3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Découvrir l’histoire derrière cette part qui veut votre bien.
Vous êtes assis dans mon cabinet, les mains serrées l’une contre l’autre. Vous venez de me raconter une scène qui vous a traversé la tête ce matin, en vous rasant ou en vous maquillant : « Tu es nul. Regarde les autres, eux ils réussissent. Toi, tu vas encore te planter. » Vous haussez les épaules en disant « c’est comme ça depuis toujours », comme si cette voix faisait partie des meubles de votre existence.
Je comprends. Pendant des années, j’ai moi-même cru que cette voix était la vérité. Que ce juge intérieur était mon meilleur conseiller, celui qui me poussait à me dépasser, à ne pas me reposer sur mes lauriers. Sauf qu’à force, il m’a épuisé. Et vous aussi, peut-être.
Pourtant, si je vous disais que cette voix, celle qui vous critique, vous compare, vous rabaisse parfois, n’est pas votre ennemie ? Qu’elle a une histoire, une fonction, et qu’elle a probablement sauvé votre vie affective ou sociale à un moment où vous étiez vulnérable ? C’est ce que nous allons explorer ensemble aujourd’hui.
Fermez les yeux une seconde (littéralement, si vous lisez ceci, vous pouvez le faire). Rappelez-vous la dernière fois où vous avez senti cette critique intérieure monter. Peut-être après une erreur au travail, un mot de travers dans une conversation, ou simplement en vous regardant dans le miroir. Quelle est la phrase exacte qui est venue ? « Tu n’es pas à la hauteur », « Ils vont se moquer de toi », « Tu mérites ce qui t’arrive » ?
Cette voix a une tonalité, un rythme, parfois même un âge. Elle peut être sèche, paternelle, maternelle, ou étrangement familière. Mais ce qui est frappant, c’est qu’elle semble vous parler comme si elle était extérieure à vous. Comme si une partie de vous-même avait pris le rôle d’un procureur.
Dans mon travail avec l’IFS (Internal Family Systems), on appelle cela une « partie ». Ce n’est pas un défaut, pas un trouble, pas une faiblesse. C’est une sous-personnalité qui s’est formée dans votre psyché pour répondre à un besoin. Et celle qui vous juge est souvent la plus bruyante, la plus visible, et la plus mal comprise.
Quand vous dites « je suis trop dur avec moi-même », vous confondez cette partie avec votre identité entière. Vous êtes comme un pays qui confondrait son ministre de l’Intérieur avec le président. Le ministre est important, mais il n’est pas le pays. Cette partie non plus n’est pas vous. Elle est une réponse, une stratégie, un mécanisme de survie émotionnelle.
Prenons un exemple concret : un patient que j’appellerai Marc, 42 ans, cadre commercial. Chaque fois qu’il doit présenter un projet en réunion, une voix lui dit : « Tu vas te ridiculiser, tu n’as pas assez travaillé, les autres sont meilleurs. » Il se prépare alors frénétiquement, vérifie ses slides dix fois, anticipe toutes les questions. Résultat : ses présentations sont toujours excellentes. Mais la voix ne se tait jamais. Elle devient juste plus exigeante. Marc croit que cette voix est son moteur. En réalité, elle le fait fonctionner à l’anxiété.
Cette voix, dans l’IFS, on l’appelle souvent un « manager ». Elle gère, elle contrôle, elle anticipe. Mais pour comprendre son vrai rôle, il faut remonter le fil de son histoire.
« Le juge intérieur n’est pas un tyran, c’est un pompier qui a gardé son casque trop longtemps après l’incendie. »
Imaginez un enfant de 6 ou 7 ans. Il est dans la cour de récréation, ou à la maison, ou dans une salle de classe. Il fait une erreur. Il renverse son verre, il répond mal, il échoue à un exercice. Autour de lui, un adulte réagit : un regard déçu, une phrase assassine, une punition, ou pire, un silence glacial. L’enfant ressent une vague de honte, de peur, d’abandon. Son système nerveux s’alarme : danger social, risque d’exclusion.
Pour un enfant, l’exclusion d’un adulte protecteur est une menace de mort. Littéralement. Son cerveau ne fait pas la différence entre « mon père est fâché » et « je vais être laissé seul dans la forêt ». Alors, pour se protéger, il fait ce que tout être humain fait face à un danger : il cherche une solution.
La solution que beaucoup d’enfants trouvent, c’est de prendre les devants. « Si je me juge moi-même avant que les autres ne le fassent, je contrôle la douleur. Si je me critique sévèrement, je vais peut-être éviter de refaire l’erreur, et donc éviter d’être rejeté. » Cette partie juge naît ainsi, non pas d’une méchanceté innée, mais d’une tentative désespérée de protection.
Elle prend le relais d’un adulte qui a manqué de tendresse ou de recul. Elle devient un parent intérieur hypervigilant. Elle applique une logique implacable : « Si je te garde sous pression, tu restes performant. Si tu restes performant, tu es accepté. Si tu es accepté, tu es en sécurité. »
Le problème, c’est que l’enfant a grandi. Il n’est plus à la merci de cet adulte. Il n’est plus dans cette classe, cette cour de récréation, cette maison. Mais la partie, elle, n’a pas vieilli. Elle continue d’appliquer la même stratégie, comme un logiciel qui n’aurait jamais été mis à jour. Elle ne sait pas que vous êtes devenu un adulte capable de gérer l’échec, la critique, l’imperfection.
Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Oui, mais sans cette voix, je ne ferais rien de ma vie. » C’est une croyance profonde, et je la respecte. Mais regardons ce qu’elle cache. Si la seule façon que vous avez trouvée pour vous motiver est la peur et la culpabilité, c’est que votre système a appris à fonctionner ainsi. Pas que c’est la seule façon possible.
Une patiente, Sophie, 35 ans, infirmière, avait une juge intérieure qui lui disait : « Tu ne travailles pas assez, tu n’es pas assez dévouée, tu fais mal ton travail. » Elle faisait des heures supplémentaires non payées, répondait aux messages le soir, et ne s’autorisait jamais une pause. Quand nous avons exploré l’origine de cette partie, elle s’est souvenue de son père, médecin, qui lui disait enfant : « Dans la vie, il faut être utile. Les gens qui ne servent à rien sont un fardeau. » La partie juge était née pour éviter qu’elle ne devienne ce « fardeau » redouté. Elle avait protégé Sophie du rejet paternel. Mais aujourd’hui, à 35 ans, cette même partie l’épuisait.
Dans l’IFS, on distingue différents types de parties. Le juge intérieur peut prendre plusieurs formes, et comprendre laquelle parle en vous est un premier pas vers l’apaisement.
Le manager est celui qui anticipe. C’est la voix qui vous prépare, vous organise, vous pousse à être parfait. Il dit : « Si tu bosses assez, personne ne pourra te reprocher quoi que ce soit. » Il est souvent associé à une forte anxiété de performance. Il veut tout contrôler pour éviter la surprise douloureuse. C’est un stratège, un planificateur, mais il fonctionne à l’épuisement.
Le pompier est plus radical. Il intervient quand le manager a échoué. Vous avez déjà craqué, vous avez fait une erreur, vous avez été vulnérable. Le pompier arrive avec des solutions extrêmes : binge-watching, alcool, boulimie, hyper-contrôle alimentaire, achats compulsifs, ou au contraire, paralysie totale. Il dit : « Vite, éteignons ce feu de honte par n’importe quel moyen. » Le juge pompier est celui qui, après une erreur, vous enfonce : « Regarde ce que tu as fait, tu es nul, tu mérites de te punir. » Il ne cherche pas à vous améliorer, il cherche à vous anesthésier ou à vous punir pour que la douleur cesse.
L’exilé, lui, est la partie fragile qui porte la blessure originelle. C’est l’enfant qui a été humilié, rejeté, ignoré. Le juge intérieur (manager ou pompier) s’est construit autour de cet exilé pour le protéger. Il ne veut pas que vous sentiez cette vulnérabilité, car il croit qu’elle est trop dangereuse. Alors il la recouvre de critiques, de contrôle, de jugement. Mais sous la critique, il y a toujours une peur. Sous le « tu es nul », il y a un « j’ai peur d’être abandonné ».
Quand vous écoutez votre juge intérieur, posez-vous cette question : « De quoi essaie-t-il de me protéger ? » Pas « est-ce qu’il a raison ? », mais « quel danger perçoit-il ? ». La réponse est souvent une peur d’enfant : peur de ne pas être aimé, peur d’être exclu, peur d’être inutile.
Un patient, Antoine, 50 ans, dirigeant d’une PME, avait un juge qui le traitait d’incapable dès qu’un employé quittait l’entreprise. Nous avons exploré : « Que se passerait-il si tu n’écoutais pas cette voix ? » Il a répondu : « Je m’effondrerais. Je me sentirais seul et nul. » Le juge protégeait Antoine du sentiment de solitude et d’impuissance lié à une figure paternelle absente. En le critiquant, il le maintenait en mouvement, l’empêchait de s’arrêter et de ressentir cette solitude.
« La critique intérieure n’est pas une fenêtre sur votre valeur, c’est une porte verrouillée sur votre histoire. »
Vous avez probablement essayé des choses. Vous vous êtes dit : « Arrête de penser comme ça », « Sois plus gentil avec toi-même », « Pense positif ». Et ça n’a pas marché, ou alors très temporairement. Parce que vous avez essayé de combattre une partie de vous-même.
Imaginez que quelqu’un frappe à votre porte en criant : « Je suis là pour te protéger, il y a un danger ! » Vous ouvrez et vous dites : « Tais-toi, il n’y a pas de danger, va-t’en. » Est-ce que la personne va partir ? Non. Elle va frapper plus fort, crier plus fort, parce qu’elle croit sincèrement qu’il y a un danger et que vous ne l’écoutez pas. C’est exactement ce qui se passe avec le juge intérieur.
Quand vous lui dites de se taire, vous le renforcez. Il se sent incompris, rejeté, et il monte en intensité. C’est ce qu’on appelle une polarisation : plus vous poussez contre lui, plus il pousse contre vous. Le combat devient alors votre quotidien, et vous vous épuisez.
Une autre approche, celle que j’utilise dans l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, est radicalement différente. Au lieu de combattre le juge, on l’écoute. On le remercie. On lui demande ce dont il a besoin. On ne lui obéit pas, on ne le suit pas, on ne le combat pas : on l’accueille avec curiosité.
C’est contre-intuitif, je sais. Quand une voix vous dit « tu es nul », votre réflexe est de la faire taire ou de lui prouver le contraire. Mais ces deux réactions sont des réactions de lutte. L’accueil, lui, est une trêve.
Prenons un exemple. Votre juge dit : « Tu vas rater cette présentation. » Au lieu de répondre « non, je vais réussir » (lutte) ou « oui, je suis nul » (soumission), vous pouvez répondre intérieurement : « Merci d’essayer de me protéger. Je comprends que tu as peur que je me fasse humilier. Tu veux peut-être qu’on regarde ensemble ce qui te fait si peur ? » Ce simple changement de posture désamorce le conflit.
Je vois souvent des personnes qui ont passé des années en thérapie à essayer de « se débarrasser » de leur juge. Elles ont appris à le reconnaître, à le contrer, à le remplacer par des pensées positives. Et pourtant, il revient toujours. Parce qu’on ne se débarrasse pas d’une partie de soi. On l’intègre. On la comprend. On la remercie pour son service, et on lui montre qu’elle peut prendre sa retraite.
Alors, concrètement, comment faire ? Je vais vous proposer une séquence que j’utilise avec mes patients, et que vous pouvez expérimenter seul, dans un moment calme. Ce n’est pas une formule magique, c’est un entraînement. Comme pour un sport, la régularité compte plus que l’intensité.
1. Identifiez le moment où le juge parle.
Soyez attentif à la phrase exacte, à la tonalité, à la sensation dans le corps. Est-ce une tension dans la mâchoire ? Une boule dans le ventre ? Un serrement dans la poitrine ? Notez-la comme si vous observiez un personnage dans un film. Ne jugez pas ce personnage, observez-le.
2. Respirez et dites : « Je remarque que cette partie est là. »
Pas « je suis en colère », pas « je suis nul ». Mais « je remarque qu’une partie de moi est en train de dire que je suis nul ». Cette formulation crée une distance. Vous n’êtes pas la partie, vous êtes celui qui la remarque. Dans l’IFS, on appelle cela le Self : la présence consciente, calme, curieuse, qui peut accueillir toutes les parties sans s’identifier à aucune.
3. Demandez-lui : « Qu’essaies-tu de protéger ? »
Posez la question avec une intention sincère de comprendre, pas de contrer. Laissez une réponse venir, même si elle semble étrange. Peut-être la partie répondra : « Je veux que tu ne souffres pas. » ou « Je veux que tu sois accepté. » ou « Je veux que tu ne répètes pas les erreurs de ton père. » Accueillez cette réponse sans la juger.
4. Remerciez-la.
Dites-lui : « Merci d’avoir veillé sur moi pendant toutes ces années. Je comprends que tu as fait de ton mieux. » C’est un moment clé. La partie n’a jamais été remerciée. Elle a toujours été combattue ou ignorée. La gratitude crée une ouverture.
5. Négociez un nouveau rôle.
Demandez-lui : « Que voudrais-tu faire à la place ? » ou « Accepterais-tu de prendre un peu de recul ? ». Parfois, la partie accepte de se faire plus petite, de laisser place à une autre façon de fonctionner. Parfois, elle veut juste être entendue, sans changer. Respectez son rythme. Ce processus prend du temps.
Un exemple vécu : une patiente, Claire, 40 ans, avait un juge qui la critiquait sur son poids. Chaque repas était accompagné d’une voix : « Tu devrais faire attention, tu vas grossir, tu es laide. » En explorant, nous avons découvert que cette partie était apparue à 14 ans, quand sa mère avait fait un commentaire sur son corps. La partie avait pris le relais pour que Claire « ne finisse pas comme sa mère », qui était en surpoids et malheureuse. Quand Claire a remercié cette partie d’avoir voulu la protéger de ce destin, la partie a pleuré. Elle était épuisée. Elle a accepté de prendre un rôle de conseillère discrète, pas de gardienne hurlante. Claire a pu manger sans angoisse pour la première fois depuis des années.
« Guérir le juge intérieur, ce n’est pas le faire taire. C’est lui rendre son humanité. »
Vous vous demandez peut-être comment ces approches s’incarnent dans une séance. L’hypnose ericksonienne, que j’utilise souvent en première intention, permet d’accéder à des états de conscience modifiés où le mental critique se calme. Ce n’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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