HypnoseFondamentaux

Les 3 étapes cérébrales d’une séance d’hypnose vues par IRM

Suivez le cheminement de votre esprit de la détente à la transformation.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes allongé sur ce fauteuil, et vous vous demandez peut-être ce qui se passe vraiment dans votre tête. Pas dans un sens métaphorique, mais littéralement : que fait votre cerveau pendant que vous écoutez ma voix, que vous sentez votre respiration ralentir, et que vos pensées commencent à flotter ? Pendant longtemps, l’hypnose est restée une boîte noire. On voyait les résultats – des phobies qui disparaissent, des douleurs qui s’apaisent, des comportements qui changent – mais on ne savait pas exactement comment le cerveau y parvenait.

Aujourd’hui, grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), on peut observer en temps réel ce qui se passe sous le crâne pendant une séance. Et ce qu’on voit est fascinant : votre cerveau ne s’endort pas, ne se vide pas, ne se fait pas « programmer » comme un ordinateur. Il suit un cheminement précis, en trois grandes étapes, qui correspond à ce que je vois chaque jour avec les personnes que j’accompagne à Saintes, que ce soit pour une anxiété tenace, une préparation mentale pour un marathon, ou une blessure émotionnelle que vous traînez depuis des années.

Je vais vous décrire ces trois étapes, non pas comme un cours de neurosciences, mais comme un voyage que vous pourriez vivre. Parce que comprendre le chemin, c’est déjà commencer à le parcourir en confiance.

Étape 1 : Le ralentissement du réseau par défaut – pourquoi votre mental arrête de s’agiter

La première chose qui frappe les chercheurs quand ils placent une personne sous hypnose dans une IRM, c’est l’activité du réseau du mode par défaut (default mode network, ou DMN). C’est un ensemble de régions cérébrales – notamment le cortex préfrontal médian, le cortex cingulaire postérieur et le précunéus – qui s’active quand vous ne faites rien de particulier. Quand vous êtes dans le métro et que votre esprit vagabonde, quand vous faites la vaisselle en repensant à votre journée, quand vous ruminez une conversation qui vous a blessé la veille : c’est votre DMN qui tourne.

En hypnose, ce réseau ralentit considérablement. Pas au point de s’éteindre – vous restez conscient – mais son activité diminue en intensité et en cohérence. C’est comme si le bruit de fond constant de votre mental, cette petite voix qui commente, juge, planifie et s’inquiète, baissait soudainement le volume.

Je reçois souvent des personnes qui me disent : « Je n’arrive pas à arrêter de penser, c’est plus fort que moi. » Et c’est vrai : tant que le DMN est en hyperactivité, vous êtes piégé dans la boucle. Une dame que j’ai accompagnée pour une phobie dentaire me racontait qu’elle passait ses nuits à imaginer le bruit de la roulette, à anticiper la douleur. Son DMN était en surrégime, fabriquant des scénarios catastrophe en continu. En séance, la première chose que nous faisons, c’est calmer cette machine à scénarios.

Comment ça se passe concrètement ? L’IRM montre que le cortex préfrontal – votre « chef exécutif », celui qui contrôle, analyse et inhibe – réduit son activité. C’est contre-intuitif : on pourrait croire que l’hypnose est un état de concentration extrême. En réalité, c’est l’inverse : vous lâchez le contrôle volontaire. Vous n’essayez plus de diriger vos pensées. Vous laissez faire. Et c’est ce lâcher-prise qui permet au cerveau de passer en mode réceptif.

Ce ralentissement est la condition de tout le reste. Sans lui, vous restez en mode « pilotage », avec votre mental qui vérifie sans cesse si ça marche, si c’est normal, si vous êtes bien en transe. Et ça ne marche pas, parce que l’hypnose n’est pas un état qu’on obtient en forçant. C’est un état qu’on permet en cessant d’empêcher.

Ce que l’IRM nous apprend, c’est que l’hypnose commence par un acte de lâcher-prise. Votre cerveau ne se met pas à faire plus de choses : il accepte d’en faire moins. C’est dans ce silence relatif que la transformation peut s’amorcer.

Pratiquement, si vous êtes dans mon cabinet, cette première étape correspond aux premières minutes de la séance : la respiration guidée, l’attention qui se porte sur les sensations corporelles, la voix qui vous invite à laisser chaque tension s’en aller. Vous n’êtes pas encore « en hypnose » au sens profond, mais vous posez les fondations. Vous donnez la permission à votre cerveau de quitter le mode « gestionnaire de crise » pour entrer en mode « réparation ».

Étape 2 : La dissociation des réseaux sensoriels – quand votre corps devient un laboratoire

Une fois que le bruit de fond du DMN a baissé, l’IRM révèle un deuxième phénomène : des régions normalement interconnectées commencent à fonctionner de manière plus indépendante. C’est ce que les neuroscientifiques appellent la dissociation fonctionnelle. Ne fuyez pas le mot « dissociation » – il n’a rien d’inquiétant ici. Il décrit simplement le fait que votre cerveau peut, par exemple, traiter une sensation corporelle sans que votre mental ne vienne immédiatement la commenter.

Concrètement, l’IRM montre que le cortex somatosensoriel (qui reçoit les sensations du corps) et le cortex préfrontal (qui les interprète et les juge) communiquent moins. Cette baisse de connexion est ce qui permet une expérience typique en hypnose : vous pouvez sentir votre main devenir légère et flotter vers le haut, sans que votre cerveau ne panique en disant « mais qu’est-ce qui se passe, ce n’est pas normal, arrête ça ».

Je travaille régulièrement avec des sportifs – des coureurs d’ultra-trail notamment. L’un d’eux venait pour gérer la douleur pendant les longues distances. Pas pour la supprimer – la douleur est un signal utile – mais pour ne plus en être esclave. En séance, nous avons travaillé sur la sensation de brûlure dans les quadriceps. Sous hypnose, il a pu observer cette sensation comme s’il la regardait de l’extérieur, sans que son cerveau ne l’interprète immédiatement comme « je dois m’arrêter, c’est trop dur ». C’est exactement ce que l’IRM montre : les aires sensorielles sont actives – il sent bien la brûlure – mais les aires d’évaluation et de décision sont moins connectées. La sensation reste, mais la souffrance liée à l’interprétation diminue.

Cette dissociation est particulièrement utile pour les personnes qui vivent avec des douleurs chroniques ou des souvenirs traumatiques. Dans les deux cas, le cerveau a du mal à distinguer le signal du danger actuel du souvenir du danger passé. L’hypnose, en créant cette dissociation temporaire, permet de « dézoomer » : vous pouvez regarder la sensation ou le souvenir sans être complètement dedans. C’est comme passer d’être dans la vague à être sur la plage à la regarder.

L’IRM montre aussi que l’insula – une région qui joue un rôle clé dans la conscience de votre état corporel et émotionnel – devient plus active, mais de manière plus ciblée. Vous devenez plus conscient de certaines sensations (la chaleur dans votre main, le rythme de votre souffle) et moins conscient d’autres (les bruits de la rue, les démangeaisons). Ce n’est pas un endormissement : c’est une redistribution de l’attention.

C’est à cette étape que beaucoup de personnes disent : « Je sentais mon corps, mais c’était différent. Comme si j’étais à la fois dedans et à côté. » Et c’est exactement ce que le cerveau est en train de faire : il expérimente une nouvelle façon de se connecter à lui-même. Votre corps devient un laboratoire où vous pouvez essayer des choses – ressentir une émotion sans vous effondrer, observer une tension sans la combattre – sans que le pilote automatique ne reprenne la main.

Étape 3 : L’activation des réseaux de transformation – comment votre cerveau crée de nouveaux possibles

Si l’hypnose s’arrêtait à la relaxation et à la dissociation, ce serait une belle technique de bien-être, mais pas un outil de changement profond. La troisième étape est celle qui fait toute la différence, et c’est celle que l’IRM révèle de la manière la plus spectaculaire.

Quand la dissociation est installée, le cerveau active des réseaux qui sont habituellement peu sollicités. En particulier, l’IRM montre une augmentation de la connectivité entre le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal dorsolatéral. Ces régions sont impliquées dans la flexibilité cognitive – votre capacité à envisager des options nouvelles, à sortir des schémas de pensée rigides, à créer des associations inédites.

En clair : votre cerveau se met en mode « remodélisation ». Il ne se contente pas de vous détendre ou de vous distraire. Il commence à faire du tri, à reconnecter des circuits qui étaient séparés, à affaiblir des connexions qui vous maintenaient coincé.

Prenons un exemple concret. Un jeune footballeur que j’accompagne en préparation mentale avait un blocage : à chaque penalty, il revivait mentalement son échec précédent. Son cerveau avait créé une connexion solide entre « penalty » et « échec ». En séance, sous hypnose, nous avons pu activer le souvenir d’un penalty réussi en entraînement, et l’associer à la sensation de confiance dans son corps. L’IRM aurait montré, à ce moment-là, une réorganisation des réseaux de mémoire et d’émotion : le cortex préfrontal « réécrit » en quelque sorte le scénario, en créant une nouvelle route neuronale qui entre en compétition avec l’ancienne.

C’est ce que j’appelle la transformation dans mon travail. Ce n’est pas un effacement magique. Votre cerveau n’oublie pas le traumatisme, la phobie ou l’habitude. Mais il crée de nouvelles connexions qui donnent plus de choix. L’ancien chemin existe toujours, mais il n’est plus le seul. Et avec de la répétition – en séance et entre les séances – le nouveau chemin devient plus emprunté, plus large, plus automatique.

Cette étape est aussi celle où les émotions peuvent surgir. Certaines personnes pleurent, d’autres rient, d’autres ressentent une chaleur ou une vibration. Ce n’est pas un signe de perte de contrôle : c’est le signe que le cerveau est en train de traiter quelque chose. L’IRM montre que l’amygdale – le centre de la peur – peut s’activer, mais qu’elle est immédiatement « tenue » par des régions régulatrices. Vous pouvez ressentir l’émotion sans être submergé. Vous la traversez, au lieu d’être traversé par elle.

La transformation n’est pas un effacement du passé, mais une réorganisation du présent. Votre cerveau ne supprime pas les vieilles connexions : il en crée de nouvelles, plus adaptées, et leur donne assez de force pour que vous puissiez choisir quelle route emprunter.

Pourquoi votre cerveau peut le faire – et ce que vous devez savoir

Vous pourriez vous demander : « Pourquoi mon cerveau a-t-il besoin d’un état particulier pour faire tout ça ? Pourquoi ne puis-je pas simplement décider de changer ? » C’est une excellente question, et la réponse est dans l’IRM.

Dans votre état normal, votre cortex préfrontal est en mode « contrôle ». Il évalue, compare, inhibe, planifie. C’est très utile pour conduire une voiture ou remplir une déclaration d’impôts. Mais c’est un frein pour le changement profond, parce qu’il maintient les schémas existants, même ceux qui vous font souffrir. Votre cerveau préfère un schéma connu et douloureux à un schéma inconnu et potentiellement meilleur : c’est le biais de conservation.

L’hypnose, en réduisant temporairement l’activité de ce contrôleur, permet à d’autres régions de s’exprimer. C’est comme si vous laissiez le volant à votre inconscient, non pas pour qu’il prenne le pouvoir, mais pour qu’il vous montre des chemins que votre mental conscient ne voyait pas.

Je dis souvent aux personnes que je reçois : « L’hypnose ne fait pas à votre place. Elle crée les conditions pour que vous fassiez vous-même. » L’IRM confirme cette intuition : l’hypnose n’est pas une manipulation externe, c’est une auto-régulation facilitée. Votre cerveau fait le travail, mais il a besoin d’un cadre où le contrôle volontaire se met en retrait.

Attention : tout le monde ne vit pas l’hypnose de la même manière. Certaines personnes ont un DMN qui ralentit très vite, d’autres mettent plus de temps. Certaines ressentent des sensations physiques intenses, d’autres ont surtout des images mentales. L’IRM montre des tendances générales, mais chaque cerveau est unique. Et c’est normal. Ce n’est pas une compétition. La profondeur de la transe n’est pas corrélée à l’efficacité du changement. Ce qui compte, c’est que le cerveau ait accès à ces trois étapes, même de manière légère.

Ce que l’IRM ne montre pas – l’humain derrière les images

Les images IRM sont impressionnantes, mais elles ne disent pas tout. Elles montrent des régions qui s’allument ou s’éteignent, des connexions qui se renforcent ou s’affaiblissent. Elles ne montrent pas la relation entre vous et moi, la confiance qui s’installe, le récit que vous construisez de votre propre vie.

L’hypnose que je pratique – ericksonienne, IFS, intelligence relationnelle – ne se résume pas à une technique. Elle repose sur une rencontre. Sur le fait que vous vous sentiez suffisamment en sécurité pour lâcher prise. Que vous sachiez que je ne vais pas vous surprendre, vous manipuler, ou vous faire faire quelque chose contre votre gré. L’IRM ne capte pas ça, mais c’est pourtant ce qui rend tout le reste possible.

Je me souviens d’un homme venu pour une anxiété sociale. Il était cadre dans une entreprise, et chaque réunion était un supplice. Les IRM auraient montré chez lui une hyperactivité de l’amygdale et du DMN en situation d’anticipation. Mais ce qui a fait la différence dans son accompagnement, ce n’est pas seulement la technique hypnotique. C’est le fait qu’il ait pu, pour la première fois, raconter l’histoire de ce jeune garçon qui s’était fait humilier en classe, sans que je le juge ou le bouscule. L’hypnose a permis à son cerveau de revisiter cette mémoire avec des ressources d’adulte, et de la reconnecter différemment. Mais la condition, c’était la sécurité relationnelle.

Alors oui, l’IRM est un outil formidable pour comprendre. Mais ne réduisez pas l’hypnose à une mécanique cérébrale. C’est une mécanique, certes, mais c’est aussi une aventure humaine. Vous venez avec votre histoire, vos peurs, vos espoirs. Mon rôle n’est pas de « réparer » votre cerveau comme on répare une machine. C’est de créer un espace où votre cerveau peut faire ce qu’il sait déjà faire, mais qu’il n’arrivait plus à faire seul.

Ce que vous pouvez faire maintenant – une invitation douce

Vous n’avez pas besoin d’une IRM pour savoir si l’hypnose peut vous aider. Vous avez besoin d’une question simple : est-ce que quelque chose, dans votre vie, vous semble bloqué, répétitif, ou plus lourd que nécessaire ? Une peur qui vous limite, une habitude que vous n’arrivez pas à dépasser, une douleur qui n’en finit pas, une performance sportive qui plafonne ?

Si vous reconnaissez l’une de ces situations, sachez que votre cerveau a déjà en lui les ressources pour changer. L’hypnose, ce n’est pas un don, un pouvoir, ou une croyance. C’est simplement une manière de mettre votre cerveau dans les conditions optimales pour qu’il fasse ce pour quoi il est conçu : s’adapter, apprendre, guérir.

Vous pouvez commencer par une chose très simple, dès aujourd’hui. Prenez trente secondes, fermez les yeux, et portez votre attention sur votre respiration. Ne cherchez pas à la modifier. Juste la sentir. Quand une pensée vient – et elle viendra – ne la chassez pas.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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