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TCC : 3 exercices qui marchent (et quand passer à l'IFS)

Des outils concrets pour commencer à vous sentir mieux.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous avez probablement déjà essayé de "penser positif". On vous a dit qu'il fallait "remplacer les pensées négatives par des pensées positives", et vous avez tenté le coup. Sauf que ça n'a pas marché. Parce que votre cerveau n'est pas dupe. Il sait très bien que vous êtes en train de vous mentir, ou du moins, de vous forcer.

Alors, on fait quoi ? On abandonne ? Non. On change de méthode.

Je reçois régulièrement des personnes qui arrivent avec un bagage : elles ont déjà tenté la TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale), parfois avec un psychologue, parfois en autodidacte via des applis ou des livres. Et souvent, elles me disent la même chose : "Ça m'a aidé un temps, mais au bout d'un moment, je suis retombé(e)." Ce n'est pas un échec. C'est juste que la TCC, comme un bon outil de jardinage, fonctionne pour certaines tâches, mais pas pour toutes.

Dans cet article, je vais vous donner trois exercices concrets de TCC qui ont fait leurs preuves, que vous pouvez tester dès aujourd'hui. Et ensuite, je vous expliquerai pourquoi, pour certains blocages profonds, il faut aller voir ailleurs – par exemple du côté de l'IFS (Internal Family Systems). Parce que parfois, ce n'est pas la pensée qu'il faut changer, c'est la partie de vous qui pense cette pensée.

Pourquoi la TCC est un bon premier pas (et pas une fatalité)

La TCC a mauvaise presse dans certains cercles. On l'accuse d'être "superficielle", de ne s'attaquer qu'aux symptômes. C'est vrai et faux à la fois.

C'est vrai si on l'utilise comme une baguette magique. "Je vais faire trois exercices et mon anxiété va disparaître." Non. L'anxiété, la dépression, les comportements compulsifs sont souvent des signaux. Ils disent quelque chose. La TCC, bien utilisée, permet de calmer le signal pour pouvoir entendre le message.

C'est faux parce que les exercices de TCC, quand ils sont pratiqués régulièrement, modifient littéralement la structure de votre cerveau. On appelle ça la neuroplasticité. Vous créez de nouveaux chemins neuronaux. Vous apprenez à votre cerveau à ne plus réagir de manière automatique à un stimulus qui, objectivement, n'est pas dangereux.

Je compare souvent ça à un kiné. Si vous vous êtes blessé au genou, le kiné vous donne des exercices. Vous les faites, vous renforcez les muscles, la douleur diminue. Mais si la douleur revient parce que vous avez une vieille blessure émotionnelle non résolue, le kiné ne pourra pas y faire grand-chose. Il vous aura remis en mouvement, ce qui est indispensable, mais il faudra peut-être creuser plus loin.

Alors oui, la TCC est un excellent premier pas. Elle vous donne des outils pour reprendre le contrôle. Elle vous sort de l'impuissance. Mais elle n'est pas toujours la réponse à tout.

Voici trois exercices que j'utilise régulièrement avec les personnes que je reçois, et que vous pouvez tester chez vous.

Exercice n°1 : Le recadrage contextuel (ou "et si c'était une info, pas une menace ?")

L'une des grandes forces de la TCC, c'est d'identifier les distorsions cognitives. Ce sont des schémas de pensée automatiques, souvent irrationnels, qui colorent notre réalité. Le plus courant ? La catastrophisation. Vous imaginez le pire scénario possible, et votre corps réagit comme si ce scénario était déjà en train de se produire.

Prenons un exemple concret. Je reçois Paul, 42 ans, commercial. Il doit faire une présentation devant ses collègues demain. Il me dit : "Je vais me planter. Ils vont voir que je ne maîtrise pas mon sujet. Je vais perdre ma crédibilité."

C'est une pensée automatique. Son cerveau a immédiatement sauté sur la menace. Le recadrage contextuel, c'est une technique simple pour remettre cette pensée dans son contexte.

Comment faire ?

  1. Identifiez la pensée automatique. Notez-la sur un papier. Exactement comme elle vient. "Je vais me planter."
  2. Demandez-vous : "Quelles sont les preuves ?" Pas les preuves émotionnelles ("j'ai peur, donc c'est vrai"), mais les preuves factuelles. Est-ce que vous vous êtes déjà "planté" lors d'une présentation ? Si oui, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Les gens ont-ils ri ? Ont-ils quitté la salle ? Ou bien vous êtes-vous simplement senti mal à l'aise, ce qui est différent ?
  3. Recadrez. Reformulez la pensée comme une information, pas comme une menace. Au lieu de "Je vais me planter", dites : "Je ressens de l'anxiété avant cette présentation. C'est une information qui me dit que cet événement est important pour moi. Mon corps se prépare à performer."

Ce n'est pas du "positivisme" à la "tout va bien". C'est une réévaluation objective. Vous passez d'une lecture émotionnelle ("danger") à une lecture factuelle ("défi").

Le piège à éviter : Ne cherchez pas à vous convaincre que vous allez réussir brillamment. Vous n'en savez rien. Le but est juste de sortir de la certitude de l'échec. Vous passez de "100% échec" à "50% de chances que ça se passe bien, 50% que ce soit moyen, et même si c'est moyen, ce n'est pas la fin du monde."

Faites-le une fois par jour sur une pensée qui vous tracasse. Vous verrez, au bout d'une semaine, votre cerveau commencera à le faire automatiquement.

Exercice n°2 : L'activation comportementale (le piège de l'attente)

C'est l'exercice le plus simple sur le papier, et le plus difficile à mettre en œuvre. Il est pourtant redoutablement efficace, surtout si vous êtes dans une période de "mou" ou de déprime légère.

Le principe est contre-intuitif. Quand on se sent mal, on a envie de rester au lit, de regarder des séries, de se couper du monde. On attend de "se sentir mieux" pour agir. C'est un piège. L'émotion négative ne part pas toute seule. Elle s'installe, et plus vous restez inactif, plus elle s'installe.

L'activation comportementale, c'est l'inverse. Vous agissez d'abord, et l'émotion suit.

Comment faire ?

  1. Faites une liste de 10 activités. Pas besoin d'être ambitieux. Des micro-activités. "Boire un verre d'eau", "marcher 5 minutes autour du pâté de maisons", "écouter une chanson que j'aimais ado", "écrire 3 lignes dans un carnet", "laver 3 assiettes". L'important, c'est que ce soit faisable en moins de 10 minutes et que ce soit neutre ou légèrement agréable.
  2. Notez votre humeur sur 10 avant l'activité. Soit honnête. "Je suis à 3/10."
  3. Faites l'activité. Ne réfléchissez pas. Ne vous demandez pas si vous en avez envie. Vous n'en avez pas envie, c'est le principe. Faites-la comme si vous suiviez une prescription médicale.
  4. Notez votre humeur après. Vous serez surpris. Dans 80% des cas, elle monte d'au moins un point. Parfois deux. Ce n'est pas miraculeux, mais c'est une preuve concrète que l'action modifie l'état.

Je me souviens de Claire, 35 ans, qui venait de traverser une rupture. Elle passait ses journées au lit, à ressasser. Je lui ai proposé cet exercice. Elle a choisi "marcher jusqu'à la boulangerie". Le premier jour, elle a mis 20 minutes à sortir de son lit. Le deuxième, 15. Le troisième, elle est allée jusqu'au parc, sans même acheter de pain. Elle ne se sentait pas "guérie", mais elle avait repris le contrôle sur son corps. Le mouvement est un antidépresseur naturel puissant. Il libère des endorphines, de la dopamine, de la sérotonine. Mais il faut bouger pour en bénéficier.

Exercice n°3 : La technique de la flèche descendante (pour trouver la peur sous la peur)

Celui-ci est un peu plus avancé. Il permet de descendre dans les couches de votre anxiété. La TCC classique s'arrête souvent à la surface : "J'ai peur de prendre l'avion." La flèche descendante, c'est le marteau-piqueur. Elle va creuser jusqu'à trouver la peur fondamentale.

Comment faire ?

  1. Prenez une situation qui génère de l'anxiété. Par exemple : "Je dois appeler mon banquier pour un problème."
  2. Demandez-vous : "Qu'est-ce qui est terrible dans cette situation ?" Ne cherchez pas une réponse rationnelle. Cherchez la peur brute, même si elle est irrationnelle. "J'ai peur qu'il me juge."
  3. Puis, à partir de cette réponse, reposez la même question : "Et si c'était le cas, qu'est-ce qui serait terrible ?" "Et s'il me juge, ça voudrait dire que je suis incompétent."
  4. Et encore : "Et si j'étais incompétent, qu'est-ce qui serait terrible ?" "Ça voudrait dire que je ne mérite pas mon poste."
  5. Et encore : "Et si je ne méritais pas mon poste, qu'est-ce qui serait terrible ?" "Ça voudrait dire que je suis un imposteur et que je vais être découvert."

Vous arrivez souvent à une peur fondamentale : la peur du rejet, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur d'être abandonné, la peur de mourir.

L'intérêt de cet exercice, c'est qu'il révèle le vrai problème. Ce n'est pas l'appel au banquier le problème. C'est la peur d'être un imposteur. Et ça, la TCC peut le traiter, mais pas avec un simple recadrage. Il faudra un travail plus long sur les croyances profondes.

Attention : Cet exercice peut être émotionnellement intense. Si vous sentez que vous tombez dans un trou, arrêtez-vous. Prenez une grande respiration. Revenez-y plus tard, ou faites-le avec un professionnel. Il ne s'agit pas de vous traumatiser davantage, mais de comprendre la structure de votre anxiété.

Les limites de la TCC : quand le "pilote automatique" est en fait un conflit interne

Vous avez fait ces exercices. Sincèrement. Pendant plusieurs semaines. Et vous ressentez un mieux. L'anxiété est moins forte. Vous arrivez à recadrer. Vous sortez plus souvent. Mais il reste quelque chose. Un fond. Une petite voix qui revient, toujours la même, dans les moments de calme. Ou alors, vous avez l'impression de "gérer", mais vous êtes épuisé. Comme si vous passiez votre temps à éteindre des incendies.

C'est là que la TCC montre ses limites. Elle est géniale pour gérer les symptômes, mais elle ne s'attaque pas toujours à la source. Et la source, ce n'est pas toujours une "mauvaise pensée". Parfois, c'est une partie de vous.

Imaginez votre esprit comme une maison. La TCC, c'est le coup de peinture sur les murs, le réagencement des meubles. C'est utile, ça rend la pièce plus agréable. Mais si la plomberie est défectueuse et qu'il y a une fuite dans le mur, la peinture va cloquer. Vous pouvez repeindre cent fois, la fuite reviendra.

L'IFS (Internal Family Systems) s'intéresse à cette fuite. Elle considère que notre psyché est composée de plusieurs "parties" ou "sous-personnalités". Il n'y a pas un "vous" unique, mais une famille intérieure. Et parfois, certaines parties sont en conflit.

Un exemple concret. Vous avez une partie qui veut absolument que vous soyez parfait au travail. Elle vous pousse, vous critique, vous empêche de dormir. C'est une partie "manager" ou "protectrice". Elle a un bon objectif : vous protéger de l'échec et du rejet. Mais sa méthode est épuisante.

En TCC, on va essayer de calmer cette partie en lui disant "ce n'est pas grave si tu n'es pas parfait". Mais la partie ne vous écoute pas. Parce qu'elle a une bonne raison d'être là. Elle a été créée à un moment de votre vie où la perfection était une question de survie (peut-être un parent exigeant, un environnement scolaire compétitif).

L'IFS va dialoguer avec cette partie. Va lui demander : "Qu'est-ce que tu crains si tu arrêtes de pousser ?" Et la partie va répondre : "Si j'arrête, il va se faire virer et se retrouver seul." C'est une peur légitime, pour cette partie. L'IFS ne cherche pas à la faire taire, mais à la rassurer, à lui montrer qu'il y a d'autres ressources en vous, et à libérer la partie blessée qu'elle protège (souvent une partie "exilée" qui porte la honte, la peur de l'abandon).

Comment savoir si vous devez passer à l'IFS ?

Il n'y a pas de test diagnostic officiel, mais voici des indicateurs que je vois souvent chez les personnes qui viennent me voir après avoir "fait le tour" de la TCC :

  1. Vous avez l'impression de "gérer" mais pas de "vivre". Vous contrôlez vos émotions, mais vous ne les ressentez plus vraiment. Vous êtes devenu un expert en gestion de crise intérieure, mais vous êtes déconnecté de votre joie, de votre créativité, de votre spontanéité.
  2. Les exercices de TCC fonctionnent... jusqu'à ce qu'ils ne fonctionnent plus. Vous avez une bonne semaine, et puis un petit déclencheur (un mot, un regard, une date) vous remet à zéro. Vous avez l'impression de repartir de la case départ.
  3. Vous avez des "réactions disproportionnées" que vous ne comprenez pas. Vous vous entendez crier après votre conjoint pour un verre mal rangé, et vous vous dites "mais pourquoi j'ai réagi comme ça ?". C'est le signe qu'une partie de vous a été activée, une partie qui n'a pas 40 ans, mais peut-être 5 ans.
  4. Vous avez un "critique intérieur" très fort. Le recadrage cognitif vous aide un temps, mais la voix revient, toujours aussi puissante. Comme si elle avait une vie propre.
  5. Vous sentez que le problème vient de "quelque chose d'avant". Une enfance difficile, un événement traumatique, une dynamique familiale particulière. La TCC peut traiter les conséquences actuelles de ce passé, mais elle n'ira pas toujours "parler" à l'enfant que vous étiez.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, l'IFS peut être une piste très intéressante. Ce n'est pas une thérapie "mieux" que la TCC. C'est une thérapie différente, qui travaille à un autre niveau. Beaucoup de personnes combinent les deux : la TCC pour gérer le quotidien, et l'IFS pour aller creuser la source.

En préparateur mental, je vois souvent des sportifs qui sont en "mode TCC" : ils visualisent, ils recadrent, ils se fixent des objectifs. Mais quand ils arrivent à un certain niveau, ils bloquent. Ils ont une partie d'eux qui "sabote" leur performance. L'IFS permet de dialoguer avec ce saboteur, de comprendre ce qu'il essaie de protéger (la peur de la réussite, la peur du changement d'identité, la peur de décevoir). Et là, le blocage se lève.

Conclusion : commencez par l'action, écoutez ensuite

Alors, par quoi commencer ? Par les exercices de TCC. Ils sont gratuits, ils sont faciles à tester, et ils vous donneront des résultats visibles en quelques jours ou semaines. Ils vous remettront en mouvement, et c'est essentiel.

Mais soyez honnête avec vous-même. Si vous sentez que vous tournez en rond, que vous "gérez" mais que vous ne vous sentez pas vivant, ou que des schémas se répètent inlassablement, posez-vous la question : est-ce que je suis en train de vouloir repeindre sur un mur qui fuit ?

L'IFS demande plus de temps, plus de vulnérabilité. Ce n'est pas une technique rapide. C'est un voyage à l'intérieur de vous-même, pour rencontrer les parties qui ont été laissées de côté. Mais

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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