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Psychanalyse : explorer le passé ou libérer le présent ?

IFS vs psychanalyse sur la gestion des souvenirs.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

« Je ne comprends pas pourquoi je réagis comme ça. C’est comme si une scène de mon enfance se rejouait sans arrêt dans ma tête, mais que je n’arrivais pas à en sortir. »

Quand Élodie (prénom modifié) entre dans mon cabinet pour la première fois, elle a 34 ans. Elle est cadre dans une collectivité territoriale, maman de deux enfants, et elle vient de passer trois ans sur le divan d’une psychanalyste. « Ça m’a beaucoup apporté, je comprends mieux d’où viennent mes angoisses », me dit-elle. Mais elle ajoute, un peu gênée : « Seulement, je comprends pourquoi je souffre, et pourtant je souffre toujours. »

Cette situation, je la rencontre plusieurs fois par mois. Des personnes qui ont exploré leur passé, qui ont identifié des souvenirs douloureux, des schémas familiaux, des traumatismes. Et qui pourtant se sentent bloquées, comme si savoir ne suffisait pas à guérir.

C’est là que la question devient concrète : faut-il continuer à creuser dans le passé, ou existe-t-il une façon de libérer le présent sans forcément tout revisiter ? La psychanalyse et l’IFS (Internal Family Systems) offrent deux réponses très différentes. Et si vous êtes en souffrance aujourd’hui, le choix entre ces deux approches peut changer radicalement votre parcours.


Pourquoi « comprendre son passé » ne suffit pas toujours à changer le présent

La psychanalyse a ceci de puissant : elle vous offre une grille de lecture. Vous découvrez que votre peur de l’abandon vient de cette séparation précoce, que votre besoin de contrôle cache une insécurité construite dans l’enfance, que vos relations amoureuses reproduisent un schéma parental. C’est éclairant. Vraiment.

Mais pour beaucoup de personnes, cette compréhension intellectuelle reste dans la tête. Elle ne descend pas dans le corps. Elle n’atteint pas cette partie de vous qui continue à trembler quand votre conjoint s’absente un soir, ou qui serre les dents quand votre chef vous adresse une critique.

J’ai reçu Laurent, 47 ans, professeur des écoles. Il avait fait sept ans d’analyse. Il connaissait parfaitement l’origine de son anxiété sociale : une mère très exigeante, un père absent, une enfance où il devait être parfait pour exister. Il pouvait vous en parler pendant des heures. Pourtant, en réunion pédagogique, il avait toujours cette boule au ventre, cette voix qui se serrait, cette impression de ne pas être à sa place.

« Je sais tout ça, me disait-il. Mais ça ne m’aide pas sur le moment. »

C’est une limite classique de la psychanalyse : elle excelle à décrypter, mais elle n’a pas toujours d’outils pour transformer directement les réactions automatiques qui vous gâchent la vie. Le passé est exploré, parfois revisité, mais il reste présent dans les réactions émotionnelles et corporelles.

L’IFS, de son côté, part d’un constat différent : ce n’est pas parce que vous avez compris d’où vient une blessure que la partie blessée en vous se sent guérie. Et c’est là que l’approche change du tout au tout.

Blockquote : « Comprendre pourquoi on souffre, c’est comme lire la notice d’un médicament. Ça ne soigne pas. La guérison, c’est quand la partie blessée en vous se sent enfin entendue, pas seulement analysée. »


L’IFS ne cherche pas à effacer les souvenirs, mais à libérer les parts qui les portent

Quand on parle de souvenirs douloureux, on imagine souvent qu’il faut les « traiter », les « dissoudre », ou les « réinterpréter ». L’IFS propose quelque chose de plus subtil : reconnaître que ces souvenirs ne sont pas seulement des événements du passé, mais qu’ils sont portés par des parties de vous qui existent encore aujourd’hui.

Prenons un exemple concret. Imaginez que vous ayez vécu une humiliation à l’école primaire. Ce souvenir est stocké quelque part. Mais en IFS, on s’intéresse moins au souvenir lui-même qu’à la part de vous qui continue à porter la honte, la peur ou la colère liées à cet événement. Cette part n’est pas un simple enregistrement. C’est une entité psychique vivante, qui a des émotions, des croyances, et même un rôle dans votre vie quotidienne.

Quand je travaille avec des sportifs de haut niveau, je vois souvent ce phénomène. Un footballeur qui a raté un penalty décisif à 16 ans peut développer une « part perfectionniste » qui le pousse à s’entraîner sans relâche. Cette part croit sincèrement que si elle relâche la pression, l’échec reviendra. Le souvenir n’est pas le problème en soi. C’est la part qui s’est formée autour de ce souvenir qui gère votre présent.

L’IFS va donc entrer en contact avec cette part. Pas pour la faire taire, pas pour lui dire qu’elle a tort, mais pour comprendre ce qu’elle essaie de faire pour vous. Et très souvent, ce qu’on découvre, c’est que cette part porte une charge émotionnelle ancienne qui n’a jamais été libérée.

C’est une différence fondamentale avec la psychanalyse : là où l’analyse vous invite à comprendre le mécanisme, l’IFS vous invite à dialoguer avec la part qui le maintient. Et ce dialogue n’est pas métaphorique. Il est expérientiel. Vous ressentez dans votre corps ce que cette part ressent. Vous entendez sa peur, sa colère ou sa tristesse. Et progressivement, vous pouvez lui offrir ce dont elle a manqué : une présence, une écoute, une validation.

Le souvenir, lui, ne disparaît pas. Mais il cesse d’être actif. Il devient une histoire du passé, plus une réalité qui gouverne le présent.


La grande différence : revisiter le passé ou libérer le présent ?

Si je devais résumer la différence entre psychanalyse et IFS en une phrase, je dirais ceci : la psychanalyse vous invite à revisiter le passé pour le comprendre ; l’IFS vous invite à libérer les parts de vous qui sont restées coincées dans le passé.

Concrètement, quand vous êtes en analyse, vous allez parler de votre enfance, de vos rêves, de vos associations libres. Le thérapeute reste généralement en retrait, vous laissant associer, interpréter, parfois avec ses commentaires. L’idée est que la prise de conscience, à elle seule, va produire un changement. Pour certaines personnes, c’est vrai. Pour d’autres, ça ne suffit pas.

En IFS, le cadre est différent. Vous ne passez pas des heures à raconter votre histoire. Vous apprenez plutôt à écouter à l’intérieur. Je vais vous guider pour identifier les parts qui réagissent dans telle ou telle situation. Par exemple : « Quand votre conjoint vous dit cela, qu’est-ce qui se passe en vous ? Est-ce qu’une partie réagit ? Comment la sentez-vous dans votre corps ? Qu’est-ce qu’elle voudrait que vous sachiez ? »

Le travail ne consiste pas à reconstituer le puzzle de votre vie, mais à établir une relation de confiance avec les parties de vous qui souffrent. Et c’est cette relation qui libère.

J’ai accompagné une femme de 52 ans, appelons-la Sophie, qui vivait avec une angoisse de séparation très forte. Chaque fois que son fils adulte partait en voyage, elle passait des nuits blanches, imaginant le pire. Elle avait exploré cela en analyse : une mère dépressive, un père parti tôt, une petite fille qui avait dû apprendre à se débrouiller seule. Elle comprenait tout. Mais les nuits blanches continuaient.

En IFS, nous avons rencontré la part qui s’angoissait. C’était une petite fille de 6 ans, terrifiée à l’idée que quelqu’un qu’elle aime disparaisse. Cette part ne demandait pas une analyse. Elle demandait à être rassurée, à sentir qu’aujourd’hui, il y avait une adulte (Sophie elle-même) capable de veiller sur elle. En quelques séances, l’angoisse a diminué de façon spectaculaire. Sophie n’avait pas besoin de reparcourir son enfance en détail. Elle avait besoin que la petite fille en elle se sente enfin en sécurité.

C’est ça, libérer le présent : permettre à une part blessée de ne plus être piégée dans le passé.


Et si les souvenirs n’étaient pas vos ennemis, mais des messagers ?

Une des idées les plus contre-intuitives de l’IFS, c’est que les souvenirs douloureux ne sont pas des problèmes à résoudre. Ce sont des indices qui pointent vers des parts de vous qui ont besoin d’attention.

Quand un souvenir remonte, surtout s’il est chargé d’émotion, notre premier réflexe est souvent de le fuir, de le rationaliser ou de le combattre. La psychanalyse peut même renforcer ce réflexe en vous invitant à « analyser » le souvenir, à le mettre en mots, à le disséquer. Mais ce faisant, vous restez dans la tête. Vous ne descendez pas dans l’expérience émotionnelle que ce souvenir porte.

L’IFS propose une autre posture : au lieu de considérer le souvenir comme un ennemi, vous le considérez comme un messager. Il vient vous parler d’une part de vous qui a été blessée, et qui a besoin d’être écoutée.

Prenons le cas de Marc, 39 ans, kinésithérapeute. Il vivait avec une colère chronique, notamment envers son père, décédé depuis dix ans. En analyse, il avait exploré les origines de cette colère : un père violent, des attentes impossibles, une enfance sous tension. Il comprenait. Mais la colère restait là, comme une lave sous la peau.

Quand nous avons rencontré cette colère en IFS, elle s’est révélée être une part adolescente, furieuse de ne pas avoir été protégée. Cette part ne voulait pas qu’on analyse son père. Elle voulait qu’on reconnaisse sa douleur, qu’on valide sa colère, et qu’on lui donne la permission de ne plus avoir à se battre seule. Une fois que Marc a pu offrir cela à cette part, la colère a changé de nature. Elle n’a pas disparu, mais elle est devenue une information, plus une explosion.

Les souvenirs ne sont donc pas vos ennemis. Ils sont comme des enfants qui cognent à la porte. Si vous les ignorez ou les analysez de loin, ils cognent plus fort. Si vous ouvrez la porte et que vous les écoutez vraiment, ils se calment.

Blockquote : « Un souvenir douloureux, ce n’est pas un fantôme à exorciser. C’est une part de vous qui attend qu’on lui rende visite. Et quand elle se sent vue, elle peut enfin lâcher prise. »


Ce que l’IFS ne fait pas (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique, et il ne remplace pas tout. Il y a des situations où une approche plus historique, plus analytique, peut être utile, voire nécessaire.

Par exemple, si vous vivez un traumatisme complexe avec des troubles dissociatifs sévères, un travail purement en IFS peut être déstabilisant sans un cadre thérapeutique solide et une supervision adaptée. De même, si vous êtes en pleine crise dépressive majeure, il peut être plus urgent de stabiliser votre humeur que d’explorer des parts intérieures.

L’IFS ne cherche pas non plus à nier l’importance du passé. Les événements de votre enfance ont compté, ils ont façonné des croyances, des défenses, des stratégies de survie. L’IFS ne dit pas : « oubliez le passé ». Il dit : « le passé est important, mais ce qui compte aujourd’hui, c’est la relation que vous entretenez avec les parts qui le portent. »

Autre limite : l’IFS demande une certaine capacité à se tourner vers l’intérieur, à ressentir son corps, à tolérer l’inconfort. Ce n’est pas toujours facile, surtout si vous avez l’habitude de fonctionner dans le mental. Certaines personnes ont besoin d’un temps d’apprentissage avant de vraiment entrer dans le processus.

Enfin, l’IFS ne promet pas une vie sans douleur. Personne ne peut ça. Mais il promet quelque chose de plus réaliste : que vous puissiez vivre vos émotions sans être submergé, que vous puissiez faire face aux difficultés sans être paralysé par des parts anciennes, et que vous puissiez choisir vos réactions plutôt que de les subir.


Comment savoir si l’IFS est fait pour vous (et comment commencer maintenant)

Si vous avez déjà exploré votre passé en psychanalyse ou en thérapie, et que vous vous sentez toujours coincé, l’IFS peut être une piste concrète. Mais même sans cela, voici quelques signes qui peuvent vous indiquer que cette approche résonne avec vous :

  • Vous avez l’impression d’avoir des « voix intérieures » contradictoires (une part veut avancer, une autre freine).
  • Vous vivez des réactions émotionnelles qui vous semblent disproportionnées par rapport à la situation présente.
  • Vous avez essayé de « comprendre » vos problèmes, mais ça n’a pas changé vos comportements automatiques.
  • Vous sentez qu’il y a en vous des parties blessées, mais vous ne savez pas comment les atteindre autrement qu’en parlant.

Si cela vous parle, voici ce que vous pouvez faire dès maintenant, seul(e), avant même de consulter :

  1. Identifiez une situation récente où vous avez réagi de façon intense (colère, tristesse, anxiété). Ne cherchez pas à l’analyser. Posez-vous simplement cette question : « Quelle part de moi réagit ici ? »

  2. Placez votre main sur la partie de votre corps où vous ressentez cette réaction (ventre, poitrine, gorge…). Respirez doucement. Dites à cette part : « Je te vois. Je suis là. Je t’écoute. » Sans forcer. Juste en offrant votre présence.

  3. Demandez-lui (intérieurement) : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Laissez venir la réponse, même si elle semble étrange ou enfantine. Ne la jugez pas.

  4. Remerciez cette part d’avoir essayé de vous protéger, même si sa méthode est inconfortable aujourd’hui.

Ce petit exercice n’est pas une thérapie. Mais il vous donne un avant-goût de la posture IFS : une présence curieuse et bienveillante envers ce qui se passe en vous, plutôt qu’une analyse distante.


Conclusion : vous n’êtes pas obligé de refaire le voyage pour arriver chez vous

Si vous avez longtemps cherché à comprendre votre histoire, si vous avez passé des heures à explorer les méandres de votre passé, et que pourtant la douleur est toujours là, je veux vous dire une chose : vous n’avez pas échoué. Vous avez simplement utilisé un outil qui, pour vous, n’était pas le bon.

La psychanalyse peut être précieuse pour donner du sens. Mais pour libérer le présent, il faut parfois une autre approche. Une approche qui ne considère pas vos souvenirs comme des problèmes à résoudre, mais comme des portes d’entrée vers des parts de vous qui attendent depuis longtemps.

L’IFS, c’est ça. Une invitation à rencontrer ces parts, non pas en théoricien, mais en compagnon. À leur offrir ce qu’elles n’ont jamais eu : une présence qui ne juge pas, une écoute qui ne fuit pas, une bienveillance qui ne conditionne pas.

Vous n’avez pas besoin de refaire le voyage de votre vie pour arriver chez vous. Vous avez juste besoin d’apprendre à accueillir les voyageurs qui sont déjà là, à l’intérieur.

Si vous sentez que cette approche résonne avec ce que vous vivez, si vous en avez assez de comprendre sans guérir, je vous reçois volontiers dans mon cabinet à Saintes. Nous pouvons aussi échanger par téléphone pour voir si l’IFS est adapté à votre situation. Il n’y a aucun engagement, juste une conversation pour vous aider à y voir plus clair.

Prenez soin de vous. Et souvenez-vous : la libération n’est pas toujours là où vous l’attendiez. Parfois, elle est juste là, à l’intérieur, à attendre que vous tendiez l’oreille.

— Thierry Sudan

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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