PsychologieIfs Therapie

Témoignage : j'ai essayé TCC, psychanalyse, puis IFS

Le récit d'un cheminement vers la guérison intérieure.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

« Je suis allé voir un psy quatre fois. La quatrième, il m’a dit : “Vous avez un problème avec votre père, c’est pour ça que vous ne supportez pas votre chef.” Je suis sorti en claquant la porte. »

C’est par ces mots que Paul (prénom modifié) a commencé notre première séance. Il y a six mois. Paul avait 42 ans, un boulot stable dans la gestion de projets informatiques, une femme qu’il aimait et deux enfants. Sur le papier, tout allait bien. Dans sa tête, c’était la guerre.

Avant d’arriver dans mon cabinet, Paul avait déjà tenté plusieurs approches. Il avait fait de la TCC (thérapie cognitivo-comportementale) pour des attaques de panique qui le paralysaient en réunion. Ça avait marché sur le moment : il avait appris à respirer, à dédramatiser, à repérer les pensées automatiques. Mais au bout d’un an, les crises étaient revenues, sournoises, comme une marée qui finit toujours par monter. Il avait ensuite essayé la psychanalyse, trois fois par semaine pendant huit mois. Il avait parlé de son enfance, de sa mère, de son père. Il avait même pleuré sur le divan. Mais il se sentait « coincé dans le récit », sans pouvoir en sortir.

« J’ai l’impression d’avoir essayé tous les outils, mais personne ne m’a jamais demandé ce qui se passait à l’intérieur de moi. On m’a toujours dit ce que j’avais, mais jamais qui j’étais. »

Ce « qui j’étais » a été le point de départ. Paul n’avait pas besoin d’un nouveau diagnostic. Il avait besoin d’une carte pour naviguer dans son monde intérieur. Et cette carte, l’IFS (Internal Family Systems) la lui a offerte.

Dans cet article, je vais te raconter le cheminement de Paul, pas à pas. Pas pour te vendre une méthode miracle – je ne crois pas aux miracles. Mais parce que son histoire est représentative de ce que vivent beaucoup de personnes qui ont essayé plusieurs thérapies sans trouver la clé. Elle illustre pourquoi l’IFS peut être la pièce manquante du puzzle, surtout quand on a déjà exploré d’autres voies.


Pourquoi la TCC a fonctionné… jusqu’à un certain point

Paul est venu me voir avec une certaine méfiance. Il avait déjà « fait le tour des psys ». Il était fatigué de raconter son histoire. Je lui ai proposé de ne pas commencer par là.

« Raconte-moi une situation récente où tu t’es senti mal. Pas l’enfance. Pas ton père. Juste un moment de la semaine dernière. »

Il a parlé d’une réunion où son chef l’avait interrompu en plein milieu d’une présentation. Il avait senti son cœur s’emballer, sa gorge se serrer, une envie furieuse de fuir ou de hurler. Il avait serré les poings sous la table et était resté muet pendant les vingt minutes suivantes.

« Avec la TCC, on aurait décortiqué ça en pensées automatiques, en croyances irrationnelles, en exercices de respiration. Et ça m’a aidé, c’est vrai. Mais ça n’a pas touché la source. »

La TCC, pour ceux qui ne connaissent pas, est une thérapie brève, très structurée, qui vise à modifier les pensées et les comportements problématiques. Elle est efficace pour les troubles anxieux, les phobies, les TOC. Paul le reconnaissait : il avait arrêté de paniquer en réunion. Mais il avait développé une autre stratégie : il évitait de prendre la parole, anticipait les conflits, se préparait mentalement des heures à l’avance. La peur s’était déplacée, pas éteinte.

Ce que la TCC fait très bien : elle te donne des outils pour gérer les symptômes. Ce qu’elle ne fait pas toujours : elle ne s’attaque pas à la partie de toi qui produit ces symptômes.

Paul avait appris à contrôler l’incendie, mais personne n’avait cherché à comprendre qui allumait les allumettes. Et c’est là que l’IFS entre en jeu.

L’IFS, c’est un peu l’inverse de la TCC sur ce point. Au lieu de te dire « change ta pensée », il te dit « écoute la partie de toi qui a cette pensée. Qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? ». Pour Paul, la panique en réunion n’était pas un bug à corriger. C’était un signal d’alarme envoyé par une partie de lui qui avait très peur d’être humilié.


La psychanalyse : le récit sans la sortie

Après la TCC, Paul avait tenté la psychanalyse. Il en avait entendu du bien : « Ça va plus loin, ça explore l’inconscient, ça te libère des schémas anciens. »

Pendant huit mois, il s’est allongé sur un divan, trois fois par semaine. Il a parlé de son père, un homme exigeant, jamais satisfait. De sa mère, douce mais effacée, qui compensait les absences par une surprotection étouffante. Il a raconté l’école, les notes, les compétitions sportives où il devait être le meilleur. Il a fait des liens entre son chef actuel et son père. Il a compris pourquoi il cherchait la validation. Il a pleuré sur les mots « jamais assez bien ».

« Je comprenais tout. Vraiment tout. Mais je n’avançais pas. Je ressassais, j’analysais, je revisitais les mêmes souvenirs en boucle. Je devenais un spécialiste de ma propre souffrance, mais je ne guérissais pas. »

C’est une plainte que j’entends souvent chez les personnes qui viennent d’une psychanalyse longue. La psychanalyse excelle à dénouer les fils du passé, à mettre des mots sur les maux, à donner un sens à la souffrance. Mais elle peut aussi enfermer dans le récit. On devient l’histoire qu’on se raconte, sans pouvoir en sortir.

Paul avait une carte très précise de son enfance. Mais il n’avait pas de boussole pour le présent. Il savait pourquoi il avait peur, mais il ne savait pas comment apaiser cette peur. Il avait un intellect brillant qui disséquait tout, mais un corps qui continuait à serrer les poings sous la table.

La psychanalyse te dit d’où tu viens. L’IFS te montre qui tu es maintenant, et comment dialoguer avec les parties qui souffrent.

Pour Paul, le tournant a été quand je lui ai demandé : « Si tu pouvais parler à ce petit garçon de huit ans qui avait peur de décevoir son père, qu’est-ce que tu lui dirais ? » Il a répondu : « Je lui dirais qu’il est assez bien. » Je lui ai demandé : « Est-ce que tu peux lui dire ça maintenant, dans ton corps, pas dans ta tête ? » Il a eu un blanc. Puis il a fondu en larmes.

Ce n’était pas une interprétation. C’était une rencontre.


L’IFS, ou comment j’ai rencontré mes « parties »

L’IFS repose sur une idée simple, presque trop simple au premier abord : notre esprit est composé de multiples « parties », comme une famille intérieure. Certaines sont protectrices, d’autres sont blessées, d’autres encore sont des exilés qu’on a enfouis depuis longtemps. Et au centre de tout ça, il y a un Self – une essence calme, curieuse, confiante, compatissante – qui peut guérir ces parties si on lui donne la parole.

Quand j’ai expliqué ça à Paul, il a levé les yeux au ciel. « Encore de la spiritualité ? Des petites voix ? Je suis ingénieur, moi. »

Je lui ai proposé un exercice concret. « Ferme les yeux. Repense à cette réunion où tu as eu peur. Ne cherche pas à analyser. Sens juste ce qui se passe dans ton corps. » Il a décrit une boule dans le ventre, une tension dans la mâchoire, une voix intérieure qui disait : « Ne dis rien, tu vas te ridiculiser. »

« Cette voix, est-ce qu’elle a un âge ? Une forme ? Une intention ? »

Paul a réfléchi. « Elle a l’air jeune. Peut-être 10 ans. Elle est en alerte, comme un vigile. Elle veut me protéger. »

C’était la première fois qu’il ne combattait pas sa peur, mais qu’il l’écoutait. Et c’est là que tout a changé.

L’IFS ne considère aucune partie comme mauvaise. Même celle qui te pousse à boire, à fuir, à t’isoler, à te critiquer. Chaque partie a une intention positive : te protéger d’une douleur plus grande. Paul avait une partie « pompier » qui déclenchait la panique pour le faire sortir des situations menaçantes. Une partie « manager » qui le préparait des heures à l’avance pour éviter l’échec. Et en dessous, une partie exilée, un petit garçon de huit ans qui portait la honte de ne pas être à la hauteur.

L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties. Il cherche à les libérer de leur rôle extrême, pour qu’elles puissent retrouver leur place naturelle.

Paul a appris à dialoguer avec ces parties. Pas en les combattant, pas en les analysant, mais en leur demandant : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu arrêtes ton travail ? » Et à chaque fois, derrière la peur, il trouvait une vulnérabilité ancienne, une blessure qui attendait juste d’être vue et consolée.


Le moment où tout a basculé : la rencontre avec l’exilé

Un jour, Paul est arrivé en séance avec une sensation de lourdeur. Il avait rêvé de son père la nuit précédente. Dans le rêve, il était enfant, il avait fait un dessin à l’école, et son père l’avait regardé en disant : « C’est moche, tu peux mieux faire. »

« Je me suis réveillé avec cette phrase dans la tête. Et je me suis rendu compte que je l’entends encore aujourd’hui, dans ma tête, quand mon chef me regarde. »

Je lui ai proposé un exercice d’IFS un peu plus profond. « Ferme les yeux. Retrouve cette sensation de lourdeur. Où est-elle dans ton corps ? » Dans la poitrine. « Si elle avait une voix, que dirait-elle ? » « Je suis fatigué d’essayer d’être parfait. Je suis fatigué de ne jamais y arriver. »

« Est-ce que tu peux te tourner vers cette partie, pas pour la réparer, juste pour être avec elle ? »

Paul a pleuré longuement. Pas des larmes de tristesse, mais des larmes de soulagement. Pour la première fois, il ne fuyait pas cette partie de lui. Il ne l’analysait pas. Il ne la jugeait pas. Il était simplement présent, avec compassion.

C’est le cœur de l’IFS : le Self – cette part de nous qui sait aimer sans condition – peut entrer en contact avec les parties blessées et les guérir. Pas en les changeant, mais en les accueillant. Paul a passé plusieurs séances à « récupérer » ce petit garçon qui portait la honte. Il lui a dit : « Tu n’as pas besoin d’être parfait. Tu es assez bien comme tu es. » Et il a senti, physiquement, une libération.

Ce que j’ai vu chez Paul, c’est que la guérison n’est pas un concept intellectuel. C’est une expérience vécue dans le corps, une libération qui se ressent.

Après cette séance, Paul a arrêté de préparer ses réunions des heures à l’avance. Il a recommencé à prendre la parole sans trembler. Il a même ri, un jour, en me racontant qu’il avait répondu à son chef sans agressivité, mais sans peur. « C’est comme si la voix critique s’était calmée. Pas éteinte, mais elle n’est plus aux commandes. »


Ce que l’IFS a changé concrètement dans sa vie

Six mois après le début de notre travail, Paul a fait le point. Il n’est pas devenu un autre homme. Il n’a pas effacé son passé. Il n’a pas cessé d’avoir des moments de doute. Mais il a changé son rapport à lui-même.

Concrètement :

  • Il ne panique plus en réunion. La boule dans le ventre est encore là parfois, mais elle est petite, et il sait l’écouter sans qu’elle prenne le contrôle.
  • Il dort mieux. Il n’a plus d’insomnies liées à l’anticipation du lendemain.
  • Il a arrêté de se critiquer intérieurement. Il peut faire une erreur sans se flageller pendant trois jours.
  • Sa relation avec sa femme s’est adoucie. Il est moins sur la défensive, plus présent.
  • Il a même repris contact avec son père. Pas pour régler le passé, mais pour être en paix avec le présent.

« Avant, je me sentais comme un conducteur qui lutte contre le volant. Maintenant, je conduis avec les mains ouvertes. Je sais que les virages arrivent, mais je ne les combats plus. »

Ce qui a changé, c’est que Paul n’est plus en guerre contre lui-même. Il a appris à faire la paix avec ses parties. Et cette paix, elle rayonne dans tous les domaines de sa vie.


Et si tu te reconnais dans cette histoire ?

Peut-être que tu es dans une situation similaire. Tu as essayé des choses. Des livres. Des méditations. Des thérapies. Des coachings. Tu as compris des choses sur toi-même. Mais tu sens qu’il manque quelque chose. Une pièce du puzzle. Une connexion profonde avec toi-même.

L’IFS n’est pas une baguette magique. Ce n’est pas une thérapie de surface. Ça demande du temps, de la régularité, et une vraie disposition à rencontrer les parties qu’on a passées des années à cacher. Mais c’est une approche qui respecte ta complexité, qui ne te réduit pas à un diagnostic, et qui te donne un rôle actif dans ta guérison.

Si tu veux explorer cette voie, voici ce que tu peux faire maintenant :

  1. Prends un moment calme. Ferme les yeux. Pense à une situation qui te stresse. Sens où ça réagit dans ton corps. Ne cherche pas à changer quoi que ce soit. Demande simplement à cette sensation : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? » Écoute la réponse sans jugement.

  2. Observe ta voix intérieure critique. La prochaine fois que tu te dis « je suis nul », demande-toi : « Quelle partie de moi dit ça ? Quel âge a-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? » Souvent, la critique est un bouclier pour une vulnérabilité plus ancienne.

  3. Consulte un praticien IFS formé. L’IFS se pratique mieux avec un guide. Un bon praticien saura t’accompagner sans précipitation, sans interprétation, juste avec une présence et des questions qui ouvrent des portes.

Paul a mis six mois à sentir un changement profond. Ce n’est ni long ni court. C’est le temps nécessaire pour que la confiance s’installe entre lui et ses parties. Aujourd’hui, il continue son chemin, mais il n’est plus seul dans sa tête. Il a appris à être son propre allié.

Je ne peux pas te promettre que l’IFS résoudra tout. Mais je peux te promettre une chose : si tu es prêt à rencontrer les parties que tu fuis, tu trouveras en toi une force que tu n’imaginais pas.

Et si tu veux en parler, je suis là. Pas pour te vendre une méthode, mais pour t’accompagner dans cette exploration. Parce que parfois, la guérison commence par une simple question : « Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de moi ? »

Si tu te reconnais dans ce témoignage et que tu souhaites explorer l’IFS avec moi, tu peux me contacter via mon site thierrysudan.com. Un premier échange téléphonique gratuit permet de voir si cette approche peut te correspondre. Sans engagement. Juste une écoute.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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