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Fibromyalgie : témoignage fictif d'une patiente qui a testé l'hypnose

Son parcours, ses doutes, et les résultats après 6 séances.

TSThierry Sudan
24 avril 202612 min de lecture

Je ne suis pas médecin. Les informations qui suivent sont issues de mon expérience de praticien et ne remplacent en aucun cas un suivi médical. La fibromyalgie est une pathologie complexe qui nécessite un diagnostic posé par un rhumatologue ou un médecin traitant.

Elle pousse la porte de mon cabinet un mardi après-midi. Je la sens hésitante, presque sur la défensive. « Je viens parce que ma kiné me l’a conseillé, mais franchement, je n’y crois pas trop », me lance-t-elle d’emblée. Elle s’appelle Sophie, 42 ans, et elle vit avec un diagnostic de fibromyalgie posé trois ans plus tôt. Comme beaucoup de personnes qui franchissent le seuil de mon cabinet, elle a déjà tout essayé : les antalgiques, les séances de kiné, l’acupuncture, la sophrologie, et même un régime sans gluten pendant six mois. Rien n’a vraiment tenu ses promesses. Ce jour-là, elle me dit une phrase qui résonne encore en moi : « Je ne cherche pas un miracle. Je cherche juste à ne plus avoir l’impression de survivre à ma propre vie. »

Je vais vous raconter l’histoire de Sophie. Pas parce qu’elle est exceptionnelle, mais parce qu’elle ressemble à tellement de personnes que je reçois. Et je vais le faire de manière transparente, sans vous vendre de solution magique. Parce que l’hypnose, quand on vit avec une douleur chronique, ce n’est pas un claquement de doigts. C’est un chemin.

Pourquoi l’hypnose attire-t-elle les personnes fibromyalgiques ?

Sophie était épuisée. Pas seulement du sommeil qui ne répare pas, mais de cette fatigue mentale accumulée à force de se battre contre un corps qui semble avoir déclaré la guerre. Lors de notre premier échange, elle m’a décrit son quotidien : se réveiller avec la sensation d’avoir couru un marathon, passer sa matinée à essayer de « se mettre en route », et subir des pics de douleur imprévisibles qui la clouent au canapé. Le pire, selon elle, c’était l’incompréhension des autres : « Mais tu as l’air en forme, pourtant ! »

Ce que Sophie ignorait, c’est que son système nerveux était en hypervigilance permanente. La fibromyalgie n’est pas une maladie des articulations ou des muscles, même si la douleur s’y exprime. C’est un dérèglement du système de traitement de la douleur. Le cerveau, en permanence en alerte, amplifie des signaux qui devraient passer inaperçus. Une caresse devient une brûlure, un effort léger devient une épreuve.

L’hypnose attire les personnes fibromyalgiques pour une raison simple : elle ne cherche pas à supprimer la douleur par la force, mais à modifier la relation que l’on entretient avec elle. Sophie en avait assez qu’on lui dise de « penser à autre chose » ou de « se détendre ». Elle avait besoin qu’on reconnaisse sa souffrance, tout en lui offrant des clés concrètes pour ne plus en être prisonnière.

« Je ne viens pas pour que vous me disiez que tout va bien. Je viens parce que je veux que ça change, et que je ne sais plus comment faire. »

Cette phrase de Sophie, je l’ai entendue des dizaines de fois. L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, n’est pas une baguette magique. C’est un espace où l’on va apprendre à parler une autre langue avec son corps.

Première séance : le moment où tout peut basculer ou s’effondrer

Je suis toujours honnête avec les personnes qui consultent pour une fibromyalgie. Lors de la première séance, je ne propose jamais une induction hypnotique classique. On parle. Beaucoup. Je veux comprendre comment la douleur s’installe dans leur vie, mais aussi ce qui la fait varier. Sophie m’a raconté que ses douleurs étaient pires le matin, et qu’elles diminuaient légèrement en fin d’après-midi. Elle a aussi mentionné que les jours où elle se forçait à faire une activité, elle payait le lendemain par une crise.

Je lui ai posé une question qui l’a surprise : « Si votre douleur avait une couleur, une forme ou une texture, à quoi ressemblerait-elle ? » Elle a réfléchi un moment, puis a répondu : « C’est comme si j’avais du verre pilé dans les articulations. Et un poids sur la poitrine. » Cette métaphore, je l’ai notée. Elle allait nous servir.

Notre premier exercice a été simple. Je lui ai proposé de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration. Rien de plus. Pas de relaxation profonde, pas de voyage imaginaire. Juste observer son souffle pendant deux minutes. Elle a ouvert les yeux au bout de trente secondes, agacée : « Je n’y arrive pas. Dès que je ferme les yeux, je sens la douleur plus fort. »

C’est précisément là que le travail commence. Beaucoup de personnes fibromyalgiques vivent la relaxation comme une menace. Leur système nerveux, habitué à être en alerte, interprète le ralentissement comme un danger. L’hypnose ne va pas forcer le corps à se détendre. Elle va lui apprendre qu’il peut ralentir sans risque.

Nous avons donc commencé par un protocole que j’appelle « l’ancrage sécurisé ». Je lui ai demandé de choisir un endroit dans son corps qui ne lui faisait pas mal – même tout petit. Elle a trouvé le bout de son nez. Pendant les premières séances, nous sommes restés là, à explorer cette zone neutre. Pas pour fuir la douleur, mais pour que son cerveau apprenne qu’il peut exister des sensations neutres, voire agréables, en même temps que les douleurs.

Les mécanismes en jeu : pourquoi l’hypnose peut agir là où les médicaments échouent

Sophie prenait un traitement à base d’antidépresseurs et d’anticonvulsivants, comme beaucoup de personnes fibromyalgiques. Ces molécules agissent sur la transmission nerveuse, mais elles ne changent pas la façon dont le cerveau interprète les signaux. L’hypnose, elle, travaille sur la perception.

Je vais être très concret. Quand Sophie ressentait une douleur, son cerveau activait immédiatement des zones liées à l’anxiété et à l’anticipation : « Ça va durer combien de temps ? Est-ce que je vais pouvoir tenir la journée ? » Cette anticipation, c’est ce qu’on appelle le cycle de la douleur-catastrophisme. Plus on anticipe la douleur, plus on la redoute, plus le cerveau l’amplifie. Et plus on la redoute, plus on évite de bouger, ce qui rigidifie les muscles et… augmente la douleur.

L’hypnose ericksonienne permet de sortir de ce cercle vicieux en travaillant avec l’inconscient. Je ne « programme » pas le cerveau de Sophie, je lui propose des alternatives. Par exemple, nous avons utilisé une technique appelée la dissociation thérapeutique. Je lui ai suggéré d’imaginer qu’elle observait sa douleur comme si elle était assise dans une salle de cinéma, regardant un écran. La douleur était sur l’écran, mais elle, Sophie, était dans le fauteuil. Elle pouvait décider de regarder ailleurs, ou même de quitter la salle.

Ce n’est pas une fuite. C’est une reconfiguration de la relation à la sensation. La douleur reste présente, mais elle n’occupe plus tout l’espace mental. Sophie m’a dit après la troisième séance : « Je sens toujours le verre pilé, mais c’est comme s’il était dans une pièce à côté. Je sais qu’il est là, mais je peux faire autre chose. »

Le but de l’hypnose n’est pas de faire disparaître la douleur, mais de lui enlever son pouvoir d’occupation totale.

Nous avons aussi travaillé sur le sommeil. Sophie se réveillait plusieurs fois par nuit, souvent avec des crampes. L’hypnose ne remplace pas une hygiène de sommeil, mais elle permet d’installer des ancrages de transition. Avant de dormir, nous avons créé un rituel hypnotique : elle s’imaginait poser sa douleur dans un coffre, à l’extérieur de la chambre. « Je la récupère demain si j’en ai besoin », se disait-elle. Ce n’est pas une dénégation – la douleur revient souvent – mais cela lui a permis de gagner des heures de sommeil ininterrompu.

Résultats après six séances : ce qui a vraiment changé pour Sophie

Je vais être transparent : Sophie n’est pas « guérie ». La fibromyalgie ne se guérit pas, elle s’apprivoise. Mais après six séances espacées sur trois mois, voici ce qu’elle m’a rapporté lors de notre dernier rendez-vous.

D’abord, une réduction de l’intensité de ses douleurs. Sur une échelle de 0 à 10, elle est passée d’un 8 constant à des pics à 5-6, avec des moments à 3. Ce n’est pas miraculeux, mais pour elle, c’est énorme. Elle m’a dit : « Avant, j’étais toujours à la limite de la crise. Maintenant, j’ai des fenêtres de répit. »

Ensuite, une amélioration notable de son sommeil. Elle se réveille encore une ou deux fois, mais elle se rendort plus facilement. Elle a arrêté les somnifères légers qu’elle prenait en dépannage. Et surtout, elle ne redoute plus le moment du coucher.

Mais le changement le plus important, selon elle, c’est son rapport à l’activité physique. Sophie avait peur de boucher. Elle anticipait la douleur du lendemain. Nous avons travaillé sur ce que j’appelle la voix intérieure du sportif – un concept que j’utilise aussi avec les préparations mentales. Au lieu de se dire « je vais payer cette marche », elle a appris à se dire « je peux faire 10 minutes, puis m’arrêter si besoin ». Elle a repris des promenades courtes, puis des séances de stretching doux. Son corps ne la punit plus systématiquement.

Elle m’a aussi confié quelque chose de plus intime : « Je n’ai plus honte de dire que je suis fatiguée. Avant, je faisais semblant d’aller bien. Maintenant, je pose des limites. » L’hypnose n’a pas changé sa douleur, mais elle a changé la façon dont elle se parle à elle-même.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Elle a eu une grosse crise il y a trois semaines, après une période de stress familial. Mais elle a géré différemment : elle a accepté de ralentir sans culpabilité, et la crise est passée plus vite. Avant, elle aurait lutté, s’épuisant davantage.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important à savoir)

Je dois être clair : l’hypnose n’est pas une solution universelle pour la fibromyalgie. J’ai reçu des personnes pour qui cela n’a pas fonctionné, ou très peu. Pourquoi ? Parce que la fibromyalgie est un syndrome multifactoriel, et que l’hypnose agit surtout sur la dimension neurologique et émotionnelle de la douleur. Si la douleur est principalement liée à un problème inflammatoire non diagnostiqué, ou à un trouble somatique sous-jacent, l’hypnose aura un effet limité.

L’hypnose ne remplace pas un suivi médical. Sophie continue de voir son rhumatologue tous les six mois. Elle n’a pas arrêté son traitement du jour au lendemain. L’hypnose est un complément, pas une substitution.

L’hypnose ne vous rendra pas « positif » si vous êtes en colère. Certaines personnes viennent en attendant que je leur « enlève » la douleur. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Le travail est actif : vous devez vous impliquer entre les séances, pratiquer les ancrages, observer vos réactions. C’est un peu comme réapprendre à parler à son corps.

Enfin, l’hypnose ne fait pas disparaître les causes émotionnelles de la douleur. Si vous vivez un stress chronique (travail toxique, conflit familial, deuil non fait), l’hypnose peut vous aider à mieux le gérer, mais elle ne supprimera pas la source. Parfois, il faut aussi un travail thérapeutique plus long, comme l’IFS (Internal Family Systems) ou un accompagnement psychologique classique.

L’hypnose est un outil, pas une baguette magique. Elle ne guérit pas, elle transforme la relation à la douleur.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous ?

Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans le parcours de Sophie, vous vous demandez peut-être si l’hypnose pourrait vous aider. Voici quelques questions à vous poser :

  • Êtes-vous prêt(e) à explorer votre douleur sans la combattre ? L’hypnose demande une forme de lâcher-prise. Pas celui de la relaxation forcée, mais celui de l’observation. Si vous êtes dans une logique de « je veux que ça s’arrête maintenant », l’hypnose risque de vous frustrer.
  • Avez-vous déjà essayé des approches corporelles douces ? L’hypnose fonctionne mieux quand on a déjà une sensibilité au corps (yoga, méditation, respiration). Mais ce n’est pas indispensable.
  • Acceptez-vous de ne pas contrôler le processus ? L’hypnose ericksonienne est non-directive. Le praticien ne vous impose pas un scénario, il vous accompagne là où votre inconscient veut aller. Certaines personnes ont besoin de plus de cadre.
  • Êtes-vous suivi(e) médicalement ? Je ne reçois jamais une personne fibromyalgique sans qu’elle ait un suivi médical en parallèle. C’est une condition non-négociable.

Si vous répondez oui à ces questions, l’hypnose peut être un levier intéressant. Mais je vous conseille de commencer par une séance d’information, sans engagement. Un bon praticien ne vous promettra jamais de résultats en trois séances. Il vous dira : « On va voir ensemble si on peut créer un espace où votre corps se sent plus en sécurité. »

Conclusion : une invitation à faire le premier pas

Quand Sophie est venue pour la dernière fois, elle m’a dit une chose qui m’a touché : « Je ne sais pas si l’hypnose a changé ma douleur. Mais elle a changé ma vie. » Ce n’est pas une formule marketing. C’est le reflet de ce que beaucoup de personnes vivent quand elles arrêtent de lutter contre leur corps et commencent à dialoguer avec lui.

La fibromyalgie ne se guérit pas, mais elle peut s’apprivoiser. Et parfois, le plus grand changement n’est pas dans l’intensité de la douleur, mais dans la façon dont on choisit de vivre avec.

Si vous êtes à Saintes ou dans les environs, si vous vous reconnaissez dans ce témoignage, je vous reçois pour un premier échange sans aucun engagement. On discutera, on verra si l’hypnose peut être un chemin pour vous. Et si ce n’est pas le cas, je vous orienterai vers d’autres professionnels. L’important, c’est que vous ne restiez pas seul(e) avec cette sensation de survivre à votre propre vie.

Prenez soin de vous.

Thierry Sudan

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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