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Témoignage : libéré de la colère après un trauma grâce à l'IFS

Récit d'une transformation émotionnelle profonde et durable.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

« Je ne veux plus exploser. Mais je ne sais pas faire autrement. »

C’est la phrase que Julien (prénom modifié) m’a dite lors de notre premier rendez-vous, en janvier 2022. Il avait 38 ans, une carrière stable dans la logistique, un couple solide et deux enfants qu’il adorait. De l’extérieur, tout allait bien. De l’intérieur, c’était une guerre permanente.

Depuis un accident de moto survenu cinq ans plus tôt — un conducteur lui avait brûlé une priorité, il avait passé trois semaines à l’hôpital avec une fracture du fémur et plusieurs côtes cassées — Julien vivait avec une colère qui ne le quittait jamais. Pas une colère froide et calculée. Une colère chaude, impulsive, qui surgissait sans prévenir. Au volant, il insultait les autres conducteurs. Au travail, il claquait la porte de son bureau après une réunion où il s’était senti critiqué. À la maison, il criait sur ses enfants pour des broutilles — un verre renversé, un devoir oublié — et passait le reste de la soirée rongé par la culpabilité.

« Je deviens mon père », m’avait-il dit, la voix serrée. « Et je déteste ça. »

Il avait déjà consulté un psychologue pendant deux ans. Ça l’avait aidé à comprendre l’origine de sa colère — son père autoritaire, l’accident, le sentiment d’injustice — mais ça ne l’avait pas libéré. Il comprenait pourquoi il était en colère, mais il ne savait pas comment arrêter de l’être. La colère était toujours là, comme un chien de garde qui aboie dès qu’on approche de la porte.

C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) est entrée en jeu. Et c’est ce chemin que je veux te raconter aujourd’hui, parce que le parcours de Julien ressemble à celui de beaucoup de personnes que je reçois à Saintes : des hommes et des femmes qui croient que leur colère est un trait de caractère inchangeable, alors qu’elle est souvent la gardienne d’une blessure plus ancienne.

Pourquoi la colère ne part pas avec la simple prise de conscience

La première chose que j’ai dite à Julien, c’est : « Tu n’es pas en colère parce que tu es un colérique. Tu es en colère parce qu’une partie de toi est en colère. »

Cette nuance est fondamentale. Pendant des années, Julien s’était identifié à sa colère. « Je suis quelqu’un de nerveux », disait-il. « J’ai mauvais caractère. » Il en avait fait une identité, une fatalité. Et comme il s’identifiait à cette colère, il ne pouvait pas la regarder de l’extérieur pour comprendre ce qu’elle faisait pour lui.

L’IFS nous apprend que notre psychisme est composé de multiples « parties » — des sous-personnalités qui portent des émotions, des croyances et des rôles spécifiques. Certaines parties sont protectrices (elles nous évitent la souffrance), d’autres sont exilées (elles portent des blessures anciennes qu’on a préféré enfouir). La colère n’est jamais une partie exilée : c’est toujours une partie protectrice qui essaie de faire son boulot.

Quand Julien a commencé à comprendre ça, quelque chose a bougé. Il a arrêté de se juger pour sa colère. Il a commencé à être curieux.

« D’accord », m’a-t-il dit un jour. « Si ma colère est une partie de moi, qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? »

C’est la question qui a tout changé. Parce que la colère, contrairement à ce qu’on croit, n’est jamais le problème principal. Elle est la solution que notre psychisme a trouvée pour ne pas ressentir quelque chose de plus douloureux : la peur, la honte, l’impuissance, la tristesse.

« La colère est comme un garde du corps qui crie pour empêcher quiconque d’approcher de la porte. Mais derrière cette porte, il n’y a pas un monstre. Il y a un enfant qui a eu peur un jour et qui n’a jamais été consolé. »

Julien a mis plusieurs séances à identifier ce qui se cachait derrière sa colère. Ce n’était pas évident, parce que la partie colérique était très forte, très rapide, très efficace. Dès qu’on s’approchait de la vulnérabilité, elle montait en première ligne et prenait le contrôle. C’est typique : les parties protectrices sont souvent les premières à parler, et elles parlent fort.

Mais à force de ralentir, de respirer, de poser une main sur son torse et de demander « Qu’est-ce que tu ressens juste en dessous de la colère ? », Julien a fini par toucher quelque chose de beaucoup plus ancien.

Le moment où la colère a laissé place à autre chose

C’était lors de notre cinquième séance. Julien racontait un incident banal : son fils de 7 ans avait oublié son cartable dans le couloir, il avait trébuché dessus en rentrant du travail, et il avait hurlé. Rien de grave en apparence. Mais en fermant les yeux et en revenant dans ce moment, Julien a senti la boule dans sa gorge et la chaleur dans sa poitrine — les signes habituels de la colère qui monte.

Je lui ai demandé de ne pas essayer de calmer la colère, mais plutôt de se tourner vers elle avec curiosité. « Si cette colère pouvait parler, qu’est-ce qu’elle dirait ? »

Julien a répondu, la voix tremblante : « Elle dit : “Je dois le protéger. Je dois le garder en vie.” »

J’ai senti que quelque chose de profond se présentait. « Le protéger de quoi ? »

Silence. Puis, les larmes.

« De la mort. »

C’était la première fois que Julien pleurait en séance. La colère avait laissé place à une peur immense, une peur qu’il n’avait jamais exprimée. L’accident de moto — la voiture qui arrive, le choc, l’hôpital, l’incertitude — avait installé en lui une hypervigilance constante. Son cerveau avait enregistré que le monde était dangereux, que la vie pouvait basculer à tout moment. Et une partie de lui — une partie protectrice, très jeune, très fatiguée — avait pris pour mission de le garder en état d’alerte permanent. Cette partie utilisait la colère comme carburant : tant que Julien était en colère, il était en guerre, il se battait, il ne se laissait pas surprendre.

Le problème, c’est que cette partie ne savait pas faire la différence entre un danger réel (une voiture qui grille un stop) et un danger perçu (un cartable dans le couloir, une remarque au travail, un enfant qui pleure). Pour elle, tout était une menace. Et elle réagissait toujours avec la même intensité.

Julien a pleuré longtemps ce jour-là. Pas de tristesse, plutôt de soulagement. Pour la première fois, il ne se vivait pas comme un homme colérique. Il se vivait comme un homme qui avait eu très peur, et qui avait fait de son mieux pour survivre.

Comment l’IFS permet de dialoguer avec la colère (et pas la combattre)

Ce qui différencie l’IFS d’autres approches, c’est qu’on ne cherche pas à éliminer la colère. On cherche à comprendre son rôle, à la remercier pour son service, et à lui proposer une nouvelle mission.

Quand Julien a compris que sa partie colérique était une protectrice qui veillait sur lui depuis cinq ans, il a ressenti une immense gratitude envers elle. C’est contre-intuitif, je sais. On a plutôt envie de détester cette colère qui nous fait honte, qui nous fait perdre nos proches, qui nous épuise. Mais l’IFS nous invite à faire le contraire : accueillir la partie, la remercier, et lui demander ce dont elle a besoin pour se reposer.

« Chaque fois que tu combats ta colère, tu la renforces. Plus tu la juges, plus elle s’accroche. La seule issue, c’est de l’écouter. Vraiment. Sans vouloir la changer. »

Concrètement, avec Julien, on a fait plusieurs choses :

  1. Identifier la partie colérique : on lui a donné un nom (« le veilleur »), une couleur (rouge foncé), un âge (environ 7 ans — l’âge qu’il avait quand son père criait). On a appris à la reconnaître quand elle arrivait, sans se laisser submerger.

  2. Négocier une pause : Julien a appris à dire, intérieurement, « Je sais que tu es là. Je comprends que tu veux me protéger. Mais pour l’instant, je suis en sécurité. On peut respirer ensemble ? » Parfois ça marchait, parfois non. L’important était d’essayer, sans se juger.

  3. Contacter la partie exilée : derrière le veilleur, il y avait un petit garçon qui avait eu peur de mourir, et qui avait aussi eu peur de son père. En séance, Julien a pu « aller chercher » ce petit garçon, le prendre dans ses bras (en imagination), lui dire qu’il n’était plus seul, que l’adulte était là maintenant.

  4. Redistribuer les rôles : une fois que la partie colérique s’est sentie entendue et reconnue, elle a accepté de prendre du recul. Julien a développé une nouvelle partie — plus calme, plus connectée — qu’il appelait « le capitaine ». C’est cette partie qui a commencé à prendre les décisions à la place du veilleur.

Le vrai changement : quand la colère devient une information, pas une identité

Après environ 10 séances sur 6 mois, Julien a vécu un moment qu’il décrit comme fondateur.

Il était en voiture, sur la rocade de Saintes, et une voiture lui a fait une queue de poisson. L’ancien Julien aurait immédiatement klaxonné, insulté, accéléré pour faire une remarque. Le nouveau Julien a senti la montée de colère — elle était toujours là, mais moins forte, plus lointaine — et il a eu une pensée claire : « Ah, le veilleur se réveille. D’accord. Il a eu peur. »

Il n’a pas klaxonné. Il a ralenti. Il a pris une inspiration. Et il a continué sa route.

« C’était la première fois de ma vie adulte que je ne réagissais pas en conduisant », m’a-t-il dit, ému. « Je ne me suis pas senti faible. Je me suis senti libre. »

Ce n’est pas un hasard si ce changement est arrivé après plusieurs mois de travail. L’IFS n’est pas une méthode rapide, et je ne vends pas de recette miracle. Ce qui a changé pour Julien, c’est que sa colère est passée du statut de réaction automatique à celui d’information. Il ne se vivait plus comme un colérique. Il se vivait comme quelqu’un qui a une partie colérique, et qui peut choisir de l’écouter ou non.

Cette nuance change tout. Parce que tant qu’on s’identifie à la colère, on est impuissant. On est la colère. On ne peut pas agir dessus. Mais quand on peut dire « Une partie de moi est en colère », on retrouve une position de choix. On devient le parent, pas l’enfant. On devient le capitaine, pas la tempête.

Les résultats concrets, 18 mois après

J’ai revu Julien il y a deux semaines, en juin 2023. Il venait me voir pour un suivi, mais surtout pour me dire merci. Il a accepté que je partage son histoire, à condition de rester anonyme, et je lui en suis reconnaissant.

Voici ce qui a changé dans sa vie quotidienne :

  • À la maison : il ne crie plus sur ses enfants. Il sent la colère monter, mais il peut maintenant dire « Je suis en colère, j’ai besoin de 5 minutes dans ma chambre pour me calmer, on en reparle après. » Ses enfants ne le craignent plus. Sa femme lui a dit qu’elle se sentait « en sécurité » avec lui pour la première fois depuis l’accident.

  • Au travail : il a arrêté de claquer des portes. Il a appris à exprimer son désaccord sans exploser. Son chef lui a même proposé une promotion, en disant qu’il avait « gagné en maturité professionnelle ». En réalité, il avait juste gagné en paix intérieure.

  • Dans sa relation à lui-même : la culpabilité a disparu. Julien ne passe plus ses soirées à ruminer ce qu’il a dit ou fait. Il dort mieux. Il est plus patient, plus présent.

  • Avec l’hypnose : on a utilisé quelques séances d’hypnose ericksonienne pour renforcer le lien avec sa partie « capitaine » et ancrer des ressources de calme. Mais le cœur du travail, c’était l’IFS.

« Je ne suis pas devenu quelqu’un de calme », m’a-t-il dit. « Je suis toujours quelqu’un d’intense. Mais la colère n’est plus aux commandes. Elle est dans l’équipage, elle donne son avis, mais c’est moi qui décide. »

Ce que cette histoire dit de toi, peut-être

Si tu es arrivé·e jusqu’ici, il y a des chances que tu te reconnaisses dans une partie du parcours de Julien. Peut-être que tu vis avec une colère qui te dépasse. Peut-être que tu as essayé de la comprendre, de la raisonner, de la combattre. Peut-être que tu as lu des livres sur la gestion de la colère, que tu as fait de la méditation, que tu as consulté, et que malgré tout, elle revient.

Je vais te dire une chose que peu de professionnels disent : ce n’est pas de ta faute. La colère n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie de survie que ton psychisme a mise en place, souvent très tôt, pour te protéger de quelque chose de plus difficile à supporter. La honte, la peur, l’impuissance, l’abandon.

Et tant que tu n’iras pas voir ce qu’elle protège, elle restera. Pas par méchanceté. Par fidélité.

L’IFS, ce n’est pas une technique pour « gérer » sa colère. C’est une approche pour guérir ce qui la provoque. Et ça change tout.

Ce que Julien a fait — et que tu peux faire aussi — c’est arrêter de se battre contre lui-même. Il a appris à écouter sa colère, à la remercier, et à lui donner une place qui ne détruise pas sa vie. Il a découvert que derrière la colère, il n’y avait pas un monstre. Il y avait un petit garçon qui avait eu peur, et qui avait besoin qu’on vienne le chercher.

« Guérir, ce n’est pas arrêter de ressentir. C’est arrêter d’avoir peur de ce qu’on ressent. »

Et maintenant ? Ce que tu peux faire dès aujourd’hui

Si cette histoire résonne en toi, voici trois choses simples que tu peux essayer, ici, maintenant, sans rendez-vous, sans engagement :

  1. La prochaine fois que la colère monte (au volant, avec un enfant, dans une dispute), arrête-toi une seconde. Ne cherche pas à la calmer. Pose-toi une question : « Si cette colère était une partie de moi, qu’est-ce qu’elle essaie de protéger ? » Ne cherche pas la réponse parfaite. Laisse venir. Peut-être que c’est une peur, une fatigue, un sentiment d’injustice. Note-la mentalement.

  2. Prends un moment calme ce soir (5 minutes suffisent), ferme les yeux, et imagine la colère comme une personne ou une forme. Demande-lui : « Quel âge as-tu ? » Écoute la réponse qui vient, même si elle te surprend. Les parties colériques sont souvent très jeunes — 5, 7, 10 ans. Parce qu’elles sont nées à un moment où tu n’avais pas les ressources pour gérer autrement.

  3. Si tu sens que tu as besoin d’accompagnement, pose-toi honnêtement la question : est-ce que je veux continuer à vivre avec cette colère encore un an, cinq ans, dix ans ? Si la réponse est non, alors peut-être

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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