3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des stratégies naturelles pour passer de l'alerte à la détente.
Tu as probablement déjà vécu ça : tu es chez toi, le soir, tout est calme. Pourtant, ton corps ne suit pas. Ton cœur bat vite, ta mâchoire est serrée, tu as l’impression de devoir rester aux aguets. Le moindre bruit te fait sursauter. Tu voudrais te détendre, mais quelque chose en toi refuse de lâcher prise.
Cette sensation, je la vois presque tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui viennent me dire : « Je n’arrive pas à me poser. Même quand tout va bien, je reste en alerte. » Parfois, ils ajoutent : « J’ai essayé la méditation, la relaxation, les tisanes… rien n’y fait. » Et souvent, derrière ces mots, il y a une lassitude profonde, celle d’un corps qui fonctionne en mode survie depuis des mois, voire des années.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que ce mode survie n’est pas un défaut. C’est une réponse intelligente de ton système nerveux. Il a appris à te protéger, à rester vigilant pour anticiper un danger. Sauf qu’à force, cette protection devient une prison. Le cerveau ne fait plus la différence entre un vrai danger (un prédateur, un accident) et une menace perçue (un mail stressant, un conflit relationnel, une pression au travail). Résultat : tu vis en état d’alerte permanent.
Alors, comment sortir de ce piège sans passer par les médicaments ? Je ne suis pas opposé aux traitements médicamenteux – ils ont leur place dans certains cas – mais je constate chaque jour que des approches naturelles, basées sur la compréhension de ton fonctionnement intérieur, peuvent faire une différence durable. L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’intelligence relationnelle sont trois outils que j’utilise régulièrement pour aider mes patients à quitter ce mode survie. Dans cet article, je vais t’expliquer comment ils fonctionnent, et surtout, te donner des pistes concrètes que tu peux essayer dès maintenant.
Avant de chercher à sortir du mode survie, il faut comprendre ce qui le maintient actif. Ton système nerveux autonome est composé de deux branches principales : le système sympathique (l’accélérateur, celui qui prépare à l’action, à la fuite ou au combat) et le système parasympathique (le frein, celui qui calme, digère, répare). En théorie, ils devraient fonctionner en alternance : un pic d’alerte quand c’est nécessaire, puis un retour au calme.
Mais dans la vie moderne, l’accélérateur reste souvent enfoncé. Pourquoi ? Parce que ton cerveau, et plus précisément ton amygdale cérébrale – le détecteur de menace –, fonctionne avec des données anciennes. Si tu as vécu des événements stressants, traumatisants, ou simplement une accumulation de micro-stress (manque de sommeil, pression sociale, charge mentale), ton amygdale enregistre tout ça comme un environnement dangereux. Elle ne fait pas la différence entre un loup qui approche et un manager qui te met la pression. Pour elle, tout est menace.
Prenons l’exemple de Julien, un patient que j’ai reçu l’année dernière. Cadre commercial, 42 ans, il venait pour des insomnies et une irritabilité croissante. En apparence, sa vie était stable : un bon boulot, une famille aimante, pas de gros trauma déclaré. Pourtant, son corps était en guerre. En explorant son histoire, on a découvert qu’il avait grandi dans un environnement familial où il devait constamment anticiper les colères de son père. À l’époque, cette hypervigilance était une stratégie de survie : repérer les signes avant-coureurs pour se protéger. Sauf qu’à 42 ans, son système nerveux continuait à appliquer le même programme, même en l’absence de danger réel.
Le mode survie devient un piège quand il persiste au-delà de la menace initiale. Ton corps continue à produire du cortisol et de l’adrénaline, tes muscles restent tendus, ta digestion est perturbée, ton sommeil est léger. Et plus tu restes dans cet état, plus ton cerveau s’habitue à ce niveau d’alerte. Il finit par le considérer comme la normale.
« Le mode survie n’est pas une faiblesse, c’est une mémoire. Ton corps se souvient de ce qui l’a protégé, même si ce n’est plus nécessaire aujourd’hui. »
La bonne nouvelle, c’est que cette mémoire peut être réécrite. Les approches que je vais décrire ne consistent pas à « forcer » le calme, mais à envoyer des signaux de sécurité à ton système nerveux, pour qu’il apprenne progressivement à lâcher prise.
L’hypnose que je pratique, celle de Milton Erickson, n’a rien à voir avec les spectacles de foire. Il ne s’agit pas de perdre le contrôle, mais au contraire d’entrer dans un état de conscience modifiée où tu peux accéder à des ressources que ta partie consciente ignore. C’est un peu comme si tu ouvrais une porte vers l’arrière-boutique de ton esprit, là où se trouvent les automatismes, les croyances et les schémas qui maintiennent le mode survie.
Quand quelqu’un vient me voir pour sortir de l’alerte permanente, je ne cherche pas à lui imposer la relaxation. Je l’invite d’abord à observer ce qui se passe dans son corps et dans son esprit, sans jugement. En hypnose ericksonienne, on utilise beaucoup la métaphore et le langage indirect. Par exemple, plutôt que de dire « détends-toi », je peux dire : « Et peut-être que quelque part en toi, il y a une partie qui sait comment ralentir, comme une rivière qui trouve naturellement son lit après une crue. »
Cette approche contourne les résistances conscientes. Si je te dis « détends-toi », ta partie rationnelle peut répondre « oui mais je n’y arrive pas », et cette opposition renforce la tension. En revanche, si je parle à ton inconscient de manière indirecte, il peut intégrer la suggestion sans se sentir forcé.
Prenons l’exemple de Sophie, une enseignante de 38 ans qui venait pour des attaques de panique récurrentes. En hypnose, on a exploré la sensation d’alerte dans son corps. Elle décrivait une boule dans le ventre, une pression dans la poitrine. Je lui ai proposé de donner une forme, une couleur, une texture à cette sensation. Elle a vu une boule grise, rugueuse, qui pulsait. Puis je l’ai invitée à imaginer qu’elle pouvait poser une main dessus, avec douceur. Peu à peu, la boule s’est transformée, est devenue plus lisse, a changé de couleur. Sans que Sophie ait à « faire » quoi que ce soit, son corps a commencé à relâcher la tension.
Ce qui est intéressant, c’est que l’hypnose ericksonienne ne cherche pas à supprimer le mode survie. Elle apprend à ton système nerveux qu’il peut coexister avec d’autres états. Tu n’as pas besoin de tuer l’alerte pour trouver le calme. Tu peux simplement lui faire une place, et progressivement, elle s’apaise d’elle-même.
Concrètement, dans une séance, on travaille souvent sur l’ancrage : créer un signal sensoriel (un mot, un geste, une respiration) que ton cerveau associe à un état de sécurité. Par la suite, tu peux utiliser cet ancrage dans ta vie quotidienne, pour sortir du mode survie en quelques secondes. Bien sûr, cela demande un peu de pratique, mais les résultats sont souvent rapides.
L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle qui m’a profondément marqué dans ma pratique. Son principe de base est simple : ton esprit est composé de multiples « parties », chacune avec sa propre perspective, ses émotions et ses intentions. Certaines parties sont protectrices, d’autres sont blessées. Le mode survie, dans ce modèle, n’est pas un problème à éliminer, mais le signe qu’une partie de toi croit encore qu’elle doit te protéger.
Imagine que tu es en réunion, et soudain, ton cœur s’emballe, ta gorge se serre, tu as envie de fuir. En IFS, on dirait qu’une partie « pompier » ou « manager » est activée. Son rôle est de t’empêcher de revivre une humiliation ou un danger passé. Mais elle utilise des méthodes archaïques, parfois disproportionnées. Le problème, ce n’est pas cette partie en elle-même, c’est le fait qu’elle agisse seule, sans que tu puisses lui montrer que la situation actuelle est différente.
Quand je reçois quelqu’un en consultation, je l’invite à dialoguer avec cette partie. Pas pour la combattre, mais pour la comprendre. « Qu’est-ce que tu crains ? Qu’est-ce qui se passerait si tu lâchais un peu de vigilance ? » Souvent, la partie répond quelque chose comme : « Si je me détends, il va se passer une catastrophe. Je dois rester aux aguets pour que tu ne sois pas pris au dépourvu. »
« En IFS, on ne juge pas la partie qui crie. On l’écoute. Parce que même l’alerte la plus bruyante a une intention positive : te protéger. »
Ce qui est puissant, c’est que quand tu commences à écouter cette partie avec compassion, elle se calme. Elle n’a plus besoin de hurler pour être entendue. Et peu à peu, tu peux accéder à ce que l’IFS appelle le « Self » – cette partie de toi qui est calme, confiante, connectée. Ce n’est pas un état à atteindre, c’est une présence qui est déjà là, masquée par les parties protectrices.
Prenons l’exemple de Marc, un footballeur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Avant chaque match, il était submergé par une anxiété paralysante. En travaillant avec l’IFS, on a découvert une partie de lui, très jeune, qui avait vécu une humiliation sur un terrain à l’âge de 12 ans. Cette partie croyait que si Marc se trompait, il serait rejeté. Elle le maintenait donc en état d’alerte maximal. En dialoguant avec elle, Marc a pu lui dire : « Je suis là maintenant, je suis adulte, je peux gérer une erreur. Tu n’as plus besoin de me protéger comme ça. » La partie a accepté de prendre du recul, et l’anxiété de Marc a diminué de façon spectaculaire.
L’IFS est particulièrement efficace pour les personnes qui ont l’impression d’être en conflit avec elles-mêmes, qui se disent « je sais que je devrais me détendre, mais je n’y arrive pas ». C’est normal : une partie de toi veut le calme, et une autre veut la sécurité. L’IFS t’apprend à les réconcilier.
On pense souvent que le mode survie est une affaire individuelle, un problème qui se règle seul, dans sa tête. Pourtant, notre système nerveux est profondément influencé par nos relations. L’intelligence relationnelle, c’est la capacité à utiliser la connexion aux autres pour réguler ton état intérieur.
Quand tu es en mode survie, ton cerveau active ce qu’on appelle le « système d’alerte sociale ». Tu deviens hypervigilant aux signaux des autres : un ton de voix, une expression faciale, un silence. Tu interprètes tout comme une menace potentielle. Résultat : tu peux devenir irritable, défensif, ou au contraire te replier sur toi-même. Dans les deux cas, la connexion est rompue.
Or, la science des neurosciences affectives montre que notre système nerveux se régule principalement par la co-régulation. C’est-à-dire qu’être en présence d’une personne calme et sécurisante peut littéralement apaiser notre propre système. C’est pour ça qu’un bébé se calme dans les bras de sa mère, et que toi aussi, tu te sens mieux après une conversation avec un ami bienveillant.
Dans mon cabinet, j’utilise l’intelligence relationnelle pour aider mes patients à reconnaître leurs schémas relationnels automatiques. Par exemple, certaines personnes ont tendance à se couper de leurs émotions pour ne pas déranger les autres. D’autres, au contraire, explosent et coupent la communication. Ces deux réactions sont des stratégies de survie apprises.
L’idée n’est pas de devenir parfait en relations, mais d’apprendre à repérer quand ton mode survie prend le dessus, et d’avoir des outils pour revenir à une connexion plus apaisée. Un exercice simple que je propose souvent : quand tu sens la tension monter dans une conversation, prends une respiration plus longue que d’habitude (expire lentement), et porte ton attention sur la sensation de tes pieds au sol. Ce petit geste envoie un signal de sécurité à ton système nerveux, et te permet de ne pas réagir en pilote automatique.
« La connexion à l’autre peut être un médicament. Mais encore faut-il que ton système nerveux accepte de se laisser toucher. »
Pour les sportifs que j’accompagne, l’intelligence relationnelle est aussi cruciale. Un joueur de foot qui reste en mode survie sur le terrain va voir des menaces partout (un adversaire, un coéquipier qui critique), et sa performance s’effondre. En travaillant sur sa capacité à rester connecté à lui-même et aux autres, il peut lâcher la pression et jouer plus librement.
Je ne vais pas te promettre que tu sortiras du mode survie en un jour. Ce serait malhonnête. Mais il y a des choses que tu peux mettre en place immédiatement pour commencer à envoyer des signaux de sécurité à ton système nerveux. Voici trois stratégies que je donne régulièrement à mes patients.
1. La respiration longue et lente. Ce n’est pas un gadget. Quand tu expires plus longtemps que tu inspires, tu actives le nerf vague, qui est le chef d’orchestre du système parasympathique. Essaie ça : inspire pendant 4 secondes, expire pendant 6 secondes. Fais-le 5 fois de suite, plusieurs fois par jour. Ne cherche pas à « bien » respirer. Observe simplement l’effet sur ta sensation corporelle. Tu verras, même en pleine crise d’alerte, ça peut faire baisser la pression.
2. L’ancrage sensoriel. Choisis un objet que tu as toujours sur toi (un caillou lisse, une bague, un bracelet). Quand tu es calme, prends-le en main et porte toute ton attention sur sa texture, sa température, son poids. Associe mentalement cette sensation à un mot ou une image de sécurité. Ensuite, quand tu sens le mode survie monter, prends cet objet et rappelle-toi la sensation. C’est comme un bouton « reset » pour ton système nerveux.
3. Le scan corporel sans intention de changer. Assied-toi tranquillement, ferme les yeux, et parcours ton corps des pieds à la tête. Ne cherche pas à détendre quoi que ce soit. Contente-toi de noter les tensions, les fourmillements, les zones d’engourdissement. Juste les observer, sans jugement. Ce simple geste d’attention envoie un message à ton cerveau : « Je vois ce qui se passe, je ne suis pas en danger immédiat. » Souvent, les tensions commencent à se relâcher d’elles-mêmes.
Ces exercices ne sont pas miraculeux. Ils ne remplacent pas un travail plus profond sur les causes du mode survie. Mais ils te donnent une prise immédiate, un levier pour commencer à reprendre le contrôle.
Je veux être honnête avec toi. L’hypnose, l’IFS et l’intelligence relationnelle ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne vont pas effacer ton histoire, ni te transformer en une personne zen en une séance. Le mode survie, surtout s’il est installé depuis longtemps, est un schéma neuronal bien ancré. Il faut du temps, de la répétition et de la patience pour le réécrire.
Ces approches ne remplacent pas non plus un suivi médical. Si tu es sous traitement, ne l’arrête pas sans en parler à ton médecin. Si tu as des idées noires, des pensées suicidaires, ou si ton état t’empêche de fonctionner, consulte un professionnel
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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