3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les bienfaits méconnus de la tristesse exprimée.
Je reçois souvent cette phrase dans mon cabinet : « Je n’arrive pas à pleurer. Pourtant, je me sens mal, mais les larmes ne viennent pas. » Elle est prononcée par des hommes, des femmes, des sportifs de haut niveau, des cadres dirigeants ou des parents épuisés. Derrière, il y a une gêne, parfois une honte. Comme si le fait de pleurer était un aveu de faiblesse, une perte de contrôle qu’il faut absolument éviter.
On m’a appris, comme à beaucoup d’entre vous, qu’il faut « tenir », « serrer les dents », « passer à autre chose ». On range les émotions dans un coin, on les cache sous une couche de productivité ou de distraction. Mais le corps, lui, n’oublie pas. Et les larmes, longtemps retenues, finissent par peser lourd.
Aujourd’hui, je voudrais vous parler de la tristesse exprimée, de ce geste simple et pourtant si puissant qu’est le fait de pleurer. Ce n’est pas un signe de fragilité. C’est un mécanisme biologique, neurologique et relationnel qui participe à votre équilibre. Pleurer est bon pour votre cerveau et pour votre corps. Vraiment. Et je vais vous expliquer pourquoi, avec des exemples concrets, des mécanismes clairs, et une invitation à accueillir ce que vous ressentez.
Imaginez un instant : vous êtes en réunion, un collègue vous fait une remarque injuste. Vous sentez une boule dans la gorge, vos yeux picotent. Mais vous ravalez tout, vous souriez, vous dites « ce n’est rien ». Le soir, vous rentrez chez vous, vous vous effondrez sur le canapé, mais vous vous dites « ce n’est pas grave, ça va passer ». Et vous allumez la télé.
Ce scénario, je le vois tous les jours. Derrière cette peur de pleurer, il y a souvent des croyances héritées : « Les garçons ne pleurent pas », « Pleurer ne résout rien », « C’est une perte de temps », « Les autres vont me juger faible ». Ces phrases, vous les avez entendues ou vous vous les êtes dites. Elles viennent de notre éducation, de notre culture, parfois de notre propre histoire.
Le problème, c’est que retenir ses larmes, ce n’est pas juste une question de volonté. C’est un effort constant qui mobilise votre système nerveux. Quand vous bloquez une émotion, vous activez une tension musculaire (mâchoire serrée, épaules hautes, diaphragme verrouillé). Vous envoyez un signal à votre cerveau : « Danger, il ne faut pas montrer ce qu’on ressent. » Résultat : votre cortisol (l’hormone du stress) reste élevé, votre rythme cardiaque s’accélère, et vous entrez dans un état de vigilance permanent.
Pleurer, au contraire, c’est autoriser votre système à se relâcher. C’est dire à votre corps : « Là, je peux lâcher, je suis en sécurité. » Et c’est précisément ce lâcher-prise qui va permettre à votre cerveau de traiter l’émotion, plutôt que de la stocker.
« Pleurer n’est pas un échec. C’est la manière qu’a votre corps de vous dire : “J’ai besoin de digérer ce qui s’est passé, et pour ça, j’ai besoin de relâcher la pression.” »
Quand vous pleurez, votre cerveau ne reste pas passif. Il s’active. Plusieurs régences entrent en jeu, et c’est fascinant.
D’abord, le système limbique, qui gère les émotions, est sollicité. L’amygdale, cette petite structure en forme d’amande, détecte une détresse ou une surcharge. Elle envoie un signal à l’hypothalamus, qui active le système nerveux parasympathique – celui qui calme, qui ralentit. C’est pour ça qu’après avoir pleuré, beaucoup de personnes décrivent une sensation de détente, parfois même de somnolence. Le corps passe en mode « récupération ».
Ensuite, les larmes émotionnelles (celles qui coulent quand vous êtes triste, en colère ou submergé) ne sont pas identiques aux larmes réflexes (celles qui vous viennent quand vous coupez un oignon). Elles contiennent des hormones de stress comme l’ACTH (hormone corticotrope) et des endorphines. En pleurant, vous évacuez physiquement ces substances. C’est une détox émotionnelle. Votre cerveau se libère d’un excès de tension chimique.
Enfin, pleurer active le cortex préfrontal, la partie de votre cerveau qui permet la prise de recul, la réflexion, la régulation. En pleurant, vous ne faites pas que « vider votre sac ». Vous créez une opportunité pour votre cerveau de reconsolider l’expérience émotionnelle. Vous donnez un sens à ce que vous vivez. Et c’est fondamental pour ne pas rester bloqué dans une boucle de rumination.
Je pense à ce patient, footballeur amateur, qui venait me voir parce qu’il avait « des coups de moins bien » réguliers. Il disait : « Je ne pleure jamais, je suis un compétiteur. » Après plusieurs séances d’hypnose et d’IFS, il a laissé une larme couler en racontant une défaite qui l’avait marqué enfant. Sa première réaction : « Je suis ridicule. » Puis, après quelques minutes : « En fait, je me sens plus léger. » Son cerveau venait de faire le ménage.
Les bienfaits de pleurer ne s’arrêtent pas au cerveau. Votre corps entier bénéficie de ce relâchement.
Premièrement, pleurer modifie votre respiration. Quand vous retenez vos larmes, vous avez tendance à bloquer votre souffle, à respirer de manière courte et haute (thoracique). Cela entretient l’anxiété. Quand vous pleurez, le diaphragme se relâche, la respiration devient plus ample, plus profonde. Vous oxygénez mieux vos tissus, votre rythme cardiaque ralentit. C’est un signal direct de sécurité pour votre système nerveux.
Deuxièmement, les larmes émotionnelles contiennent du lysozyme, une enzyme antibactérienne. Pleurer nettoie vos yeux, mais pas seulement. Certaines études suggèrent que ces larmes aident à éliminer des toxines accumulées lors de stress chronique. C’est une forme de purification.
Troisièmement, pleurer active le nerf vague, ce long nerf qui relie le cerveau au ventre et qui est impliqué dans la relaxation, la digestion, la régulation du rythme cardiaque. Quand vous pleurez, vous stimulez ce nerf, ce qui favorise un état de calme, de « repos et digestion ». C’est pour ça que certaines personnes ressentent une envie de dormir après un bon pleur.
Je me souviens d’une patiente, cadre dans une entreprise, qui venait me voir pour des douleurs chroniques aux épaules et à la nuque. Elle disait : « Je suis toujours tendue, je ne sais pas pourquoi. » En séance, elle a laissé émerger une tristesse liée à une séparation ancienne, jamais pleurée. Elle a pleuré longuement, puis s’est arrêtée, surprise : « Mes épaules… elles sont molles. » Son corps venait de relâcher une tension qu’elle portait depuis des années. Les larmes avaient libéré la mémoire musculaire.
Pleurer a aussi une fonction sociale essentielle. Quand vous pleurez devant quelqu’un, ou que quelqu’un pleure devant vous, il se passe quelque chose de profond. Les larmes sont un signal visuel et sonore qui dit : « J’ai besoin de soutien », « Je suis vulnérable », « Je te fais confiance ».
Notre cerveau est programmé pour répondre à ce signal. Chez la personne qui voit pleurer, l’empathie s’active. Les neurones miroirs s’allument. Le rythme cardiaque peut même se synchroniser. Pleurer crée du lien. C’est un langage avant les mots.
Mais pour que ce lien se crée, il faut un cadre de sécurité. Pleurer seul dans son coin, sans être entendu, sans être accueilli, peut être moins bénéfique, voire renforcer un sentiment d’isolement. L’idéal, c’est de pouvoir pleurer en présence d’une personne qui ne cherche pas à « arrêter les larmes », mais qui reste là, simplement. Qui ne dit pas « ne pleure pas », mais « je suis là ».
Dans ma pratique, je vois souvent des personnes qui ont appris à pleurer en cachette, dans la douche ou sous la couette. Elles pleurent, mais elles ne sont pas entendues. La tristesse est exprimée, mais pas partagée. Et le cerveau n’enregistre pas complètement le soulagement, car il manque le signal social de sécurité. Pleurer avec quelqu’un de fiable, c’est permettre à votre système nerveux de se réguler en relation.
Pensez à un sportif qui vient de perdre une compétition importante. S’il pleure seul dans les vestiaires, il risque de ruminer. S’il pleure devant son entraîneur ou son préparateur mental, et que celui-ci accueille ses larmes sans jugement, alors la défaite devient une expérience intégrée, et non une blessure. Le lien de confiance se renforce, et la récupération psychologique est plus rapide.
« Pleurer devant quelqu’un, ce n’est pas perdre son contrôle. C’est offrir à l’autre la possibilité d’être présent. Et c’est offrir à votre cerveau la preuve que vous n’êtes pas seul. »
Un autre bienfait souvent méconnu : pleurer améliore votre capacité à prendre des décisions et à résoudre des problèmes. Surprenant, non ? Pourtant, c’est logique.
Quand vous êtes submergé par une émotion forte, votre cerveau fonctionne en mode « survie ». L’amygdale prend le dessus, et le cortex préfrontal – celui qui analyse, planifie, raisonne – est mis en veille. Vous êtes dans le réactif, pas dans le réflexif. Pleurer permet de baisser la pression émotionnelle. Une fois les larmes passées, le cortex préfrontal peut reprendre la main.
C’est ce que j’appelle « faire de la place dans le processeur ». Imaginez votre cerveau comme un ordinateur : quand vous avez trop d’onglets ouverts, ça rame. Pleurer, c’est fermer quelques onglets émotionnels pour libérer de la mémoire vive. Après un pleur, vous voyez les choses avec plus de recul, plus de clarté. Les solutions qui vous semblaient inaccessibles deviennent envisageables.
Je travaille régulièrement avec des dirigeants d’entreprise. L’un d’eux, un jour, m’a dit : « Je n’ai pas le temps de pleurer, j’ai des décisions à prendre. » Je lui ai proposé un exercice : s’autoriser cinq minutes de respiration et de lâcher-prise avant une réunion difficile. Il a pleuré une fois, en séance, sur une vieille blessure liée à son père. La séance suivante, il m’a dit : « Depuis, je prends des décisions plus vite. Et je dors mieux. » Il avait compris que la clarté ne vient pas de la suppression des émotions, mais de leur évacuation.
Pleurer n’est pas toujours facile. Certaines personnes ont construit des défenses si solides que les larmes semblent bloquées. C’est souvent le cas chez ceux qui ont appris très tôt à « être forts », à ne pas montrer leurs faiblesses. Ou chez ceux qui ont vécu des traumatismes où pleurer était dangereux (parce que cela provoquait des réactions violentes autour d’eux).
Si vous êtes dans cette situation, sachez que ce n’est pas une fatalité. Le blocage des larmes est un mécanisme de protection, pas un défaut. Votre corps a fait son travail : il vous a protégé. Mais aujourd’hui, peut-être que ce mécanisme est devenu une prison.
Voici quelques pistes pour réapprendre à pleurer, en douceur :
Créez un contexte de sécurité : un endroit calme, sans interruption, où vous ne serez pas jugé. Seul ou avec une personne de confiance. La sécurité est la clé.
Utilisez la respiration : bloquer ses larmes passe souvent par une respiration courte. Essayez d’expirer longuement, bouche ouverte, en faisant un son (un soupir, un gémissement). Cela relâche le diaphragme et peut faire monter l’émotion.
Stimulez la mémoire corporelle : parfois, une musique, un film, une odeur ou une photo peut servir de déclencheur. Ce n’est pas artificiel. C’est une porte d’entrée vers une émotion qui attend d’être libérée.
Parlez à votre partie qui bloque : dans l’approche IFS (Internal Family Systems) que j’utilise, on considère que la partie qui empêche de pleurer a une bonne intention (vous protéger). Remerciez-la. Dites-lui : « Je comprends que tu veux m’éviter de souffrir, mais aujourd’hui, je suis en sécurité. Je peux essayer de laisser sortir un peu. » Parfois, cette simple reconnaissance suffit à desserrer l’étau.
Acceptez les larmes partielles : pleurer ne signifie pas forcément une crise de sanglots. Une larme qui coule, un nez qui pique, une voix qui tremble, c’est déjà une expression. Ne visez pas la perfection émotionnelle. Laissez venir ce qui vient.
Un patient, coureur de fond, me disait : « Je n’ai pas pleuré depuis vingt ans. Je ne sais même pas si j’en suis capable. » En séance, nous avons travaillé sur une course où il avait ressenti une immense solitude. Il a fermé les yeux, respiré, et au bout de dix minutes, une larme a coulé. Il a souri : « C’est bizarre, je me sens vivant. » C’était un premier pas.
Je veux être honnête avec vous. Pleurer n’est pas une baguette magique. Ce n’est pas parce que vous pleurez que tous vos problèmes disparaissent. Pleurer ne résout pas une situation concrète (un deuil, une rupture, un échec professionnel). Ce n’est pas une solution, c’est une étape.
Pleurer ne remplace pas une thérapie, une prise de décision, un changement de comportement. Si vous pleurez tous les jours sans que rien ne change dans votre vie, il est possible que les larmes deviennent une habitude de décharge, sans véritable transformation. L’important, c’est ce que vous faites après avoir pleuré. Est-ce que vous accueillez l’information que vos larmes vous donnent ? Est-ce que vous ajustez quelque chose dans votre vie ?
Pleurer ne doit pas non plus devenir une injonction. « Il faut pleurer pour guérir » peut être aussi toxique que « il ne faut pas pleurer ». Chaque personne a son propre rythme, sa propre manière d’exprimer ses émotions. Certains pleurent facilement, d’autres non. L’essentiel n’est pas la quantité de larmes, mais la qualité de l’accueil que vous portez à votre tristesse.
Enfin, pleurer ne signifie pas que vous êtes en dépression. La tristesse est une émotion saine, normale, passagère. La dépression, elle, est un état prolongé de perte de plaisir, de fatigue, de désespoir, avec ou sans larmes. Si vous pleurez souvent et que vous vous sentez vide, sans énergie, sans espoir, il est important de consulter. Pleurer peut être un symptôme, mais ce n’est pas un diagnostic.
Pleurer n’est pas un événement exceptionnel réservé aux grandes crises. C’est un processus naturel qui peut faire partie de votre vie, comme respirer ou dormir. Plus vous l’acceptez, moins il vous submerge.
Voici comment je propose à mes patients d’intégrer cette pratique :
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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