3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
Les manifestations courantes de ces blessures cachées.
Tu as déjà ressenti cette boule au ventre qui apparaît sans raison, ou cette colère qui monte soudainement alors que la situation ne le justifie pas vraiment ? Peut-être que certains soirs, une tristesse profonde t’envahit, comme une vague qui te submerge sans que tu puisses l’expliquer. Ces émotions ne sont pas des anomalies. Ce sont des signaux. Des symptômes. Et si je te disais qu’elles viennent d’une partie de toi qui a été blessée, il y a longtemps, et qui continue à porter cette douleur en silence ? Dans mon cabinet à Saintes, je rencontre chaque semaine des adultes qui vivent avec ces tempêtes intérieures. Ils pensent souvent que c’est leur personnalité, un défaut, une faiblesse. Mais ce n’est pas ça. C’est une partie exilée qui crie, parfois depuis des décennies, pour être entendue. Alors, on va parler d’elle aujourd’hui. Pas pour la juger, mais pour la comprendre.
Le modèle de l’Internal Family Systems (IFS), développé par Richard Schwartz, repose sur une idée simple mais puissante : ton psychisme est composé de différentes parties, comme une famille intérieure. Certaines sont protectrices, d’autres sont ce qu’on appelle des exilés. Une partie exilée, c’est une partie de toi qui a vécu une expérience douloureuse, souvent dans l’enfance ou à un moment vulnérable de ta vie. Elle a été isolée, mise de côté, parce que sa douleur était trop grande pour être intégrée. Imagine un enfant de six ans qui se fait rejeter par ses camarades. Pour survivre, il apprend à ne plus montrer sa tristesse. Il la cache. Mais cette tristesse ne disparaît pas. Elle reste là, dans une pièce sombre de ton esprit, et elle continue à peser.
Ces exilés portent des charges émotionnelles : honte, peur, abandon, impuissance. Ils sont souvent associés à des souvenirs précis, mais pas toujours. Parfois, ils se manifestent juste par des sensations corporelles ou des humeurs diffuses. Leur rôle, à l’origine, était de te protéger en te faisant réagir face à un danger. Mais aujourd’hui, ils sont coincés dans le passé. Ils ne savent pas que le danger est parti. Alors, quand quelque chose dans ton quotidien réactive cette vieille blessure — un regard, un ton de voix, un silence —, la partie exilée se réveille. Et elle envoie des signaux forts : anxiété, colère, tristesse. Ces symptômes ne sont pas des ennemis. Ce sont des messagers. Ils te disent : « Il y a là une partie qui souffre, et elle a besoin de toi. »
« Une émotion qui revient sans cesse n’est pas un défaut. C’est une invitation à rencontrer une partie de toi qui attend depuis longtemps. »
Tu connais cette sensation ? Le cœur qui s’emballe, les pensées qui tournent en boucle, la poitrine serrée. L’anxiété est l’un des symptômes les plus courants d’une partie exilée. Mais attention : l’anxiété elle-même n’est pas l’exilé. C’est souvent une partie protectrice qui réagit pour éviter que la douleur de l’exilé ne remonte. C’est comme un gardien qui sonne l’alarme. Mais derrière cette alarme, il y a une peur plus ancienne.
Prenons un exemple. Je reçois une femme d’une quarantaine d’années, appelons-la Sophie. Elle vient pour une anxiété généralisée qui l’empêche de dormir et de se concentrer au travail. En explorant, on découvre qu’à huit ans, elle a vécu le divorce de ses parents. Elle s’est sentie abandonnée, invisible. Pour ne plus jamais revivre ça, une partie d’elle a développé une hypervigilance : elle scrute les signes de rejet partout, anticipe les conflits, cherche à contrôler. Cette hypervigilance, c’est son anxiété. Mais derrière, il y a une petite Sophie de huit ans, terrifiée à l’idée d’être laissée seule.
Quand l’anxiété se manifeste, elle n’est pas là pour te nuire. Elle essaie de te protéger d’une douleur que tu as déjà vécue. Mais le problème, c’est qu’elle te maintient dans un état d’alerte permanent. Tu vis dans le passé, sans le savoir. Alors, comment reconnaître que c’est une partie exilée qui est en jeu ? Pose-toi ces questions : est-ce que cette anxiété a un déclencheur précis ? Est-ce qu’elle est disproportionnée par rapport à la situation ? Est-ce qu’elle s’accompagne d’images, de sensations corporelles, ou d’un sentiment d’impuissance ? Si oui, il y a de fortes chances qu’une partie exilée soit en train de parler.
La colère, on la connaît tous. Elle peut être explosive ou sourde, brève ou tenace. Mais souvent, on la juge. On se dit : « Je ne devrais pas être en colère pour ça », ou « Je suis trop colérique ». Pourtant, la colère est presque toujours secondaire. Elle cache quelque chose de plus vulnérable : de la tristesse, de la peur, de la honte. Dans le cadre de l’IFS, la colère est souvent portée par une partie protectrice, mais elle peut aussi être directement liée à un exilé qui a été trahi, humilié, ou ignoré.
Je pense à un patient, Marc, la trentaine. Il venait pour des accès de colère au travail, notamment avec son supérieur. Il se sentait injustement critiqué et réagissait de façon disproportionnée. En creusant, on a trouvé une partie exilée de lui, adolescent, qui avait été rabaissé par un professeur devant toute la classe. Cette humiliation, il ne l’avait jamais digérée. Aujourd’hui, quand son chef le corrige, même gentiment, la vieille blessure se réveille. La colère n’est pas dirigée contre le chef. Elle est une tentative de défendre ce garçon humilié, de lui redonner de la dignité.
La colère est une énergie puissante. Elle peut être utile, mais quand elle est incontrôlée, elle te coupe des autres et de toi-même. Si tu sens que ta colère est récurrente et qu’elle semble démesurée, demande-toi : « Qu’est-ce que je ressens juste en dessous ? » Souvent, tu trouveras de la tristesse, de la peur, ou un sentiment d’injustice ancien. C’est là que se trouve l’exilé. Et lui, il n’a pas besoin qu’on se batte pour lui. Il a besoin qu’on l’écoute, qu’on le prenne dans nos bras intérieurs.
La tristesse est sans doute l’émotion la plus directe d’une partie exilée. Elle est souvent profonde, lourde, comme une couverture de plomb. Parfois, elle surgit sans raison apparente : un film, une chanson, ou même rien du tout. Tu te retrouves à pleurer dans ta voiture, sans savoir pourquoi. Cette tristesse n’est pas un défaut de caractère. C’est une partie de toi qui porte une perte, un abandon, une solitude qui n’a jamais été accueillie.
Dans mon expérience, les exilés tristes sont souvent très jeunes. Ils ont été mis de côté parce que leur tristesse dérangeait. « Arrête de pleurer », « Sois fort », « Ce n’est pas grave ». Alors, ils ont appris à se taire. Mais leur tristesse n’a pas disparu. Elle s’est accumulée. Et aujourd’hui, elle déborde. C’est ce que je vois chez des personnes qui se sentent constamment fatiguées, démotivées, ou qui ont du mal à trouver du sens à leur vie. Derrière cette fatigue, il y a souvent un exilé qui pleure en silence.
Prenons l’exemple de Claire, une enseignante de 35 ans. Elle venait pour une dépression légère mais persistante. En séance, on a rencontré une petite fille de six ans, seule dans sa chambre, pendant que ses parents se disputaient. Personne ne venait la consoler. Cette petite fille portait une tristesse immense, mais elle avait appris à ne pas la montrer pour ne pas déranger. Aujourd’hui, Claire ressent cette tristesse comme une fatigue existentielle. Dès qu’on a commencé à écouter cette partie, à lui donner de l’attention, la tristesse s’est allégée. Pas disparue, mais transformée.
La tristesse d’un exilé n’est pas une maladie à éradiquer. C’est une émotion qui demande à être honorée. Quand tu la sens monter, ne la fuis pas. Assieds-toi avec elle. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? » Tu pourrais être surpris par ce qu’elle te répond.
Les parties exilées ne parlent pas seulement par émotions. Elles s’expriment aussi à travers ton corps et tes interactions avec les autres. C’est ce qui rend leur identification parfois complexe. Tu peux avoir des tensions chroniques dans les épaules, des maux de ventre, une fatigue inexpliquée. Ou bien tu peux éviter certaines situations, te sentir mal à l’aise en groupe, ou avoir des réactions de fuite ou d’agressivité dans tes relations. Tout ça, ce sont des signaux.
Par exemple, une partie exilée qui a vécu un rejet peut te pousser à t’isoler. Tu annules des sorties, tu trouves des excuses. Ou alors, à l’inverse, elle peut te rendre hyper dépendant de l’approbation des autres. Tu fais tout pour plaire, pour éviter d’être abandonné. Ces schémas relationnels sont souvent des tentatives de protection. Mais ils te coupent de toi-même et des autres.
Dans le corps, les exilés se logent souvent dans des zones spécifiques. La poitrine serrée pour l’anxiété, la gorge nouée pour la tristesse, les poings serrés pour la colère. Si tu prends un moment pour scanner ton corps quand une émotion forte monte, tu peux localiser la sensation. C’est une porte d’entrée vers la partie exilée. Par exemple, si tu sens une boule dans le ventre, tu peux lui demander : « Qu’est-ce que tu portes là ? ». Parfois, la réponse te surprend : une peur d’être jugé, un souvenir d’humiliation, un besoin d’être aimé.
« Le corps n’oublie rien. Chaque tension, chaque douleur peut être la voix d’une partie qui n’a jamais été entendue. »
Un point crucial à comprendre : ces parties exilées ne partent pas avec le temps. Elles ne guérissent pas toutes seules, contrairement à ce qu’on peut croire. On pense souvent que « le temps guérit tout ». Mais ce n’est pas vrai pour les blessures émotionnelles non traitées. Le temps les enfouit, les rend moins visibles, mais elles continuent à influencer tes réactions, tes choix, ta vie. C’est pourquoi les mêmes schémas se répètent, dans le travail, en amour, en amitié.
Ces parties attendent quelque chose de précis : être vues, écoutées, et délivrées de leur charge. Elles ne veulent pas qu’on les supprime ou qu’on les change. Elles veulent qu’on les accueille. Dans l’IFS, on dit que le Self — ta essence profonde, calme, curieuse, compatissante — est capable de guérir ces parties. Mais pour ça, il faut d’abord établir un contact. C’est un processus. Pas une baguette magique.
Beaucoup de mes patients me disent : « J’ai essayé de penser positif, de méditer, de faire du sport, mais ça revient toujours. » C’est normal. Parce que ces stratégies contournent la partie exilée au lieu d’aller vers elle. La guérison ne passe pas par l’évitement, mais par la rencontre. Et cette rencontre, elle se fait dans la douceur, sans forcer. Tu n’as pas besoin de revivre le traumatisme. Tu as juste besoin d’être présent pour cette partie, comme tu le serais pour un ami qui souffre.
Tu te demandes peut-être : « D’accord, mais concrètement, je fais quoi ? » Voici quelques pistes simples, que tu peux essayer dès ce soir, chez toi. Ce n’est pas une thérapie complète, mais c’est un début. Une façon d’ouvrir la porte.
Quand une émotion forte monte, arrête-toi une minute. Au lieu de réagir immédiatement (en criant, en fuyant, en mangeant), prends une respiration. Demande-toi : « Quelle partie de moi est là en ce moment ? » Tu n’as pas besoin de savoir immédiatement. Juste poser la question, c’est déjà un geste d’attention.
Localise la sensation dans ton corps. Est-ce dans la poitrine ? Le ventre ? La gorge ? Pose ta main doucement sur cet endroit. Dis à cette partie : « Je te vois. Je suis là. » Ça peut sembler étrange, mais essaie. Souvent, la sensation se détend un peu.
Pose des questions ouvertes à cette partie. Si tu sens de la tristesse, demande-lui : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Depuis quand es-tu là ? » Écoute la réponse qui vient, sans jugement. Elle peut être une image, un mot, une sensation.
Ne force pas. Si la partie ne veut pas parler, respecte-la. Dis-lui : « Je reviendrai. Tu n’es pas seule. » La guérison se fait dans la confiance, pas dans l’effort.
Prends un carnet. Note les moments où tu te sens submergé par une émotion. Avec le temps, tu verras des schémas. Ces schémas sont des indices sur les exilés qui ont besoin de toi.
Rappelle-toi : tu n’es pas tes parties. Tu es celui ou celle qui peut les accueillir. Et cette capacité, elle est déjà en toi. Je le vois chaque jour dans mon cabinet. Des personnes qui arrivent en pensant être brisées, et qui découvrent qu’elles sont simplement pleines de parties qui ont besoin d’amour. Pas d’amour extérieur, mais de celui qu’elles peuvent se donner à elles-mêmes.
Si tu te reconnais dans ces pages, sache que tu n’es pas seul. Ces symptômes — anxiété, colère, tristesse — ne sont pas des verdicts. Ce sont des appels. Des appels à rencontrer les parties de toi qui ont été mises de côté, parfois depuis très longtemps. Et tu peux commencer à le faire, pas à pas, avec douceur.
Mais parfois, on a besoin d’un guide. Quelqu’un pour nous aider à ne pas nous perdre dans le labyrinthe intérieur. C’est mon rôle à Saintes depuis 2014. Je ne promets pas de miracles, mais je promets une présence. Une écoute. Un chemin pour que tes parties exilées retrouvent leur place, non plus comme des fardeaux, mais comme des alliés.
Si tu sens que le moment est venu, prends contact. On peut se rencontrer en cabinet, ou en visio si tu es loin. Pas besoin d’avoir toutes les réponses. Juste la volonté d’écouter. Et ça, tu l’as déjà, puisque tu es arrivé jusqu’ici.
Prends soin de toi, et de tes parties. Elles le méritent.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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