3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le piège de la bonté et comment en sortir.
Tu es assis dans mon bureau depuis vingt minutes. Tu viens de me raconter une énième situation où tu as accepté quelque chose que tu ne voulais pas vraiment faire. Un service supplémentaire au travail. Un week-end chez des beaux-parents alors que tu rêvais de silence. Un prêt d’argent que tu sais ne pas revoir. Et pendant que tu parles, tes épaules remontent vers tes oreilles, ta voix devient plus aiguë. Tu conclus souvent par la même phrase, avec un petit rire gêné : « Bon, c’est pas grave, je suis gentil(le), hein. »
Sauf que toi et moi savons bien que c’est grave. Que cette « gentillesse » te coûte de l’énergie, du sommeil, parfois de l’argent, et surtout une part de toi-même que tu ne reconnais plus. Tu passes pour quelqu’un de fiable, d’arrangeant, de doux. Mais à l’intérieur, tu bouillonnes, tu culpabilises, ou tu t’éteins. Et plus tu es gentil(le), moins on te respecte. Pourquoi ? Et comment en sortir sans devenir cynique ou égoïste ?
Je vais te dire une chose qui peut sembler brutale : la gentillesse que tu pratiques n’en est pas toujours une. C’est souvent une stratégie de survie sociale apprise dans l’enfance, un masque qui te protège du conflit, du rejet, de l’abandon. Et ce masque, il t’empêche aujourd’hui d’être respecté(e) parce qu’il envoie un message involontaire : « Mes besoins sont moins importants que les tiens. »
Allons voir ensemble pourquoi ce piège se referme, et surtout comment tu peux commencer à t’en libérer, pas à pas, sans perdre ta chaleur humaine.
Tu as probablement grandi avec une croyance puissante : si je suis gentil(le), les gens m’aimeront, et si les gens m’aiment, ils me respecteront. C’est logique, c’est rassurant, c’est même ce que beaucoup de contes et de films nous racontent. Sauf que la vie réelle ne fonctionne pas comme ça.
Le respect ne se fonde pas sur la complaisance. Il se fonde sur la fiabilité, l’intégrité, la capacité à dire non quand c’est juste, et surtout sur le fait d’avoir une colonne vertébrale. Quand tu dis « oui » à tout, tu deviens prévisible, malléable, voire transparent(e). Les personnes autour de toi apprennent rapidement qu’elles peuvent compter sur toi pour combler leurs besoins, mais qu’elles ne peuvent pas compter sur toi pour poser une limite. Et sans limite, il n’y a pas de respect. Il y a de l’usage, de l’habitude, parfois même un mépris doux.
Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Mais je suis gentil(le), pourquoi est-ce que les gens en profitent ? » La réponse est difficile à entendre : parce que tu leur enseignes que c’est possible. Chaque fois que tu acceptes quelque chose que tu ne veux pas, tu entraînes ton entourage à penser que ton « non » n’existe pas. Tu deviens une surface lisse sur laquelle tout glisse, mais rien ne s’accroche.
Le respect n’est pas la récompense de la gentillesse. Il est la conséquence d’une présence claire, même quand elle dérange.
Alors non, je ne te dis pas d’arrêter d’être gentil(le). Je te dis d’arrêter d’être gentil(le) à la place d’être toi-même. La distinction est fine, mais elle change tout.
Si tu es du genre à dire « oui » la bouche serrée, à t’excuser d’exister, à minimiser tes besoins pour ne pas déranger, il y a de grandes chances que tu portes une peur ancienne. La peur du rejet, celle qui s’est installée un jour, souvent dans l’enfance, quand tu as appris que pour être accepté(e), il fallait être « sage », « agréable », « facile à vivre ».
Peut-être que tu avais un parent exigeant, imprévisible, ou simplement absent. Peut-être que tu as appris très tôt qu’exprimer un besoin ou un désaccord provoquait une crise, un silence, une colère. Alors tu as développé une stratégie de survie : faire plaisir pour rester en sécurité. Ce mécanisme, les psys l’appellent l’attachement anxieux ou la tendance au « people pleasing ». Mais toi, tu l’appelles simplement « être gentil(le) ».
Le problème, c’est que ce mécanisme est devenu automatique. Il s’active sans que tu le décides. Un collègue te demande de finir son rapport à ta place, et ta bouche dit « oui » avant même que ton cerveau ait eu le temps de peser le pour et le contre. Ton partenaire change les plans du week-end, et tu encaisses avec un sourire, même si à l’intérieur tu es déçu(e). Tu préfères avaler ta frustration plutôt que de risquer une tension.
Cette peur du rejet est sournoise. Elle te fait croire que dire non, c’est perdre l’autre. Mais en réalité, dire non, c’est juste refuser une demande. L’autre peut être déçu, contrarié, mais ce n’est pas la fin du monde. Et surtout, ce n’est pas la fin de la relation. Une relation qui ne survit pas à un « non » n’était pas une relation de respect. C’était un arrangement où toi tu donnais et l’autre prenait. Sans équilibre, sans réciprocité.
Je te propose un petit test pour la semaine qui vient : chaque fois que tu sens ce fameux « oui » automatique monter dans ta gorge, prends trois secondes. Respire. Et demande-toi : « Est-ce que je veux vraiment faire ça, ou est-ce que j’ai peur de la réaction de l’autre si je refuse ? » Juste te poser la question, c’est déjà un premier pas. Tu n’es pas obligé(e) de refuser tout de suite. Mais commence à observer.
Il y a un paradoxe fascinant que je vois tous les jours dans mon cabinet. Les personnes les plus gentilles, les plus dévouées, sont souvent celles que l’on écoute le moins. On les apprécie, on les sollicite, mais on ne les prend pas au sérieux. Pourquoi ? Parce que la gentillesse excessive est perçue, inconsciemment, comme un manque d’assurance.
Quand tu es toujours d’accord, toujours arrangeant(e), tu envoies un signal involontaire : « Je n’ai pas de position ferme. Je suis flexible, adaptable, je peux me plier. » Dans un contexte professionnel, on te confie des tâches ingrates, on t’oublie dans les promotions, on te sollicite pour les sales boulots. Dans ta vie personnelle, on annule des rendez-vous avec toi sans scrupule, on ne te consulte pas pour les décisions, on te considère comme un bonus, pas comme un pilier.
Je pense à Céline, une femme que j’ai accompagnée il y a quelques années. Elle était infirmière, réputée pour sa douceur et sa disponibilité. Ses collègues l’adoraient, mais elle était systématiquement de garde les jours fériés, on lui refilait les patients les plus difficiles, et elle n’avait jamais été augmentée. Quand elle a commencé à poser des limites, à dire « non, je ne peux pas prendre ce tour de garde », certains ont été surpris. Quelques-uns ont même dit qu’elle avait « changé », qu’elle était « devenue moins agréable ». Mais ceux qui comptaient, ses vrais alliés, ont commencé à la respecter davantage. Elle est devenue quelqu’un dont l’avis comptait.
Le respect, c’est ça : ce n’est pas un dû, ce n’est pas une récompense. C’est une réponse à une présence stable, prévisible dans ses valeurs, pas dans sa complaisance. Quand on sait que tu peux dire non, ton « oui » prend tout son poids. Quand on sait que tu peux te fâcher, ton calme devient une force. Mais tant que tu restes dans la gentillesse inconditionnelle, tu es une variable d’ajustement. Un meuble confortable. Pas une personne avec qui il faut compter.
J’aimerais qu’on fasse une distinction importante, parce qu’elle va t’aider à sortir du piège. La gentillesse, telle que tu la pratiques souvent, est une stratégie sociale conditionnée. Elle est mécanique, automatique, et elle vise à éviter le conflit ou à obtenir une validation. La bonté, en revanche, est un choix conscient. Elle vient d’un cœur apaisé, pas d’une peur.
Être bon(ne), c’est offrir quelque chose de toi parce que tu en as envie, parce que ça te fait plaisir, parce que tu as la capacité de le faire sans t’épuiser. Être gentil(le) (dans le sens problématique), c’est offrir quelque chose parce que tu ne sais pas faire autrement, parce que tu as peur des conséquences, parce que tu espères un retour implicite (de l’amour, de la reconnaissance).
La différence est visible dans ton corps. Quand tu fais un acte de bonté choisi, tu te sens léger(ère), connecté(e), parfois même joyeux(se). Quand tu fais un acte de gentillesse forcée, tu sens une tension dans la mâchoire, une boule au ventre, une fatigue sourde qui s’installe après. Tu fais le geste, mais tu es vidé(e). C’est le signe que tu es en train de te sacrifier, pas de donner.
Donner par peur, ce n’est pas aimer, c’est survivre. Et survivre ne construit pas le respect, il construit l’épuisement.
Pendant longtemps, tu as peut-être cru que ta valeur résidait dans ce que tu apportais aux autres. Que plus tu donnais, plus tu valais. C’est une croyance qui vient souvent de loin, et elle est tenace. Mais elle est fausse. Ta valeur ne dépend pas de ce que tu fais pour les autres. Elle dépend de qui tu es quand tu n’as rien à donner. Et si tu ne sais pas qui tu es sans tes services rendus, il est temps de faire connaissance avec toi-même.
C’est une question que tu t’es probablement posée en regardant quelqu’un autour de toi : ce collègue un peu brusque, cet ami qui pose des limites claires, ce parent qui ne cède pas aux caprices. Et tu t’es dit : « Mais lui, il dit non tout le temps, et tout le monde le respecte. Pourquoi pas moi ? »
La réponse est simple, mais elle demande de changer de perspective : ceux qui disent non sont respectés non pas parce qu’ils sont désagréables, mais parce qu’ils sont prévisibles dans leur intégrité. Quand quelqu’un dit non, on sait où il se tient. On sait qu’il ne se laissera pas marcher sur les pieds. On sait que son oui a de la valeur. Et ça, inconsciemment, ça attire le respect.
Prenons l’exemple du football, que je connais bien pour accompagner des joueurs. Un capitaine d’équipe qui est toujours gentil, qui ne recadre jamais, qui accepte toutes les décisions de l’entraîneur sans broncher, il n’est pas respecté par ses coéquipiers. Il est apprécié, peut-être, mais pas suivi. En revanche, un capitaine qui sait dire : « Non, ce n’est pas comme ça qu’on fait, on respecte le plan de jeu », même si ça crée une tension, il gagne la confiance et le respect. Parce qu’il a une colonne vertébrale.
Toi, tu n’as pas besoin de devenir un(e) capitaine autoritaire. Mais tu as besoin de retrouver ta colonne. Et ça commence par de petits « non » quotidiens. Refuser un café quand tu n’en as pas envie. Dire à un collègue que tu ne peux pas l’aider maintenant, mais que tu es disponible dans deux heures. Dire à ton conjoint ou ta conjointe que ce film ne te tente pas, et proposer autre chose. Des micro-non, qui n’ont rien de dramatique, mais qui réhabituent ton cerveau à l’idée que dire non, c’est possible, et que le monde ne s’effondre pas.
J’entends souvent cette peur : « Si je change, je vais devenir égoïste, froid(e), insensible. » C’est une peur légitime, mais elle est basée sur une illusion. Passer de la gentillesse forcée à une bonté choisie, ce n’est pas devenir méchant(e). C’est devenir entier(e). C’est arrêter de t’oublier pour exister. Voici trois étapes que je propose régulièrement aux personnes que j’accompagne. Elles sont simples, mais elles demandent de la pratique.
Étape 1 : Apprends à ressentir la différence entre « je veux » et « je dois ».
Pendant une semaine, tiens un petit carnet ou une note sur ton téléphone. Chaque fois que quelqu’un te fait une demande, arrête-toi trois secondes et pose-toi la question : « Est-ce que je fais ça parce que j’en ai envie, ou parce que je me sens obligé(e) ? » Note juste ça. Pas besoin de changer tout de suite. Observe le nombre de fois où tu agis par obligation. Tu vas probablement être surpris(e). Cette prise de conscience est le début de tout.
Étape 2 : Entraîne-toi au « non » en temps différé.
Si dire non en direct te semble impossible, commence par gagner du temps. Quand on te demande quelque chose, réponds : « Laisse-moi vérifier mon planning / réfléchir / voir si je peux, je te réponds dans une heure. » Ce simple délai te permet de sortir du réflexe du « oui » automatique. Une fois que tu es seul(e), tu peux décider en conscience. Et si tu décides de dire non, tu le fais par texto ou par message, ce qui est souvent plus facile au début.
Étape 3 : Réhabilite le conflit sain.
Le conflit n’est pas une catastrophe. C’est une conversation où deux besoins différents se rencontrent. Tu as grandi en pensant que le conflit était dangereux, qu’il menaçait le lien. Mais en réalité, un conflit mené avec respect renforce le lien. Il dit : « Je tiens assez à toi pour être honnête, et je tiens assez à moi pour ne pas m’effacer. » Commence par des sujets légers. Dis à un ami : « Je préfère qu’on aille dans ce resto plutôt que celui que tu as proposé. » Il n’y a pas d’enjeu vital. Tu exprimes une préférence. Et tu vois que la relation survit, et même qu’elle devient plus vivante.
Je vais être honnête avec toi, comme je le suis avec les personnes qui viennent me voir. Rester dans ce fonctionnement de gentillesse excessive, ce n’est pas sans conséquences. À court terme, tu évites les conflits, tu restes apprécié(e), tu te sens utile. Mais à moyen et long terme, le prix est lourd.
Tu risques d’abord l’épuisement. Cette fatigue chronique qui ne passe pas, ce sentiment d’être vide, de donner sans recevoir. C’est le burn-out de la gentillesse. Tu risques ensuite la rancœur. Un jour, sans prévenir, toute cette colère refoulée va exploser. Tu vas dire des choses que tu regrettes, ou tu vas couper les ponts brutalement avec des personnes que tu aimais. La gentillesse non régulée finit toujours en violence retournée, contre les autres ou contre toi-même.
Tu risques surtout de ne plus savoir qui tu es. Quand on passe des années à s’adapter aux autres, à répondre à leurs attentes, à lisser tout ce qui dépasse, on perd le contact avec ses propres désirs, ses propres goûts, sa propre voix. Tu deviens un reflet, une surface, une absence. Et ça, c’est peut-être la perte la plus douloureuse.
Je ne te dis pas ça pour te faire peur. Je te dis ça parce que je vois tous les
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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