3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L’histoire d’une personne qui a transformé sa pire voix intérieure.
Il y a quelques mois, un patient que je suivais depuis un moment m’a dit quelque chose qui m’a marqué. C’était un homme d’une quarantaine d’années, cadre dans une entreprise de logistique, venu me consulter pour ce qu’il appelait « cette saleté de voix dans ma tête ». Il la décrivait comme un juge intérieur impitoyable, qui commentait chacun de ses gestes, lui rappelait ses échecs, et l’empêchait de dormir. « Le pire, c’est que je ne peux pas la faire taire », m’avait-il confié. Quelques séances plus tard, il est arrivé avec un sourire que je ne lui avais jamais vu. « Je crois que j’ai trouvé un truc, m’a-t-il dit. Au lieu de la combattre, je l’ai écoutée. Et elle s’est tue. » Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois depuis que je pratique l’IFS (Internal Family Systems) et l’hypnose ericksonienne. Elle mérite qu’on s’y arrête. Parce qu’elle dit quelque chose de fondamental sur le fonctionnement de notre psyché : nos pires voix intérieures ne sont pas des ennemies à abattre, mais des parties de nous qui tentent de nous protéger, souvent avec des moyens maladroits.
Avant de raconter l’histoire de ce patient — appelons-le Julien — il faut comprendre un mécanisme de base. Cette voix qui vous juge, qui vous critique, qui vous dit que vous n’êtes pas à la hauteur, elle n’est pas là par hasard. Elle a une fonction. Dans l’IFS, on appelle ça une « partie protectrice ». Son job, c’est d’éviter que vous ne reviviez une souffrance que vous avez déjà connue, souvent dans l’enfance. Julien, par exemple, avait grandi avec un père très exigeant. Chaque note en dessous de 16/20 était un échec. Chaque match perdu au foot, une honte. Son juge intérieur s’était construit comme une copie fidèle de cette voix paternelle, avec une mission claire : le pousser à être parfait, pour éviter la désapprobation et la douleur qui allait avec. Sauf qu’à l’âge adulte, ce juge ne lâchait plus prise. Il était devenu un tyran.
Le problème, c’est qu’on essaie souvent de faire taire cette voix par la force. On se dit : « Arrête de penser ça », « Tu es ridicule », « Pourquoi tu es si dur avec toi-même ? ». Mais ça ne marche pas. Pourquoi ? Parce que la voix intérieure n’est pas un simple bruit de fond. C’est une partie de vous, avec une histoire, des émotions, et une intention. Quand vous la combattez, elle se sent attaquée. Et comme toute partie qui se sent menacée, elle durcit sa position. Elle crie plus fort. Elle devient plus insistante. Le conflit s’intensifie. C’est exactement ce que vivait Julien : plus il essayait de faire taire son juge, plus il devenait présent, jusqu’à l’obsession.
« J’ai passé des années à essayer de me raisonner, à me dire que j’étais trop dur avec moi-même. Mais ça n’a fait qu’empirer. C’est comme si je donnais à manger à mon critique en le combattant. » — Julien, lors de notre troisième séance.
Cette dynamique, je la vois tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des adultes brillants, compétents, qui se sentent prisonniers d’une voix intérieure qui les épuise. Et la solution n’est pas de la faire taire par la force. Elle est ailleurs. Elle est dans l’écoute.
Julien est arrivé à un point de rupture. Il avait tout essayé : la méditation (il se jugeait de mal méditer), la thérapie cognitive (il se jugeait de ne pas appliquer les techniques), le sport (il se jugeait de ne pas courir assez vite). Un soir, après une journée où il avait passé deux heures à ruminer une erreur minime au travail, il s’est assis dans son salon et a dit à voix haute : « D’accord, parle. Je t’écoute. » Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. C’était un geste de désespoir. Mais ce geste a changé quelque chose.
En séance, je lui ai proposé d’explorer cette voix avec une attitude différente : non pas la combattre, mais l’accueillir. En IFS, on appelle ça « se tourner vers la partie ». On ne lui demande pas de se taire. On lui demande ce qu’elle veut, ce qu’elle craint, ce qu’elle essaie de protéger. Julien a fermé les yeux, et je l’ai guidé : « Imagine que cette voix est assise en face de toi. Elle a une forme, une couleur, une texture. Observe-la sans jugement. Demande-lui : qu’est-ce que tu veux pour moi ? » La réponse a été immédiate. La voix a dit : « Je veux que tu sois irréprochable. Comme ça, personne ne pourra te faire de mal. »
C’est là que tout a basculé. Julien a compris que son juge intérieur n’était pas un ennemi. C’était un gardien maladroit, un veilleur de nuit qui avait pris son rôle trop au sérieux. Il ne voulait pas le détruire. Il voulait le protéger. Mais pour ça, il avait besoin d’être rassuré. Pas attaqué. En écoutant son juge, en reconnaissant son intention positive, Julien a cessé de lutter. Et la voix s’est apaisée. Non parce qu’elle avait été vaincue, mais parce qu’elle avait été entendue.
Ce processus, je l’ai vu fonctionner des dizaines de fois. Il repose sur un principe simple : les parties de nous qui semblent les plus négatives ont souvent une fonction protectrice. Le juge intérieur ne veut pas votre malheur. Il veut votre sécurité. Mais sa méthode — la critique, la comparaison, l’exigence — est devenue toxique parce qu’elle n’a jamais été remise en question. Quand vous l’écoutez avec curiosité, vous désamorcez le conflit. Et vous libérez de l’énergie pour autre chose.
Dans mon travail, je combine souvent l’IFS avec l’hypnose ericksonienne. Pourquoi ? Parce que l’hypnose permet d’accéder à ces parties de nous qui ne répondent pas à la volonté consciente. Vous avez déjà essayé de vous raisonner pour arrêter de ruminer ? Ça ne marche pas. La rumination est un processus inconscient. L’hypnose, elle, parle directement à l’inconscient.
Avec Julien, j’ai utilisé une approche simple. Je lui ai proposé une séance d’hypnose où il imaginait son juge intérieur comme une figure assise dans une salle d’attente. Il pouvait la voir, l’entendre, mais sans être submergé par elle. En état d’hypnose, il a pu lui poser des questions : « Depuis quand es-tu là ? », « De quoi as-tu peur ? », « Qu’est-ce qui te ferait te sentir en sécurité ? ». Et là, une chose étonnante s’est produite. Son juge s’est mis à rapetisser. Littéralement. Dans son imaginaire, il est passé d’une statue de trois mètres à une petite silhouette d’à peine trente centimètres. « Il a l’air fatigué », m’a dit Julien. « Il a passé tellement de temps à monter la garde. »
L’hypnose ericksonienne est particulièrement adaptée à ce travail parce qu’elle ne force pas le changement. Elle crée un espace de sécurité où les parties de nous peuvent se révéler à leur rythme. Il n’y a pas de confrontation. Il y a une invitation. Et souvent, ce que les personnes découvrent, c’est que leur juge intérieur n’est pas aussi solide qu’il en a l’air. Il est épuisé. Il a besoin de repos. Il a besoin qu’on prenne la relève.
« La voix la plus dure à l’intérieur de vous est souvent celle qui a le plus souffert. Elle ne vous attaque pas. Elle vous alerte. » — Extrait d’une séance d’hypnose avec une patiente.
Ce n’est pas de la magie. C’est de la psychologie appliquée. Quand vous arrêtez de voir votre critique comme un problème à résoudre, et que vous commencez à le voir comme un messager à comprendre, le rapport de force change. Vous n’êtes plus en guerre. Vous êtes en dialogue.
Julien a continué son travail. Au fil des séances, il a exploré ce qui se cachait derrière son juge. Il a découvert une partie plus jeune de lui-même, un enfant qui avait peur de décevoir, peur d’être rejeté, peur de ne pas être aimé. C’est là que l’IFS devient puissant : elle ne s’arrête pas aux parties protectrices (comme le juge). Elle va chercher les parties exilées, celles qui portent la vulnérabilité originelle.
Dans un exercice, je lui ai demandé de se reconnecter à un souvenir précis : il avait 8 ans, il rentre de l’école avec un 14/20 en maths. Son père lui dit : « Tu peux mieux faire. » À ce moment-là, Julien a ressenti une boule dans la gorge. Ce n’était pas de la colère. C’était de la tristesse. Une tristesse ancienne, gelée. Son juge intérieur s’était construit pour éviter que cette tristesse ne revienne. En l’écoutant, en accueillant cette tristesse, Julien a fait un pas de plus vers la guérison.
« J’ai réalisé que mon perfectionnisme n’était pas un choix. C’était une stratégie de survie émotionnelle », m’a-t-il dit. Cette prise de conscience a été libératrice. Parce qu’elle a déplacé le problème : ce n’était plus « comment arrêter d’être perfectionniste ? », mais « comment prendre soin de la partie de moi qui a eu besoin de ce perfectionnisme pour se sentir en sécurité ? ».
C’est un changement de paradigme. Et il est accessible à tout le monde, à condition d’accepter de ralentir et d’écouter. Vraiment écouter. Pas pour répondre. Pas pour corriger. Pour comprendre.
La suite de l’histoire de Julien est intéressante. Son juge intérieur ne s’est pas volatilisé. Il est toujours là. Mais il a changé de ton. Il est passé d’une voix autoritaire et stressante à une voix plus posée, presque bienveillante. Julien m’a raconté qu’un jour, avant une réunion importante, il a entendu son juge lui dire : « Prépare bien tes arguments, ça va bien se passer. » Avant, la même voix aurait dit : « Si tu te rates, tout le monde verra que tu es un imposteur. »
En IFS, on appelle ça « décharger la partie ». Quand une partie protectrice n’a plus besoin de jouer son rôle de garde du corps, elle peut se repositionner. Elle devient une ressource. Le juge de Julien est devenu un conseiller, un mentor intérieur. Il l’aidait à être rigoureux sans être tyrannique. Il lui rappelait l’importance de bien faire, mais sans le paralyser.
Cette transformation n’est pas réservée à quelques privilégiés. Elle est le résultat d’un travail régulier, fait de petites étapes. Voici ce que Julien a mis en place concrètement :
Ces gestes semblent simples. Mais ils sont puissants parce qu’ils changent la relation. Au lieu de subir la voix, il l’accueille. Au lieu de la combattre, il la remercie. Et progressivement, la voix s’adoucit.
« Ce n’est pas que mon juge a disparu. C’est qu’il est devenu mon allié. Aujourd’hui, quand je l’entends, je sais qu’il essaie de m’aider. Parfois il se trompe de méthode. Mais je peux lui dire merci et passer à autre chose. » — Julien, après six mois de travail.
Je vais terminer par une réflexion qui m’est chère. Nous passons tellement de temps à vouloir faire taire nos voix intérieures que nous oublions de leur demander ce qu’elles veulent. Le juge, le critique, le perfectionniste, le procrastinateur, l’anxieux : toutes ces parties ont une histoire. Elles sont apparues à un moment de votre vie pour vous protéger. Elles ont peut-être été utiles à un moment donné. Mais elles sont restées, comme des soldats qui continuent de monter la garde alors que la guerre est finie.
L’approche que je propose n’est pas une baguette magique. Elle demande du temps, de la patience, et une bonne dose de curiosité envers soi-même. Mais elle offre quelque chose que la lutte ne donne jamais : la paix. Pas la paix du cimetière, où tout est silencieux. La paix vivante, où vous pouvez entendre toutes vos parties sans être submergé par aucune.
Si vous reconnaissez dans ces lignes votre propre juge intérieur, sachez que vous n’êtes pas seul. C’est un compagnon de route pour beaucoup d’entre nous. Mais il n’est pas votre ennemi. Il est une partie de vous qui a besoin d’être écoutée, reconnue, et peut-être remerciée pour son travail. Et quand vous lui offrez cela, quelque chose de surprenant se produit : il se tait. Non parce que vous l’avez réduit au silence, mais parce que, pour la première fois, il se sent en sécurité.
Alors, la prochaine fois que vous entendrez cette voix, ne la fuyez pas. Ne la combattez pas. Arrêtez-vous. Respirez. Et dites-lui : « Je t’écoute. » Vous pourriez être surpris de ce que vous allez découvrir.
Si vous sentez que ce juge intérieur prend trop de place dans votre vie, que vous avez essayé de le faire taire sans succès, je vous invite à venir en parler. Pas pour que je vous donne une solution toute faite, mais pour que vous puissiez, à votre rythme, apprendre à écouter ce qui se cache derrière la critique. Je reçois à Saintes, en présentiel ou en visio. Un premier échange, sans engagement, peut déjà vous donner une direction. Parce que parfois, il suffit d’une écoute pour que la paix s’installe.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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