3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Accueillir l'émotion sans tout casser.
Tu viens d’être recadré, ou pire, ignoré. Peut-être que ton chef a balayé ta proposition d’un revers de main, que ton partenaire a coupé la conversation, ou qu’un ami t’a laissé en « vu » après que tu t’es livré. Dans l’instant, ça serre la poitrine, ça chauffe les joues, et une voix intérieure hurle : « Mais pourquoi il me fait ça ? » ou « C’est pas juste. »
Cette montée d’adrénaline, cette boule au ventre, cette envie de crier ou de tout envoyer valser, c’est la colère. Et elle a une fonction précise : te protéger. Le problème, c’est qu’exprimer cette colère sur le moment — en haussant le ton, en accusant, en claquant la porte — a souvent l’effet inverse de ce que tu souhaites. Ça éloigne l’autre, ça renforce le rejet, et ça te laisse seul·e avec ta frustration.
Pourtant, il existe une autre voie. Une voie qui ne consiste pas à « ravaler » ta colère (ce qui te rend malade), ni à l’exploser (ce qui casse les relations). Il s’agit de l’accueillir, de la comprendre, et d’apprendre à la traverser sans tout casser autour de toi. Dans cet article, je vais te montrer comment faire, étape par étape, en partant de situations concrètes que je vois tous les jours dans mon cabinet à Saintes.
La colère n’est jamais gratuite. Elle cache toujours une autre émotion, plus vulnérable. Quand quelqu’un te repousse — que ce soit par un silence, un refus ou une critique — ton cerveau interprète cette action comme une menace. Pas une menace physique, mais une menace sociale : celle d’être exclu, jugé, ou diminué.
Pour ton système nerveux archaïque, être rejeté par le groupe équivaut à un danger de mort. Alors il déclenche une réaction de survie. L’un des schémas les plus fréquents, c’est le fameux « tu m’as repoussé, donc je te repousse plus fort ». Tu te retrouves à attaquer l’autre, à le critiquer, à lui renvoyer sa propre attitude. C’est ce que les spécialistes appellent la « contre-attaque ».
Prenons un exemple. Un patient, que j’appellerai Marc (prénom modifié), était furieux contre sa compagne. Il lui avait proposé un week-end en amoureux, et elle avait répondu : « Je ne suis pas sûre de pouvoir, j’ai trop de travail. » Marc a immédiatement senti la moutarde lui monter au nez. Il a rétorqué : « Tu trouves toujours une excuse. De toute façon, on ne fait jamais rien ensemble. » Résultat : dispute, deux jours de silence, et le week-end n’a jamais eu lieu.
Ce qui s’est passé en lui ? En une fraction de seconde, son cerveau a interprété le « pas sûre de pouvoir » comme un rejet personnel. « Elle ne veut pas être avec moi. » Cette pensée a activé une blessure plus ancienne, celle de ne pas être assez important aux yeux des autres. La colère est alors venue comme un bouclier pour cacher cette blessure. Mais en attaquant, Marc a obtenu exactement ce qu’il redoutait : la distance.
La colère est comme la fumée d’un incendie : elle n’est jamais la cause, mais le signe qu’il y a quelque chose qui brûle en dessous. Si tu ne t’attaques qu’à la fumée, le feu continue de ravager.
La clé, c’est donc de ne pas réagir immédiatement. Pas pour faire l’autruche, mais pour avoir le temps d’identifier ce qui brûle vraiment. Et ça, ça demande un entraînement.
Tu connais cette sensation où les mots sortent tout seuls, plus vite que ta pensée ? C’est le signe que ton système limbique (la partie émotionnelle du cerveau) a pris le contrôle sur ton cortex préfrontal (la partie rationnelle). Pour reprendre les commandes, tu as besoin d’une pause. Mais pas n’importe laquelle.
Beaucoup de personnes croient que « prendre du recul » signifie fuir ou nier. En réalité, c’est l’inverse. Il s’agit de créer un espace entre le stimulus (le rejet) et ta réponse (la colère). Et le moyen le plus efficace, c’est ce que j’appelle le « temps mort conscient ».
Voici comment le mettre en pratique, que tu sois en face de la personne ou que tu reçoives un message.
Si tu es en direct :
Si tu reçois un message ou un mail :
Un patient, footballeur amateur, utilisait cette technique après une faute sifflée contre lui. Au lieu d’insulter l’arbitre (ce qui lui valait des cartons), il s’éloignait de quelques pas, soufflait, et se disait : « OK, je suis en colère. Maintenant, qu’est-ce que je veux vraiment ? Gagner le match ou avoir raison ? » La pause lui a sauvé plusieurs matchs et lui a évité des regrets.
Cette pause n’est pas une fin en soi. C’est le sas qui te permet d’accéder à la suite : comprendre ce qui se cache sous la colère.
Une fois que tu as fait ta pause, tu es prêt·e à descendre d’un étage. Sous la colère, il y a presque toujours une émotion primaire : la tristesse, la peur, la honte, ou la frustration. Et derrière cette émotion, il y a un besoin non satisfait.
Reprends l’exemple de Marc. Sous sa colère, il y avait de la tristesse : « Je me sens seul·e dans notre couple. » Et derrière cette tristesse, un besoin : « J’ai besoin de me sentir important·e pour toi, d’être une priorité. »
Quand tu identifies ce besoin, ta communication change du tout au tout. Au lieu de dire « Tu es égoïste », tu peux dire « Quand tu me dis que tu n’es pas sûre pour le week-end, je me sens mis de côté. J’ai besoin de me sentir important pour toi. » La différence est énorme. La première phrase accuse et attaque. La seconde exprime une vulnérabilité et un besoin, ce qui désarme souvent l’autre.
Pour t’entraîner, voici un petit exercice que je propose à mes patients. Quand tu sens la colère monter, pose-toi ces trois questions (dans cet ordre) :
Prenons un autre exemple. Sophie, une patiente cadre, était furieuse contre son chef qui avait modifié son projet sans la consulter. Sous sa colère, elle a identifié de la honte (« Mon travail n’est pas bon ») et un besoin de reconnaissance. Au lieu de l’affronter frontalement, elle a demandé un rendez-vous et a dit : « J’ai besoin de comprendre les changements que tu as faits, car ça me touche dans mon travail. J’aimerais qu’on en discute ensemble la prochaine fois. » Son chef a été surpris par son calme et a accepté.
Quand tu exprimes ton besoin, tu passes d’une position de victime à une position d’acteur·trice. Tu ne subis plus le rejet, tu le transformes en une demande claire.
Maintenant que tu as identifié ton besoin, comment le dire sans que l’autre se sente attaqué et ne se braque ? C’est là qu’intervient une forme de communication que j’adapte souvent, issue des travaux de Marshall Rosenberg. Pas besoin de devenir un expert. Il suffit de retenir une structure simple en quatre étapes, que tu peux appliquer en situation réelle.
Étape 1 : Décris les faits, sans jugement. Au lieu de dire « Tu es toujours en retard », dis « Quand tu arrives 20 minutes après l’heure prévue… » Les faits sont indiscutables. Le jugement, lui, appelle la contre-attaque.
Étape 2 : Exprime ton sentiment, pas ta pensée. Au lieu de « Je me sens trahi·e », dis « Je me sens triste et frustré·e. » Attention : un sentiment est une émotion (tristesse, peur, colère), pas une accusation déguisée. « Je me sens trahi·e » est une pensée, car ça implique que l’autre a mal agi. « Je me sens triste » est un sentiment.
Étape 3 : Nomme ton besoin. « Parce que j’ai besoin de fiabilité et de respect de mon temps. » C’est la clé. Sans cette étape, l’autre ne comprend pas pourquoi tu es touché·e.
Étape 4 : Formule une demande claire et réalisable. « Est-ce que tu pourrais me prévenir à l’avance si tu vois que tu vas être en retard ? » Pas une exigence, une demande. L’autre reste libre de répondre oui ou non, mais au moins, il sait ce que tu attends.
Prenons une situation concrète avec un couple. Elle : « Tu ne m’écoutes jamais quand je parle de ma journée. » Lui : « Si, je t’écoute. » Résultat : escalade. Maintenant, reformulons avec les quatre étapes : « Quand je te raconte ma journée et que tu regardes ton téléphone (fait), je me sens seule et triste (sentiment), parce que j’ai besoin de me sentir écoutée et connectée à toi (besoin). Est-ce que tu pourrais poser ton téléphone pendant 5 minutes quand je te parle ? (demande) ». La probabilité qu’il réponde positivement est bien plus élevée. Il ne se sent pas accusé, il comprend ce dont tu as besoin.
Il y a des jours où, même après avoir fait une pause, identifié le besoin, et communiqué calmement, la colère revient en boucle. Tu repenses à la scène, tu te repasses la conversation, tu inventes des répliques cinglantes. C’est ce qu’on appelle la rumination. C’est épuisant, et ça t’empêche de passer à autre chose.
La rumination est un piège. Ton cerveau croit qu’en repensant encore et encore à la situation, il va trouver une solution ou une justice. Mais en réalité, il ne fait que raviver l’émotion. C’est comme gratter une plaie : ça ne la guérit pas, ça l’infecte.
Pour sortir de ce cycle, j’utilise souvent une technique issue de l’IFS (Internal Family Systems) que j’enseigne à mes patients. Elle consiste à dialoguer avec la partie de toi qui est en colère, comme si c’était une personne en toi.
Exercice pratique :
Un patient, ancien rugbyman, avait une colère qui revenait systématiquement après chaque conflit avec son père. En dialoguant avec cette partie, il a découvert qu’elle le protégeait d’une peur ancienne : celle d’être écrasé par l’autorité paternelle. Une fois qu’il a reconnu cette peur et remercié sa colère, elle s’est apaisée d’elle-même. Il n’avait plus besoin de ruminer.
Si la rumination est trop forte, tu peux aussi utiliser un déclencheur sensoriel. Par exemple, chaque fois que tu te surprends à ruminer, touche ton poignet ou inspire profondément. Tu recâbles ton cerveau pour associer la rumination à une pause.
La colère, quand elle est bien accueillie, n’est pas une ennemie. C’est un carburant. Elle te donne de l’énergie, de la clarté, et une impulsion pour agir. Le problème, c’est qu’on l’utilise souvent pour détruire (relations, objets, estime de soi). Mais tu peux aussi l’utiliser pour construire.
Pense à une situation où tu as été repoussé·e. Qu’est-ce que cette colère te dit sur ce que tu veux vraiment ? Peut-être te dit-elle que tu as besoin de plus de respect, de plus d’autonomie, ou de plus de connexion. La colère est un signal d’alarme qui indique que tes limites ont été franchies. Et c’est une information précieuse.
Comment transformer cette énergie en action constructive :
Un exemple marquant : une patiente, Sophia, était en colère après avoir été écartée d’un projet au travail. Au lieu de ruminer ou de démissionner sur un coup de tête, elle a utilisé cette colère pour se former à une nouvelle compétence. Six mois plus tard, elle a été promue à un poste qu’elle convoitait. Elle m’a dit : « Cette colère m’a sauvée. Elle m’a forcée à arrêter d’attendre que les autres me reconnaissent,
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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