3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Dialogue intérieur pour accueillir la protection sans la combattre.
Vous la sentez, cette voix ? Celle qui, dès que vous approchez d’une émotion un peu trop vive, vous dit : « Laisse tomber, ça ne sert à rien », ou « Arrête de pleurer, ressaisis-toi », ou encore « Si tu commences à y penser, tu vas t’effondrer ». Vous la connaissez bien. Peut-être même que vous la prenez pour votre propre sagesse, pour une forme de force. Pourtant, lorsque vous l’écoutez, vous avez parfois l’impression d’être déconnecté de vous-même, de vivre à côté de votre vie, comme si vous regardiez un film en étant assis trop loin de l’écran. Vous êtes moins dans l’émotion, certes, mais vous êtes aussi moins dans la joie, moins dans le contact vrai avec les autres, moins dans l’élan.
Ce que vous appelez « votre refus de ressentir », en réalité, ce n’est pas vous. C’est une partie de vous. Et cette partie, elle a un rôle précis, une intention positive que vous ne soupçonnez pas. Dans l’approche IFS (Internal Family Systems – Système Familial Intérieur) que j’utilise dans mon cabinet à Saintes, nous appelons cela un « protecteur ». Ce n’est pas un ennemi à abattre, ni un défaut à corriger. C’est un gardien qui veille. Et si vous voulez vivre plus pleinement, vous n’avez pas besoin de le combattre. Vous avez besoin d’apprendre à lui parler.
Imaginez un pompier. Quand un incendie se déclare dans une maison, son boulot, c’est d’éteindre le feu, vite, par tous les moyens. Il ne se demande pas si la maison a besoin de cette pièce en particulier, ni si l’eau va abîmer les meubles. Il arrose. Fort. Parfois même, il défonce une porte à la hache sans prévenir. Pour lui, un seul critère compte : le danger immédiat doit disparaître.
Votre partie qui refuse de ressentir fonctionne exactement comme ce pompier. Elle a été formée à un moment de votre vie où ressentir était trop dangereux. Peut-être étiez-vous un enfant dont les parents ne supportaient pas vos larmes. Peut-être avez-vous traversé une perte, une trahison, une période où la douleur était si forte que votre psychisme a décidé qu’il valait mieux couper le courant plutôt que de brûler. Depuis, cette partie est restée en faction, prête à actionner la lance à incendie dès qu’une émotion approche.
Concrètement, chez les adultes que je reçois, cela prend plusieurs formes. Pour certains, c’est la fuite dans le travail : « Je n’ai pas le temps de ressentir, j’ai des dossiers ». Pour d’autres, c’est l’hyper-analyse : « Je comprends pourquoi je suis triste, c’est à cause de mon enfance, donc inutile de le pleurer maintenant ». Pour d’autres encore, c’est la colère qui surgit à la place de la tristesse, ou la boulimie de séries, de réseaux sociaux, de nourriture. Ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des stratégies de survie mises en place par un protecteur qui, à l’époque, vous a sauvé la vie.
Le problème, c’est que ce pompier ne sait pas que l’incendie est éteint. Il ne sait pas que vous avez grandi, que vous avez des ressources aujourd’hui, que vous n’êtes plus cet enfant vulnérable. Il continue d’appliquer le même protocole, année après année. Et plus vous luttez contre lui, plus il se crispe. Si vous lui dites « Laisse-moi ressentir, arrête de me protéger », il entend un enfant qui veut jouer avec des allumettes. Il va serrer la vis.
« Ce que vous appelez ‘résistance’ est en réalité la loyauté la plus féroce qu’une partie de vous puisse avoir envers votre survie. Elle ne refuse pas de ressentir par méchanceté. Elle le fait parce qu’elle croit sincèrement que vous ne survivriez pas à l’émotion. »
La première étape, et c’est souvent la plus déroutante, c’est de réaliser que vous n’êtes pas cette partie. Vous êtes la personne qui l’observe. Quand la voix intérieure dit « Ne pleure pas, c’est ridicule », il y a un « vous » qui entend cette voix, et il y a la voix elle-même. Ce sont deux choses distinctes.
Prenons un exemple concret. Je reçois un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre commercial. Il vient me voir parce qu’il sent qu’il « ne vit pas sa vie ». Il est performant au travail, mais il rentre chez lui vide. Sa compagne lui reproche de ne jamais parler de ce qu’il ressent. Lui, il dit : « Je ne sais pas quoi ressentir. C’est le vide. Je voudrais pleurer, mais je n’y arrive pas. C’est comme si quelque chose bloquait. »
Je lui propose un exercice simple. Je lui demande de fermer les yeux et de se rappeler la dernière fois où il a senti une boule dans la gorge, cette sensation d’émotion qui monte, puis qui s’arrête net. Il se souvient : la veille, en voyant un film, une scène l’a touché. Il a senti une chaleur dans la poitrine, et puis, clac, plus rien. « C’est comme si un mur se dressait », dit-il.
Je lui demande alors : « Si ce mur avait une voix, que dirait-il ? » Il réfléchit et répond : « Il dirait : ‘On n’a pas le temps pour ça. Ça ne sert à rien. Les émotions, c’est pour les faibles. Tu vas t’effondrer et tu ne pourras pas travailler demain.’ »
Voilà la partie. Notez le ton : autoritaire, pressé, un peu méprisant. C’est typique. Cette partie ne se présente pas comme une option. Elle se présente comme la réalité. Pour commencer à dialoguer avec elle, vous devez d’abord la repérer. Pas pour la juger, mais pour la reconnaître. Vous pouvez même lui donner un nom, une forme, une couleur. Mon patient l’a appelée « Le Sergent ». Cela peut sembler enfantin, mais c’est extrêmement puissant : cela crée une distance. Au lieu de dire « Je suis quelqu’un qui ne ressent rien », vous dites « Une partie de moi, Le Sergent, ne veut pas que je ressente ». Soudain, vous n’êtes plus le problème. Vous êtes l’hôte d’une relation.
Une fois que vous avez repéré cette partie, l’instinct est souvent de vouloir la convaincre, la raisonner, ou pire, l’ignorer en espérant qu’elle disparaisse. Ces trois stratégies échouent. La partie ne se laisse pas convaincre par des arguments logiques (elle est plus vieille que votre cortex préfrontal), et l’ignorer revient à la laisser aux commandes en sous-marin.
La clé, c’est la curiosité sincère. Dans l’IFS, on appelle cela « être dans le Self » : un état de présence calme, confiant, compatissant. De cet état, vous pouvez poser des questions à la partie, non pas pour la faire taire, mais pour la comprendre. Voici les trois questions qui ouvrent le dialogue.
1. « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu me laisses ressentir ? »
C’est la question fondamentale. Derrière chaque protection, il y a une peur. Une peur qui n’est pas abstraite, mais très concrète. Le Sergent de mon patient avait peur que s’il pleurait, il se « désintègre ». Littéralement. « Je vais me vider de toute mon énergie et je ne pourrai plus rien faire. Je vais devenir un poids pour ma famille. » C’est une peur d’enfant, bien sûr, mais pour cette partie, c’est une certitude. En posant cette question, vous ne la défiez pas. Vous l’écoutez. Et l’écoute est le premier pas vers l’apaisement.
2. « Depuis quand fais-tu ce travail pour moi ? »
Cette question ancre la partie dans son histoire. Souvent, la réponse vous ramène à un âge précis. Pour une femme que j’ai suivie, la partie qui refusait de ressentir de la tristesse s’est activée à 8 ans, quand sa mère est tombée malade. Elle a dû « être forte » pour ne pas ajouter son chagrin à celui de la famille. La partie ne date pas d’hier. En la reconnaissant comme une vieille gardienne, vous cessez de la voir comme un tyran actuel. Vous la voyez comme un soldat fatigué qui monte la garde depuis trop longtemps. Cela change tout.
3. « Qu’as-tu besoin que je sache sur toi ? »
C’est une question ouverte, qui invite la partie à livrer sa vérité. Parfois, elle va dire : « J’ai besoin que tu reconnaisses que je t’ai sauvé la vie. » Parfois : « J’ai besoin que tu arrêtes de me détester. » Parfois : « J’ai peur de devenir inutile si tu ressens. » Cette question permet à la partie de sortir de son rôle de garde du corps et de devenir un interlocuteur. C’est à ce moment que la relation change. La partie n’est plus un blocage. Elle devient un allié méconnu.
Il arrive que vous posiez ces questions et que… rien. Silence. Une sensation de vide, ou au contraire une montée d’anxiété. La partie ne veut pas parler. Elle se méfie. C’est normal. Vous avez passé des années à l’ignorer ou à la combattre. Pourquoi vous ferait-elle confiance du premier coup ?
Dans ce cas, ne forcez pas. Revenez à la première question, mais en l’adressant à la réaction elle-même. « Je remarque qu’il y a une autre partie qui ne veut pas que je parle à la première. Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si on dialogue ? » Vous pouvez ainsi remonter une chaîne de protecteurs. Parfois, c’est une partie qui a peur que vous deveniez « trop fragile » si vous écoutez celle qui bloque. Parfois, c’est une partie qui a honte de la première (« C’est débile d’avoir un Sergent en soi à 40 ans »). Accueillez cette honte aussi.
Autre cas fréquent : la partie répond par une sensation physique, pas par des mots. Une oppression thoracique, une nuque qui se bloque, un estomac qui se noue. C’est sa langue à elle. Vous pouvez dialoguer avec cette sensation. « Je sens cette pression dans ma poitrine. Est-ce que c’est toi ? Est-ce que tu peux me montrer à quoi tu ressembles ? » Laissez venir une image, une couleur, une forme. Pour un sportif que j’accompagne en préparation mentale, sa partie « anti-émotion » était une boule d’acier dans le ventre. En dialoguant avec elle, il a découvert qu’elle était là pour l’empêcher de « fondre » comme il l’avait fait lors d’une défaite humiliante à 15 ans. Une fois que l’image a été reconnue, la boule s’est progressivement relâchée.
L’important, c’est la persévérance douce. Vous n’êtes pas en train de forcer une porte. Vous êtes en train d’apprivoiser un animal sauvage et méfiant. Chaque tentative, même si elle semble infructueuse, envoie un message à votre système : « Je suis là, je t’écoute, je ne te veux aucun mal. » Avec le temps, la partie baissera sa garde.
Dialogue n’est pas synonyme de capitulation. C’est une nuance cruciale. Certaines personnes, en découvrant l’IFS, tombent dans un piège : elles prennent parti pour la partie protectrice au détriment de leur propre vie. « Ah, tu as raison, les émotions c’est dangereux, on va rester dans le contrôle. » Ce n’est pas de la compassion, c’est de la fusion. Vous êtes en train de vous identifier à nouveau à la partie, juste en la flattant.
L’accueil ne signifie pas que vous laissez la partie décider de tout. L’accueil signifie que vous reconnaissez sa peur, son rôle, son histoire, mais que vous restez fermement dans le siège du conducteur. Vous pouvez lui dire : « Je comprends que tu aies peur que je pleure. Je vois à quel point tu as travaillé dur pour m’éviter cette douleur. Merci. Et en même temps, je suis là maintenant. Je suis adulte. Je veux essayer de ressentir un tout petit peu, juste une minute, et je te promets que si ça devient trop, je m’arrêterai. Tu restes à côté de moi. »
C’est une négociation, pas une reddition. Vous reconnaissez la légitimité de la partie, mais vous affirmez aussi votre intention de grandir. C’est exactement ce que je fais avec les sportifs que je prépare. Leur partie « performante » leur interdit souvent de ressentir la peur avant une compétition. Je ne leur dis pas de virer cette partie. Je leur apprends à lui dire : « Je sais que tu veux que je gagne. Je t’en suis reconnaissant. Maintenant, laisse-moi ressentir cette peur 30 secondes, elle va me donner de l’énergie, et après on se concentre. » La partie accepte souvent, parce qu’elle se sent respectée et qu’elle voit que l’émotion n’est pas une fin en soi.
Vous avez dialogué. La partie a accepté de baisser un peu la garde. Vous sentez une brèche, une petite boule d’émotion qui remonte. C’est le moment délicat. Beaucoup de personnes paniquent à cet instant : « Ah non, ça vient, je vais craquer ! » Non. Vous ne craquez pas. Vous rencontrez ce qui se cache derrière le protecteur.
Dans l’IFS, on appelle cela l’« exilé ». C’est la partie vulnérable, l’enfant intérieur qui porte la blessure originelle. La tristesse non pleurée, la honte, la solitude, l’abandon. Le protecteur était là pour que vous ne touchiez jamais à cette douleur. Maintenant que vous avez sa permission, vous pouvez l’approcher.
Comment faire ? Pas en vous jetant dedans. En restant présent. Vous pouvez lui dire : « Je te vois. Je suis là avec toi. Tu n’es plus seul(e). » Vous pouvez lui envoyer de la compassion, de la lumière, ou simplement poser une main sur votre cœur. Le but n’est pas de revivre le trauma, mais de le revisiter avec la présence d’un adulte bienveillant. C’est la présence qui guérit, pas la reviviscence.
Pour mon patient, le Sergent, après plusieurs séances, a accepté de se mettre en retrait. Mon patient a alors ressenti une tristesse immense, celle du petit garçon qui n’avait pas eu le droit de pleurer quand son père est parti. Il a pleuré. Pas longtemps. Et ensuite, il a dit : « Je me sens… plus léger. Comme si je respirais enfin. » Le Sergent n’a pas disparu. Il est toujours là, mais il a pris sa retraite. Il est devenu un conseiller, pas un dictateur. La prochaine fois qu’une émotion forte arrivera, il sera peut-être un peu nerveux, mais il se souviendra que l’adulte est aux commandes.
Vous n’avez pas besoin d’être en séance pour commencer. Vous pouvez poser le cadre d’un dialogue dès ce soir. Installez-vous tranquillement, sans distraction. Posez une main sur votre ventre ou votre poitrine. Respirez.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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