3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le récit d'une mère qui a transformé sa parentalité grâce à la thérapie.
Je ne vais pas vous mentir : la première fois que ma fille de six ans m’a dit « Maman, arrête de t’inquiéter, ça va aller », j’ai eu un choc. Pas parce qu’elle avait raison. Mais parce qu’elle avait parfaitement imité ma propre voix, mon propre rythme, ma propre façon de serrer les mâchoires en prononçant ces mots. Cette petite phrase, dite avec une maturité qui n’était pas la sienne, m’a renvoyée à une réalité que je fuyais depuis des années : mon anxiété n’était pas seulement la mienne. Elle était devenue un héritage invisible que je déposais chaque jour dans le cœur de mes enfants.
Je m’appelle Camille (j’ai changé mon prénom pour cet article, mais l’histoire est vraie). J’ai 38 ans, deux enfants — une fille de six ans et un garçon de huit ans — et jusqu’à il y a deux ans, j’étais convaincue que mon rôle de mère consistait à anticiper tous les dangers. À tout prévoir. À tout contrôler. À tout réparer avant que quoi que ce soit n’arrive. Je pensais être une mère responsable, attentive, aimante. En réalité, j’étais une mère anxieuse qui transmettait à ses enfants une vision du monde où le danger était partout, où l’erreur était inacceptable, où la moindre contrariété devenait une catastrophe annoncée.
Cet article raconte comment j’ai arrêté de transmettre mon anxiété à mes enfants. Pas parce que j’ai trouvé une méthode miracle, mais parce que j’ai accepté de regarder en face ce qui se jouait en moi. Et si vous lisez ces lignes, peut-être que quelque chose résonne déjà. Peut-être que vous aussi, vous sentez que votre stress personnel déborde sur vos enfants. Peut-être que vous vous reconnaissez dans cette vigilance épuisante, cette difficulté à lâcher prise, cette peur constante qu’il leur arrive quelque chose. Si c’est le cas, ce témoignage est pour vous.
« Tant que je contrôlais tout, je croyais protéger mes enfants. En réalité, je les empêchais de respirer. »
Pendant des années, je n’ai pas vu mon anxiété. Je la vivais comme une qualité. « Je suis une mère prévoyante », me disais-je. « Je suis attentive aux détails. Je ne laisse rien au hasard. » Je vérifiais trois fois le cartable avant le départ le matin. Je planifiais les goûters d’anniversaire un mois à l’avance. Je scrutais les moindres signes de fièvre avec une obsession qui aurait fait pâlir un interne en pédiatrie. Je lisais tous les livres sur l’éducation positive, je suivais tous les comptes Instagram de parentalité bienveillante, et pourtant, je passais mes journées dans un état d’alerte permanent.
Ce que je ne voyais pas, c’était l’impact de cette tension sur mes enfants. Mon fils, par exemple, avait développé une habitude étrange : il me demandait la permission pour tout. « Maman, je peux prendre un verre d’eau ? Maman, je peux aller aux toilettes ? Maman, je peux ouvrir la fenêtre ? » À huit ans, il n’osait plus rien faire sans mon accord tacite. Ma fille, elle, avait appris à lire mes expressions faciales avec une précision déconcertante. Si je pinçais les lèvres, elle changeait immédiatement de comportement. Si je fronçais les sourcils, elle se mettait à pleurer.
Je vivais dans l’illusion que mon stress était une affaire privée. Que mes enfants ne le ressentaient pas. Que je faisais bonne figure. Mais la vérité, c’est que les enfants sont des éponges émotionnelles. Ils ne captent pas ce que vous dites. Ils captent ce que vous êtes. Et ce que j’étais, c’était une femme tendue, hypervigilante, qui réagissait à chaque micro-événement comme s’il s’agissait d’une urgence vitale.
Le déclic est venu un soir de novembre. Mon fils avait un exposé à préparer sur les volcans. Rien de très compliqué. Mais j’ai passé deux heures à l’aider à structurer ses idées, à lui répéter les mêmes consignes, à lui montrer comment mieux organiser son PowerPoint. À la fin, il avait les larmes aux yeux. « Maman, je n’y arriverai jamais. » Ce n’était pas l’exposé qui lui faisait peur. C’était la pression qu’il sentait dans ma voix, dans mes gestes, dans cette urgence que je mettais à ce que tout soit parfait. Il avait internalisé mon anxiété. Il la vivait comme sienne.
C’est ce soir-là que j’ai compris que je ne pouvais plus continuer comme ça. Que mon amour maternel, déformé par ma propre anxiété, devenait toxique. Que je n’étais pas en train de protéger mes enfants, mais de leur apprendre à avoir peur du monde.
Quand j’ai commencé la thérapie avec Thierry, je pensais qu’on allait parler de techniques pour mieux gérer mon stress. Des exercices de respiration. Des protocoles pour rester calme face aux crises des enfants. Mais très vite, la conversation a pris une autre direction. Il m’a parlé de la théorie de l’attachement. Et tout a commencé à faire sens.
La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby puis approfondie par Mary Ainsworth, explique que les premiers liens que nous tissons avec nos parents conditionnent notre façon d’entrer en relation avec le monde. Si, enfant, vous avez grandi dans un environnement sécurisant, où vos besoins émotionnels étaient reconnus et apaisés, vous développez ce qu’on appelle un attachement sécure. Vous apprenez que le monde est globalement fiable, que les autres peuvent être une source de réconfort, que vous méritez d’être aimé sans conditions.
Mais si, comme moi, vous avez grandi avec un parent anxieux, instable ou imprévisible, vous développez un attachement insécure. Dans mon cas, c’était un attachement anxieux. Ma mère était une femme aimante, mais terriblement inquiète. Chaque sortie scolaire était précédée d’un briefing digne d’une mission d’espionnage. Chaque note en dessous de 15 était analysée comme un signe d’échec imminent. Chaque dispute avec une copine était interprétée comme le début d’une exclusion sociale définitive.
Je n’ai jamais appris à me sentir en sécurité dans le monde. J’ai appris à anticiper le danger. À tout contrôler pour éviter la catastrophe. À être constamment en alerte. Et ce mode de fonctionnement, je l’ai reproduit avec mes propres enfants, non par méchanceté, mais par transmission inconsciente.
« Nous ne transmettons pas notre anxiété parce que nous sommes de mauvais parents. Nous la transmettons parce que c’est la seule façon que nous avons apprise d’aimer. »
Thierry m’a expliqué que mon anxiété n’était pas un défaut de caractère, mais une stratégie de survie que j’avais développée dans l’enfance. Une stratégie qui avait peut-être eu du sens à l’époque, mais qui devenait dysfonctionnelle dans mon rôle de mère. Le travail n’était donc pas de « supprimer » mon anxiété, mais de comprendre d’où elle venait, et d’apprendre à répondre à mes propres besoins de sécurité d’une manière plus saine.
Cette prise de conscience a été un tournant. Je ne me suis plus vue comme une mère anxieuse à corriger, mais comme une femme qui portait en elle une histoire d’attachement à réparer. Et cette réparation, je ne la faisais pas seulement pour moi, mais pour mes enfants. Parce que je savais désormais que si je ne changeais pas mon propre mode d’attachement, je le transmettrais à la génération suivante, comme on transmet un héritage toxique dont personne n’a demandé à hériter.
Un des exercices les plus puissants que Thierry m’a donnés a été de tenir un « journal des peurs ». Pendant une semaine, je devais noter chaque fois que je ressentais une montée d’anxiété en lien avec mes enfants. Pas pour les analyser tout de suite, mais juste pour les observer. Et ce que j’ai découvert m’a sidérée.
Sur une semaine typique, j’ai noté 47 épisodes d’anxiété. 47 moments où mon corps se tendait, où mon cœur s’accélérait, où je me sentais obligée d’intervenir. Mais quand j’ai relu ces notes, j’ai réalisé que 43 de ces 47 peurs étaient des peurs imaginaires. Des scénarios catastrophes que je construisais dans ma tête. Mon fils qui tombait du toboggan et se brisait la nuque. Ma fille qui se faisait enlever dans la cour de récréation. Mon fils qui échouait à son contrôle et devenait un marginal. Ma fille qui se faisait rejeter par ses copines et restait seule toute sa vie.
Seules 4 de ces 47 peurs correspondaient à des situations réelles de danger immédiat. Et encore, ces 4 situations étaient parfaitement gérables : un enfant qui traversait la rue sans regarder, un autre qui grimpait un peu trop haut sur une structure de jeu.
Ce qui s’est passé à ce moment-là, c’est que j’ai pris conscience d’une chose simple mais fondatrice : mon anxiété n’était pas une indication fiable du danger. Elle était une réaction automatique de mon système nerveux, conditionné par des années d’hypervigilance. Mon cerveau interprétait l’incertitude comme une menace. Et cette interprétation, je la projetais sur mes enfants.
Thierry m’a appris une technique que j’utilise encore tous les jours. Quand je sens la panique monter, je fais une pause et je me pose trois questions :
Cette grille de lecture m’a libérée. Elle m’a permis de faire la différence entre protéger mes enfants (ce qui est nécessaire et sain) et les surprotéger (ce qui les empêche de développer leur propre confiance en eux). J’ai appris que laisser mon fils grimper à un arbre, c’est lui permettre d’expérimenter ses limites. Le surveiller en retrait, c’est être présente sans être envahissante. Lui interdire de grimper parce que j’imagine sa chute, c’est lui transmettre ma propre peur.
Le vrai travail de fond a commencé quand Thierry m’a introduite à l’IFS — l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur. Cette approche part du principe que notre psychisme est composé de multiples « parties », chacune avec sa propre perspective, ses propres émotions, ses propres croyances. Ces parties ne sont pas des troubles à éliminer, mais des protecteurs qui essaient de nous aider, souvent avec des méthodes qui datent de l’enfance.
Dans mon cas, j’ai rencontré une partie que j’ai appelée « La Vigie ». C’était une partie de moi qui ne supportait pas l’incertitude. Elle était toujours aux aguets, scrutant l’horizon pour déceler le moindre signe de danger. Elle était épuisée, mais elle ne pouvait pas se relâcher. Parce que dans sa logique, si elle baissait la garde une seule seconde, quelque chose de terrible arriverait à mes enfants.
Cette partie était née dans mon enfance, quand ma propre mère était anxieuse. À l’époque, la seule façon de me sentir en sécurité était de tout anticiper, de tout contrôler, de ne jamais être surprise. La Vigie avait été une alliée précieuse dans mon enfance. Mais aujourd’hui, elle était devenue un tyran qui me privait de la joie d’être mère.
Avec l’IFS, j’ai appris à dialoguer avec La Vigie. Pas à la combattre, mais à l’écouter. À comprendre ce qu’elle craignait vraiment. À lui montrer que j’étais désormais une adulte capable de gérer les imprévus. À lui demander de prendre un peu de recul, de me faire confiance.
« Quand j’ai cessé de lutter contre mon anxiété, elle a commencé à se calmer. Ce n’est pas la résistance qui guérit, c’est l’accueil. »
Ce processus n’a rien de magique. Il demande du temps, de la patience, et beaucoup de bienveillance envers soi-même. Mais il est profondément libérateur. Parce qu’au lieu de me considérer comme une mère anxieuse « qui devrait être plus calme », j’ai appris à reconnaître que j’avais une partie anxieuse en moi, et que cette partie avait besoin de réassurance, pas de rejet.
La théorie, c’est bien. Mais ce qui a vraiment transformé ma relation avec mes enfants, ce sont les micro-changements du quotidien. Des ajustements presque invisibles, mais qui ont eu des effets considérables.
Le premier changement a été d’arrêter de tout planifier. Avant, chaque journée était un programme militaire : heure du lever, heure du coucher, heure des devoirs, heure des écrans, heure du jeu. La moindre déviation me plongeait dans l’angoisse. J’ai appris à lâcher prise sur les horaires, à accepter que certains soirs, les devoirs se fassent en quinze minutes au lieu d’une heure, que le dîner soit parfois un peu plus tardif, que les enfants aient le droit de s’ennuyer sans que je comble immédiatement leur vide par une activité structurée.
Le deuxième changement a été d’apprendre à me taire. Quand mon fils fait une erreur, mon premier réflexe est encore de commenter, de corriger, de donner une leçon. J’ai appris à compter jusqu’à dix avant de parler. Parfois, je ne dis rien du tout. Et je vois que mes enfants trouvent leurs propres solutions. Ils se trompent, ils ajustent, ils apprennent. Sans que je sois constamment dans le rétroviseur.
Le troisième changement a été d’accepter que mes enfants vivent des émotions inconfortables. Avant, je ne supportais pas de les voir tristes, frustrés, déçus. Je me précipitais pour tout réparer, tout consoler, tout arranger. J’ai compris que cette incapacité à tolérer leur inconfort venait de ma propre incapacité à tolérer le mien. Aujourd’hui, je reste présente, mais je ne comble pas le vide. Je dis : « Je vois que tu es triste. Je suis là. » Et je les laisse traverser cette émotion, sans la fuir ni la nier.
Le quatrième changement a été de prendre soin de moi. J’ai longtemps cru qu’être une bonne mère, c’était se sacrifier. Que mon bien-être passait après celui de mes enfants. Mais j’ai découvert que mon anxiété était directement proportionnelle à mon épuisement. Plus je prenais soin de moi — dormir, marcher, lire, voir des amies — plus j’étais capable d’être une mère apaisée. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est une nécessité.
Aujourd’hui, deux ans après le début de ce travail, les changements sont visibles. Mon fils ne me demande plus la permission pour boire un verre d’eau. Il prend son verre, il le remplit, il boit. Parfois il renverse, mais il essuie. Il a gagné en autonomie, mais surtout en confiance. Il sait qu’il a le droit d’exister sans mon contrôle permanent.
Ma fille, elle, a arrêté de scruter mon visage pour savoir comment se comporter. Elle rit plus fort, elle pleure plus franchement, elle se dispute avec son frère sans que je panique à l’idée qu’ils ne s’aiment plus. Elle a découvert qu’elle pouvait
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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