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Témoignage : j’ai retrouvé mon Self après des années d’anxiété

Une histoire vraie de reconnexion à la paix intérieure.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Je m’appelle Karine, j’ai 42 ans, et pendant près de vingt ans, j’ai cru que l’anxiété était ma personnalité. Pas une simple période de stress passager, non. Une compagne constante, une couche de fond qui colorait chaque journée, chaque décision, chaque relation. Ce n’est pas un hasard si je vous écris aujourd’hui. C’est parce que j’ai traversé quelque chose que je n’aurais jamais imaginé possible : j’ai retrouvé une partie de moi que j’avais perdue depuis l’enfance. Mon Self.

Je ne vais pas vous raconter une guérison miracle. Je vais vous raconter un chemin, fait de petits cailloux blancs, de retours en arrière, et d’un jour où j’ai compris que la paix n’était pas un objectif lointain, mais une possibilité immédiate. Si vous lisez ces lignes et que vous vous sentez fatigué de porter cette anxiété comme un manteau trop lourd, restez avec moi. Je vais essayer de vous montrer comment j’ai fait, et comment cela pourrait peut-être éclairer votre propre chemin.

Pourquoi j’ai passé vingt ans à croire que l’anxiété était “moi”

Pendant des années, je me suis présentée comme « une personne anxieuse ». C’était ma carte de visite intérieure. « Bonjour, je m’appelle Karine, et je suis quelqu’un qui s’inquiète pour tout ». Dans les files d’attente, je planifiais les catastrophes. Avant une réunion, je répétais mentalement les pires scénarios. Le soir, je passais en revue toutes les erreurs de la journée, comme un film en boucle. Je pensais que c’était normal. Que c’était le prix à payer pour être une adulte responsable, pour anticiper, pour ne pas être prise au dépourvu.

Je me souviens d’un épisode précis, il y a cinq ans. Je devais prendre l’avion pour un salon professionnel – une première pour moi. La veille, je n’ai pas dormi. Mon cœur battait la chamade, ma poitrine était serrée. J’ai passé la nuit à imaginer l’avion qui tombait, la panique dans la cabine, la dernière pensée avant l’impact. Le lendemain matin, j’ai annulé. J’ai inventé un prétexte bidon. Sur le moment, j’ai ressenti un immense soulagement. Puis une honte profonde. « Tu es faible, tu es pathétique », me disais-je. Cette voix critique était aussi familière que ma propre respiration.

J’ai essayé beaucoup de choses. La relaxation, les exercices de respiration, la méditation guidée. Ça marchait… sur le moment. Mais dès que je posais le casque ou que je sortais du tapis, l’anxiété revenait, comme une marée. Je commençais à croire qu’il y avait un défaut en moi, quelque chose de cassé que je n’arriverais jamais à réparer. J’étais devenue experte dans l’art de me juger moi-même. Je me disais : « Si tu étais plus forte, plus organisée, plus spirituelle, tu n’aurais pas ces pensées ». Mais plus je luttais, plus je m’enlisais.

C’est là que j’ai rencontré Thierry. Pas par hasard, je pense. Un ami commun m’avait parlé de son travail avec le sportif qu’il préparait mentalement. « Il fait quelque chose d’un peu différent, m’avait-il dit. Il ne cherche pas à faire taire tes pensées, il cherche à comprendre qui parle en toi ». Cette phrase m’a intriguée. J’étais tellement habituée à vouloir éteindre le bruit que l’idée de l’écouter me semblait contre-intuitive. Pourtant, quelque chose a fait tilt.

La révélation : quand j’ai compris qu’il y avait plusieurs voix en moi

Lors de notre première séance, Thierry ne m’a pas demandé de décrire mon anxiété. Il m’a demandé de fermer les yeux et de porter mon attention à l’intérieur. « Que ressens-tu, là, maintenant, dans ton corps ? » m’a-t-il dit. J’ai senti une boule dans mon ventre, une tension dans mes épaules. Puis il m’a demandé : « Si cette boule pouvait parler, que dirait-elle ? ». J’ai ri nerveusement. « Elle dirait que tout va mal, que je vais échouer ». Il m’a souri. « D’accord. Et si on écoutait cette voix sans la juger ? ».

C’est là que j’ai découvert l’IFS, le Système Familial Intérieur. Pour faire simple, Thierry m’a expliqué que notre psyché est composée de multiples « parties », comme des petits personnages à l’intérieur de nous. Il y a la partie qui critique, celle qui s’inquiète, celle qui cherche à tout contrôler, celle qui se sent honteuse. Et au centre de tout cela, il y a une partie essentielle : le Self. Le Self, c’est notre essence, notre centre calme, confiant, créatif, connecté. Le problème, c’est que quand on est submergé par l’anxiété, nos parties prennent le contrôle. Elles veulent nous protéger, mais elles le font de manière extrême, et on finit par s’identifier complètement à elles.

« Je ne suis pas mon anxiété. Je suis celui ou celle qui peut l’observer. Et dans cet espace d’observation, il y a une paix qui n’a jamais disparu. » — C’est ce que Thierry m’a répété jusqu’à ce que je commence à le croire.

Je me souviens de la première fois où j’ai réussi à distinguer une partie de moi. C’était une partie que j’ai appelée « la Manager ». Elle était toujours en alerte, vérifiant les mails, planifiant les horaires, anticipant les obstacles. Elle était fatiguée, mais elle ne pouvait pas s’arrêter. « Si je m’arrête, tout s’effondre », me disait-elle. Et je l’écoutais. Je lui donnais les clés de ma vie. Mais en l’écoutant avec bienveillance, j’ai compris qu’elle était épuisée. Elle faisait ce boulot depuis des années, sans jamais recevoir de reconnaissance. Elle avait juste peur que je sois blessée.

Cette découverte a été un tremblement de terre intérieur. Pendant des années, j’avais traité cette partie comme une ennemie. Je la maudissais, je voulais la faire taire. Mais en réalité, elle était une alliée maladroite. Elle ne savait pas faire autrement. Et en la remerciant, en lui disant : « Je te vois, je sais que tu fais de ton mieux, repose-toi un peu », j’ai senti une détente. Pas une disparition de l’anxiété, mais un changement de relation avec elle.

Comment j’ai appris à accueillir mes parties anxieuses sans m’y perdre

Le travail n’a pas été linéaire. Il y a eu des jours où j’étais submergée, où la Manager reprenait le dessus et où je retombais dans mes vieux schémas. Mais Thierry m’a appris une chose cruciale : quand on est submergé, ce n’est pas le moment de faire un travail en profondeur. Il faut d’abord se stabiliser. Il m’a donné des outils très concrets.

Un exercice simple : quand je sens la panique monter, je m’arrête. Je pose une main sur mon ventre, l’autre sur mon cœur. Je prends trois respirations lentes. Puis je me demande : « Quelle partie de moi est aux commandes en ce moment ? ». Parfois, c’est la partie qui a peur de l’échec. Parfois, c’est celle qui se sent seule. Je lui dis : « Je te vois. Tu es la bienvenue. Mais pour l’instant, je vais prendre les rênes. » Ce n’est pas une lutte. C’est un dialogue.

Un autre outil que j’ai adoré, c’est la « carte des parties ». Thierry m’a proposé de dessiner un cercle au centre d’une feuille (le Self), et autour, des petits cercles pour chaque partie. J’ai nommé les miennes : la Manager, la Critic, la Perfectionniste, la Petite Fille triste (celle qui n’a jamais été rassurée), la Rebelle (celle qui veut tout envoyer balader). Puis, chaque jour, je passais cinq minutes à les écouter. Je notais ce qu’elles disaient. Et je remarquais un schéma : la plupart du temps, elles voulaient juste être entendues. Elles n’avaient pas besoin de solutions. Juste de la présence.

Je me souviens d’un jour où j’étais en pleine crise. Je devais prendre la parole devant une trentaine de personnes. Mon cœur battait si fort que je voyais les murs trembler. Au lieu de lutter, je me suis dit : « D’accord, la partie panique est là. Elle a peur de se ridiculiser. Je la remercie de vouloir me protéger. Mais maintenant, je vais respirer avec elle. » J’ai posé ma main sur ma poitrine et j’ai respiré. La panique n’a pas disparu, mais elle est devenue moins dense. J’ai pu parler. Pas parfaitement, mais je l’ai fait. Et après, au lieu de me flageller, je me suis dit : « Tu as été courageuse. Et ta partie panique a été une alliée, même si elle était bruyante. »

Le jour où j’ai rencontré mon Self (et ce que ça a changé)

Le moment le plus marquant de tout ce chemin, c’est arrivé un après-midi, chez moi, après une séance. Thierry m’avait guidée dans une méditation où je devais imaginer un lieu sûr, un endroit où je me sentais totalement en paix. J’ai choisi une plage déserte, au coucher du soleil. Puis il m’a demandé de laisser venir une présence, une énergie calme et aimante, au centre de ma poitrine. « C’est ton Self, m’a-t-il dit. Il a toujours été là. Tu as juste oublié comment l’écouter. »

Pendant quelques secondes, j’ai ressenti quelque chose d’indescriptible. Une chaleur douce, un silence profond, comme si tout le bruit intérieur s’était arrêté. Ce n’était pas une émotion forte, c’était une certitude paisible. Je me suis sentie entière, aimée, sans condition. Je n’avais rien à prouver, rien à craindre. J’étais juste là. Cette présence, c’était mon Self. Et je l’avais cherché toute ma vie sans savoir qu’il était là.

Depuis ce jour, ma relation à l’anxiété a radicalement changé. Je ne suis plus en guerre contre elle. Je sais que mes parties anxieuses sont des messagères. Elles me disent : « Il y a quelque chose qui a besoin d’attention. Un besoin non satisfait. Une peur non apaisée. » Et je peux maintenant les accueillir depuis mon Self. Je ne suis plus identifiée à elles. Je suis celle qui peut les écouter, les aimer, et les guider.

Concrètement, ça a changé ma vie quotidienne. Je dors mieux. Je me réveille sans cette boule au ventre. Je prends des décisions plus rapidement, sans ruminer pendant des heures. Mes relations sont plus légères, parce que je ne suis plus constamment dans l’anticipation du rejet ou de l’échec. J’ai même repris l’avion ! Pas sans stress, mais avec un stress qui ne me paralyse plus. Je peux dire à ma partie panique : « Je sais que tu as peur, mais on va le faire ensemble. » Et on le fait.

Les 3 piliers qui m’ont permis de rester connectée

Le chemin ne s’arrête jamais vraiment. L’anxiété peut revenir, surtout dans les moments de fatigue ou de transition. Mais j’ai désormais des outils solides pour ne pas replonger. Je les appelle mes trois piliers.

1. L’écoute quotidienne des parties. Chaque matin, avant de sortir du lit, je passe trois minutes à scanner mon monde intérieur. Je demande : « Quelle partie est présente ce matin ? Que veut-elle me dire ? » Parfois, c’est une petite voix qui dit « Je suis fatiguée ». Parfois, c’est une excitation. Je l’accueille, je la remercie, et je lui dis que je m’en occuperai plus tard si besoin. C’est devenu un rituel aussi naturel que de me brosser les dents.

2. La respiration comme ancrage. Quand je sens que l’agitation monte – avant une réunion, dans les embouteillages, au coucher – je prends trois respirations conscientes. Je ne cherche pas à me calmer, je cherche à me reconnecter à mon Self. Je me dis : « Je suis ici, maintenant. Je suis en sécurité. » Ça n’efface pas la difficulté, mais ça me redonne un point d’appui.

3. La bienveillance envers moi-même. Avant, je me traitais comme une soldate. « Arrête de pleurnicher, avance, sois forte ». Maintenant, je me parle comme à une amie chère. Quand je fais une erreur, je me dis : « C’est humain. Qu’est-ce que tu peux apprendre de ça ? » Et je ne me flagelle plus. Cette douceur est ce qui a permis à mon Self de reprendre sa place. Sans elle, les parties reprendraient le pouvoir.

« Le Self n’est pas une destination à atteindre, c’est une présence à retrouver. Il est là, dans l’espace entre deux pensées, dans le silence entre deux peurs. Il suffit de lui laisser un peu de place. »

Aujourd’hui, je ne guéris pas de l’anxiété, je l’apprivoise

Je veux être honnête avec vous. Je ne suis pas « guérie » de l’anxiété dans le sens où elle aurait disparu à jamais. Elle fait partie de mon histoire, de ma sensibilité. Mais elle n’est plus au volant de ma vie. Aujourd’hui, quand elle se manifeste, je la reconnais comme une partie de moi qui a besoin d’attention. Je ne la rejette pas, je ne la crains pas. Je l’écoute. Et cette écoute, c’est la clé.

Ce que j’ai retrouvé, ce n’est pas une vie sans problèmes, c’est une vie avec un centre. Un centre calme, confiant, aimant. Mon Self. Et cette reconnexion a changé ma définition du bonheur. Avant, je pensais que le bonheur, c’était l’absence d’anxiété. Maintenant, je sais que le bonheur, c’est la capacité à être présent à tout ce qui est, y compris l’anxiété, sans s’y perdre.

Je vous partage tout cela parce que je sais ce que c’est que de se sentir seul, incompris, prisonnier de ses propres pensées. Je sais ce que c’est que de penser qu’on est « cassé » et qu’on ne mérite pas la paix. Ce n’est pas vrai. Vous méritez la paix. Et elle est déjà en vous, même si vous ne la sentez pas encore.

Si vous vous reconnaissez dans ce récit, si vous avez l’impression de porter un poids trop lourd depuis trop longtemps, je vous invite à faire un premier pas. Pas un grand pas. Un tout petit. Prenez une minute, maintenant, pour fermer les yeux, poser une main sur votre cœur, et respirer. Dites-vous : « Je suis là. Je suis en sécurité. » Et écoutez ce qui se passe. Ce n’est qu’un début. Mais c’est un commencement.

Et si vous sentez que vous avez besoin d’être accompagné, sachez que des chemins existent. L’IFS, l’hypnose, l’Intelligence Relationnelle sont des outils qui m’ont sauvé la vie, et je ne suis pas la seule. Peut-être qu’un jour, vous aussi, vous pourrez écrire votre propre témoignage. En attendant, soyez doux avec vous-même. Vous faites de votre mieux. Et c’est déjà immense.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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