HypnoseFondamentaux

Les 5 mythes sur l’hypnose démystifiés par l’IRM

La science balaie les idées reçues sur la perte de contrôle.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes allongé sur mon fauteuil, les yeux fermés. Vous entendez ma voix, mais vous pourriez très bien l’ignorer et penser à votre liste de courses. Vous pourriez même vous lever, prendre votre téléphone et sortir de la pièce. Rien ne vous en empêche. Pourtant, vous restez là, parce que quelque chose en vous a décidé d’être là, d’écouter, de suivre ce voyage intérieur. Et c’est là que tout bascule dans l’incompréhension pour beaucoup : « Mais alors, qui contrôle vraiment ce qui se passe dans ma tête pendant une séance d’hypnose ? »

Depuis que j’ai ouvert mon cabinet à Saintes en 2014, cette question revient en boucle. Elle est légitime. Les clichés véhiculés par les spectacles, les films et quelques mauvaises expériences ont la vie dure. On imagine l’hypnotiseur comme un magicien tout-puissant, capable de vous faire chanter comme une poule ou de vous faire oublier votre prénom. La réalité est bien plus subtile, mais surtout, bien plus puissante et respectueuse de votre intégrité.

Grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle, la science a pu observer ce qui se passe réellement dans le cerveau d’une personne sous hypnose. Et les résultats sont formels : la plupart de nos peurs et de nos idées reçues tombent comme un château de cartes. Aujourd’hui, je vous propose de déconstruire ensemble les cinq mythes les plus tenaces, avec les preuves tangibles apportées par la neuro-imagerie.

Mythe n°1 : « Sous hypnose, je perds le contrôle de moi-même »

C’est le grand classique. La peur numéro un. Celle qui empêche beaucoup de personnes de franchir la porte de mon cabinet. « Et si je faisais des choses contre ma volonté ? » me confie souvent Paul, un chef d’entreprise de 45 ans venu me voir pour une phobie de l’avion.

Je le rassure systématiquement avec la même image : l’hypnose, ce n’est pas un interrupteur qu’on actionne pour vous éteindre. C’est plutôt un projecteur qu’on oriente. Vous n’êtes pas « éteint », vous êtes simplement hyper-concentré sur une idée, une sensation ou un souvenir, tandis que le reste du monde s’estompe. Votre conscience critique, celle qui analyse, juge et se méfie, est mise en veille, mais votre « pilote automatique » reste parfaitement actif.

Les IRM le confirment de manière éclatante. Une étude menée par le Dr David Spiegel à l’Université Stanford a montré que sous hypnose, l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région clé du cerveau impliquée dans l’évaluation et la prise de décision, diminue significativement. En parallèle, les connexions entre le cortex préfrontal dorsolatéral (notre « chef d’orchestre » décisionnel) et le reste du cerveau se modifient.

Ce n’est pas une perte de contrôle, mais une redistribution des cartes. Votre cerveau ne s’arrête pas ; il fonctionne différemment, en circuits plus courts et plus directs. Vous êtes toujours aux commandes, mais vous avez choisi de déléguer la gestion de certains feux de signalisation pour laisser passer l’autoroute de vos ressources intérieures.

Si je vous disais : « Levez le bras », vous pourriez le faire. Ou pas. Si la suggestion ne vous convient pas, votre esprit critique, même en veille, la refusera. Je ne peux pas vous faire faire quelque chose que vous ne voulez pas fondamentalement. L’hypnose n’est pas un pouvoir sur l’autre, c’est un outil pour que l’autre (vous) reprenne le pouvoir sur ce qui vous limite. La preuve ? Regardez les IRM : même en transe profonde, les zones de décision restent actives, prêtes à reprendre la main si nécessaire.

Mythe n°2 : « L’hypnose est un état de sommeil ou d’inconscience »

J’entends souvent : « Je ne me souviendrai de rien, comme quand je dors profondément. » C’est un malentendu colossal. La confusion vient du mot lui-même : « hypnose » vient du grec hypnos, qui signifie sommeil. Mais en réalité, l’état hypnotique est tout sauf un sommeil.

Quand vous dormez, votre cerveau produit des ondes lentes (delta et thêta profond). Sous hypnose, les IRM montrent que le cerveau reste dans un état d’éveil modifié. On observe une augmentation de l’activité des ondes thêta (associées à la relaxation profonde et à la créativité) mais aussi une persistance des ondes alpha et bêta, caractéristiques d’un état d’éveil et d’attention focalisée.

Autrement dit, vous êtes hyper-éveillé, pas endormi. Vous entendez tout, vous ressentez tout, et vous vous souvenez de tout. La seule différence, c’est que votre attention est tellement concentrée que vous filtrez les distractions extérieures (le bruit de la rue, la lumière, les pensées parasites).

Je me souviens de Claire, une enseignante de 38 ans, qui est venue pour une séance d’arrêt du tabac. Après 45 minutes, elle a ouvert les yeux et m’a dit : « Je n’ai rien lâché, j’étais là tout le temps. Je me souviens de chaque parole que vous avez dite, mais je me sentais tellement calme que j’aurais pu rester comme ça une heure de plus. » Elle n’était pas inconsciente ; elle était intensément présente à elle-même.

Les IRM le montrent clairement : l’hypnose n’éteint pas les zones d’éveil du tronc cérébral. Elle les maintient actives, tout en « découplant » temporairement certaines régions pour permettre une plasticité neuronale accrue. Vous n’êtes pas un zombie, vous êtes un explorateur de votre propre paysage intérieur, avec une lampe frontale très puissante.

Mythe n°3 : « L’hypnose est une thérapie rapide, un "tour de magie" »

Ah, celui-ci, je l’adore. « Vous allez me guérir en une séance, non ? » me demande souvent le patient pressé. L’hypnose a cette réputation d’être une baguette magique. On voit des vidéos où quelqu’un arrête de fumer en 20 minutes, et on s’imagine que c’est la norme.

La réalité, c’est que l’hypnose est un outil thérapeutique puissant, mais ce n’est pas un coup de poing. Ce que les IRM nous apprennent, c’est que l’état hypnotique crée une fenêtre de plasticité cérébrale optimale. Les connexions neuronales deviennent plus malléables, plus fluides. C’est comme si vous ramollissiez un verre pour le souffler dans une nouvelle forme. Mais pour que la nouvelle forme tienne, il faut du temps et de la répétition.

Une étude de l’Université de Liège a montré que les changements observés sous IRM après une seule séance d’hypnose pour la gestion de la douleur sont réels, mais qu’ils s’estompent si le patient ne réactive pas régulièrement l’état hypnotique par l’auto-hypnose. Le cerveau a besoin de consolider les nouveaux circuits.

Je compare souvent l’hypnose à un cours de sport. Une seule séance avec un coach peut vous apprendre le bon geste, mais si vous ne répétez pas l’exercice chez vous, votre muscle ne se développera pas. L’hypnose, c’est pareil avec votre cerveau. Je peux vous aider à créer la nouvelle autoroute neuronale en une séance, mais c’est vous qui devez l’emprunter régulièrement pour qu’elle devienne votre chemin par défaut.

Les IRM le montrent : la neuroplasticité est un processus qui s’entretient. L’hypnose est un accélérateur, pas un téléporteur. Pour un phobie simple ou une addiction légère, une à trois séances peuvent suffire. Pour des schémas plus profonds (anxiété généralisée, traumatismes, dépression), comptez plutôt sur un accompagnement régulier de plusieurs semaines ou mois. La magie, c’est votre cerveau qui la fabrique, avec mon aide comme catalyseur.

Mythe n°4 : « Seules les personnes "faibles d’esprit" ou crédules peuvent être hypnotisées »

Celui-ci est à la fois insultant et archi-faux. Pourtant, il persiste. On imagine que l’hypnose est réservée aux personnes naïves, aux « moutons » qui suivent sans réfléchir. La vérité, c’est exactement l’inverse.

Les recherches en IRM sont très claires : la suggestibilité hypnotique (la capacité à entrer en transe) est liée à un trait cognitif précis appelé la flexibilité attentionnelle. Ce n’est pas une question d’intelligence ou de crédulité. C’est la capacité à se concentrer intensément sur une chose tout en laissant le reste de côté, puis à changer rapidement de focus. Les personnes très créatives, les artistes, les sportifs de haut niveau, mais aussi les grands scientifiques et les penseurs critiques sont souvent les meilleurs sujets.

Une étude de l’Université de Genève a montré que les personnes hautement hypnotisables ont une connectivité fonctionnelle plus élevée entre le cortex préfrontal et le réseau du mode par défaut (le réseau du vagabondage mental, de la rêverie). Autrement dit, elles sont capables de passer rapidement d’un état d’analyse logique à un état d’imagerie mentale et de suggestion. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une compétence.

Je me souviens d’Arthur, un ingénieur de 52 ans, très cartésien, venu pour une douleur chronique au dos. Il était sceptique, presque hostile. « Je ne suis pas du genre à me faire endormir par des paroles, » m’a-t-il prévenu. Après avoir expliqué le mécanisme, il a accepté de tenter l’expérience. Non seulement il est entré en transe, mais il a été l’un des patients les plus réceptifs que j’aie jamais eus. Pourquoi ? Parce que son cerveau, entraîné à se concentrer sur des problèmes complexes, savait parfaitement comment focaliser son attention. Son esprit critique n’était pas un obstacle, c’était un levier.

Les IRM le prouvent : l’hypnose n’est pas pour les « faibles », elle est pour ceux qui ont un cerveau capable de flexibilité. Et ça, c’est une compétence qui s’apprend et se développe. Ne vous privez pas de cet outil sous prétexte que vous êtes « trop rationnel ». La rationalité n’est pas l’ennemie de l’hypnose ; elle en est parfois le meilleur allié.

Mythe n°5 : « L’hypnose efface la mémoire ou permet de retrouver des souvenirs parfaits »

C’est un mythe dangereux, hélas popularisé par certaines pratiques et films. L’idée que l’hypnose est une « machine à remonter le temps » qui permettrait de retrouver des souvenirs enfouis avec une précision photographique est totalement infondée scientifiquement.

Les IRM sont catégoriques : la mémoire n’est pas un fichier vidéo qu’on lit. C’est un processus reconstructif. Chaque fois que vous vous souvenez de quelque chose, vous le recomposez à partir de fragments, et vous le ré-encodez. Le souvenir n’est jamais identique à l’original. Sous hypnose, ce phénomène est amplifié. L’état de relaxation et de concentration peut effectivement faciliter l’accès à des détails émotionnels ou sensoriels que vous aviez négligés. Mais cela ne rend pas le souvenir plus « vrai » ou plus « objectif ». Au contraire, la suggestibilité hypnotique peut vous rendre plus vulnérable à la création de faux souvenirs.

Une étude célèbre de l’Université de Washington a montré que des sujets sous hypnose pouvaient « se souvenir » avec une grande conviction d’un événement qui ne s’était jamais produit (comme avoir été réveillé par un bruit un soir précis), simplement parce que la suggestion hypnotique avait créé une image mentale si forte qu’elle était devenue un souvenir pour eux.

L’hypnose ne dévoile pas la vérité absolue du passé ; elle révèle la vérité de votre expérience subjective ici et maintenant.

Je l’explique toujours clairement à mes patients : je n’utilise pas l’hypnose pour « retrouver » des souvenirs. Si un souvenir traumatique refait surface, nous travaillons avec la charge émotionnelle qu’il porte aujourd’hui, pas avec la prétendue objectivité d’un événement passé. L’IRM nous montre que le cerveau ne fait pas la différence entre un souvenir réel et une imagerie mentale intense. La guérison ne passe pas par la « vérité historique », mais par la transformation de l’expérience subjective.

Alors, oui, l’hypnose peut aider à « débloquer » des émotions ou des sensations liées à un événement. Mais elle n’est pas une machine à vérité. C’est un outil de transformation, pas d’exhumation.

Ce que la science nous apprend vraiment

Après avoir déconstruit ces cinq mythes, que retenir ? L’IRM nous a offert une fenêtre inespérée sur le cerveau hypnotisé. Elle nous a montré que l’hypnose est un état neurobiologique bien réel, distinct de la veille et du sommeil. Elle nous a prouvé que le contrôle reste entre vos mains, que votre conscience reste vive, que la crédulité n’a rien à voir avec la réceptivité, et que la mémoire est un terrain glissant qu’il faut manipuler avec précaution.

Ce que l’IRM ne montre pas, c’est l’expérience subjective. La sensation de flotter, de voir les couleurs plus vives, de sentir son corps se détendre comme un linge qu’on essore. La science décrit le mécanisme, mais c’est vous qui vivez la transformation.

Alors, si vous hésitez encore à pousser la porte de mon cabinet à Saintes, posez-vous cette question : qu’est-ce qui vous retient vraiment ? La peur de perdre le contrôle ? Vous savez maintenant que c’est impossible. La crainte d’être « endormi » ? Vous savez que vous serez plus éveillé que jamais. L’idée que ce n’est pas pour les gens comme vous ? L’IRM dit le contraire.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour expérimenter la flexibilité attentionnelle dont je parlais. Voici un petit exercice, directement inspiré de ce que nous apprennent les IRM sur l’état hypnotique :

  1. Installez-vous confortablement, assis ou allongé. Laissez vos mains reposer sur vos cuisses.
  2. Fixez un point devant vous (un motif sur le mur, une tache, un objet). Ne le quittez pas des yeux.
  3. Respirez profondément trois fois. À chaque inspiration, imaginez que votre regard devient plus lourd, plus collé à ce point.
  4. Au bout de 30 secondes, fermez doucement les yeux. Laissez l’image du point flotter derrière vos paupières.
  5. Portez votre attention sur votre respiration. Au lieu de la contrôler, écoutez-la comme si vous écoutiez la mer. Inspirez… expirez… sans rien faire d’autre.
  6. Si une pensée arrive, ne la chassez pas. Dites-lui simplement : « Pas maintenant, je suis occupé à respirer. » Puis ramenez votre attention sur l’air qui entre et sort.

Restez ainsi 2 à 3 minutes. Quand vous rouvrirez les yeux, vous sentirez une différence : un calme plus profond, une sensation d’être plus « chez vous » dans votre corps. Ce n’est pas de l’hypnose profonde, mais c’est la porte d’entrée. C’est la preuve que votre cerveau sait déjà faire.

Si ce petit goût vous donne envie d’aller plus loin, si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement pour apprendre à utiliser cet état pour arrêter de fumer, gérer votre stress, ou simplement mieux vous connaître, je suis là. Pas pour vous « hypnotiser » comme on vous l’a raconté, mais pour vous guider dans l’exploration de votre propre fonctionnement.

Vous pouvez m’appeler ou m’écrire. On prendra le temps de discuter, sans engagement. Juste pour voir si l’hypnose, la vraie, celle que la science éclaire, peut avoir une place dans votre vie.

Thierry Sudan Praticien en hypnose, IFS et Intelligence Relationnelle Saintes

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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