HypnoseFondamentaux

De la baguette de Mesmer aux mots d'Erickson : une révolution

Comment le langage est devenu l'outil principal pour vous apaiser.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes assis dans mon cabinet. Vous me racontez cette scène qui revient sans cesse : au travail, face à votre supérieur, vous sentez votre gorge se serrer, votre cœur s’emballe, et les mots ne sortent plus. Vous aimeriez réagir, dire ce que vous pensez, mais votre corps vous trahit. Ce n’est pas la première fois. Vous en avez assez. Vous cherchez une solution, et quelqu’un vous a parlé d’hypnose. Mais quand vous pensez « hypnose », vous imaginez peut-être un homme en costume sombre qui agite une montre à gousset en vous fixant d’un regard magnétique. Vous imaginez un pouvoir mystérieux, un contrôle exercé sur vous. Vous imaginez que vous allez perdre la tête, ou pire, révéler des secrets honteux.

Je vais vous rassurer tout de suite : ce n’est pas ça du tout. L’hypnose que je pratique, celle d’Erickson, n’a rien à voir avec un pendule ou une autorité écrasante. Elle est née d’une révolution silencieuse, il y a un peu plus d’un siècle, quand un médecin américain nommé Milton Erickson a décidé que le véritable outil de changement n’était pas un objet, mais le langage. Pas n’importe quel langage : un langage qui parle à votre inconscient, qui respecte votre rythme, et qui vous permet de retrouver vos propres ressources. Pour comprendre ce qui se joue dans mon cabinet aujourd’hui, il faut remonter un peu dans le temps, jusqu’à un certain Franz Mesmer et sa fameuse baguette.

D’où vient cette image du magnétiseur qui vous fait perdre le contrôle ?

Franz Anton Mesmer, médecin autrichien du XVIIIe siècle, est le grand-père mal-aimé de l’hypnose moderne. Il croyait en une force invisible, le « magnétisme animal », qui circulait dans l’univers et dans nos corps. Selon lui, la maladie venait d’un déséquilibre de ce fluide. Pour le rééquilibrer, il utilisait des baguettes de fer, des aimants, et des passes magnétiques. Ses séances étaient spectaculaires : dans une salle obscure, vêtu d’une robe violette, il touchait ses patients avec une longue baguette. Certains tombaient en transe, d’autres pleuraient ou riaient. Les résultats étaient parfois impressionnants, surtout sur des troubles nerveux. Mais le problème, c’est que Mesmer se prenait pour la source du pouvoir. Il pensait que c’était lui qui guérissait, grâce à son magnétisme personnel.

Aujourd’hui encore, cette image persiste dans l’imaginaire collectif. Quand vous me parlez de vos craintes avant une séance, vous me dites souvent : « J’ai peur de ne plus pouvoir sortir de la transe », ou « Et si vous me faites faire quelque chose contre ma volonté ? ». Ce sont les fantômes de Mesmer. L’idée que l’hypnose est un pouvoir exercé sur vous, par quelqu’un d’autre. Mais la réalité est tout autre. Mesmer avait raison sur un point : l’état modifié de conscience existe. Il avait tort sur tout le reste : le pouvoir ne vient pas du praticien, il vient de vous. La baguette n’est qu’un symbole. Le vrai changement se joue ailleurs, bien plus subtilement.

Au XIXe siècle, des médecins comme James Braid (qui a inventé le mot « hypnose ») et Ambroise-Auguste Liébeault ont commencé à démonter le mythe. Ils ont montré que la transe n’était pas un don mystérieux, mais un état naturel que chacun peut expérimenter. Vous l’avez déjà vécu sans le savoir : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet, ou quand vous rêvassez les yeux ouverts. C’est cela, l’hypnose. Un état de concentration focalisée, où votre conscient lâche un peu la bride. Mais le vrai tournant, la véritable révolution, a eu lieu au milieu du XXe siècle, avec un homme qui a transformé l’hypnose en art du langage.

Pourquoi Milton Erickson a-t-il jeté la baguette pour n’utiliser que des mots ?

Milton Erickson était un médecin américain, né en 1901. Il a survécu à une poliomyélite sévère qui l’a laissé partiellement paralysé et en douleur chronique. Pour se soigner, il a dû observer son propre corps, ses propres processus inconscients. Il a compris que la guérison ne venait pas d’une force extérieure, mais d’une réorganisation intérieure. Il a ensuite transposé cette découverte à sa pratique.

Erickson a révolutionné l’hypnose sur trois points essentiels. Primo, il a arrêté de croire que le praticien devait être autoritaire ou magnétique. Au contraire, il utilisait une voix douce, des histoires, des métaphores, et un langage qui contournait les résistances du conscient. Il ne disait pas « vous allez vous détendre », parce que ça peut être vécu comme un ordre. Il disait plutôt : « Peut-être que vous remarquez déjà des sensations agréables dans votre main droite… » Il laissait une porte ouverte. Secundo, il considérait que chaque personne est unique. Pas de protocole standardisé. Il s’adaptait à votre façon de parler, à vos images, à votre histoire. Si vous êtes passionné de jardinage, il utiliserait la métaphore d’une plante qui pousse. Si vous êtes musicien, celle d’une mélodie. Tertio, et c’est le plus important, Erickson a compris que l’inconscient n’est pas un ennemi à dompter, mais un allié créatif. Vous avez déjà eu une solution qui vous est venue « comme ça », en prenant une douche ou en dormant ? C’est votre inconscient qui travaille pour vous. L’hypnose ericksonienne ne fait que créer les conditions pour que ce travail se fasse.

Alors, qu’est-ce qui a vraiment changé entre la baguette de Mesmer et les mots d’Erickson ? Tout. Le pouvoir est passé du praticien au patient. La relation est devenue une collaboration, pas une soumission. L’outil n’est plus un objet extérieur (baguette, pendule, aimant), mais un langage qui respecte votre souveraineté. Erickson disait souvent : « L’hypnose, c’est une conversation où l’autre peut entendre autre chose que ce que vous dites. » C’est exactement cela. Je ne vous endors pas. Je vous invite à écouter une partie de vous-même que vous avez tendance à négliger.

« L’hypnose, ce n’est pas faire dormir les gens. C’est leur apprendre à se réveiller là où ils ont besoin de l’être. » — Milton Erickson

Comment le langage peut-il vraiment apaiser une souffrance physique ou émotionnelle ?

Prenons un exemple concret. Je reçois Sophie, 42 ans, cadre dans une entreprise de logistique. Elle souffre de migraines ophtalmiques depuis des années. Elle a tout essayé : médicaments, ostéopathie, acuponcture. Rien ne tient durablement. Elle arrive dans mon cabinet épuisée, avec cette phrase : « Je n’en peux plus, je veux que ça s’arrête. » Si j’étais un hypnotiseur de foire, je sortirais une baguette, je ferais « clic », et je dirais « vous ne sentez plus rien ». Mais ça ne marche pas comme ça, et ce serait mentir.

Ce que je fais avec Sophie, c’est d’abord l’écouter. Elle me raconte ses migraines : la douleur derrière l’œil droit, le scintillement visuel qui précède la crise, la sensation d’être dans un bocal en verre. Je note ses mots exacts : « bocal », « scintillement », « œil droit ». Ensuite, je lui propose une séance d’hypnose. Je ne lui dis pas « vous allez guérir ». Je lui dis : « Je vous propose qu’on explore ensemble comment votre corps a appris à produire cette migraine, et comment il pourrait apprendre autre chose. »

Pendant la séance, je parle avec des mots qui contournent son mental analytique. Je ne dis pas « détendez votre œil », parce que son conscient va se crisper en essayant de le faire. Je dis plutôt : « Peut-être que votre œil droit peut se souvenir d’une sensation de fraîcheur, comme une brise légère qui passe sur la paupière. » Je crée une image. Je plante une graine. Son inconscient, qui contrôle sa physiologie, peut choisir de s’en saisir ou pas. Je ne force rien. Je propose.

Sophie ne guérit pas en une séance. Mais après trois séances, ses migraines passent de quatre par semaine à une tous les quinze jours. Elle me dit : « Je ne sais pas comment vous faites, mais j’ai l’impression d’avoir un outil dans ma poche pour calmer la douleur avant qu’elle n’explose. » C’est ça, le langage ericksonien. Il ne supprime pas magiquement la douleur. Il vous donne les clés pour entrer en dialogue avec elle, pour la transformer. La douleur est un signal, pas une fatalité.

Ce mécanisme s’applique aussi à l’anxiété, aux phobies, aux traumatismes. Vous avez peut-être une peur panique de prendre l’avion. Votre conscient sait que c’est statistiquement sûr, mais votre corps réagit comme si vous alliez mourir. L’hypnose ericksonienne ne va pas vous raisonner. Elle va parler à la partie de vous qui a peur, avec des métaphores de voyage, d’air, de légèreté. Elle va créer une nouvelle association, sans effacer l’ancienne. Vous n’oublierez pas votre peur, mais vous aurez une autre voie possible.

Qu’est-ce que l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ajoutent à cette révolution ?

Si l’hypnose ericksonienne a posé les bases d’un langage respectueux de l’inconscient, deux approches complémentaires sont venues enrichir ma pratique : l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle. L’IFS, développée par Richard Schwartz dans les années 1980, part d’une idée simple mais puissante : votre esprit n’est pas monolithique. Vous n’êtes pas « anxieux » ou « colérique » en permanence. Vous avez différentes « parties » en vous, comme une famille intérieure. Il y a une partie qui veut tout contrôler, une partie qui a peur, une partie qui juge, une partie qui est vulnérable. Et au centre, il y a un « Soi » calme, confiant, créatif.

Quand je travaille avec vous, je ne cherche pas à faire taire vos parties. Je les accueille. Par exemple, un footballeur que j’accompagne en préparation mentale avait une partie qui le paralysait avant chaque penalty. Il se disait : « Je suis nul, je vais rater. » Avec l’IFS, j’ai invité cette partie à s’exprimer. Elle a dit : « Je le protège de l’échec en le faisant échouer avant, comme ça il n’est pas déçu. » C’est contre-intuitif, mais une fois comprise, cette partie a accepté de lâcher prise. Le langage de l’IFS est un langage de dialogue intérieur, de compassion pour soi-même. C’est une extension naturelle de l’hypnose ericksonienne : au lieu que ce soit moi qui parle à votre inconscient, c’est vous qui apprenez à parler à vos propres parties.

L’Intelligence Relationnelle, que j’ai intégrée plus récemment, ajoute une couche supplémentaire : comment vous reliez-vous aux autres ? Beaucoup de mes patients adultes viennent avec des souffrances relationnelles : conflits au travail, difficultés dans le couple, sentiment de ne pas être compris. L’Intelligence Relationnelle, inspirée des travaux de Thomas Gordon et de l’approche non-violente, vous apprend à exprimer vos besoins sans accuser, à écouter l’autre sans vous perdre. C’est un langage de la connexion. Par exemple, au lieu de dire « Tu m’énerves quand tu fais ça », vous apprenez à dire « Quand tu fais ça, je me sens frustré parce que j’ai besoin de considération. » La différence est immense. Votre interlocuteur ne se sent pas attaqué, il entend votre besoin.

Ces trois approches — hypnose ericksonienne, IFS, Intelligence Relationnelle — partagent un même socle : le respect de votre expérience subjective. Aucune d’elles ne vous impose une vérité extérieure. Elles vous offrent des mots pour dire ce qui est, et pour le transformer de l’intérieur.

Est-ce que ça marche vraiment, ou est-ce que c’est juste du « positif » ?

C’est une question légitime, et je l’entends souvent. Il y a une confusion entre l’hypnose et la pensée positive, ou le développement personnel un peu sirupeux. Non, ce n’est pas du « positif » forcé. Ce n’est pas se répéter « je suis fort, je suis fort » devant un miroir. Ce n’est pas nier la réalité. Au contraire.

L’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle vous demandent d’abord de regarder en face ce qui est là : la douleur, la peur, la colère, la honte. On ne les évite pas. On les accueille. On leur donne un langage. Et c’est parce qu’on les accueille qu’elles peuvent se transformer. La pensée positive, elle, essaie de remplacer le négatif par du positif, comme on mettrait un cachet sur une infection. Ça peut tenir un temps, mais ça ne soigne pas la cause.

Prenons un exemple avec un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Il a une tendinite récurrente au genou. La pensée positive dirait : « Visualise ton genou en bonne santé, et ça ira. » L’hypnose ericksonienne va plutôt explorer le message de la tendinite : « Qu’est-ce que cette douleur dit de ton rythme de vie, de ta façon de t’entraîner, de ta relation à la performance ? » On va utiliser le langage pour entrer en dialogue avec le genou. On va lui demander ce dont il a besoin. Parfois, la réponse est surprenante : « J’ai besoin que tu ralentisses, que tu m’écoutes, que tu ne me pousses pas toujours à bout. » La tendinite n’est pas un ennemi, c’est un messager.

Alors oui, ça marche. Mais ça marche dans un cadre précis. Ce n’est pas une baguette magique. Je ne vous promets pas que vous ne serez plus jamais anxieux, ou que votre migraine disparaîtra après une séance. Je vous promets que vous allez apprendre à écouter vos signaux, à utiliser votre propre langage intérieur pour créer du changement. Les études scientifiques, notamment en neurosciences, montrent que l’hypnose modifie l’activité cérébrale, notamment dans les zones liées à la douleur et à l’émotion. C’est mesurable. Ce n’est pas de la croyance, c’est de la physiologie.

« L’hypnose n’est pas un état de sommeil, mais un état d’éveil intérieur où l’on peut réorganiser ses expériences. » — Ernest Rossi, neurobiologiste et collègue d’Erickson

Comment pouvez-vous, dès maintenant, commencer à utiliser ce langage pour vous-même ?

Vous n’avez pas besoin d’être dans mon cabinet pour expérimenter une partie de ce que je décris. Il y a des choses simples que vous pouvez essayer chez vous, dans votre quotidien, pour goûter à ce langage qui apaise.

Première chose : quand vous ressentez une émotion forte — colère, peur, tristesse —, arrêtez-vous une seconde. Au lieu de la juger (« Je n’aurais pas dû réagir comme ça »), donnez-lui un nom. Dites intérieurement : « Bonjour, colère. Je te vois. » C’est tout. Vous n’essayez pas de la chasser. Vous l’accueillez. Ce simple geste, répété, change votre rapport à l’émotion. Vous n’êtes plus l’émotion, vous êtes celui ou celle qui l’observe. C’est le début de la distance intérieure, ce que les psys appellent la « défusion cognitive ». L’hypnose ericksonienne fait la même chose, mais de façon plus élaborée.

Deuxième chose : écoutez vos métaphores. Quand vous dites « Je suis dans un bocal », ou « J’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête », ou « Je porte le monde sur mes épaules », ce ne sont pas que des figures de style. Ce sont des messages de votre inconscient. Prenez-les au sérieux. Demandez-vous : « Si je suis vraiment dans

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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