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« Mais il m’aime » : les 7 croyances qui vous piègent dans la toxicité

Démantelez les illusions qui vous empêchent de partir.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

« Tu vois, il n’a pas été méchant hier soir. Il était juste fatigué. Et puis, il m’a dit qu’il m’aimait, ce matin, avant de partir au travail. Il m’a même fait un café. »

Je l’entends encore, cette phrase, dans mon cabinet de Saintes. Elle revient comme un refrain, chez des hommes et des femmes qui viennent me voir avec un poids sur le cœur, des cernes sous les yeux, et cette question qui tourne en boucle : « Pourquoi je n’arrive pas à partir ? »

Vous êtes peut-être en train de vous reconnaître. Vous sentez que quelque chose ne va pas, depuis des mois, parfois des années. Mais à chaque fois que vous pensez à poser un ultimatum, à faire vos valises, à dire « stop », une petite voix intérieure vous retient. Et cette voix, elle ressemble souvent à une croyance bien ancrée : « Mais il m’aime. »

Je ne suis pas là pour vous juger. J’accompagne des adultes comme vous depuis plus de dix ans, et je sais une chose : la toxicité ne se vit pas dans la violence constante. Elle se niche dans les brèches, dans les moments doux qui suivent les tempêtes, dans ces petites phrases qui vous font croire que tout va s’arranger. Et ce sont précisément ces croyances, ces illusions, qui vous empêchent de partir.

Alors, prenons le temps de les démonter ensemble, une par une. Sans violence, sans culpabilité. Juste avec honnêteté.

Croyance n°1 : « S’il m’aime, il va changer »

C’est la plus répandue, et sans doute la plus douloureuse. Vous avez vu des signes, au début. Des attentions, des promesses, des projets communs. Puis, progressivement, l’édifice s’est fissuré. Il a commencé à critiquer vos amis, à minimiser vos émotions, à disparaître sans explication, ou à vous faire sentir que vous en faisiez toujours trop. Mais chaque fois que vous avez osé lui en parler, il a su trouver les mots : « Je suis désolé, je vais faire des efforts. Je t’aime, tu sais. »

Vous avez attendu. Vous attendez encore.

Le problème, c’est que l’amour n’est pas une garantie de changement. Je vois souvent des personnes qui confondent amour et espoir. Elles aiment non pas la personne qu’elles ont en face, mais le potentiel qu’elles imaginent. « S’il arrêtait de boire », « si elle gérait mieux sa colère », « s’il était plus présent »… Vous construisez une relation avec un fantôme, une version future qui n’existe pas.

« L’amour ne transforme pas les comportements toxiques. Il les rend juste plus supportables à court terme. »

Je ne dis pas qu’on ne peut pas évoluer. Mais le changement réel demande une prise de conscience personnelle, une volonté authentique, et souvent un accompagnement professionnel. Si votre partenaire ne fait que promettre sans jamais passer à l’acte, ou s’il change quelques jours puis retombe, vous n’êtes pas dans une relation : vous êtes dans un cycle d’espoir et de déception.

Un jour, une patiente m’a dit : « Je me suis rendu compte que j’aimais plus l’idée de lui que lui-même. » Cette prise de conscience a été le début de sa libération.

Croyance n°2 : « Sans lui/elle, je ne suis rien »

Celle-ci est plus sournoise. Elle naît souvent d’un long travail de sape de votre estime de vous. Dans une relation toxique, votre partenaire, consciemment ou non, a passé des mois (ou des années) à vous faire sentir que vous n’étiez pas assez. Pas assez belle, pas assez intelligent, pas assez stable, pas assez aimable. Et comme il est le seul à vous « supporter », vous finissez par croire que vous ne méritez personne d’autre.

Je reçois des cadres brillants, des mères de famille dévouées, des artistes talentueux, qui me disent : « Je ne sais pas qui je suis sans lui. » C’est un sentiment d’identité fantôme. Vous avez tellement fusionné avec votre couple que vous ne distinguez plus vos propres désirs, vos propres besoins. Vous avez appris à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger, à vous excuser d’exister, à croire que votre valeur dépend de son regard.

C’est faux. Profondément faux.

Je vous invite à faire un petit exercice, juste pour vous. Prenez une feuille et notez trois choses que vous aimez faire, qui n’ont rien à voir avec votre partenaire. Trois activités qui vous font du bien, même petites : lire un livre, courir le long de la Charente, écouter un morceau de musique, préparer un plat. Si vous n’en trouvez pas, c’est le signe que vous vous êtes perdue en chemin. Et ce n’est pas grave. C’est juste un point de départ pour retrouver votre propre terrain.

Croyance n°3 : « Les bons moments effacent les mauvais »

C’est un piège émotionnel redoutable. Vous avez passé une semaine difficile : des reproches, des silences glacials, une soirée où vous vous êtes senti invisible. Puis, soudain, il vous prend dans ses bras, vous fait un compliment, vous emmène au restaurant. Et vous vous dites : « Finalement, ce n’était pas si grave. Regarde comme il peut être attentionné. »

Ce mécanisme s’appelle le renforcement intermittent. C’est le même principe que les machines à sous : vous tirez la manette cent fois sans rien gagner, puis d’un coup, vous gagnez un petit lot. Cette récompense aléatoire active votre système de récompense cérébrale et vous rend accro. Vous restez pour le prochain « bon moment », en espérant qu’il efface tout le reste.

Mais la réalité, c’est qu’une relation saine ne fonctionne pas par à-coups. La toxicité, ce n’est pas l’absence de bons moments. C’est la présence de schémas répétés qui vous blessent. Les vacances idylliques ne guérissent pas les insultes du quotidien. Les déclarations d’amour enflammées ne compensent pas les absences prolongées.

Posez-vous cette question : si vous faisiez la moyenne de votre relation sur un mois, quel en serait le goût majoritaire ? La sécurité, la douceur, la confiance ? Ou l’angoisse, l’attente, le vide ?

Croyance n°4 : « Je suis trop investi(e) pour partir maintenant »

Celle-ci, je l’entends souvent chez des personnes qui ont construit une vie commune : un appartement, des enfants, des projets professionnels entremêlés, des années de souvenirs. « J’ai déjà donné tant de moi-même, comment pourrais-je tout laisser tomber ? »

Cette croyance repose sur un biais cognitif bien connu : l’erreur des coûts irrécupérables. Plus vous avez investi de temps, d’énergie, d’argent, plus il vous semble insensé de partir. Vous continuez à jeter de bonnes années après les mauvaises, dans l’espoir de « rentabiliser » votre investissement.

Mais je vous pose une question : est-ce que rester encore cinq ans rendra les cinq années passées moins douloureuses ? Non. Votre passé restera ce qu’il est. La seule chose que vous pouvez changer, c’est votre futur. Et chaque jour supplémentaire passé dans une relation qui vous abîme est un jour que vous ne vivrez pas pour vous.

J’ai accompagné une femme qui est restée dix-sept ans dans un mariage toxique parce qu’elle ne voulait pas « gâcher » les quinze premières années. Elle m’a dit un jour : « Je me suis rendu compte que je sacrifiais ma vie pour un diplôme que je n’obtiendrais jamais. » Elle est partie. Elle a reconstruit. Aujourd’hui, elle rit, elle danse, elle respire.

Croyance n°5 : « Si je pars, je vais le/la détruire »

C’est une peur qui touche souvent les personnes empathiques. Vous savez qu’il a des fragilités. Il a vécu des traumatismes, il a peur de l’abandon, il a des problèmes d’estime. Et vous vous sentez responsable de son bien-être. Vous pensez que votre départ serait un coup fatal, qu’il sombrerait, qu’il ne s’en remettrait pas.

Cette croyance est une forme de piège inversé. En croyant le protéger, vous vous emprisonnez. Mais il y a une vérité difficile à accepter : la santé mentale de votre partenaire ne vous appartient pas. Vous n’êtes ni son psy, ni son parent, ni son sauveur. Si votre présence est devenue une béquille, le problème est plus profond que votre simple départ.

Et parfois, c’est même l’inverse qui se produit. En restant par peur de le briser, vous le maintenez dans une dépendance malsaine. Vous l’empêchez de se confronter à lui-même, de chercher de l’aide, de grandir. Votre départ pourrait être le choc dont il a besoin pour se remettre en question. Et même si ce n’est pas le cas, ce n’est pas votre responsabilité.

Je ne dis pas qu’il faut partir sans préparation, sans douceur, sans soutien. Mais la peur de faire du mal ne doit pas justifier de se faire du mal à soi-même indéfiniment.

Croyance n°6 : « C’est de ma faute, j’ai mal fait quelque chose »

Ah, celle-ci… Elle est tenace. Vous repassez les scènes dans votre tête. « Si j’avais été plus calme », « si je n’avais pas dit ça », « si j’avais mieux géré mes émotions », « si j’avais été plus présent(e) »… Vous cherchez la cause de ses réactions dans votre propre comportement. Vous vous dites que si vous devenez parfait(e), il/elle n’aura plus de raison d’être toxique.

C’est une illusion confortable, parce qu’elle vous donne l’impression de contrôler la situation. Si c’est de votre faute, alors vous pouvez réparer. Mais la vérité, c’est que la toxicité est rarement une réponse à vos actions. C’est un mode de fonctionnement interne, une manière de gérer ses propres insécurités, sa propre souffrance. Votre partenaire aurait les mêmes réactions avec quelqu’un d’autre.

« Vous n’êtes pas la cause de ses comportements. Vous n’êtes que le déclencheur apparent. La source est ailleurs, en lui. »

J’ai vu des personnes passer des années à essayer de « bien faire », à marcher sur des œufs, à anticiper les besoins de l’autre, sans jamais obtenir la paix. Parce que la paix ne viendra jamais d’un comportement parfait. Elle viendra quand vous cesserez de porter la responsabilité de ce qui ne vous appartient pas.

Croyance n°7 : « Je l’aime, donc je dois rester »

C’est la plus vertueuse en apparence, et la plus destructrice. On nous a appris que l’amour est un engagement indéfectible, qu’il faut se battre pour son couple, que les vrais amours traversent les épreuves. Et c’est vrai, en partie. Mais il y a une nuance fondamentale : l’amour ne doit pas être une prison.

Aimer quelqu’un ne vous oblige pas à accepter l’inacceptable. Aimer quelqu’un ne vous condamne pas à vous oublier. L’amour véritable, celui qui est sain, ne vous demande pas de vous réduire, de vous taire, de vous éteindre. Si votre amour vous coûte votre santé mentale, votre joie, votre dignité, alors ce n’est plus de l’amour : c’est une dépendance affective, une peur de la solitude, une habitude.

La question que je pose souvent dans mon cabinet, c’est : « Est-ce que vous aimez cette personne, ou est-ce que vous aimez l’idée que vous vous faites d’elle ? » Et parfois, la réponse est difficile à entendre.

Je me souviens d’un patient, sportif de haut niveau, qui restait avec une partenaire qui le dévalorisait constamment. Il disait : « Je l’aime, c’est plus fort que moi. » Un jour, je lui ai demandé : « Si tu avais un fils, et qu’il te disait qu’il vit ce que tu vis, qu’est-ce que tu lui conseillerais ? » Il a pleuré. Et il a compris.

Comment sortir de ce piège de croyances ?

Vous êtes peut-être en train de lire ces lignes et de reconnaître plusieurs de ces croyances en vous. C’est normal. Elles ne sont pas venues par hasard. Elles se sont construites au fil du temps, avec des mots doux et des moments de doute. Elles ont été renforcées par la peur, par la culpabilité, par l’espoir.

Mais les reconnaître, c’est déjà un premier pas. Le deuxième pas, c’est de les nommer à voix haute, ou de les écrire. « Je crois que sans lui, je ne suis rien. » « Je crois que je ne mérite pas mieux. » « Je crois que c’est de ma faute. » Lorsque vous mettez des mots sur ces croyances, elles perdent un peu de leur pouvoir. Elles deviennent des pensées, pas des vérités.

Ensuite, il s’agit de les confronter à la réalité. Demandez-vous : « Quelles preuves ai-je que je ne suis rien sans lui ? » « Quelles preuves ai-je que mon départ le détruirait ? » Vous allez probablement vous rendre compte que ces croyances reposent sur du sable.

Enfin, entourez-vous. La toxicité isole. Votre partenaire a peut-être éloigné vos amis, vos proches, ou vous vous êtes éloigné vous-même par honte ou par fatigue. Renouez, même timidement. Parlez à une amie de confiance, à un frère, à une association d’écoute. Et si vous sentez que vous n’y arrivez pas seul(e), venez me voir. L’hypnose, l’IFS (Internal Family Systems) ou l’intelligence relationnelle sont des outils puissants pour dénouer ces croyances enracinées, pour retrouver votre voix intérieure, pour reconstruire une estime de vous qui ne dépend plus de personne d’autre.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Je ne vais pas vous dire de partir demain. Je ne sais pas où vous en êtes, ni ce qui vous retient. Chaque histoire est unique, chaque chemin a son rythme. Mais je vous propose une chose simple, que vous pouvez faire tout de suite, en finissant cet article :

Prenez votre téléphone ou un carnet. Écrivez une phrase qui commence par : « Si je n’avais pas peur, je… » Complétez-la honnêtement. « … je prendrais un rendez-vous avec un thérapeute », « … je dirais à mon partenaire que je ne vais plus accepter tel comportement », « … je chercherais un appartement », « … je partirais en week-end seule pour réfléchir ».

Cette phrase, c’est votre désir profond. Il est là, sous la peur, sous les croyances. Il attend juste que vous le regardiez en face.

Et si vous voulez un jour faire ce pas, je serai là, dans mon cabinet à Saintes ou en visio. Pas pour vous dicter quoi faire. Juste pour vous accompagner à retrouver votre propre boussole. Parce que vous méritez une vie où « il m’aime » ne soit pas une prison, mais une douce certitude partagée.

Prenez soin de vous. Vous êtes plus fort(e) que vous ne le croyez.

— Thierry

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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