3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des outils pour ne plus réagir en mode survie dans le conflit.
Vous êtes là, en train de lire ces lignes, et peut-être que quelque chose résonne déjà. Un souvenir, une scène qui revient. Vous êtes en couple, et il y a ces moments où, sans vraiment comprendre pourquoi, une phrase de votre partenaire vous traverse comme une décharge. Ce n’est pas forcément un cri, ni une insulte. Parfois, c’est juste un silence. Un regard. Un ton de voix qui change. Et soudain, vous n’êtes plus vous-même. Votre ventre se serre, votre cœur s’emballe, et vous répondez d’une manière que vous regrettez dix minutes plus tard. Vous devenez quelqu’un que vous n’aimez pas : trop froid, trop agressif, trop en demande, ou complètement effacé.
Si vous vous reconnaissez dans cette description, sachez une chose : vous n’êtes pas seul. Et ce n’est pas un défaut de personnalité. C’est un mécanisme de survie qui s’active. Un réflexe archaïque, programmé bien avant que vous ne rencontriez votre partenaire. Dans mon cabinet à Saintes, je vois régulièrement des adultes intelligents, sensibles, qui vivent ces bascules dans l’intimité du couple. Ils me disent : « Je sais que j’exagère, mais je n’arrive pas à m’arrêter. » Ou : « Sur le moment, c’est plus fort que moi. » Et ils ont raison. C’est plus fort qu’eux. Parce que ce n’est pas une réaction réfléchie : c’est une réaction de survie.
Alors, comment faire pour ne plus réagir en mode survie dans le conflit ? Ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de compréhension et de pratique. Je vais vous montrer comment.
Imaginez la scène. Vous rentrez du travail, vous êtes fatigué. Votre partenaire vous dit, d’un ton neutre : « Tu as oublié de sortir les poubelles, ce soir. » Rien de méchant, en apparence. Pourtant, en vous, quelque chose s’embrase. Vous entendez : « Tu es nul. Tu ne fais jamais rien correctement. Je dois tout gérer toute seule. » Vous répondez sèchement : « Mais toi, tu n’oublies jamais rien, peut-être ? Tu es parfaite ? » Et voilà. La dispute est lancée.
Ce décalage entre ce qui est dit et ce qui est ressenti, c’est le cœur du problème. Ce n’est pas votre partenaire qui crée votre insécurité. C’est votre système d’attachement qui interprète la situation comme une menace. La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby puis Mary Ainsworth, nous apprend que nous avons tous, depuis l’enfance, construit des modèles intérieurs de ce à quoi ressemble une relation sécurisante. Si, petit, vous avez appris que l’autre pouvait être imprévisible, absent, ou critique, votre cerveau a enregistré une leçon : « Pour survivre, je dois être en alerte. »
Aujourd’hui, votre partenaire n’est pas votre parent. Mais votre cerveau, lui, ne fait pas bien la différence. Une remarque banale peut réactiver une blessure ancienne : celle de ne pas être assez bien, de ne pas être vu, d’être abandonné. Et votre système nerveux bascule en mode survie. Soit vous attaquez (mode combat), soit vous fuyez (mode fuite), soit vous vous figez (mode sidération), soit vous cherchez à apaiser à tout prix (mode soumission). Chacune de ces réponses a un coût : la déconnexion avec vous-même et avec l’autre.
Le piège, c’est de croire que c’est la faute de votre partenaire. « Si il/elle arrêtait de dire ça, je ne réagirais pas comme ça. » C’est tentant, mais ça vous enferme. Parce que vous attendez que l’autre change pour aller mieux. Et vous savez quoi ? L’autre ne changera pas aussi vite que vous le souhaitez. La seule chose que vous pouvez changer, c’est votre propre réaction. Et ça, c’est une bonne nouvelle : ça redonne du pouvoir.
Tous les conflits ne sont pas des réactions de survie. Parfois, il y a un vrai problème : une promesse non tenue, un manque de respect, une différence de valeurs. La difficulté, c’est que quand votre insécurité est activée, vous ne faites plus la différence. Tout devient une menace. Alors, comment savoir si vous réagissez à une blessure ancienne ou à une situation présente ?
Voici un indice simple : l’intensité de votre réaction est-elle proportionnelle à l’événement ? Si votre partenaire dit « Tu as oublié les poubelles » et que vous vous sentez anéanti, humilié, ou furieux au point de ne plus pouvoir parler, il y a de fortes chances que ce ne soit pas seulement les poubelles. C’est une vieille histoire qui se rejoue. À l’inverse, si votre partenaire vous dit « Je ne veux plus vivre avec toi » et que vous êtes effondré, c’est proportionnel. C’est un vrai problème.
Un autre indicateur, c’est la répétition. Vous remarquez que vous réagissez toujours de la même manière, sur les mêmes thèmes : le sentiment d’être rejeté, critiqué, ignoré, ou contrôlé. Ces thèmes sont vos points sensibles. Ils sont comme des cicatrices. Quand on les touche, ça fait mal, même si le geste est léger.
Enfin, observez ce qui se passe après la dispute. Si vous vous sentez honteux, confus, ou vidé, et que vous ne comprenez pas pourquoi vous avez réagi si fort, c’est un signe que votre système de survie a pris le contrôle. Vous n’étiez plus dans une relation adulte, mais dans une réaction d’enfant ou d’adolescent qui cherche à se protéger.
Je reçois souvent des couples où l’un des deux dit : « Mais je ne peux plus rien dire, tu prends tout mal. » Et l’autre répond : « Ce n’est pas ce que tu dis, c’est comment tu le dis. » Les deux ont raison. Le fond et la forme sont importants. Mais quand votre insécurité est activée, même la meilleure forme du monde peut être perçue comme une attaque. Le travail n’est donc pas seulement sur la communication, mais sur votre capacité à rester connecté à vous-même quand l’autre vous touche là où ça fait mal.
« Ce n’est pas l’autre qui crée votre insécurité. Il ou elle en est simplement le révélateur. Et ce révélateur, s’il est douloureux, est aussi une chance : celle de guérir une vieille blessure. »
Vous êtes en train de parler, et soudain, vous sentez la chaleur monter. Votre poitrine se serre. Vous avez envie de répondre, de vous défendre, de partir, ou de pleurer. C’est le moment crucial. Vous avez environ trois à cinq secondes pour choisir une autre voie. Passé ce délai, le réflexe de survie prend le dessus, et vous êtes embarqué.
La première chose à faire, c’est de reconnaître le signal. Donnez-lui un nom. Dites-vous intérieurement : « Ah, je sens que mon insécurité est activée. » Pas « Je suis nul(le) », pas « Il/elle est insupportable ». Juste un constat neutre. Ce simple geste mental crée un espace entre le stimulus et la réponse. Vous reprenez un peu de contrôle.
Ensuite, respirez. Une respiration lente, expiration plus longue que l’inspiration. Cela active votre système parasympathique, celui qui calme. Si vous pouvez, posez une main sur votre ventre ou votre cœur. Le contact physique avec vous-même est un ancrage puissant. Il vous dit : « Je suis là, je suis en sécurité, mon corps est mon allié. »
Puis, demandez un temps mort. Vous avez le droit. Vous n’êtes pas obligé de répondre immédiatement. Dites : « J’ai besoin d’une pause pour réfléchir. On en reparle dans dix minutes. » Ou : « Là, je sens que je réagis trop fort. J’ai besoin d’un instant. » Votre partenaire peut être surpris, mais c’est bien mieux que de laisser une dispute exploser. Certains partenaires comprendront, d’autres non. Si l’autre insiste pour continuer, vous pouvez dire : « Je t’entends, mais si je reste là maintenant, je vais dire des choses que je vais regretter. Je préfère qu’on se reparle plus tard. »
Pendant ce temps mort, ne ruminez pas. Ne rejouez pas la scène en boucle. Sortez de la pièce, marchez, buvez un verre d’eau, écoutez une musique qui vous calme. L’objectif est de faire redescendre votre système nerveux. Une fois que vous êtes plus calme, vous pouvez revenir vers votre partenaire et dire ce que vous avez ressenti, sans accuser. Par exemple : « Quand tu m’as dit ça tout à l’heure, j’ai entendu que je n’étais pas à la hauteur. Je sais que ce n’était pas ton intention, mais c’est ce que ça a réveillé en moi. » Vous parlez de vous, pas de l’autre. C’est désarmant.
L’IFS, ou Internal Family Systems, est une approche que j’utilise beaucoup avec les personnes que je reçois. Elle part d’une idée simple : vous n’êtes pas une seule personnalité, mais une famille intérieure de différentes parties. Il y a en vous une partie qui réagit avec colère quand vous vous sentez critiqué. Une autre qui se replie sur elle-même. Une autre qui cherche à tout prix à faire plaisir pour éviter le conflit. Et au centre, il y a votre Self : une présence calme, curieuse, compatissante. Le problème, c’est que quand une partie est activée, elle prend le contrôle et vous coupe de votre Self.
Prenons un exemple. Vous êtes en conflit avec votre partenaire. Une partie de vous, que j’appelle le « Protecteur », se lève et dit : « Attaque avant d’être attaqué ! » Elle vous pousse à être cassant, ironique, ou à faire la liste de tous les torts de l’autre. Cette partie est née pour vous protéger, autrefois. Peut-être que, enfant, vous deviez être fort et ne rien montrer pour ne pas être blessé. Aujourd’hui, ce protecteur fait son travail, mais il vous isole de votre partenaire.
L’IFS vous invite à dialoguer avec cette partie, pas à la combattre. Quand vous sentez la colère monter, au lieu de vous identifier à elle, vous pouvez lui dire intérieurement : « Je vois que tu es là. Merci d’essayer de me protéger. J’ai besoin que tu t’écartes un peu pour que je puisse gérer cette situation autrement. » Surprenant, non ? Mais ça marche. Quand vous reconnaissez une partie, elle se calme. Elle n’a plus besoin de crier pour être entendue.
Ensuite, vous pouvez aller voir ce qu’il y a en dessous. Sous la colère, il y a souvent de la peur. Peur d’être rejeté, peur de ne pas être aimé, peur d’être abandonné. Et sous la peur, il y a une blessure plus ancienne, ce que l’IFS appelle un « Exilé » : une partie de vous qui porte une douleur d’enfance. C’est elle qui a besoin d’être entendue, apaisée. Mais vous ne pouvez pas le faire en pleine dispute. C’est pour cela que le temps mort est essentiel : il vous permet de prendre soin de cette partie blessée, seul ou avec l’aide d’un thérapeute, avant de revenir vers l’autre.
L’IFS ne vous demande pas de supprimer vos réactions. Elle vous demande de les comprendre et d’en prendre soin. Plus vous pratiquez, plus vous devenez capable de reconnaître : « Ah, c’est ma partie critique qui parle, ce n’est pas moi tout entier. » Et cette distance fait toute la différence.
« Quand vous pouvez dire ‘une partie de moi est en colère’ au lieu de ‘je suis en colère’, vous venez de créer un espace de liberté. Dans cet espace, le choix redevient possible. »
L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à rester en lien avec l’autre tout en restant en lien avec soi-même. C’est une compétence qui se travaille. Dans le conflit, notre tendance naturelle est de nous couper : soit de nous (on s’oublie pour apaiser l’autre), soit de l’autre (on le rejette pour se protéger). L’Intelligence Relationnelle propose une troisième voie : rester connecté aux deux.
Un des outils les plus puissants que j’enseigne, c’est la « communication non violente » revisitée. Pas celle qui ressemble à un manuel, mais celle qui part du ressenti. Quand votre insécurité est activée, vous avez deux options : parler de ce que l’autre a fait, ou parler de ce que vous ressentez. La première mène à l’escalade. La seconde ouvre une porte.
Prenons une situation concrète. Votre partenaire rentre tard sans prévenir. Vous êtes anxieux. La réaction survie serait : « Tu pourrais prévenir, c’est pas compliqué ! Tu t’en fiches de moi ! » L’Intelligence Relationnelle vous invite à dire : « Quand tu rentres tard sans prévenir, je me sens inquiet et mis de côté. J’ai besoin de savoir que tu penses à moi. Est-ce qu’on peut trouver un signe pour me rassurer ? » Vous voyez la différence ? Vous parlez de vous, de votre besoin. Vous ne jugez pas l’autre. Et vous proposez une solution ensemble.
Cela demande de la pratique. Au début, ça sonne faux. On a peur de paraître faible ou artificiel. Mais avec le temps, ça devient naturel. Et ça change profondément la qualité de vos échanges. Votre partenaire n’est plus un ennemi à combattre ou un juge à apaiser. Il ou elle devient un allié avec qui vous cherchez une solution.
Un autre aspect de l’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à réparer après le conflit. Parce que vous allez encore avoir des bascules. Personne n’est parfait. L’important, c’est ce que vous faites après. Vous pouvez revenir vers votre partenaire et dire : « Tout à l’heure, j’ai réagi trop fort. Je suis désolé. Ce que tu as dit a réveillé quelque chose en moi, mais ce n’était pas ta faute. Est-ce qu’on peut reprendre ? » Cette phrase, dite sincèrement, désarme la plupart des mécanismes de défense de l’autre. Elle montre que vous êtes capable de vous remettre en question, et que la relation compte plus que d’avoir raison.
C’est peut-être le point le plus contre-intuitif. On a tous appris que le conflit est mauvais, qu’il faut l’éviter, le gérer, le résoudre au plus vite. Et si le conflit était en fait une occasion de se connaître plus profondément, soi et l’autre ? Je ne parle pas des disputes destructrices, avec insultes et mépris. Je parle de ces moments de tension où quelque chose d’important est en jeu.
Quand votre partenaire active votre insécurité, il ou elle touche à une partie vulnérable de vous. Cette partie a besoin d’être vue, comprise, apaisée. Si vous arrivez à accueillir cette vulnérabilité, sans la cacher derrière la colère ou le retrait, vous créez une intimité d’un nouveau genre. Vous dites à votre partenaire : « Voilà qui je suis vraiment, là où je suis fragile. » Et c’est terrifiant, mais c’est aussi ce qui rend une relation profonde.
J’ai accompagné un homme, appelons-le Marc, qui vivait chaque désaccord comme une catastrophe. Il avait grandi dans une famille où le conflit signifiait la rupture. Pour lui, être en désaccord, c’était risquer d’être abandonné. Il faisait tout pour éviter la confrontation, jusqu’à s’effacer complètement. Mais ça ne marchait pas : il accumulait de la rancœur, et explosait de temps en temps. Son couple en souffrait.
Avec l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, Marc a appris à repérer sa partie qui fuyait
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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