PsychologieIfs Therapie

Protocole IFS pour une décision difficile à prendre

Faire dialoguer vos parties pour choisir sans stress.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu te souviens de ce moment où tu es resté bloqué devant deux options, incapable d’avancer ? Peut-être que c’était hier soir, devant ton ordinateur, à peser le pour et le contre d’une proposition de mutation professionnelle. Ou bien ce matin, dans la salle de bain, à te demander si tu devais enfin lancer ce projet personnel que tu repousses depuis des mois. Ou encore la semaine dernière, au téléphone avec ton conjoint, à hésiter entre dire ce que tu penses vraiment ou faire semblant que tout va bien pour éviter une dispute.

Ces moments, je les vois tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes intelligents, compétents, qui se retrouvent paralysés face à une décision. Pas parce qu’ils manquent d’informations ou de capacités d’analyse. Mais parce qu’à l’intérieur, ce n’est pas une seule personne qui décide. C’est toute une assemblée qui se dispute.

Un jour, un client m’a dit : « J’ai l’impression d’être un chef d’orchestre dont les musiciens jouent chacun leur propre morceau. » Il avait tout compris. Et c’est exactement là que le protocole IFS (Internal Family Systems) devient un outil précieux. Non pas pour faire taire les musiciens, mais pour les inviter à jouer la même symphonie.

Dans cet article, je vais te montrer comment utiliser ce protocole pour prendre une décision difficile sans t’épuiser, sans stress inutile, et surtout sans te renier.


Pourquoi prendre une décision est-il si douloureux ?

Avant de plonger dans le protocole, il faut comprendre ce qui se passe dans ta tête quand tu dois trancher. Et pour ça, je vais te parler de ce que j’observe en séance.

Quand tu es face à une décision, tu ressens rarement une seule émotion. Tu hésites. Tu balances. Un jour, tu es convaincu d’une option. Le lendemain, l’autre te semble évidente. Et le surlendemain, tu n’es sûr de rien. C’est normal. Ça ne veut pas dire que tu es indécis ou faible. Ça veut dire que plusieurs parties de toi sont activées en même temps.

Une partie, en IFS, c’est une sous-personnalité. Un petit personnage intérieur qui a une opinion, une émotion, un rôle. Par exemple :

  • Une partie perfectionniste qui veut que tout soit parfait avant de te lancer.
  • Une partie protectrice qui te rappelle tous les risques et les échecs possibles.
  • Une partie rebelle qui en a marre d’écouter les autres et veut juste faire ce qui lui plaît.
  • Une partie enfant vulnérable qui a peur de décevoir ou d’être rejetée.

Quand tu dois décider, ces parties se mettent à parler en même temps. Elles crient, elles argumentent, elles se contredisent. Et toi, tu es au milieu, à essayer de calmer le bordel. Résultat : tu ressens de l’anxiété, de la fatigue, parfois même des symptômes physiques comme des tensions dans la nuque ou des maux de ventre.

Le stress ne vient pas de la décision elle-même. Il vient du conflit interne. Et ce conflit interne, il est alimenté par une confusion fondamentale : tu crois que chaque partie veut la même chose que toi. Mais en réalité, chaque partie a sa propre mission, souvent inconsciente, et souvent basée sur une peur ou une croyance passée.

Prenons un exemple concret. Imagine que tu dois choisir entre rester dans ton job sécurisé et créer ta propre entreprise. Ta partie « prudente » te dit : « Ne quitte pas la stabilité, tu as un crédit, des enfants, tu ne peux pas te permettre ce risque. » Ta partie « aventurière » te répond : « Tu vas crever d’ennui ici, tu as du talent, lance-toi. » Ta partie « loyal » ajoute : « Mais ton équipe compte sur toi, tu ne peux pas les laisser tomber. » Et ta partie « enfant » chuchote : « Et si tu échoues et que tout le monde se moque de toi ? »

Est-ce que tu vois le chaos ? Chaque partie tire dans une direction différente. Et toi, tu essaies de prendre une décision cohérente avec toutes. C’est impossible. Et c’est pour ça que tu souffres.

« Le stress d’une décision difficile n’est pas le signe que tu es perdu. C’est le signe que tes parties n’ont pas encore été écoutées. »


Étape 1 : Identifier les parties en présence

La première étape du protocole IFS, c’est de cartographier ce qui se passe à l’intérieur. Pas pour juger, pas pour supprimer. Juste pour voir qui est là.

Pose-toi. Prends trois respirations profondes. Ferme les yeux si ça t’aide. Et pose-toi cette question simple : « Quand je pense à cette décision, qu’est-ce que je ressens ? »

Ne cherche pas à analyser. Laisse venir. Peut-être que tu ressens une tension dans la poitrine. Peut-être que tes pensées s’emballent. Peut-être que tu as envie de tout laisser tomber. Chaque sensation, chaque émotion, chaque pensée qui émerge est l’expression d’une partie.

Maintenant, donne-leur un nom. Pas un nom savant de psychologie. Un nom simple, comme tu parlerais à un personnage de dessin animé. Par exemple :

  • « La méfiante »
  • « L’enthousiaste »
  • « La fatiguée »
  • « La responsable »
  • « L’impatiente »

Tu peux même leur donner une forme. L’un de mes clients voyait sa partie « sceptique » comme un vieux bibliothécaire à lunettes qui secouait la tête. Un autre imaginait sa partie « passionnée » comme une adolescente qui sautait partout.

L’objectif, ici, n’est pas de les faire taire. C’est de les accueillir. Et ça, c’est déjà un énorme changement par rapport à ce que tu fais d’habitude. D’habitude, tu essaies de les ignorer ou de les raisonner. « Arrête d’avoir peur, c’est irrationnel. » Ou « Sois raisonnable, arrête de rêver. » Ça ne marche pas. Ça ne fait que les crisper davantage.

Quand tu identifies une partie, tu lui dis mentalement : « Je te vois. Je sais que tu es là. Merci d’essayer de m’aider. » Et tu notes ce qu’elle veut, ce qu’elle craint, ce qu’elle croit. Sans jugement.

Si tu veux aller plus loin, tu peux même dessiner un petit schéma. Au centre, la décision. Autour, les parties avec leurs flèches. Ça te permet de visualiser le conflit et de ne plus te sentir noyé dedans. Parce que tant que c’est flou, c’est anxiogène. Une fois que c’est nommé, ça devient gérable.


Étape 2 : Différencier le Self des parties

L’étape suivante est la plus subtile, mais aussi la plus libératrice. En IFS, on distingue deux niveaux en toi : les parties (que tu viens d’identifier) et le Self.

Le Self, ce n’est pas une partie. C’est ton essence. C’est la partie de toi qui est calme, curieuse, confiante, compatissante, créative et connectée. Le Self n’est pas en conflit. Il n’a pas d’agenda. Il observe simplement. Quand tu es dans ton Self, tu ne paniques pas. Tu ne forces pas. Tu accueilles ce qui est, et tu choisis avec clarté.

Le problème, c’est que quand les parties sont activées (stress, peur, colère, impatience), elles prennent le contrôle. Elles te fusionnent. Tu deviens ta peur. Tu deviens ton impatience. Tu ne peux plus voir clair.

Pour reprendre la métaphore musicale : si un musicien joue trop fort, il couvre tout l’orchestre. Tu n’entends plus que lui. Et tu crois que la musique, c’est ça. Mais non. La musique, c’est l’ensemble. Et toi, tu es le chef d’orchestre (le Self). Mais pour diriger, il faut que tu sois assis sur ta chaise, pas en train de jouer d’un instrument.

Comment faire pour retrouver ton Self ?

Une technique simple : quand tu sens une partie prendre le dessus (par exemple, ta partie « paniquée » qui te dit « Vite, il faut décider maintenant ! »), arrête-toi. Prends une respiration. Et demande-toi : « Qui, en moi, remarque cette panique ? »

La réponse, c’est une partie de toi qui observe. Mais si tu creuses un peu, tu peux accéder à ce qui observe sans jugement. C’est le Self. Et plus tu pratiques, plus tu peux habiter cet espace.

Un autre exercice : imagine une pièce vide. Dans cette pièce, il y a une chaise. Toi, tu es assis sur cette chaise. Les parties, elles, sont assises autour de toi, sur d’autres chaises. Elles parlent, elles s’agitent. Mais toi, tu restes sur ta chaise, calme, curieux. Tu écoutes. Tu ne prends pas parti. Tu ne les juges pas. Tu es juste présent.

C’est à partir de cette position que la décision devient possible. Pas en faisant taire les parties, mais en les écoutant depuis un lieu de calme intérieur. Et c’est là que le protocole prend tout son sens.

« Tu n’as pas besoin de faire taire les voix intérieures. Tu as juste besoin de les écouter depuis un endroit où tu n’es pas toi-même une voix. »


Étape 3 : Écouter chaque partie sans la laisser décider

Maintenant que tu as identifié tes parties et que tu as retrouvé un peu de Self, tu passes à l’écoute active. C’est l’étape la plus importante, et celle qui demande le plus de douceur.

Chaque partie a une bonne intention. Même celle qui te semble la plus bloquante ou la plus négative. La partie qui a peur veut te protéger. La partie qui critique veut que tu sois irréprochable pour ne pas souffrir de rejet. La partie qui pousse à tout lâcher veut que tu respires. Derrière chaque comportement extrême, il y a une vulnérabilité. Une peur. Une blessure ancienne.

Pour écouter une partie, tu peux lui poser des questions, comme si tu parlais à un ami qui est en colère ou apeuré. Par exemple :

  • « Qu’est-ce que tu crains vraiment s’il arrive ? »
  • « Depuis quand tu es là ? »
  • « Qu’est-ce que tu crois qu’il va se passer si on ne t’écoute pas ? »
  • « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? »

Et surtout : ne laisse pas cette partie décider à ta place. Le piège, c’est de penser que l’écouter, c’est lui obéir. Non. L’écouter, c’est lui donner un espace pour s’exprimer. C’est la reconnaître. Mais la décision finale revient au Self.

Prenons l’exemple de la partie prudente. Elle te dit : « Ne quitte pas ton job, c’est trop risqué. » Si tu l’écoutes vraiment, elle va peut-être te révéler : « J’ai peur que tu finisses à la rue, comme cet oncle que tu as vu galérer. » Là, tu comprends qu’elle n’est pas contre le changement. Elle est contre la souffrance. Une fois que tu entends ça, tu peux la rassurer : « Je te remercie de vouloir me protéger. Je n’ignore pas ton avertissement. Mais je vais aussi écouter les autres parties avant de décider. »

Tu vois la nuance ? Tu ne rejettes pas la partie. Tu la valides. Mais tu ne lui donnes pas le pouvoir absolu. Et ça, ça change tout. Parce que quand une partie se sent entendue, elle se calme. Elle n’a plus besoin de crier. Elle peut prendre sa place dans l’assemblée, sans dominer.

Je vois souvent des clients qui arrivent avec une décision déjà prise par une partie dominante. « Je vais accepter ce poste, c’est rationnel. » Mais ils sont tristes. Parce que la partie passionnée n’a pas été écoutée. Résultat : même si la décision est bonne sur le papier, ils ne sont pas alignés. Et ça, ça crée un stress chronique.


Étape 4 : Négocier un compromis interne

Une fois que toutes les parties ont été écoutées, tu arrives à l’étape de la négociation. Pas une négociation dure, comme au marché. Une négociation douce, où tu cherches un chemin qui respecte le maximum de parties.

Le but n’est pas de trouver une solution parfaite qui satisferait tout le monde. C’est impossible. Le but, c’est de trouver une solution que le Self peut porter avec intégrité, et qui fait que la plupart des parties se sentent suffisamment en sécurité pour ne pas saboter la suite.

Concrètement, tu peux poser cette question à tes parties : « Qu’est-ce qui serait assez bien pour que vous acceptiez de ne pas tout bloquer ? »

Par exemple, si tu hésites à changer de métier, ta partie prudente a besoin de garanties. Tu peux lui proposer : « Je vais d’abord économiser six mois de dépenses avant de démissionner. » Ta partie passionnée a besoin d’élan. Tu peux lui dire : « Je vais commencer par un projet à côté, le week-end, pour tester. » Ta partie loyale a besoin de ne pas trahir. Tu peux lui répondre : « Je vais prévenir mon équipe trois mois à l’avance et assurer la transition. »

Chaque partie reçoit quelque chose. Pas tout ce qu’elle veut. Mais assez pour lâcher prise.

Et là, quelque chose de magique se produit souvent : l’anxiété diminue. Parce que le conflit interne s’apaise. Tu n’es plus tiraillé. Tu es en mouvement. Même si la décision n’est pas encore prise, le simple fait d’avoir un plan qui respecte tes différentes facettes te redonne de l’énergie.

J’ai vu un client, entrepreneur, bloqué depuis six mois pour embaucher ou non son premier salarié. Sa partie « contrôle » avait peur de perdre la main. Sa partie « ambition » voulait grandir. Après ce protocole, il a trouvé un compromis : embaucher d’abord un indépendant pour une mission de trois mois, avec une clause d’essai. Résultat : la partie contrôle se sentait en sécurité (période d’essai), et la partie ambition avançait. Il a signé le contrat le soir même, pour la première fois sans stress.


Étape 5 : Prendre la décision depuis le Self

Dernière étape. La plus simple, si tu as bien fait les précédentes. Maintenant que les parties ont été cartographiées, écoutées, apaisées, tu peux prendre la décision depuis ton Self.

Comment sais-tu que tu es dans ton Self ? Parce que tu te sens calme. Pas absent d’émotion, mais pas submergé non plus. Tu peux ressentir de l’excitation, de la tristesse, de l’appréhension, mais ces émotions sont légères. Elles ne te paralysent pas. Elles sont juste là, comme des nuages dans un ciel bleu.

Dans cet état, la décision devient évidente. Pas forcément facile. Mais claire. Tu sais ce qui est juste pour toi, ici et maintenant. Et surtout, tu n’as pas besoin de la certitude. Tu acceptes l’incertitude parce que tu sais que tu pourras t’ajuster.

Un client m’a dit un jour : « Avant, je choisissais l’option qui me faisait le moins peur. Maintenant, je choisis l’option qui me fait le plus grandir. » C’est exactement ça. Le Self ne choisit pas par peur. Il choisit par alignement.

Si tu sens encore une résistance, c’est qu’une partie n’a pas été totalement entendue. Retourne à l’étape 3. Parfois, il faut plusieurs rounds. Et c’est normal. Le protocole IFS n’est pas une formule magique en un clic. C’est un processus de dialogue intérieur. Plus tu le pratiques, plus il devient fluide.

« Une décision prise depuis le Self n’est pas une décision sans peur. C’est une décision où la peur est écoutée, mais pas aux commandes. »


Conclusion : Et maintenant, comment faire concrètement ?

Tu as maintenant les clés du protocole.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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