PsychologieTrauma Et Resilience

7 idées reçues sur la résilience qui vous bloquent

Démêlez le vrai du faux pour avancer plus léger.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

« Je n’arrive pas à oublier ce qui s’est passé. Je suis faible. »

Je l’entends presque chaque semaine, posé sur le fauteuil en face de moi. Un cadre, une mère de famille, un sportif de haut niveau. Des personnes que je vois fonctionner, tenir, réussir même, et qui pourtant se jugent sévèrement de ne pas « s’en remettre » assez vite.

La résilience est devenue un mot-valise, un idéal un peu flou qu’on brandit comme un étendard : « Il faut être résilient. » Mais derrière cette injonction se cachent des croyances qui, loin d’aider, ajoutent une couche de culpabilité à la souffrance déjà présente.

Alors, posons les choses. Démêlons ensemble sept idées reçues sur la résilience, pour que vous puissiez avancer plus léger, sans vous battre contre un mythe.

1. « Être résilient, c’est ne pas souffrir »

C’est l’une des premières choses que les gens me disent : « Je vois bien que je ne suis pas résilient, parce que ça me fait encore mal. »

Prenons Luc, 42 ans, préparateur mental pour un club de football amateur. Il est venu me voir après une saison où son équipe a vécu une descente difficile, mais surtout après une rupture amoureuse qui l’a laissé « K.O. », selon ses mots. Il se décrivait comme « pas solide », parce que, six mois après, il avait encore des nuits agitées et des bouffées d’angoisse en croisant une voiture similaire à celle de son ex-compagne.

La résilience n’est pas l’absence de souffrance. C’est la capacité à traverser la souffrance, à vivre avec elle, à la digérer. Le mot vient du latin resilire : sauter en arrière, rebondir. Pas flotter sans se mouiller. Un élastique qui s’étire sous la tension ne « souffre » pas moins que celui qui casse. Il se déforme, il vibre, il chauffe. Mais il revient à sa forme initiale.

En hypnose ericksonienne, je vois cela tous les jours. Une personne peut pleurer en séance, revisiter un souvenir douloureux, ressentir de la colère ou de la tristesse. Ce n’est pas un signe d’échec. C’est le signe que le processus est en marche. La résilience n’est pas une armure qui vous rend insensible. C’est une souplesse intérieure qui vous permet de plier sans rompre.

Point clé : Si vous souffrez encore, vous n’êtes pas « faible ». Vous êtes humain, et votre système nerveux fait son travail de digestion émotionnelle. La résilience ne supprime pas la douleur, elle vous permet de la traverser sans y rester coincé.

2. « La résilience est un trait de caractère : on l’a ou on ne l’a pas »

Combien de fois ai-je entendu : « Lui, il est né résilient. Moi, je suis trop sensible. » C’est une croyance qui fige, qui enferme.

Je pense à Sophie, 34 ans, enseignante. Elle était convaincue d’être « fragile » depuis l’enfance. Sa mère lui répétait qu’elle « prenait tout trop à cœur ». Elle a vécu un deuil compliqué, et s’est sentie submergée pendant deux ans. Elle est venue me voir en disant : « Je ne suis pas faite pour ça. Je ne suis pas résiliente. »

La résilience n’est pas un trait de caractère inné. C’est un processus dynamique, qui se construit, s’apprend, se cultive. Des études en neuropsychologie (notamment celles de Boris Cyrulnik, que je cite souvent) montrent qu’elle dépend de facteurs multiples : la qualité des liens d’attachement, la capacité à donner du sens, le soutien social, et même… la plasticité cérébrale. Le cerveau change, les schémas de pensée se modifient.

Avec Sophie, nous avons travaillé sur ses croyances limitantes via l’IFS (Internal Family Systems – un modèle qui considère que nous avons tous des « parties » en nous, parfois protectrices, parfois blessées). Elle a découvert qu’une partie d’elle, très jeune, avait décidé qu’elle était « trop sensible » pour se protéger des attentes trop élevées de son entourage. En séance, nous avons accueilli cette partie, sans la juger. Petit à petit, Sophie a développé de nouvelles ressources – des ancrages en hypnose, des routines de régulation émotionnelle, une relecture de son histoire.

Aujourd’hui, elle ne se dit plus « pas résiliente ». Elle dit : « J’apprends à être résiliente. » Et c’est infiniment plus puissant.

3. « La résilience, c’est revenir exactement comme avant »

C’est une idée tenace, surtout chez les sportifs que j’accompagne. Un coureur de fond, après une blessure grave, me dit : « Je veux retrouver mon niveau d’avant. Mon chrono d’avant. Mon corps d’avant. »

Mais la résilience n’est pas un retour à l’identique. C’est une transformation. Vous ne traversez pas une épreuve sans en être marqué. L’idée n’est pas de « tout effacer » pour revenir à l’état initial, mais d’intégrer l’expérience pour en sortir différent – parfois plus fort, parfois plus vulnérable sur certains aspects, mais toujours plus conscient.

Prenons une métaphore que j’utilise souvent : un arbre après une tempête. Il ne retrouve pas exactement la même forme. Il a perdu des branches, il s’est tordu. Mais s’il survit, son tronc se renforce, ses racines plongent plus profond, et sa ramure repousse ailleurs, parfois plus basse, mais plus dense. Il n’est pas « comme avant ». Il est autrement.

En préparation mentale, je travaille avec les footballeurs sur cette idée. Un joueur qui revient d’une grave blessure au genou ne sera jamais « le même » techniquement, dans sa façon de courir, de pivoter. Mais il peut développer une intelligence de jeu différente, une lecture plus fine, une résistance mentale accrue. L’acceptation de cette perte (du « moi d’avant ») est une étape clé de la résilience.

Alors, si vous avez l’impression de ne pas « retrouver » qui vous étiez, peut-être que vous êtes en train de devenir quelqu’un de nouveau. Et c’est OK.

4. « Pour être résilient, il faut être autonome et ne rien demander »

Ah, celle-là, elle est tenace. L’image du héros solitaire, du guerrier qui encaisse sans broncher, qui ne pleure pas, qui n’appelle pas à l’aide. C’est un modèle toxique, surtout pour les hommes, mais pas seulement.

Je reçois régulièrement des personnes qui disent : « Je ne veux pas déranger. Je gère tout seul. » Et qui s’épuisent. La résilience n’est pas l’autonomie absolue. C’est au contraire la capacité à tisser des liens, à s’appuyer sur les autres, à demander du soutien.

Les recherches en psychologie du trauma sont claires : le facteur numéro un de résilience, c’est la qualité des relations. Un adulte qui a vécu un événement difficile s’en sort d’autant mieux qu’il a au moins une personne – un ami, un thérapeute, un membre de sa famille – à qui il peut se confier sans crainte d’être jugé.

En IFS, on appelle cela la connexion avec le « Self » – cette partie de nous qui est calme, curieuse, compatissante. Mais le Self ne peut pas se construire seul dans une tour d’ivoire. Il s’épanouit dans la relation. L’hypnose ericksonienne aussi valorise l’alliance thérapeutique : le changement se fait dans un espace de confiance partagé.

Point clé : Demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est une compétence de résilience. Les personnes les plus résilientes ne sont pas celles qui ne souffrent jamais, mais celles qui savent tendre la main quand elles trébuchent.

5. « La résilience est un processus rapide : en quelques mois, c’est réglé »

Notre époque est obsédée par la vitesse. On veut des résultats immédiats : une séance d’hypnose pour arrêter de fumer, un mois de préparation mentale pour être au top, un an pour « guérir » d’un trauma. Et quand ça ne va pas assez vite, on se sent en échec.

Je pense à Marc, 52 ans, chef d’entreprise. Après un burn-out sévère, il s’est fixé un objectif : « Dans six mois, je repars à fond. » Six mois plus tard, il était encore fatigué, avec des angoisses et une culpabilité écrasante. Il se disait « nul », « pas résilient ».

La résilience n’a pas de calendrier. Elle est profondément individuelle. Certaines personnes traversent une épreuve en quelques mois, d’autres mettent des années. Et ce n’est pas une compétition. Le cerveau a besoin de temps pour intégrer une expérience traumatique, pour reconsolider la mémoire, pour créer de nouveaux circuits neuronaux. L’hypnose ericksonienne, par exemple, ne « force » pas le changement. Elle crée les conditions pour que le changement émerge, à son rythme.

Avec Marc, nous avons travaillé sur l’acceptation de la lenteur. Je lui ai proposé un exercice simple : chaque soir, noter une petite victoire, même minuscule. Un verre d’eau bu en pleine conscience. Une minute de respiration calme. Un mot gentil échangé avec son fils. Petit à petit, il a cessé de se battre contre le temps. Il a compris que la résilience est un processus, pas un événement.

Si vous êtes en train de traverser une période difficile, ne vous mettez pas la pression du chronomètre. Vous avez le droit de prendre le temps qu’il faut.

6. « Si vous êtes résilient, vous n’aurez plus jamais de moments de fragilité »

C’est une illusion fréquente. On imagine qu’une fois « guéri », on devient invulnérable. Que la résilience, c’est un état permanent, une sorte de super-pouvoir.

Or, la résilience est cyclique. Elle n’efface pas les moments de doute, de tristesse, de peur. Elle vous donne juste des outils pour les traverser sans vous noyer.

Un exemple concret : un sportif que j’accompagne, après une préparation mentale intense pour un marathon, a réussi une course magnifique. Trois semaines plus tard, il a vécu une déception professionnelle et s’est effondré. « Mais je croyais que j’étais résilient maintenant ? », m’a-t-il dit.

La résilience n’est pas un vaccin contre la souffrance. C’est une compétence qui doit être pratiquée, entretenue, comme un muscle. Vous pouvez avoir des rechutes, des jours sans, des moments où tout semble fragile. Cela ne signifie pas que vous avez « perdu » votre résilience. Cela signifie que vous êtes humain, et que votre système nerveux réagit à un nouveau stress.

En IFS, on accueille ces moments comme des invitations à rencontrer une partie de soi qui a besoin d’attention. En hypnose, on peut renforcer des ressources, mais on ne crée pas une armure définitive. La vulnérabilité fait partie du vivant.

Alors, si vous avez un « mauvais jour », ne vous jugez pas. Respirez. Rappelez-vous que vous avez déjà traversé des tempêtes. Celle-ci aussi passera.

7. « La résilience, ça se travaille tout seul, dans sa tête »

Dernière idée reçue, et non des moindres : on croit que la résilience est un travail purement mental, une affaire de volonté, de pensée positive, d’auto-discipline. « Je vais me raisonner », « Je vais me dire que ça va aller », « Je vais me forcer à sourire. »

Mais la résilience ne se joue pas que dans la tête. Elle se joue dans le corps, dans les sensations, dans la régulation du système nerveux. Quand vous êtes en état de stress post-traumatique, votre cerveau limbique (l’amygdale) est en alerte permanente. Vous ne pouvez pas « penser » votre chemin hors de cet état. Vous devez passer par le corps.

C’est là que l’hypnose ericksonienne est particulièrement utile. Elle permet d’accéder à des états modifiés de conscience où le corps peut se détendre, où le système nerveux parasympathique peut s’activer. Les ancrages, les visualisations, les métaphores travaillent à un niveau non verbal, directement sur les circuits émotionnels.

Je me souviens d’une patiente, Anne, victime d’une agression. Elle avait tout essayé : la pensée positive, les affirmations, les listes de gratitude. Rien n’y faisait. Elle continuait à faire des cauchemars, à sursauter au moindre bruit. En séance, nous avons utilisé une métaphore de jardin : elle a imaginé planter une graine de sécurité dans son ventre, l’arroser avec une lumière chaude, la voir grandir. Ce n’était pas « rationnel ». Mais son corps a répondu. Sa respiration s’est ralentie. Ses épaules sont descendues. Les cauchemars ont diminué.

La résilience s’ancre dans le corps. Si vous voulez avancer, ne vous contentez pas de penser. Bougez, respirez, ressentez. Laissez votre corps vous guider.

Alors, comment avancer, maintenant ?

J’espère que ces sept idées reçues vous aident à lâcher un peu de poids. La résilience n’est pas un concours. Elle n’est pas une performance. Elle est une danse avec la vie, avec ses cycles de douleur et de joie, de rupture et de reconstruction.

Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces blocages, voici une petite chose que vous pouvez faire maintenant :

  1. Prenez une inspiration lente par le nez, en comptant jusqu’à 4.
  2. Retenez votre souffle 2 secondes.
  3. Expirez lentement par la bouche, en comptant jusqu’à 6.
  4. Répétez trois fois.

Ce simple geste active votre système nerveux parasympathique, celui du repos et de la digestion. Vous n’êtes pas en train de « forcer » la résilience. Vous êtes en train de créer un espace intérieur où elle peut émerger.

Et si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement plus profond, sachez que vous n’êtes pas seul. J’accompagne des adultes à Saintes depuis 2014, avec l’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle. Que vous soyez un sportif cherchant à rebondir après une contre-performance, ou une personne traversant une épreuve de vie, je suis là pour vous aider à construire votre propre chemin de résilience.

Pas de pression. Pas de jugement. Juste un espace où vous pouvez être vous-même, avec vos fragilités et vos forces.

Si cet article vous a parlé, prenez contact. On se rencontrera autour d’un café (ou d’un thé), dans mon cabinet à Saintes, ou en visio si vous êtes loin. On parlera de ce qui vous bloque, de ce que vous voulez vraiment, et on construira ensemble les premières pierres de votre résilience singulière.

Parce qu’au fond, la résilience, ce n’est pas un idéal à atteindre. C’est une aventure à vivre, à votre rythme, à votre manière.

Avec toute ma bienveillance,

Thierry

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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