3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les causes psychologiques sous-estimées.
Tu passes une bonne journée, tout va bien. Et puis, soudain, il y a cette personne. Dans la file d’attente, au bureau, sur un réseau social. Elle cherche le conflit. Une remarque acerbe, une provocation, une escalation verbale qui semble ne reposer sur rien de concret. Tu te demandes : mais pourquoi chercher la bagarre ? Ce n’est pas juste une question de mauvais caractère ou d’un jour sans.
En tant que praticien à Saintes, je reçois régulièrement des adultes qui se reconnaissent dans ce comportement, ou qui en subissent les conséquences. Certains viennent parce qu’ils ont du mal à contrôler leur impulsivité, d’autres parce qu’ils sont épuisés par les conflits répétés dans leur couple, leur famille ou leur travail. Et si la clé n’était pas dans la colère elle-même, mais dans quelque chose de bien plus profond et souvent invisible ?
Je vais t’emmener explorer les causes psychologiques sous-estimées de cette recherche de bagarre. Pas pour excuser, mais pour comprendre. Parce que comprendre, c’est déjà commencer à désamorcer.
La première chose que j’observe, c’est que la plupart des personnes qui cherchent la bagarre ne sont pas en train d’attaquer. Elles sont en train de se défendre. Contre quoi ? Contre une menace intérieure bien plus dangereuse que l’autre en face : leur propre vulnérabilité.
Imagine un patient que j’appellerai Marc. Marc est cadre commercial, reconnu pour son franc-parler et son caractère bien trempé. En réunion, il n’hésite pas à contredire ses collègues, à hausser le ton, à chercher la confrontation. En séance, il m’explique qu’il « ne supporte pas l’incompétence » et qu’il a « besoin de faire bouger les choses ». Pourtant, au fil des échanges, une autre réalité émerge.
Quand Marc était enfant, son père était imprévisible. Un jour aimant, le lendemain critique et violent verbalement. Marc a appris très tôt que pour survivre émotionnellement, il devait être prêt à se battre. Il devait anticiper les attaques, les devancer. La bagarre est devenue sa zone de confort paradoxale : il la connaît, il la maîtrise. La vulnérabilité, en revanche, lui est inconnue et terrifiante.
Ce mécanisme s’appelle la formation réactionnelle en psychologie. Pour ne pas ressentir une émotion jugée dangereuse (la peur, la honte, le sentiment d’impuissance), on active son contraire : l’agressivité. Chercher la bagarre devient alors un bouclier. On attaque avant d’être attaqué, on critique avant d’être critiqué, on rejette avant d’être rejeté.
« La colère est souvent la gardienne d’une porte que l’on n’ose pas ouvrir. Derrière, il y a presque toujours de la peur ou de la tristesse. »
Si tu te reconnais dans ce schéma, ou si tu côtoies quelqu’un qui fonctionne ainsi, pose-toi cette question : que se passerait-il si, pour une fois, cette personne baissait la garde ? La réponse est souvent : « Je serais anéanti. » C’est là que réside le vrai travail. Apprendre à tolérer la vulnérabilité sans avoir à la transformer en champ de bataille.
Il y a une autre raison, plus discrète mais tout aussi puissante : le besoin de se sentir réel. Certaines personnes vivent dans une sorte de brouillard identitaire. Elles ne savent pas vraiment qui elles sont, ce qu’elles valent, où elles se situent. Le conflit devient alors un moyen brutal mais efficace de sortir de cette indifférenciation.
Quand tu es en pleine bagarre, tu es vivant. Ton cœur bat, ton adrénaline monte, tes sens sont en alerte. Tu sais exactement ce que tu ressens : de la colère, de la rage, de la frustration. C’est une émotion forte, claire, qui ne laisse pas de place au doute. Pour quelqu’un qui se sent flou, mou, sans contours, cette intensité est une bouée de sauvetage.
Je pense à Sophie, une enseignante qui venait me voir pour des « crises d’agressivité » envers ses élèves et ses collègues. Elle se décrivait comme « quelqu’un qui s’efface tout le temps » et qui « explose soudainement ». En travaillant avec l’IFS (Internal Family Systems – Système Familial Intérieur), nous avons rencontré une partie d’elle que j’appelle « la Combattante ». Cette partie avait pour mission de lui donner une existence quand elle se sentait invisible.
Sophie avait grandi dans une famille où ses opinions n’étaient jamais écoutées. Elle était la « gentille fille » qui ne posait pas de problèmes. Mais cette gentillesse la rendait transparente. La Combattante était venue au secours de cette enfant effacée : « Si tu ne fais pas de bruit, personne ne te verra. Alors je vais faire du bruit. Beaucoup de bruit. »
Chercher la bagarre était pour Sophie une manière de dire : « Je suis là. Je compte. Je ne suis pas d’accord. » C’était une quête d’identité par la négative. Plutôt que de construire un « je » positif et affirmé, elle utilisait le conflit pour marquer son territoire et exister dans le regard des autres.
Ce besoin d’exister par l’opposition est fréquent chez les personnes qui ont vécu une enfance où leurs émotions et leurs besoins étaient ignorés ou invalidés. La bagarre devient un cri primal : « Regarde-moi ! Je ne suis pas d’accord avec toi, donc je suis différent, donc je suis moi. »
Il existe un paradoxe fascinant : certaines personnes cherchent la bagarre parce qu’elles ont un besoin insatiable de validation, mais elles n’ont appris qu’une seule façon de l’obtenir : par l’affrontement.
Dans un monde idéal, nous obtenons de la reconnaissance en étant compétents, aimables, utiles. Mais quand on a grandi dans un environnement où l’attention était rare ou conditionnelle, on peut développer des stratégies de survie relationnelle. Si la seule fois où l’on t’a regardé, c’était quand tu te battais avec ton frère, ou quand tu criais pour être entendu, ton cerveau associe conflit et attention.
Je reçois régulièrement des hommes et des femmes qui, dans leur couple, provoquent des disputes pour « voir si l’autre tient à moi ». Le raisonnement inconscient est le suivant : « Si tu restes et que tu te bats avec moi, c’est que tu m’aimes vraiment. Si tu es gentil et conciliant, tu t’en fiches. » C’est un test d’amour pervers, mais il est profondément ancré.
La chercheuse en psychologie sociale Brenda Major a montré que lorsque les personnes ont une faible estime d’elles-mêmes, elles ont tendance à interpréter les situations ambiguës comme des rejets. Pour éviter ce rejet, elles attaquent préventivement. La bagarre devient une prophétie auto-réalisatrice : « Je vais me battre pour prouver que tu vas me rejeter, et ainsi j’aurai raison. »
Ce mécanisme est épuisant pour les deux parties. L’un cherche la bagarre pour obtenir une preuve d’amour ou de considération, l’autre se sent constamment attaqué et finit par s’éloigner. Le conflit devient alors le seul langage relationnel connu, une prison dont on ne sait pas sortir.
Parlons maintenant de ce que j’appelle le « trop-plein ». Nous avons tous un seuil de tolérance aux émotions désagréables. La frustration, l’injustice, l’humiliation, l’ennui, la fatigue. Quand ce seuil est dépassé, le cerveau cherche une décharge. La bagarre est une décharge explosive, rapide, efficace.
Beaucoup de mes patients qui cherchent la bagarre ne sont pas des personnes « méchantes ». Ce sont des personnes qui accumulent. Elles encaissent au travail, dans leur couple, dans les transports, dans les relations sociales. Elles sourient, elles disent « oui », elles avalent leur fierté. Mais la cocotte-minute monte en pression. Et un jour, pour une raison apparemment insignifiante (un regard de travers, une remarque anodine), la soupape saute.
C’est ce qu’on appelle le syndrome de l’explosion. Derrière la bagarre, il n’y a pas une volonté de nuire, mais une incapacité à réguler l’accumulation émotionnelle. Le conflit devient une libération, un soulagement temporaire, comme un orage après une canicule.
Prenons l’exemple de Julien, un artisan à son compte. Il vient me voir parce qu’il a « pété un câble » avec un client et a failli en venir aux mains. Il ne comprend pas. Il dit : « Je ne suis pas comme ça d’habitude. » En explorant, on découvre qu’il cumule depuis des mois : des chantiers qui prennent du retard, des fournisseurs qui ne livrent pas, une compagne qui se plaint qu’il n’est jamais là. Il n’a pas exprimé ses limites, pas demandé d’aide, pas pris de temps pour lui. La bagarre avec ce client n’était pas contre le client. C’était contre tout le reste.
Ce qui est sous-estimé, c’est que la recherche de bagarre peut être un signe d’épuisement. Le corps et le mental disent : « Je n’en peux plus, il faut que ça sorte. » Mais comme la personne n’a pas appris à exprimer ses besoins calmement, elle expulse par la colère.
Enfin, il y a une dimension que l’on oublie trop souvent : ce que nous apprennent nos parents, nos grands-parents, notre environnement familial. La manière de gérer les conflits s’apprend. Si tu as grandi dans une famille où les désaccords se réglaient par des cris, des portes qui claquent, des silences glacials ou des insultes, tu as intégré que c’est ainsi que l’on communique.
Je travaille régulièrement avec l’Intelligence Relationnelle et l’IFS pour dénouer ces héritages. Une patiente, Cécile, me racontait qu’elle se surprenait à chercher la bagarre avec son conjoint exactement comme sa mère le faisait avec son père. Elle détestait ce comportement, mais en situation de stress, c’était sa réponse par défaut. « C’est plus fort que moi », disait-elle.
Ce n’est pas une fatalité. C’est un conditionnement. Le cerveau a créé des autoroutes neuronales : conflit = survie = sécurité. Même si le conflit est destructeur, il est connu, prévisible. La paix, elle, est inconnue, donc potentiellement dangereuse pour le système nerveux.
Ce que j’appelle « l’héritage transgénérationnel du conflit » se manifeste souvent par des croyances limitantes : « Il faut se battre pour obtenir ce qu’on veut », « Si tu ne cries pas, tu n’es pas entendu », « La faiblesse est punie ». Ces croyances sont souvent inconscientes, mais elles pilotent le comportement.
Le travail thérapeutique consiste à reconnaître que cette stratégie a peut-être été utile dans l’histoire familiale (pour survivre à une guerre, à une migration, à une injustice), mais qu’elle n’est plus nécessaire aujourd’hui. On peut apprendre d’autres langages relationnels.
Voici un mécanisme particulièrement sournois : certaines personnes cherchent la bagarre pour maintenir une distance de sécurité avec les autres. L’intimité, la proximité, la confiance sont perçues comme dangereuses. Pourquoi ? Parce qu’elles ont déjà été blessées quand elles se sont ouvertes.
Un patient, Thomas, me disait un jour : « Je préfère qu’on se dispute plutôt que de se rapprocher. Au moins, je sais où j’en suis dans la dispute. Dans l’intimité, je ne sais pas. » Thomas avait vécu une trahison amoureuse profonde. Depuis, toute relation un peu trop proche activait une alarme intérieure : « Attention, tu vas souffrir. Attaque le premier. »
La bagarre devient alors un outil de régulation de la distance relationnelle. Elle permet de garder l’autre à portée, mais pas trop près. C’est une danse étrange : on reste en contact, mais par le conflit. Cela évite la vulnérabilité de l’amour, de la confiance, de l’abandon.
Dans mon cabinet, je vois souvent des couples qui fonctionnent sur ce mode. Ils se disputent tout le temps, mais ils ne se quittent pas. La bagarre est leur langage commun, leur manière de rester connectés sans avoir à affronter leurs peurs respectives. Le travail consiste alors à les aider à expérimenter une autre forme de connexion, plus douce, plus apaisée. Ce n’est pas facile, car cela demande de lâcher une protection qui a fait ses preuves.
Si tu te reconnais dans cette recherche de bagarre, ou si tu vis avec quelqu’un qui fonctionne ainsi, sache qu’il est possible d’en sortir. Ce n’est pas une fatalité. Voici quelques pistes concrètes issues de mon expérience à Saintes.
Première étape : identifier ton « déclencheur » . Qu’est-ce qui précède la montée de colère ? Est-ce une sensation d’injustice ? Un sentiment d’être ignoré ? Une fatigue accumulée ? Tiens un petit carnet pendant une semaine. Note la situation, l’émotion ressentie juste avant, et la pensée automatique. Par exemple : « Mon collègue a pris mon idée sans me citer → colère → pensée : “Il me manque de respect, je dois lui remettre les pendules à l’heure.” » Ce simple recul crée un espace entre le stimulus et la réponse.
Deuxième étape : apprendre à réguler ton système nerveux. La bagarre est souvent une réponse physiologique avant d’être une décision consciente. Quand tu sens la montée d’adrénaline, avant de parler, fais une pause. Respire profondément pendant 10 secondes. Expire lentement. Mets ta main sur ton cœur. Cela envoie un signal de sécurité à ton cerveau : « Je ne suis pas en danger immédiat. Je peux choisir ma réponse. »
Troisième étape : exprimer le besoin derrière la colère. La colère est toujours un signal. Elle indique qu’un besoin n’est pas satisfait. Demande-toi : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? » Est-ce du respect ? De la reconnaissance ? Du temps pour toi ? De la sécurité ? Apprends à formuler ce besoin sans accuser l’autre. Par exemple : « Quand tu as pris mon idée sans me citer, je me suis senti invisible. J’ai besoin de reconnaissance pour mon travail. »
Quatrième étape : accepter la vulnérabilité. C’est la plus difficile. La bagarre te protège de la peur, de la honte, de la tristesse. Mais ces émotions ne sont pas tes ennemies. Elles font partie de toi. En thérapie, je guide mes patients à rencontrer ces parties vulnérables avec l’IFS. La partie qui cherche la bagarre n’est pas « mauvaise ». Elle a une mission : te protéger. Remercie-la pour son travail, puis dis-lui que tu peux désormais assurer la sécurité autrement.
Cinquième étape : expérimenter un conflit sain. Un conflit n’est pas forcément une bagarre. C’est une différence de point de vue. Tu peux apprendre à dire non, à poser une limite, à exprimer un désaccord sans attaquer. Commence par des petites choses : « Je ne suis pas d’accord avec ça, voici pourquoi. » Sans hausser le ton, sans dévaloriser l’autre. C’est un muscle qui se renforce avec la pratique.
Chercher la bagarre est souvent une tentative maladroite de prendre soin de soi. Derrière l’agressivité, il y a une blessure, une peur, un besoin non comblé. En comprenant cela, tu peux cesser de te juger ou de juger l’autre. Tu peux commencer à voir le conflit non plus comme une
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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