3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Apprenez à distinguer une dispute normale d’un piège toxique.
Vous êtes en pleine dispute avec votre conjoint. Les mots claquent, les voix montent, les arguments se répètent. Rien d’inhabituel, me direz-vous. Mais au bout d’un moment, vous sentez ce malaise étrange : la conversation a dérapé sans que vous sachiez exactement comment. Vous n’êtes plus en train de parler du problème de départ – les courses oubliées, le planning du week-end – mais d’autre chose. De qui a raison sur tout, de qui est le plus fatigué, de qui sacrifie le plus. Et surtout, vous avez l’impression de tourner en rond, comme dans un labyrinthe dont les murs sont faits de vos propres paroles.
Ce qui vient de se produire, c’est ce que les psychologues appellent un jeu psychologique. Et il est très différent d’un conflit sain. La différence n’est pas dans le ton ou l’intensité, mais dans la structure et la finalité. Un conflit sain cherche une solution, même imparfaite. Un jeu psychologique cherche à confirmer une croyance négative sur soi, sur l’autre ou sur le monde. Il est toxique, répétitif, et il épuise. Dans cet article, je vais vous aider à reconnaître ces pièges relationnels et à les distinguer des désaccords normaux, avec des exemples concrets tirés de mon cabinet à Saintes.
Un conflit sain, c’est un désaccord exprimé directement, sans détour, et avec l’intention de résoudre quelque chose. Cela peut être inconfortable, tendu, émotionnel – mais cela reste constructif. Les deux personnes restent en contact avec ce qu’elles ressentent vraiment, et elles cherchent à comprendre l’autre, pas à le faire plier.
Prenons un exemple. Je reçois régulièrement des couples qui viennent me voir pour des disputes récurrentes. L’autre jour, c’est un homme, appelons-le Marc, qui me raconte une scène typique avec sa compagne, Sophie. Le sujet : les tâches ménagères. Marc travaille beaucoup, rentre tard, et Sophie a l’impression de tout gérer seule. Un conflit sain ressemblerait à ceci :
Sophie : « Je suis fatiguée de devoir toujours penser aux courses et au ménage. J’ai besoin que tu prennes ta part, concrètement. » Marc : « Je comprends que tu sois épuisée. Moi, je suis crevé après mes journées, mais je ne veux pas que ce soit injuste pour toi. On peut trouver un système ? »
Vous voyez ? Il y a écoute, reconnaissance du ressenti de l’autre, et une orientation vers une solution. Même si les voix montent, même si Marc se sent frustré, l’objectif reste de coopérer. Les émotions sont exprimées, pas utilisées comme armes. Un conflit sain clarifie les besoins. Il permet à chacun de dire : « Voilà ce dont j’ai besoin. » Et il aboutit presque toujours à un compromis ou à une meilleure compréhension mutuelle.
Dans un conflit sain, on peut être en colère, triste, déçu – mais on reste connecté à ce qu’on ressent vraiment. On ne joue pas un rôle. On ne se cache pas derrière des accusations vagues ou des sous-entendus. On parle de soi, pas de l’autre. « Je me sens seul quand tu travailles tard » plutôt que « Tu ne t’occupes jamais de moi. » C’est subtil, mais cette nuance change tout. Le premier énoncé ouvre une porte. Le second la ferme.
Un conflit sain, c’est aussi un conflit qui peut se terminer. Pas forcément par un accord parfait, mais par une pause respectueuse, une trêve, ou un plan d’action. On sait quand la dispute est finie, même si le sujet reste sensible. On peut se retrouver après, sans arrière-goût amer.
À l’opposé, le jeu psychologique est un échange toxique qui suit un scénario répétitif. Il a été décrit par Eric Berne, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, comme une séquence d’interactions qui mène à un sentiment final négatif – de la culpabilité, de la colère, de la confusion, de la tristesse. On y joue toujours un rôle : victime, persécuteur, sauveur. Et on attire l’autre dans un cercle vicieux.
Reprenons Marc et Sophie, mais cette fois dans un jeu psychologique typique. Sophie, fatiguée, ne dit pas directement ce dont elle a besoin. Elle commence par un soupir théâtral en vidant le lave-vaisselle. Marc, qui lit son téléphone, ne réagit pas. Sophie lance alors : « Tu as encore oublié de sortir les poubelles, hein ? » Marc lève les yeux, agacé : « Quoi ? Je fais tout le temps des trucs, tu ne vois jamais ce que je fais ! » Sophie : « Ah oui ? Parce que toi, tu vois tout ce que je fais, peut-être ? Tu passes ta vie sur ton portable ! »
La conversation dérape. Ils ne parlent plus des poubelles, mais de qui est le plus ingrat, le plus égoïste, le plus aveugle. Marc finit par claquer la porte du salon. Sophie se retrouve dans la cuisine, en larmes, se disant : « Je n’aurais jamais dû me mettre en couple, je suis nulle. » Marc, de son côté, rumine : « Elle est impossible, je ne peux rien faire de bien avec elle. »
« Un jeu psychologique, c’est une dispute qui ne finit jamais vraiment, mais qui confirme toujours ce que vous pensez secrètement de vous-même. »
Ce qui s’est passé ? Sophie n’a pas exprimé son besoin (de l’aide) directement. Elle a commencé par une accusation implicite (« Tu as oublié »). Marc s’est senti attaqué et a contre-attaqué. Le sujet a changé. Et chacun est reparti avec sa croyance négative renforcée : Sophie se sent victime d’un partenaire indifférent, Marc se sent persécuté par une compagne trop exigeante. Le jeu est bouclé. La prochaine dispute ressemblera à celle-ci, comme une copie conforme.
Un jeu psychologique a toujours une structure cachée. Les véritables besoins et émotions ne sont pas dits. On utilise des messages indirects, des insinuations, des reproches voilés. Le but invisible n’est pas de résoudre le problème, mais de provoquer une réponse prévisible chez l’autre, qui permet de justifier son propre rôle. Sophie, sans le savoir, cherche à confirmer qu’elle n’est pas aimée. Marc cherche à confirmer qu’il est incompris. Le jeu leur donne raison à tous les deux.
Maintenant que vous avez une idée de la différence, comment repérer un jeu psychologique quand il se présente ? Voici trois indicateurs que j’utilise souvent avec les personnes que je reçois à Saintes.
1. Le sujet change constamment. Dans un conflit sain, on reste sur le même problème jusqu’à ce qu’il soit traité. Dans un jeu, la conversation glisse. Vous parlez des courses, puis de l’éducation des enfants, puis de la belle-mère, puis de qui travaille le plus. Chaque nouvelle accusation en entraîne une autre. Si vous vous surprenez à dire « Et toi alors, la semaine dernière tu as… », vous êtes probablement en train de jouer.
2. Vous vous sentez prisonnier d’un rôle. Vous avez l’impression de devoir vous défendre, ou d’être systématiquement dans la position de celui qui doit comprendre, ou au contraire de celui qui doit attaquer. Vous n’êtes plus vous-même, vous incarnez un personnage. Par exemple, vous vous entendez dire des choses que vous ne pensiez pas, comme « Tu ne fais jamais rien de bien », alors qu’au fond vous savez que ce n’est pas vrai. C’est le rôle de persécuteur qui parle. Ou vous vous sentez impuissant, « de toute façon, quoi que je fasse, ça ne va pas », c’est le rôle de victime.
3. La fin de la dispute vous laisse un goût amer et familier. Pas seulement de la tristesse ou de la colère, mais un sentiment de déjà-vu. « Encore une fois, ça a fini comme ça. » Vous ressentez de la confusion, de la culpabilité, ou un vide intérieur. Vous savez que vous avez perdu du temps et de l’énergie, mais vous ne comprenez pas comment vous en êtes arrivé là. C’est le signe que le jeu a fonctionné : vous avez confirmé votre scénario intérieur.
Un conflit sain, lui, se termine souvent par une sensation de soulagement, même si la discussion était dure. On se dit : « Bon, on a parlé, on n’est pas d’accord sur tout, mais au moins je sais où il/elle en est. » Il y a une forme de clarté. Dans un jeu, c’est l’inverse : plus on parle, plus c’est flou.
Le modèle le plus célèbre pour décrire les jeux psychologiques est le triangle dramatique de Stephen Karpman. Il comporte trois positions : Victime, Persécuteur, Sauveur. Les joueurs circulent entre ces rôles au fil de l’interaction.
Reprenons un exemple professionnel. Imaginez un manager, Paul, et son employé, Lucas. Lucas a raté une échéance. Un conflit sain : Paul dit « Lucas, le rapport n’est pas rendu, qu’est-ce qui s’est passé ? » Lucas explique qu’il a eu un problème technique. Paul propose de l’aide pour la prochaine fois. Problème résolu.
Maintenant, le jeu. Paul convoque Lucas, mais au lieu de lui poser une question ouverte, il commence par : « Tu as encore oublié, comme d’habitude. » Lucas se sent injustement attaqué (rôle de victime). Il répond : « Ce n’est pas ma faute, le service informatique m’a bloqué l’accès. » Paul : « Tu cherches toujours des excuses. » Lucas, maintenant en colère : « Et toi, tu m’as prévenu de l’échéance la veille pour le coup ! » Paul devient victime à son tour : « Je me tue à la tâche pour vous, et voilà comment tu me remercies. »
Ils tournent en rond. Personne ne parle du vrai problème : le manque de communication sur les délais. Chacun est passé par la victime, le persécuteur, et a essayé de sauver la face. À la fin, Lucas se sent persécuté par un manager injuste, Paul se sent victime d’un employé ingrat. Le jeu est gagnant-gagnant pour leur scénario intérieur, mais perdant-perdant pour leur relation.
« Le triangle dramatique n’est pas un lieu où l’on résout des problèmes, c’est un théâtre où l’on rejoue les mêmes blessures. »
Ce qui est fascinant, c’est que les joueurs changent de rôle très vite. Paul commence en persécuteur, devient victime, puis peut se mettre en sauveur : « Bon, je vais t’aider à faire ce rapport, parce que de toute façon… » Mais ce sauveur est factice, il cache un jugement. Le vrai sauvetage serait de poser une question neutre. Le sauveur dans le jeu est un piège : il maintient l’autre dans l’impuissance.
Vous vous demandez peut-être : pourquoi est-ce qu’on continue à jouer ces jeux, alors qu’ils nous font du mal ? La réponse est complexe, mais je peux vous donner une piste simple : ces jeux nous sont familiers. Depuis l’enfance, nous avons appris des scénarios relationnels. Si, enfant, vous avez grandi dans un environnement où la seule façon d’obtenir de l’attention était de vous plaindre (victime) ou de vous révolter (persécuteur), vous reproduisez ces schémas à l’âge adulte.
Les jeux psychologiques sont des adaptations. Ils nous protègent d’une peur plus profonde : celle d’être rejeté, de ne pas être aimé, de ne pas être à la hauteur. En jouant un rôle connu, on évite de se confronter à cette peur. On préfère une dispute familière qu’une conversation vulnérable. Dire « J’ai peur que tu ne m’aimes plus » est bien plus risqué que de dire « Tu ne t’occupes jamais de moi. » La première phrase expose, la seconde accuse.
Prenons un exemple avec un sportif que j’accompagne. Un footballeur, appelons-le Antoine, est en conflit avec son entraîneur. Il se plaint que l’entraîneur ne lui fait pas assez confiance. Dans un jeu psychologique, Antoine va jouer la victime : « Il ne me donne jamais ma chance, c’est toujours les mêmes titulaires. » L’entraîneur, s’il entre dans le jeu, va répondre en persécuteur : « Tu n’as pas le niveau, tu te relâches à l’entraînement. » Antoine repart en victimisant, confirmé dans l’idée qu’il est incompris.
Mais si Antoine sort du jeu, il peut dire : « Je me sens frustré de ne pas jouer. J’aimerais comprendre ce que je dois améliorer pour avoir ma chance. » C’est vulnérable, c’est risqué, mais ça ouvre une vraie discussion. L’entraîneur, s’il est sain, pourra répondre honnêtement. Le conflit devient constructif. Antoine n’est plus victime, il devient acteur de sa progression.
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut apprendre à reconnaître ces jeux et à en sortir. Ce n’est pas facile, car ces schémas sont ancrés profondément, mais c’est possible. Voici quelques pistes que je partage avec les personnes que j’accompagne à Saintes.
1. Apprenez à repérer vos rôles préférés. Posez-vous la question : dans les disputes, est-ce que je suis souvent en position de victime, de persécuteur ou de sauveur ? Soyez honnête. Vous pouvez même noter sur un carnet les disputes récentes et voir quel rôle vous avez joué. La prise de conscience est le premier pas.
2. Posez des questions ouvertes. Au lieu d’accuser, demandez. « Qu’est-ce qui s’est passé pour toi ? » « Qu’est-ce que tu ressens ? » « De quoi aurais-tu besoin ? » Ces questions brisent le jeu car elles appellent une réponse authentique, pas un rôle. Si l’autre persiste dans le jeu, vous pouvez dire : « Je vois que tu es en colère. Je veux t’écouter, mais je n’accepte pas les reproches généraux. On peut parler de ça calmement ? »
3. Parlez de vous, pas de l’autre. C’est la règle d’or. Au lieu de « Tu es injuste », dites « Je me sens traité injustement. » Au lieu de « Tu ne m’écoutes jamais », dites « J’ai besoin de me sentir écouté. » Cela désarme le jeu car vous n’accusez pas, vous exprimez votre vécu. L’autre n’a pas besoin de se défendre, il peut entendre.
4. Acceptez de ne pas avoir raison. Les jeux psychologiques sont souvent alimentés par le besoin d’avoir le dernier mot. Dans un conflit sain, on peut laisser l’autre avoir son point de vue sans devoir le convaincre. Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord, mais vous pouvez reconnaître que son ressenti est réel. « Je comprends que tu vois les choses comme ça, même si moi je les vois différemment. » Cette phrase brise le cycle.
5. Faites une pause quand vous sentez le jeu s’installer. Si vous sentez que la conversation tourne en rond, que le sujet change, que vous montez en intensité sans raison, dites : « J’ai besoin de faire une pause. On en reparle dans une heure. » Sortez physiquement de la pièce si nécessaire. Respirez. Revenez avec une intention claire : résoudre le problème, pas gagner la guerre.
J’ai vu des couples, des collègues, des sportifs transformer leurs relations en appliquant ces principes. Ce n’est pas magique. Parfois, l’autre personne ne veut pas sortir du jeu, parce qu’elle en tire un bénéfice secondaire (se sentir supérieur, éviter une responsabilité). Dans ce cas, il faut peut-être accepter que la relation est toxique et prendre du recul. Mais souvent, quand une personne change sa façon de commun
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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