3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Des gestes concrets pour retrouver votre calme en 5 minutes.
Vous êtes en train de préparer le dîner, vos enfants tournent autour de la table, votre téléphone vibre avec un message de votre chef qui vous rappelle une échéance que vous aviez oubliée. Soudain, votre poitrine se serre, votre souffle s’accélère, vos mains deviennent moites. Une vague de panique vous submerge, et vous avez l’impression de perdre le contrôle. Dans ces moments-là, on se sent souvent impuissant, comme si une force intérieure nous échappait totalement. Pourtant, il existe des outils concrets pour traverser ces crises émotionnelles sans sombrer. L’IFS, ou Internal Family Systems, propose un protocole simple que vous pouvez appliquer en 5 minutes pour retrouver votre calme. Je vais vous le montrer pas à pas, avec des exemples tirés de mon cabinet à Saintes, où j’accompagne des adultes comme vous à apprivoiser leurs tempêtes intérieures.
Une crise émotionnelle intense, c’est ce moment où une réaction disproportionnée s’empare de vous : une colère qui explose pour un rien, une peur qui vous paralyse, une tristesse qui vous noie. Vous savez, au fond de vous, que la situation ne mérite pas une telle intensité, mais vous ne pouvez pas l’arrêter. Ce n’est pas un signe de faiblesse ou de folie. C’est simplement le signal que l’une de vos « parties » internes, comme les appelle l’IFS, est en état d’alerte maximale. Imaginez votre esprit comme une famille intérieure composée de différentes voix, chacune avec son rôle, ses peurs et ses stratégies de protection. Quand une crise survient, c’est souvent une partie protectrice qui prend le contrôle pour vous éviter une souffrance plus grande, parfois liée à un souvenir ancien.
Prenons un exemple concret. J’ai reçu un jour un patient, appelons-le Marc, un commercial de 42 ans. Il venait de vivre une altercation violente avec son voisin pour une histoire de stationnement. En séance, il était encore tremblant, honteux de sa réaction. En explorant avec lui, nous avons découvert qu’une partie de lui, que nous avons surnommée « le Gardien », se déclenchait dès qu’il percevait une injustice. Cette partie avait pris le pouvoir pour le protéger d’une humiliation qu’il avait vécue enfant, quand son père le rabaissait systématiquement. Comprendre cela, c’est déjà un premier pas vers l’apaisement. Votre cerveau réagit ainsi parce qu’il confond le présent avec un danger passé. L’IFS vous apprend à reconnaître ces parties sans les juger, puis à dialoguer avec elles pour calmer la tempête.
Point clé : Lorsque vous êtes submergé par une émotion, rappelez-vous que ce n’est pas « vous » qui êtes en crise, mais une partie de vous qui tente de vous protéger. Cette distinction est fondamentale pour reprendre le contrôle.
La première étape du protocole IFS pour gérer une crise, c’est d’identifier la partie qui est activée. Mais comment faire quand tout semble confus ? Voici une astuce simple que j’enseigne à mes patients : posez-vous la question « Qui est aux commandes en ce moment ? » et observez les sensations physiques. Une crise émotionnelle intense se manifeste toujours par des signes corporels : une boule dans la gorge, une tension dans les épaules, un cœur qui s’emballe, des mains qui tremblent. Ces sensations sont la porte d’entrée vers la partie concernée.
Prenons l’exemple de Sophie, une enseignante de 35 ans que j’ai suivie pour des crises d’angoisse récurrentes. Elle décrivait une sensation d’étouffement dès qu’elle devait parler en public, même devant sa classe pourtant familière. En séance, je lui ai demandé de fermer les yeux et de se concentrer sur cette boule dans sa gorge. « À quoi ressemble-t-elle ? » lui ai-je demandé. « C’est comme une grosse pierre rugueuse, grise, qui me serre la gorge », a-t-elle répondu. Cette pierre, c’était une partie que nous avons appelée « la Strangleuse ». Son rôle ? L’empêcher de parler pour éviter qu’elle ne soit jugée, comme elle l’avait été à l’école par une institutrice sévère.
Pour vous aider à reconnaître votre partie activée, voici un petit exercice pratique la prochaine fois que vous sentez monter une crise :
Ce geste simple crée une distance entre vous et l’émotion. Vous n’êtes plus submergé ; vous observez. C’est le début du retour au calme. L’astuce, c’est de ne pas chercher à faire disparaître la sensation, mais simplement de la reconnaître. Cela désamorce déjà une partie de l’intensité.
Une fois que vous avez identifié la partie activée, l’étape suivante consiste à dialoguer avec elle. Cela peut sembler étrange au premier abord, mais c’est incroyablement efficace. L’IFS repose sur l’idée que chaque partie a une intention positive, même si son comportement semble destructeur. Votre colère veut vous protéger, votre peur veut vous garder en sécurité, votre tristesse veut attirer de l’attention ou du réconfort. Le dialogue permet de comprendre ce besoin caché et de le rassurer.
Voici un protocole en 3 questions que vous pouvez utiliser en 5 minutes, même en pleine crise. Je l’ai testé avec des centaines de patients à Saintes, et il fonctionne remarquablement bien. Je vais l’illustrer avec l’histoire de Thomas, un footballeur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Lors d’un match important, il a été victime d’une crise de rage après une faute non sifflée. Il a failli se faire exclure. En séance, nous avons travaillé ce protocole pour les prochaines fois.
Question 1 : « Que veux-tu que je sache, partie de moi ? »
Thomas a fermé les yeux et a posé cette question à sa colère. La réponse est venue spontanément : « Je veux que tu te défendes. Sinon, ils vont te marcher dessus comme quand tu étais petit. » Cette partie, que nous avons appelée « le Gladiateur », avait un passé : Thomas avait été victime de harcèlement scolaire. En comprenant cela, il a pu ressentir de la compassion pour cette partie, plutôt que de la rejeter.
Question 2 : « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu te calmes ? »
Cette question est cruciale car elle révèle la peur sous-jacente. Le Gladiateur a répondu : « Si je me calme, tu vas redevenir faible, et tout le monde va t’écraser. » Cette peur était ancienne, mais elle dictait encore son comportement dans le présent.
Question 3 : « Que peux-tu accepter de faire à la place pour m’aider ? »
Ici, vous négociez avec la partie. Thomas a proposé une alternative : « Au lieu de crier sur l’arbitre, je peux prendre une grande respiration et me concentrer sur le prochain ballon. » Le Gladiateur a accepté, à condition que Thomas lui promette de ne pas oublier sa colère après le match. Ce compromis a permis à Thomas de retrouver son calme en moins de deux minutes lors de la crise suivante.
Point clé : Le dialogue avec une partie n’est pas une lutte, mais une négociation respectueuse. Plus vous reconnaissez son rôle protecteur, plus elle accepte de lâcher prise.
Vous avez peut-être déjà entendu parler du système nerveux autonome, qui gère vos réactions de stress. Quand une crise émotionnelle survient, votre système sympathique (le mode « combat ou fuite ») s’active en un éclair. Le problème, c’est que votre système parasympathique (le mode « repos et digestion ») met plus de temps à se remettre en route. C’est pourquoi, même après avoir compris intellectuellement que la situation n’est pas dangereuse, votre corps reste en alerte. L’IFS intègre cette réalité biologique : le dialogue avec les parties ne suffit pas toujours à calmer le corps instantanément. Il faut aussi des gestes concrets pour accompagner la descente.
Voici ce que je propose à mes patients pour compléter le protocole IFS en 5 minutes. Ces techniques sont basées sur la cohérence cardiaque et la respiration, mais adaptées à l’esprit de l’IFS.
La respiration en triangle : Inspirez lentement par le nez pendant 4 secondes, retenez votre souffle pendant 4 secondes, puis expirez par la bouche pendant 6 secondes. Faites cela 3 à 5 fois. Pendant que vous expirez, imaginez que vous soufflez doucement sur la partie activée, comme pour dire « Je te vois, je te laisse de l’espace. »
Le geste d’ancrage : Posez une main sur votre cœur et l’autre sur votre ventre. Cela active le nerf vague, qui est le chef d’orchestre du système parasympathique. Ensuite, dites à voix basse ou intérieurement : « Je suis en sécurité maintenant. Cette partie peut se reposer. » Ce simple geste envoie un signal de sécurité à votre cerveau.
La visualisation de la partie qui se retire : Une fois que vous avez dialogué avec la partie, imaginez-la s’éloigner un peu, comme un gardien qui se met en retrait tout en restant à portée de vue. Vous n’êtes pas en train de la chasser, mais de lui donner une pause. Par exemple, Sophie, l’enseignante, visualisait sa Strangleuse comme une pierre qui se transformait en nuage et flottait à un mètre d’elle.
Ces gestes sont puissants parce qu’ils allient le mental et le corporel. La crise émotionnelle intense n’est pas qu’une histoire de pensées ; elle est aussi une histoire de chimie et de tension musculaire. En 5 minutes, vous pouvez inverser la tendance et ramener votre système nerveux à un état plus calme.
L’IFS est un outil remarquable, mais il a ses limites, surtout quand on l’utilise seul, sans accompagnement. J’ai vu des patients essayer de l’appliquer et se heurter à des obstacles. Voici les trois pièges les plus fréquents, pour que vous puissiez les éviter.
Piège n°1 : Vouloir se débarrasser de la partie trop vite.
Quand une crise vous submerge, votre premier réflexe est souvent de faire taire l’émotion à tout prix. Vous pourriez être tenté de dire à votre colère « Va-t’en, tu es nuisible ». Mais cela revient à rejeter une partie de vous-même, ce qui crée une résistance et aggrave la crise. L’IFS vous demande au contraire d’accueillir la partie avec bienveillance. Si vous sentez que vous ne pouvez pas, c’est normal : cela signifie qu’une autre partie (par exemple, une partie « juge ») est activée. Revenez à l’étape 1 et identifiez cette nouvelle partie.
Piège n°2 : Confondre le dialogue avec l’analyse intellectuelle.
Certains de mes patients, souvent des personnes très rationnelles, se mettent à analyser la partie : « Pourquoi elle fait ça ? D’où vient-elle ? » Cela les éloigne de l’expérience corporelle et émotionnelle. Le dialogue IFS n’est pas une thérapie de bureau ; c’est une conversation intérieure qui se vit dans le ressenti. Si vous vous surprenez à intellectualiser, recentrez-vous sur votre corps. Demandez-vous : « Où est-ce que je sens cette partie en ce moment ? »
Piège n°3 : Forcer le dialogue quand la crise est trop intense.
Il arrive que l’émotion soit si forte que vous ne puissiez même pas poser une question. Dans ce cas, ne forcez pas. Le protocole IFS peut être contre-productif si vous n’êtes pas en état de le faire. Revenez d’abord à des techniques de régulation de base : respirez, marchez, buvez un verre d’eau froide, touchez un objet texturé. Une fois que l’intensité est redescendue à 6 ou 7 sur 10, vous pouvez tenter le dialogue. La crise n’est pas un échec ; c’est une information sur votre état du moment.
Un exemple concret : une patiente, Isabelle, a essayé le protocole lors d’une crise de panique dans un supermarché. Elle s’est forcée à dialoguer avec sa peur, mais cela a amplifié l’attaque. En séance, nous avons compris que sa partie « panique » avait besoin d’abord d’être rassurée par des gestes concrets (respirer, s’appuyer contre un mur) avant d’être prête à parler. Aujourd’hui, elle applique le protocole en deux temps : d’abord la régulation corporelle, puis le dialogue.
Un protocole d’urgence, c’est bien. Mais l’idéal, c’est de ne pas avoir besoin de l’utiliser trop souvent. L’IFS n’est pas qu’un outil de crise ; c’est aussi une philosophie de vie qui vous aide à mieux connaître vos parties et à les apaiser en amont. Voici comment intégrer ce protocole dans votre quotidien, pour que les crises deviennent moins fréquentes et moins intenses.
Pratiquez le « check-in » quotidien. Chaque jour, prenez 2 minutes, le matin ou le soir, pour fermer les yeux et demander : « Quelle partie est active en ce moment ? » Vous pouvez noter dans un carnet : « Aujourd’hui, une partie de moi était anxieuse avant la réunion. Elle ressemblait à un petit lapin tremblant. » Ce simple rituel renforce votre capacité à reconnaître vos parties avant qu’elles ne prennent le pouvoir.
Cultivez le « Self », cette essence calme et compatissante que l’IFS considère comme votre centre. Le Self possède 8 qualités : la curiosité, la compassion, la confiance, le calme, le courage, la clarté, la connexion et la créativité. Plus vous passez de temps dans cet état, moins les parties ont besoin de s’activer. Pour y accéder, pratiquez la méditation de pleine conscience ou simplement des moments de silence volontaire dans votre journée.
Anticipez les déclencheurs. Avec le temps, vous apprendrez à reconnaître les situations qui activent vos parties. Par exemple, si vous savez que les réunions avec votre patron déclenchent une partie « soumise » ou « révoltée », vous pouvez préparer le dialogue à l’avance. Avant la réunion, dites à cette partie : « Je sais que tu es là. Je te promets de t’écouter après. Pour l’instant, laisse-moi gérer. » Cela désamorce une grande partie de la tension.
Un patient, Jean, un cadre de 50 ans, a utilisé cette approche pour gérer son stress avant les entretiens annuels. Il a identifié une partie « perfectionniste » qui le poussait à être irréprochable. Chaque matin pendant une semaine, il a dialogué avec elle : « Qu’as-tu peur qu’il se passe si je fais une erreur ? » La réponse était : « Tu seras licencié et tu finiras à la rue. » En reconnaissant cette peur irrationnelle, il a pu la rassurer et aborder l’entretien avec plus de sérénité. Résultat : il a obtenu une promotion, mais surtout, il a cessé de vivre ces moments comme des crises.
Je veux être honnête avec vous : ce protocole IFS en 5 minutes est un excellent outil de première ligne, mais il n’est pas une baguette magique. Certaines crises émotionnelles intenses sont le signe de blessures plus profondes, qui nécessitent un accompagnement professionnel. Voici quelques signes qui
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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Reconnaissez les signes d’un Self caché sous vos émotions.
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