3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une approche douce et efficace.
Il est 18h30, le dîner tarde un peu, vous êtes fatigué, et soudain, des cris percent le bruit de la casserole. Vous tendez l’oreille : “C’est à moi !” “Non, c’est à moi, rends-le-moi !” Puis le bruit sourd d’une bousculade, un hurlement, une porte qui claque. Vos deux enfants se battent encore.
Dans ces moments-là, le réflexe est souvent de foncer, de séparer les corps et de demander : “Qui a commencé ?” Ou pire : “C’est toi le grand, tu devrais savoir te contrôler.” Ou encore : “Arrêtez tout de suite, ou pas d’écran de la semaine.” Vous cherchez le fautif, vous distribuez des punitions, vous espérez que ça calme le jeu. Parfois ça marche sur le moment. Mais vous avez remarqué comme moi que, régulièrement, la même scène se rejoue le lendemain, avec juste un autre prétexte.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes depuis 2014, et je reçois des adultes qui souffrent de conflits dans leur vie. Mais ces conflits, ils les ont souvent appris enfants. Et ce que j’observe dans mon cabinet, c’est que la manière dont on intervient dans les disputes enfantines conditionne leur rapport au conflit pour la vie. Alors aujourd’hui, je vais vous proposer une autre voie. Une approche qui ne prend pas parti, qui ne désigne pas de coupable, et qui, contre toute attente, réconcilie vraiment.
Quand vous intervenez dans une dispute entre vos enfants, votre cerveau de parent cherche une solution rapide. Vous voulez que le bruit cesse, que la justice soit faite, et que chacun retrouve sa place. Alors vous demandez des comptes, vous écoutez les deux versions, vous pesez le pour et le contre, et vous rendez un verdict : “C’est toi le responsable, tu t’excuses.”
Ce processus semble logique. C’est celui qu’on utilise dans la vie professionnelle, dans les tribunaux, dans les conseils de classe. Mais dans une fratrie, il produit un effet secondaire toxique : il installe un juge extérieur. Les enfants cessent d’apprendre à négocier entre eux. Ils apprennent à plaider leur cause devant vous.
Un exemple concret : Lucas, 8 ans, et sa sœur Emma, 6 ans, se battent pour une tablette. Vous arrivez, vous les séparez, vous écoutez Lucas dire qu’il jouait depuis cinq minutes, et Emma dire qu’elle avait réservé son tour. Vous finissez par dire : “Lucas, tu as déjà eu la tablette ce matin, donne-la à ta sœur.” Sur le moment, Emma sourit, Lucas boude. Mais dans l’heure qui suit, Lucas trouve un moyen de coincer Emma dans le couloir, ou de cacher la tablette. Le conflit n’est pas réglé, il s’est déplacé.
Pourquoi ? Parce que Lucas n’a pas appris à partager volontairement. Il a appris que sa sœur a un allié puissant (vous) et qu’il doit ruser. Emma, elle, a appris qu’elle peut compter sur vous pour obtenir ce qu’elle veut sans avoir à négocier. Aucun des deux n’a développé la capacité à se mettre à la place de l’autre.
Prendre parti, c’est aussi envoyer un message implicite : “Je ne vous fais pas confiance pour régler ça tout seuls.” Or, la confiance est le carburant de l’autonomie. Si vous voulez des enfants capables de gérer leurs conflits à l’adolescence et à l’âge adulte, il faut commencer à leur faire confiance maintenant. Pas en les laissant se déchirer sans filet, mais en changeant votre rôle : de juge, vous devenez facilitateur.
Le piège du parent justicier, c’est qu’il croit rendre la paix. En réalité, il rend un verdict. Et un verdict, ça ne réconcilie pas, ça départage. La réconciliation demande un autre geste.
Avant d’apprendre à intervenir sans prendre parti, il faut comprendre ce qui se joue vraiment quand deux enfants se battent. Un conflit entre frères et sœurs, ce n’est jamais juste une histoire de jouet, d’écran ou de place dans la voiture. C’est toujours l’expression de trois besoins fondamentaux.
Le premier, c’est le besoin de connexion. L’enfant qui attaque ou qui crie cherche, en réalité, à être vu. Dans une fratrie, l’attention parentale est une ressource limitée. Quand un enfant sent qu’il n’a pas sa dose de regard, il provoque un conflit pour capter cette attention. Même négative, l’attention reste de l’attention. Et pour un enfant, être grondé est parfois préférable à être ignoré.
Le deuxième besoin, c’est le besoin de pouvoir. Chaque enfant a besoin de sentir qu’il a une emprise sur son environnement. Dans une relation fraternelle, ce pouvoir se négocie en permanence. “C’est moi le grand”, “C’est moi le chef”, “C’est à moi”. Ces phrases ne sont pas des revendications matérielles, ce sont des affirmations identitaires. L’enfant teste sa place dans la hiérarchie familiale.
Le troisième besoin, c’est le besoin de justice subjective. Pour un enfant, la justice, ce n’est pas ce qui est égal. C’est ce qui est juste pour lui. Et cette perception est éminemment personnelle. Si vous donnez une part de gâteau plus grosse à l’un parce qu’il a plus faim, l’autre vivra cela comme une injustice, même si c’est objectivement logique. Les enfants ont un radar ultra-sensible à l’équité perçue.
Quand vous comprenez ces trois besoins, vous réalisez que prendre parti ne résout rien. Si vous donnez raison au plus jeune, vous privez l’aîné de son besoin de pouvoir. Si vous punissez les deux, vous ne répondez pas à leur besoin de connexion. Si vous rendez un verdict basé sur des faits, vous ignorez leur besoin de justice subjective.
L’approche que je propose vise à reconnaître ces trois besoins simultanément, sans choisir un camp. Elle ne dit pas que le conflit est mauvais. Elle dit que le conflit est un signal, et que votre rôle n’est pas d’éteindre le signal, mais de comprendre ce qu’il indique.
Voici concrètement comment intervenir sans prendre parti. J’appelle cela la méthode “Stop, Reconnaître, Questionner”. Elle prend un peu plus de temps qu’une réprimande classique, mais elle produit des résultats durables. Je l’ai testée avec des parents que j’accompagne, et elle transforme la dynamique familiale en quelques semaines.
Quand les cris montent, approchez-vous calmement. Ne courez pas, ne criez pas. Votre calme est votre premier outil. Placez-vous entre les deux enfants, ou asseyez-vous à leur hauteur. Dites simplement : “Stop. Je vois que vous êtes en colère. On va s’asseoir une minute.”
Ne dites pas : “Arrêtez de vous battre !” Ne dites pas : “Qu’est-ce qui se passe encore ?” Ces formulations sont des jugements implicites. Dites juste “stop” comme un constat. Vous n’êtes pas en train d’arrêter un crime, vous êtes en train de créer une pause.
Cette pause est cruciale. Elle permet au système nerveux de redescendre. Un enfant en pleine bagarre est en mode survie. Son cortex préfrontal (la partie du cerveau qui réfléchit) est déconnecté. Vous ne pouvez pas raisonner un enfant qui crie. Vous devez d’abord l’aider à se calmer.
Restez silencieux quelques secondes. Respirez. Votre silence dit : “Je suis là, je ne panique pas, je ne choisis pas de camp.” C’est une présence neutre. Parfois, les enfants se calment juste parce que vous êtes là, sans rien dire.
Une fois que les corps sont séparés et que les voix baissent d’un ton, vous allez reconnaître ce que chacun ressent. Mais attention : reconnaître ne signifie pas donner raison. Vous allez dire à chacun ce que vous voyez, comme un miroir.
Regardez le premier enfant et dites : “Toi, tu es très en colère parce que tu avais pris ce jeu et que ta sœur l’a pris.” Puis regardez le second : “Et toi, tu es frustrée parce que tu pensais que c’était ton tour.” Ne cherchez pas à savoir qui a raison. Contentez-vous de nommer ce que vous observez.
Ce geste est puissant. Il montre à chaque enfant qu’il est vu. Son besoin de connexion est nourri. Il n’a plus besoin de crier pour exister. Et surtout, vous ne dites pas “tu as tort” ou “tu as raison”. Vous dites “je te vois, je vois ta colère, je vois ta frustration”.
Parfois, un enfant va protester : “Mais c’est pas juste, il a commencé !” Là, ne mordez pas à l’hameçon. Ne demandez pas de détails. Répondez : “Je comprends que tu trouves ça injuste. On va en parler dans une seconde, mais d’abord je veux être sûr d’avoir bien compris ce que toi tu ressens.” Vous restez centré sur l’émotion, pas sur les faits.
C’est l’étape la plus délicate, mais aussi la plus transformatrice. Au lieu de donner une solution, vous allez poser une question ouverte. Pas une question piège, mais une vraie question qui invite à la réflexion.
Par exemple : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour que vous puissiez tous les deux jouer avec ce jeu ?” Ou : “Comment est-ce qu’on peut s’arranger pour que chacun se sente respecté ?” Ou, si le conflit est trop chaud : “Est-ce que vous avez une idée pour que ça se passe mieux la prochaine fois ?”
Le mot clé, c’est “on” ou “vous”. Vous les mettez en position de résolveurs de problèmes. Vous leur dites, en substance : “Vous avez créé ce problème à deux, vous allez le résoudre à deux.” Vous n’êtes pas le distributeur de solutions, vous êtes le guide qui pose le cadre.
Souvent, les enfants vont proposer des solutions étonnantes. Parfois farfelues, parfois très justes. “On peut mettre un minuteur.” “On peut jouer ensemble.” “Je peux lui prêter si après il me prête son camion.” Laissez-les négocier. Votre rôle est juste de veiller à ce que chacun parle à tour de rôle et que personne ne domine.
Si aucune solution ne vient, vous pouvez en proposer une, mais toujours en la soumettant : “Et si on essayait de mettre un minuteur de dix minutes chacun ? Qu’est-ce que vous en pensez ?” Vous restez dans la proposition, pas dans l’injonction.
Un enfant qui trouve lui-même une solution l’applique trois fois mieux qu’une solution imposée. Parce qu’elle est sienne. Et ce sentiment d’appartenance est la clé de l’engagement.
Même avec la meilleure volonté du monde, il est facile de déraper. Voici les pièges les plus fréquents que je vois chez les parents que j’accompagne.
Le premier piège, c’est de vouloir trouver le “vrai” responsable. Vous pensez qu’en connaissant le début de l’histoire, vous pourrez rendre une justice parfaite. Mais la vérité, dans une dispute entre enfants, est toujours subjective. Chacun raconte l’histoire depuis son propre ressenti. Et ce ressenti est sa vérité. En cherchant le responsable, vous validez l’idée qu’il y a un bon et un méchant. Or, dans une relation, les conflits sont rarement unilatéraux.
Le deuxième piège, c’est de vouloir consoler celui qui pleure le plus fort. Un enfant qui pleure n’est pas nécessairement la victime. Parfois, il pleure parce qu’il a perdu son avantage, ou parce qu’il est frustré de ne pas avoir réussi à obtenir ce qu’il voulait. Si vous le consolez systématiquement, vous l’entraînez à utiliser les larmes comme arme. Consoler est humain, mais faites-le après avoir reconnu les deux parties.
Le troisième piège, c’est d’intervenir trop vite. Parfois, les enfants ont besoin de se confronter un peu pour apprendre à gérer leurs émotions. Si vous sautez dans l’arène au premier cri, vous les privez d’une occasion d’apprentissage. Bien sûr, si les coups partent, intervenez immédiatement. Mais une dispute verbale, même vive, peut être une opportunité. Attendez quelques secondes avant d’intervenir. Observez. Parfois, ils se débrouillent très bien sans vous.
Enfin, le piège le plus sournois, c’est de comparer les enfants. “Pourquoi tu ne peux pas être comme ton frère ?” ou “Lui au moins, il sait partager.” La comparaison est une blessure qui reste à vie. Elle installe une compétition malsaine et renforce le besoin de pouvoir dans sa version toxique. Chaque enfant est unique. Traitez-les comme tels.
La méthode des trois étapes n’est pas un protocole rigide. Elle s’adapte à l’âge des enfants. Avec des tout-petits (2-4 ans), l’étape du questionnement est trop abstraite. Leur cerveau ne peut pas encore imaginer des solutions. Avec eux, contentez-vous des deux premières étapes : stop et reconnaissance. Puis proposez une solution simple : “On va ranger ce jouet et en choisir un autre ensemble.” Vous restez neutre, mais vous guidez plus fermement.
Avec des enfants d’âge scolaire (5-10 ans), la méthode complète fonctionne très bien. Ils commencent à avoir la capacité de se mettre à la place de l’autre et d’imaginer des compromis. Vous pouvez même les impliquer dans la création de règles familiales : “Quand on se dispute pour un jeu, qu’est-ce qu’on fait ?” Ensemble, vous écrivez les règles. Et quand le conflit éclate, vous pouvez vous y référer : “Qu’est-ce qu’on avait dit dans notre règle ?”
Avec des préadolescents (11-13 ans), attendez-vous à des résistances. Ils peuvent rouler des yeux, dire “laisse tomber”, ou refuser de parler. Ne forcez pas. Dites simplement : “Je vois que vous n’êtes pas prêts à en parler maintenant. Je suis disponible dans la cuisine si vous voulez venir quand vous serez calmés.” Puis partez. Le simple fait de ne pas insister est parfois ce qui les fait revenir. Ils ont besoin de sentir que vous les respectez assez pour leur laisser de l’espace.
Avec des adolescents (14+), votre rôle change encore. Ils ont besoin d’être traités en adultes en devenir. Vous pouvez leur dire : “Je vous fais confiance pour régler ça entre vous. Si vous avez besoin de moi pour arbitrer, je suis là, mais je préfère que vous trouviez votre propre solution.” Et tenez-vous à cette position. S’ils reviennent vers vous, écoutez sans juger, mais renvoyez-leur la responsabilité : “Qu’est-ce que vous proposez pour sortir de cette situation ?”
Quand vous appliquez cette approche régulièrement, quelque chose de subtil mais de profond se produit. Les enfants cessent de vous voir comme un arbitre. Ils commencent à se voir comme des coéquipiers face à un problème commun. La rivalité laisse place à une forme de coopération.
Le premier bénéfice, c’est la diminution des disputes. Pas leur disparition complète – un foyer sans dispute est un foyer sans vie – mais leur intensité et leur fréquence baissent. Les enfants apprennent à négocier avant que le conflit n’explose. Ils viennent vous voir en disant : “On n’est pas d’accord, tu peux nous aider à trouver une idée ?” Au lieu de : “Il m’a frappé !”
Le deuxième bénéfice, c’est le développement de l’empathie. En étant obligés d’écouter le point de vue de l’autre sans que vous prenie
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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