, ou elles se transforment en autre chose (par exemple, le perfectionnisme peut devenir de l’épuisement). La solution, c’est de les écouter pour qu’elles cessent de crier.
Quand vous écoutez une partie, vous entrez en contact avec votre Self. Le Self est votre essence : calme, curieux, confiant, compatissant. C’est l’espace intérieur qui peut contenir toutes vos parties sans être
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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