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Témoignage : j’ai apprivoisé mon pompier intérieur

L’histoire d’une femme qui a cessé d’éteindre ses feux émotionnels.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Je m’appelle Claire, j’ai 42 ans, et pendant presque toute ma vie, j’ai été pompier. Pas dans une caserne, non. Dans ma tête. Chaque fois qu’une émotion un peu forte pointait le bout de son nez — colère, tristesse, peur, frustration — je dégainais mon lance à incendie intérieur. Je l’éteignais. Vite. Efficacement. Et surtout, sans que personne ne voie rien.

J’ai mis des années à comprendre que ce pompier, aussi utile qu’il ait été, me privait de quelque chose d’essentiel : la possibilité d’être vraiment vivante.

Dans cet article, je vais vous raconter comment j’ai découvert cette partie de moi, pourquoi elle s’était emballée, et ce qui s’est passé quand j’ai accepté de la laisser souffler un peu. Si vous vous reconnaissez dans cette histoire, peut-être que vous aussi, vous avez un pompier intérieur qui mérite qu’on s’y attarde.


Comment j’ai découvert que j’avais un pompier dans la tête

Tout a commencé par une phrase anodine, prononcée par Thierry lors d’une séance. Je venais de lui raconter une dispute avec mon conjoint. Rien de grave : il avait oublié de passer chercher le pain, et j’avais senti monter une vague d’irritation. Sauf que, au lieu de la laisser s’exprimer, j’avais immédiatement fait le ménage. « Ce n’est rien, ça va, ce n’est pas grave », m’étais-je entendue dire, tout en rangeant la cuisine avec une énergie un peu trop mécanique.

Thierry m’a regardée, a attendu un silence, puis a demandé : « Qu’est-ce qui s’est passé dans votre corps, à ce moment-là ? »

Je n’ai pas su répondre. Je ne savais même pas qu’il y avait quelque chose à observer. Pour moi, c’était juste normal : on ressent une émotion désagréable, on la chasse. Point.

« Imaginez que vous êtes dans une maison, a-t-il proposé. Il y a un feu qui se déclare dans le salon. Une émotion forte, une colère par exemple. Que faites-vous ? »

« Je l’éteins », ai-je répondu sans hésiter.

« Et qui éteint le feu ? »

J’ai visualisé un pompier. Casque, gants, lance à incendie. Rapide, efficace, sans état d’âme.

« Ce pompier, il est là depuis longtemps ? »

Là, j’ai eu un blanc. Depuis toujours, oui. Depuis que je suis enfant. Depuis que j’ai appris qu’il ne fallait pas faire de vagues, qu’il fallait être forte, ne pas déranger. Mon père était souvent absent, ma mère débordée. Alors j’avais développé un super-pouvoir : ne rien ressentir qui puisse gêner les autres.

Ce pompier, c’était mon allié. Il m’avait protégée. Mais à 42 ans, il était devenu un dictateur.

« Le pompier ne fait pas la différence entre un feu de cheminée et un incendie. Pour lui, toute flamme est une menace. »

Cette phrase de Thierry a résonné en moi comme une claque douce. Mon pompier ne savait pas doser. Il éteignait tout, y compris les petites braises qui auraient pu me réchauffer.


Pourquoi mon pompier s’était emballé

En y repensant, je comprends mieux. Ce pompier n’est pas né par hasard. Il s’est construit dans un environnement où les émotions étaient perçues comme dangereuses. Pas parce qu’on me les interdisait explicitement, mais parce que, enfant, j’avais observé que quand ma mère pleurait, mon père s’énervait. Quand mon père s’énervait, ma mère se taisait. Et quand je pleurais, on me disait : « Arrête, ce n’est rien, tu exagères. »

Alors j’ai appris. J’ai appris que pleurer, c’était exagérer. Que se fâcher, c’était déranger. Que ressentir, c’était risquer de perdre l’amour des autres.

Mon pompier s’est donc activé très tôt. Il avait une mission claire : éteindre tout ce qui pourrait menacer la paix, mon appartenance, ma sécurité. Et il l’a fait avec une loyauté absolue.

Mais voilà : ce qui était adapté à 7 ans ne l’est plus à 42. À 7 ans, ne pas pleurer permettait d’éviter une dispute. À 42 ans, ne pas pleurer m’empêchait de pleurer la perte de mon père, décédé trois ans plus tôt. Ne pas me fâcher m’empêchait de poser des limites avec un collègue qui me prenait pour une paillasson. Ne pas ressentir m’empêchait de savoir ce que je voulais, vraiment.

Je vivais en pilotage automatique, la main sur l’extincteur en permanence.

Pendant les séances, Thierry m’a aidée à comprendre que ce pompier n’était pas un ennemi. Il était juste fatigué. Il faisait son boulot depuis si longtemps qu’il ne savait même plus qu’il y avait d’autres options. Il était comme un vigile qui sonne l’alerte pour un papillon qui vole trop près du détecteur.

Et surtout, il ne savait pas que derrière chaque émotion qu’il éteignait, il y avait une partie de moi qui essayait de parler.


Ce que j’ai découvert en laissant le feu brûler un peu

Un jour, Thierry m’a proposé un exercice étrange. « Au lieu d’éteindre la prochaine émotion qui monte, essayez de rester avec elle. Juste 30 secondes. Sans rien faire. Sans la juger. Sans l’éteindre. »

J’ai cru que c’était une blague. Rester avec une émotion désagréable ? Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Je suis une adulte responsable, j’ai des choses à faire, je n’ai pas de temps à perdre à ressentir.

Mais j’ai essayé. Quelques jours plus tard, dans ma voiture, après une remarque désagréable d’une amie, j’ai senti monter une boule dans ma gorge. La colère. La tristesse. Mélangées. Mon pompier a immédiatement tendu la main vers l’extincteur. « Ça va, ce n’est rien, elle ne l’a pas fait exprès. »

Cette fois, j’ai dit non. J’ai respiré. Et je suis restée.

C’était atroce. Vraiment. J’avais envie de sortir de la voiture, d’allumer la radio, de penser à autre chose. Mais je suis restée. 30 secondes. Puis une minute. Puis deux.

Et là, quelque chose de surprenant s’est produit. La boule dans ma gorge a changé. Elle est devenue plus précise. Ce n’était plus de la colère floue, c’était une tristesse spécifique : la tristesse de ne pas avoir été vue par cette amie. Et en dessous, il y avait une autre couche : la peur de perdre son amitié si je disais quelque chose.

Je n’ai pas résolu le problème ce jour-là. Mais j’ai appris quelque chose d’essentiel : une émotion non éteinte, ça ne tue pas. Ça parle. Ça raconte une histoire. Et si on l’écoute, elle finit par se transformer.

J’ai aussi découvert que mon pompier, quand je le remerciais au lieu de le combattre, acceptait de reculer d’un pas. Il n’était pas un tyran. Il était juste un vigile qui n’avait jamais été relevé.

« Laisser une émotion brûler, ce n’est pas se laisser consumer. C’est apprendre à faire du feu plutôt qu’à l’éteindre. »

Cette phrase, je l’ai écrite dans mon carnet. Elle m’a accompagnée pendant des mois. Parce que c’était exactement ça : je passais ma vie à éteindre des incendies, sans jamais me demander si certains feux pouvaient me réchauffer.


Comment j’ai appris à dialoguer avec mon pompier (et pas juste le faire taire)

La grande révélation, ce n’est pas d’avoir réussi à me passer de mon pompier. C’est d’avoir appris à lui parler.

Dans l’approche IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur), chaque partie de nous a une intention positive. Même celle qui semble la plus gênante. Mon pompier n’était pas là pour me pourrir la vie. Il était là pour me protéger. Le problème, c’est qu’il avait pris le contrôle total de la maison.

Thierry m’a proposé un exercice simple : fermer les yeux, visualiser mon pompier, et lui poser des questions.

« Qu’est-ce que tu crains si tu arrêtes d’éteindre les émotions ? »

La réponse est venue immédiatement, comme une évidence : « Je crains que tu sois submergée. Que tu t’effondres. Que tu ne t’en sortes pas. »

Ce pompier me croyait fragile. Il pensait que sans lui, je serais incapable de faire face. Il avait passé des décennies à me protéger, et il ne savait pas que j’avais grandi, que j’étais devenue plus forte, que je pouvais supporter des choses.

J’ai alors fait quelque chose que je n’avais jamais fait : je l’ai remercié. Sincèrement. « Merci d’avoir été là toutes ces années. Merci de m’avoir protégée. Mais aujourd’hui, j’ai besoin de toi différemment. J’ai besoin que tu fasses confiance à ma capacité à ressentir. »

Ce n’était pas un adieu. C’était une redéfinition de son rôle. Au lieu d’être un pompier qui éteint tout, il est devenu un pompier qui surveille, qui alerte si le feu est vraiment dangereux, mais qui laisse les petites flammes exister.

Ça a pris du temps. Il n’a pas lâché prise du jour au lendemain. Mais progressivement, j’ai senti qu’il respirait, lui aussi. Qu’il était moins tendu. Qu’il acceptait de partager le poste de pilotage avec d’autres parties de moi.


Ce qui a changé dans ma vie quotidienne

Les changements ne sont pas venus par grands bouleversements. Ils sont venus par petites touches, comme une peinture qui sèche lentement.

1. Je pleure maintenant. Et c’est OK.

Avant, je retenais mes larmes coûte que coûte. Au cinéma, dans les disputes, devant un beau paysage. Pleurer, c’était perdre le contrôle. Aujourd’hui, je pleure. Pas tout le temps, mais quand ça vient. Et je ne me juge plus. Je me dis : « C’est juste de l’eau qui sort. Ça ne dure pas. Et après, je me sens mieux. »

2. Je pose des limites sans me sentir coupable.

Mon pompier avait l’habitude de dire oui pour éviter les conflits. Aujourd’hui, je dis non. Pas méchamment. Juste clairement. « Non, je ne peux pas t’aider ce week-end. » « Non, cette remarque m’a blessée. » Et je ne passe pas trois jours à culpabiliser.

3. Je ressens plus de choses, y compris des choses agréables.

C’est le paradoxe : en arrêtant d’éteindre les émotions désagréables, j’ai aussi rouvert la porte aux émotions agréables. La joie, l’émerveillement, la gratitude. Je les sens plus intensément. Je suis plus présente. Moins dans ma tête, plus dans mon corps.

4. Mes relations sont plus authentiques.

Avant, je disais ce qu’il fallait dire pour ne pas déranger. Maintenant, je dis ce que je pense vraiment. Pas toujours, pas parfaitement, mais plus souvent. Et mes proches m’ont dit que je semblais plus « réelle ». Plus vivante. Moins en carton.

5. J’ai arrêté de me juger d’avoir des émotions.

C’est peut-être le plus grand changement. Avant, chaque émotion désagréable était un échec. « Je n’aurais pas dû me fâcher. » « Je n’aurais pas dû pleurer. » Maintenant, je me dis : « C’est humain. Ça passe. Je ne suis pas mon émotion. »

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Mon pompier refait surface dans les moments de stress intense. Mais maintenant, je le reconnais. Je lui dis : « Salut, je sais que tu es là, merci de veiller, mais je gère. »

Et il accepte de reculer.


Pourquoi j’ai écrit ce témoignage

Si je prends le temps d’écrire ces lignes, ce n’est pas pour dire que j’ai tout résolu. Je n’ai rien résolu du tout. J’ai juste appris à accueillir ce qui est là, sans le chasser.

Mais je sais que je ne suis pas seule. Je croise tellement de personnes qui fonctionnent comme moi. Des gens qui disent « ça va » alors que ça ne va pas. Des gens qui sourient alors qu’ils ont envie de pleurer. Des gens qui éteignent tout, par peur de déborder.

Si vous vous reconnaissez, sachez que votre pompier intérieur n’est pas un problème. Il est une solution qui a fonctionné à un moment de votre vie. Mais peut-être qu’aujourd’hui, il peut apprendre à faire autre chose.

Vous n’allez pas changer du jour au lendemain. C’est un chemin. Un chemin qui demande de la patience, de la douceur, et parfois un accompagnement.

Mais je peux vous dire une chose : de l’autre côté, il y a une vie plus colorée. Plus vibrante. Plus vraie.

Il y a des larmes, oui. Mais aussi des rires que vous n’aviez pas entendus depuis longtemps.


Ce que vous pouvez faire maintenant (si vous voulez)

Je ne vais pas vous donner une liste de 10 étapes miracles. Juste une proposition, une toute petite chose à essayer.

La prochaine fois que vous sentez monter une émotion désagréable — une irritation, une tristesse, une peur —, avant de l’éteindre, arrêtez-vous. Une seconde. Deux secondes. Dix secondes.

Respirez.

Et demandez-vous : « Qu’est-ce que cette émotion essaie de me dire ? »

Ne cherchez pas à répondre tout de suite. Juste posez la question. Avec curiosité. Sans jugement.

Et si vous voyez un pompier arriver avec son extincteur, remerciez-le. Dites-lui : « Je sais que tu veux m’aider. Laisse-moi juste une minute. »

C’est tout. C’est petit. Mais c’est le début de quelque chose.

Personnellement, j’ai mis des mois avant que mon pompier accepte de lâcher un peu la lance. Mais aujourd’hui, je peux vous dire que ça valait chaque seconde.

Je ne suis plus une maison où tous les feux sont éteints. Je suis une maison où il y a une cheminée, et où parfois, le feu danse.


Vous avez envie d’explorer cette relation avec votre pompier intérieur ? Je reçois à Saintes, en visio ou en présentiel. On peut commencer par un premier échange, sans engagement, juste pour voir si cette approche peut vous parler. Si vous vous sentez prêt·e à faire un pas vers une vie moins éteinte, contactez-moi via le formulaire sur thierrysudan.com. Je serai heureux de vous accueillir.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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