3 exercices IFS pour désamorcer un pompier en crise
Des outils concrets pour calmer l'urgence intérieure en 5 minutes.
L'histoire de Claire, pas à pas vers l'apaisement.
Elle s’appelle Claire, elle a 34 ans, et elle est venue me voir pour une raison qu’elle qualifiait elle-même de « floue ». Pas de crise aiguë, pas de symptôme spectaculaire. Juste une sensation tenace d’être « à côté de sa vie », comme si une partie d’elle-même regardait le monde derrière une vitre sale. Au travail, elle était compétente mais épuisée. En couple, elle se sentait aimée mais incapable de se laisser vraiment aimer. Et depuis une conversation anodine avec sa sœur, la veille de notre premier rendez-vous, elle pleurait sans savoir pourquoi.
« Je ne comprends pas, Thierry. J’ai tout pour être heureuse. Pourquoi je me sens si lourde ? »
Je l’ai rassurée : ce « flou » est souvent le signe le plus honnête que quelque chose, en nous, demande à être écouté. Nous allions le faire ensemble, sans forcer, en douceur. Ce que Claire a vécu ensuite est une illustration parfaite de ce que le modèle IFS (Internal Family Systems) appelle la guérison d’une partie exilée. Voici son histoire, pas à pas, et les clés qui ont permis à une jeune fille blessée de retrouver sa place.
La première séance a été consacrée à poser le cadre. Claire était soulagée d’apprendre que je ne considérais pas ses « voix intérieures » ou ses « humeurs contradictoires » comme des pathologies, mais comme des parties d’elle-même, des sous-personnalités légitimes. Le modèle IFS repose sur une idée simple : notre psyché est une famille intérieure. Il y a en nous des parties protectrices (des managers qui contrôlent, des pompiers qui réagissent dans l’urgence) et des parties exilées, souvent jeunes, qui portent la douleur, la honte, la peur ou l’impuissance d’un événement passé.
Claire a immédiatement reconnu ce qu’elle appelait sa « sentinelle intérieure » : une voix critique, exigeante, qui la poussait à être parfaite au travail et irréprochable en société. « Sans elle, je serais nulle », disait Claire. Cette sentinelle était un manager typique : elle croyait dur comme fer que sa vigilance constante protégeait Claire d’un danger imprécis mais réel.
Puis, il y avait une autre partie, plus secrète. Claire l’appelait « la petite fille sous la table ». Elle apparaissait parfois le soir, quand tout était calme. Une sensation de vide dans le ventre, une envie de se recroqueviller, une tristesse sans nom. Cette partie-là, Claire la fuyait. Elle la jugeait « faible », « immature », « inutile ». Elle ne savait pas encore qu’elle était en train de maltraiter une exilée.
« Ce que j’appelais ‘ma faiblesse’ était en fait une partie de moi qui avait été laissée pour compte, dans le noir, depuis mon enfance. »
L’élément déclencheur de notre travail a été une conversation avec sa sœur aînée, Sophie. Sophie avait mentionné, en passant, une dispute entre leurs parents, vingt-cinq ans plus tôt. Rien de grave : une histoire d’argent, des mots un peu secs, une porte qui claque. Claire se souvenait de cette scène. Elle avait 9 ans. Elle s’était cachée sous la table de la salle à manger, les mains sur les oreilles, en retenant son souffle.
En me racontant cela, Claire s’est mise à trembler. Sa respiration est devenue courte. Son visage s’est figé. Ce n’était pas un souvenir, c’était une reviviscence. La partie exilée venait de faire surface.
Dans l’IFS, on appelle cela un « déclencheur » : une situation présente (même une simple évocation) qui active une partie vulnérable. Le cortex préfrontal se désactive partiellement, le système limbique s’emballe, et la personne se retrouve projetée dans l’état émotionnel de l’enfant qu’elle était. Claire n’était plus une femme de 34 ans dans un cabinet à Saintes. Elle était une petite fille terrorisée, sous une table, en 1999.
Mon rôle, à cet instant, n’était pas de la « raisonner » ni de lui dire « ce n’est rien, c’est du passé ». Ça aurait été nier sa réalité intérieure. Je lui ai simplement demandé :
— « Où est-ce que tu sens cette émotion dans ton corps, maintenant ? »
— « Dans ma poitrine. C’est serré. Comme si quelqu’un m’écrasait. »
— « Et si tu pouvais donner un âge à cette sensation ? »
— « 9 ans. J’ai 9 ans. »
Nous venions de rencontrer la partie exilée.
Avant de pouvoir toucher la douleur de la petite fille, il fallait d’abord négocier avec sa gardienne : la sentinelle intérieure. C’est une règle d’or en IFS : on ne force jamais l’accès à une partie exilée sans l’autorisation de ses protecteurs. Pourquoi ? Parce que les protecteurs ont raison d’avoir peur. Ils craignent que si la douleur refait surface, elle soit ingérable, qu’elle submerge la personne, qu’elle la rende folle ou incapable de fonctionner.
J’ai donc demandé à Claire de se tourner vers cette partie critique, cette voix qui lui disait « tu dois être forte, tu n’as pas le droit de pleurer, arrête de faire l’enfant ». Au lieu de la combattre, nous l’avons remerciée.
— « Qu’est-ce qu’elle essaie de faire pour toi, cette partie ? »
— « Elle me protège. Elle m’empêche de m’effondrer. Si je lâche, je vais me noyer. »
— « Est-ce que tu peux lui dire que tu comprends son travail, et que tu ne veux pas la virer ? Que nous allons juste regarder la petite fille ensemble, sans la submerger ? »
Claire a hoché la tête. J’ai vu son visage se détendre légèrement. La sentinelle a accepté de baisser sa garde, à une condition : que nous restions dans le présent, que nous ne laissions pas la petite fille prendre le contrôle total. C’est un contrat de confiance.
Nous avons alors invité la petite fille de 9 ans à s’asseoir symboliquement à côté de Claire. Je lui ai proposé de la visualiser : elle était recroquevillée sous la table, les genoux contre la poitrine, les mains sur les oreilles. Elle avait les yeux grands ouverts, fixant le vide. Elle ne pleurait pas. Elle était pétrifiée.
— « Qu’est-ce qu’elle ressent, Claire ? »
— « De la peur. Une peur énorme. Et de la honte. Elle croit que c’est de sa faute si papa et maman se disputent. »
C’est là que le travail profond a commencé. Dans l’IFS, on ne cherche pas à « enlever » la douleur. On cherche à décharger les croyances et les émotions que la partie porte. Cette petite fille portait une croyance toxique : « Je suis responsable du conflit. Si j’étais sage, ils ne se disputeraient pas. Je ne mérite pas d’être en sécurité. »
Je n’ai pas dit à Claire que c’était faux. Ce genre de rationalisation ne fonctionne pas sur une partie qui a 9 ans. Les parties exilées sont des enfants. Elles ont besoin d’être écoutées, comprises, et surtout, secourues.
J’ai guidé Claire pour qu’elle devienne la « bonne mère » de cette petite fille. Je lui ai demandé de lui parler directement, dans sa tête, avec des mots simples.
— « Qu’est-ce que tu aimerais lui dire ? »
— « … Je suis désolée de t’avoir laissée seule si longtemps. »
Les larmes ont coulé. Mais ce n’étaient plus des larmes de terreur. C’étaient des larmes de soulagement. La petite fille commençait à se sentir vue.
« Guérir une partie exilée, ce n’est pas effacer la mémoire du traumatisme. C’est permettre à l’enfant que nous étions de ne plus être seul dans le noir. »
Les séances suivantes ont été consacrées à un travail plus systématique. Claire venait avec une intention claire : « Je veux libérer la petite fille de la honte. »
Nous avons utilisé une technique d’imagerie guidée. Claire visualisait la scène de la dispute, mais cette fois, elle n’était plus sous la table. Elle était à côté de la table, en tant qu’adulte. Elle pouvait voir ses parents, mais aussi voir la petite fille terrorisée.
— « Maintenant, Claire, tu es l’adulte. Tu as 34 ans, tu es en sécurité, tu as des ressources. Que vois-tu que la petite fille ne voit pas ? »
— « Je vois que mes parents ne sont pas en colère contre moi. Ils sont fatigués. Ils s’inquiètent pour l’argent. Ce n’est pas ma faute. »
Cette prise de conscience cognitive est importante, mais insuffisante. Le corps et l’émotion doivent suivre. J’ai donc invité Claire à « extraire » la croyance de la petite fille. Nous avons imaginé qu’elle retirait de son ventre une boule noire et lourde, comme une pierre, et qu’elle la déposait à l’extérieur, dans une boîte.
— « À qui appartient cette honte, Claire ? »
— « À mes parents. À leur stress. Pas à moi. »
— « Et maintenant, qu’est-ce que tu aimerais mettre à la place ? »
— « De la douceur. Et le droit d’avoir peur sans que ce soit de ma faute. »
Ce n’est pas magique. Ce processus prend du temps. Il faut répéter, parfois pendant des semaines, pour que la nouvelle croyance s’installe. Mais à chaque séance, Claire sentait la petite fille s’alléger. Elle n’était plus une charge, mais une compagne de route.
Un tournant majeur est survenu quand Claire a réalisé que sa sentinelle intérieure – la voix critique – n’était pas une ennemie. Elle avait juste un job trop lourd. Cette partie avait été créée juste après l’incident, à 9 ans. Elle s’était dit : « Si je contrôle tout, si je suis parfaite, personne ne se disputera à cause de moi, et je ne ressentirai plus jamais cette peur. »
Le problème, c’est que cette stratégie avait fonctionné… jusqu’à un certain point. À 34 ans, la sentinelle était devenue un bourreau de travail, une perfectionniste épuisante, une juge impitoyable. Elle ne voyait pas que les parents de Claire n’étaient plus là, que le danger était passé.
Nous avons donc invité la sentinelle à une réunion de famille intérieure. Claire lui a parlé avec respect :
— « Je te remercie de m’avoir protégée toutes ces années. Mais maintenant, j’ai grandi. Je n’ai plus besoin que tu travailles 24 heures sur 24. Tu peux prendre ta retraite, ou changer de rôle. »
La sentinelle a eu du mal à lâcher prise. Elle avait peur que sans elle, Claire s’effondre. C’est là que la petite fille guérie est intervenue. Elle a dit à la sentinelle : « Je vais bien maintenant. Tu n’as plus besoin de monter la garde pour moi. »
C’est un moment que j’appelle la danse des parties. Quand l’exilée guérit, les protecteurs peuvent enfin se reposer. Ils n’ont plus à compenser. La personne entière peut alors respirer.
Après quatre mois de travail, Claire a commencé à sentir des changements concrets. Elle n’était plus submergée par la tristesse le soir. Elle pouvait écouter sa sœur parler de souvenirs d’enfance sans avoir le cœur qui s’emballe. Elle a même arrêté de se critiquer quand elle faisait une erreur au travail.
Mais le plus beau changement, selon elle, a été dans sa relation avec son compagnon. Avant, elle avait besoin de contrôler les moindres détails du quotidien, de peur qu’un conflit n’éclate. Maintenant, elle pouvait dire « je ne suis pas d’accord » sans avoir l’impression que le monde allait s’écrouler. Elle pouvait recevoir un compliment sans le rejeter immédiatement. Elle pouvait pleurer devant lui sans se sentir honteuse.
Un jour, elle m’a dit :
— « Je n’ai plus peur de la petite fille sous la table. En fait, je l’aime. Elle m’a appris la douceur. »
C’est ça, la guérison en IFS. Ce n’est pas une ablation. C’est une réintégration. La partie exilée n’est plus un fardeau à cacher, mais une ressource. Cette petite fille sensible et intuitive est devenue une alliée dans son métier de designer, où la créativité demande justement de la vulnérabilité. La sentinelle, elle, s’est reconvertie : elle ne contrôle plus, elle organise avec bienveillance. Elle prépare les plannings sans stresser.
Si vous vous reconnaissez dans l’histoire de Claire, il est important que je sois clair sur ce que cette approche peut vous apporter.
Ce qu’elle fait :
Ce qu’elle ne fait pas :
Si vous lisez ces lignes et que vous sentez une résonance avec l’histoire de Claire, je voudrais vous proposer une expérience simple, à faire chez vous, tout de suite.
Ce n’est pas un exercice magique. C’est une porte d’entrée. Si vous ressentez une émotion forte, c’est normal. Peut-être qu’une partie exilée vient de se manifester. Elle a besoin que vous l’écoutiez, pas que vous la noyiez dans du travail, du sport ou des écrans.
Si ce contact vous a touché, si vous sentez que cette partie mérite une vraie écoute, je vous invite à prendre rendez-vous. Je reçois à Saintes, en cabinet, ou en visio pour ceux qui sont loin. Nous irons à votre rythme, sans
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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