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Quand la psychanalyse vous enferme dans le passé

Comment l'IFS vous recentre sur le moment présent.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes là, allongé sur ce divan depuis des années. Vous racontez encore une fois l’histoire de votre mère, de votre père, de ce jour où tout a basculé. Et vous avez l’impression de tourner en rond. La psychanalyse a eu son heure de gloire, et elle a aidé beaucoup de monde, je ne le nie pas. Mais pour certains d’entre vous, elle devient une prison dorée : vous comprenez pourquoi vous souffrez, mais vous ne savez toujours pas comment en sortir. Vous êtes enfermé dans le passé, à revisiter sans cesse les mêmes scènes, sans que le présent ne change vraiment.

Je vois ça régulièrement dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes intelligents, lucides, capables d’analyser leur enfance avec une précision chirurgicale. Mais le soir, ils rentrent chez eux et reproduisent les mêmes schémas. L’anxiété est toujours là. La colère aussi. Le sentiment de ne pas être à la hauteur n’a pas bougé d’un millimètre. La psychanalyse vous donne des mots, parfois magnifiques, mais elle ne vous donne pas toujours les clés pour vous libérer maintenant.

C’est là que l’IFS (Internal Family Systems), ou Théorie des Systèmes Familiaux Internes, change la donne. Là où la psychanalyse vous invite à creuser sans fin, l’IFS vous invite à dialoguer avec ce qui est là, aujourd’hui, dans votre corps et votre esprit. Pas besoin de retourner vingt ans en arrière pour apaiser une peur qui vous paralyse ce matin. On travaille avec le présent, avec ce qui émerge maintenant. Et ça, ça change tout.

Alors oui, je vais être honnête : l’IFS n’est pas une baguette magique. Ça demande de la sincérité, un peu de courage, et l’acceptation que vous n’êtes pas un problème à résoudre, mais une personne à comprendre. Mais si vous en avez assez de ressasser le passé sans avancer, cet article est pour vous.

Pourquoi la psychanalyse peut vous piéger dans un récit sans fin

Je reçois souvent des personnes qui ont déjà fait plusieurs années de psychanalyse. Elles connaissent leur histoire sur le bout des doigts. « Ma mère était distante, mon père était absent, j’ai développé un complexe d’infériorité, et du coup je sabote mes relations. » C’est juste, c’est cohérent, c’est même élégant. Mais elles viennent me voir parce que ça ne suffit plus.

Le problème fondamental, c’est que la psychanalyse classique (freudienne ou lacanienne, peu importe) repose sur l’idée que les symptômes actuels sont des représentations de conflits passés. Vous souffrez aujourd’hui parce que quelque chose n’a pas été résolu dans votre enfance. La solution ? Revenir encore et encore sur ce passé, l’interpréter, le réinterpréter, jusqu’à ce que l’inconscient « lâche » son secret. Mais ce processus peut durer des années, voire des décennies.

Prenons un exemple concret. Imaginez Paul, 42 ans, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il a des crises d’angoisse avant chaque réunion importante. En psychanalyse, on va explorer son rapport à l’autorité, son père exigeant, la pression scolaire. On va lier ça à une peur de décevoir. Paul comprend tout ça. Il analyse très bien. Mais le matin de la réunion, son cœur s’emballe toujours. Il est coincé dans le récit de sa peur, pas dans sa résolution.

Ce qui se passe, c’est que la psychanalyse peut renforcer l’identification à vos blessures. Vous finissez par vous définir par votre histoire traumatique. « Je suis quelqu’un qui a été abandonné », « Je suis quelqu’un qui n’a pas été aimé comme il fallait ». Ce récit devient une identité, et sortir de ce récit, c’est un peu perdre une partie de vous-même. C’est confortable, au fond. Vous savez qui vous êtes dans la douleur.

L’IFS, lui, ne vous demande pas d’abandonner votre histoire. Il vous demande de la regarder autrement. Non pas comme une vérité définitive, mais comme une partie de vous qui s’est adaptée à un environnement passé. Et cette partie, elle est encore active aujourd’hui, dans votre corps, dans vos émotions. On ne va pas la disséquer, on va l’écouter. Maintenant.

« Comprendre pourquoi vous souffrez ne suffit pas à vous guérir. La clé n’est pas dans l’histoire, mais dans la relation que vous établissez avec ce qui souffre en vous, ici et maintenant. »

L’IFS ne vous demande pas de tout savoir, mais d’accueillir ce qui est là

L’IFS, développé par Richard Schwartz dans les années 1980, repose sur une idée simple mais radicale : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de multiples « parties », chacune avec sa propre perspective, ses émotions, ses croyances. Vous avez une partie qui veut tout contrôler, une partie qui se sent vulnérable, une partie qui juge, une partie qui se sabote. Et au centre, il y a un « Self » – une essence calme, confiante, curieuse et compatissante. Le but de l’IFS, c’est de vous reconnecter à ce Self, et de permettre à vos parties de se détendre.

Là où la psychanalyse vous dit : « Cherchez l’origine de votre angoisse dans votre enfance », l’IFS vous dit : « Accueillez l’angoisse qui est là, dans votre poitrine, maintenant. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Que craint-elle si vous ne l’écoutez pas ? »

Je vais vous donner un exemple tiré de mon cabinet. Une femme d’une trentaine d’années, appelons-la Sophie. Elle est perfectionniste, épuisée, et elle a une voix intérieure très critique qui lui dit qu’elle n’en fait jamais assez. En psychanalyse, on aurait cherché du côté de son père, qui était très exigeant. On aurait parlé d’introjection, de surmoi, de castration symbolique. Sophie aurait compris le mécanisme, mais la voix critique serait restée aussi forte.

En IFS, on a fait autre chose. Je lui ai demandé de fermer les yeux et de se tourner vers cette voix critique. Pas pour la faire taire, mais pour l’écouter. « Qu’est-ce que tu veux pour Sophie ? » La voix a répondu : « Je veux qu’elle soit parfaite, comme ça personne ne pourra la critiquer, et elle sera en sécurité. » Vous voyez ? La partie critique n’est pas un ennemi. C’est un protecteur, qui utilise des méthodes brutales, certes, mais qui essaie de protéger Sophie d’une douleur plus grande : le rejet, la honte, l’abandon.

On a ensuite cherché la partie vulnérable que ce critique protégeait. Une petite Sophie, peut-être 7 ou 8 ans, qui s’était sentie humiliée en classe parce qu’elle n’avait pas eu une bonne note. Cette petite partie était restée bloquée dans le passé, croyant encore que sa valeur dépendait de sa performance. En psychanalyse, on aurait interprété cette scène. En IFS, on est allé directement la voir, lui parler, la rassurer avec la présence du Self de Sophie adulte.

Résultat ? Sophie n’a pas eu besoin de passer six mois à analyser son père. En quelques séances, la pression interne a diminué. La voix critique est devenue moins stridente, parce qu’elle n’avait plus besoin de protéger une enfant terrifiée. Le changement a eu lieu dans le présent, par une relation directe avec ses parties.

Le présent comme terrain de jeu : travailler avec ce qui émerge maintenant

Un des grands principes de l’IFS, c’est que tout ce dont vous avez besoin est déjà là, dans votre expérience immédiate. Vous n’avez pas besoin de creuser des souvenirs enfouis. Vous avez besoin d’écouter ce qui se passe en vous quand vous lisez cet article, quand vous pensez à votre travail, quand vous êtes en conflit avec votre conjoint.

La psychanalyse vous invite à une archéologie du passé. L’IFS vous invite à une écologie du présent. Qu’est-ce qui est vivant en vous, maintenant ? Une tension dans les épaules ? Une boule dans le ventre ? Une pensée qui tourne en boucle ? C’est une partie. Elle est là pour une raison. Et vous pouvez entrer en relation avec elle immédiatement.

Prenons un autre exemple. Un sportif que j’accompagne en préparation mentale – un coureur de fond. Il a une peur panique de ne pas terminer une course. En psychanalyse, on pourrait lier ça à un sentiment d’impuissance infantile, à un père qui lui disait qu’il n’irait jamais loin. Ça prendrait des mois.

En IFS, on a fait un exercice simple. Je lui ai demandé de fermer les yeux et de se souvenir d’un moment où cette peur était présente. Pas de remonter à l’enfance, juste la dernière course où il a eu cette angoisse. « Où est-ce que tu sens la peur, dans ton corps ? » – « Dans la poitrine, comme un étau. » – « Parfait. Reste avec cette sensation. Ne cherche pas à la chasser. Demande-lui : qu’est-ce que tu veux que je sache ? »

La peur a répondu : « Je veux que tu t’arrêtes, parce que si tu continues, tu vas te blesser et tout le monde va voir que tu es faible. » C’est une partie protectrice. Elle utilise la peur pour l’empêcher de prendre un risque. Mais derrière, il y a une partie plus jeune, un petit garçon qui avait été humilié parce qu’il était tombé en courant devant les autres. Cette partie était restée figée dans cette honte.

On n’a pas eu besoin de psychanalyser son père. On a simplement accueilli cette petite partie, on l’a déchargée de son fardeau (la honte), et le coureur a pu repartir avec une relation différente à sa peur. Elle n’a pas disparu complètement, mais elle n’était plus un mur infranchissable. Elle était devenue une information, pas une prison.

« Vous n’avez pas besoin de retourner dans le passé pour guérir. Le passé est déjà là, dans votre présent, sous forme de tensions, d’émotions, de croyances. Vous pouvez l’apaiser maintenant. »

Comment l’IFS vous redonne le pouvoir d’agir aujourd’hui

Ce qui est souvent frustrant avec la psychanalyse, c’est le sentiment de passivité. Vous racontez, le thérapeute interprète, et vous attendez que quelque chose se passe. L’IFS, lui, est résolument actif. Vous n’êtes plus un patient qui subit son histoire, vous êtes un explorateur qui entre en dialogue avec son monde intérieur.

Le cadre est clair : vous apprenez à reconnaître vos parties, à les différencier de votre Self. Vous n’êtes pas votre colère, vous êtes celui qui observe la colère. Vous n’êtes pas votre anxiété, vous êtes celui qui peut parler à l’anxiété. Cette distinction est fondamentale. Elle vous sort de la fusion avec vos émotions et vous redonne un espace de choix.

Prenons l’exemple de Julien, un footballeur amateur que j’accompagne. Il a un problème de concentration pendant les matchs. Dès qu’il rate une passe, il s’effondre intérieurement, et le reste du match est foutu. En psychanalyse, on chercherait l’origine de cette sensibilité à l’échec. En IFS, on a travaillé sur ce qui se passait juste après l’erreur.

Il a identifié une partie qui le critiquait violemment : « T’es nul, tu sers à rien, t’aurais dû faire autre chose. » C’est un critique intérieur très actif. Au lieu de lutter contre, on lui a demandé : « Qu’est-ce que tu veux pour Julien ? » La partie a répondu : « Je veux qu’il soit parfait pour ne pas être rejeté par l’équipe. » On a trouvé derrière une partie vulnérable, un jeune Julien qui avait peur d’être exclu du groupe.

En quelques séances, Julien a appris à reconnaître l’arrivée de ce critique, à le remercier pour son intention, puis à se tourner vers la partie vulnérable pour la rassurer. Résultat : quand il rate une passe maintenant, il ressent une pointe de déception, mais il ne s’effondre plus. Il peut respirer, se recentrer, et continuer le match. Le changement n’est pas venu d’une analyse du passé, mais d’une compétence acquise dans le présent : dialoguer avec ses parties.

C’est ça, la puissance de l’IFS. Vous n’êtes plus victime de vos réactions automatiques. Vous devenez un leader intérieur, capable de gérer vos états émotionnels avec plus de souplesse. Et ça, ça s’apprend, ça se pratique, et ça change la vie au quotidien.

Les limites de l’IFS (je ne vous vendrai pas du rêve)

Je veux être clair : l’IFS n’est pas une solution universelle, et il ne remplace pas tout. Voici ce qu’il ne fait pas, et pourquoi parfois un travail plus approfondi reste nécessaire.

D’abord, l’IFS ne vous promet pas de supprimer toutes vos émotions désagréables. Vous allez toujours ressentir de la peur, de la tristesse, de la colère. Ce qui change, c’est votre relation à ces émotions. Vous pouvez les accueillir sans être submergé. Mais si vous attendez une vie sans souffrance, vous serez déçu. La vie est faite de hauts et de bas, et l’IFS vous aide à naviguer, pas à éviter.

Ensuite, l’IFS peut être contre-indiqué dans certaines situations. Si vous êtes en pleine crise psychotique, en état de dissociation sévère, ou si vous avez des traumatismes complexes non stabilisés, il faut d’abord un travail de stabilisation avec un professionnel formé. L’IFS peut être très puissant, mais il peut aussi déstabiliser si on va trop vite vers des parties vulnérables sans avoir construit une relation de confiance avec le Self. Je ne fais jamais d’IFS avec quelqu’un qui n’est pas prêt à rencontrer ses parties.

Enfin, l’IFS ne vous donne pas toutes les réponses. Parfois, vous avez besoin d’informations sur votre histoire, sur des schémas familiaux, pour comprendre pourquoi certaines parties sont aussi extrêmes. La psychanalyse peut apporter une profondeur de compréhension que l’IFS ne fournit pas toujours. Personnellement, je combine souvent les deux : j’utilise l’IFS pour le travail émotionnel et corporel, et je peux m’appuyer sur des éléments psychanalytiques pour éclairer le contexte.

Mais dans la majorité des cas, pour les personnes que je reçois – des adultes qui souffrent d’anxiété, de dépression, de problèmes relationnels ou de performance – l’IFS offre un chemin plus rapide et plus concret que la psychanalyse classique. Parce qu’il vous remet au centre de votre propre guérison, sans vous enfermer dans le passé.

Ce que vous pouvez faire maintenant pour sortir du piège du passé

Vous n’avez pas besoin d’attendre votre prochaine séance pour commencer. Voici un exercice simple, directement issu de l’IFS, que vous pouvez faire chez vous, tout de suite.

  1. Prenez un moment calme. Asseyez-vous, fermez les yeux, et portez votre attention sur une situation récente qui vous a mis mal à l’aise : une dispute, une angoisse, une sensation d’échec.
  2. Identifiez une sensation corporelle. Où est-ce que ça résonne dans votre corps ? Une tension dans la mâchoire ? Un poids dans la poitrine ? Un nœud dans le ventre ? Restez avec cette sensation, sans chercher à la changer.
  3. Donnez-lui une voix. Demandez intérieurement : « Qui est là ? Est-ce que tu peux te montrer à moi ? » Vous n’aurez peut-être pas de réponse immédiate, mais soyez curieux. Si une image, un mot, une émotion émerge, accueillez-la.
  4. Demandez-lui ce qu’elle veut. « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » Pas « Pourquoi es-tu là ? », mais « Quel est ton but ? » La réponse peut être surprenante : « Je veux te protéger », « Je veux que tu sois en sécurité », « Je veux que tu ne souffres plus ».
  5. Remerciez-la. Cette partie fait de son mieux, avec les moyens qu’elle a. Vous n’

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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