3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Brouillard mental, oublis : les causes possibles.
Vous êtes là, devant votre écran, une tasse de café refroidi à la main. Vous relisez le même paragraphe pour la troisième fois, et les mots dansent, refusent de s’assembler. Vous avez l’impression d’avoir un brouillard dans la tête, un coton épais qui ralentit tout. Vous oubliez le nom d’un collègue, la date d’un rendez-vous, ou même ce que vous êtes venu chercher dans la cuisine. Et au fond de vous, une voix s’inquiète : « Est-ce que je perds la tête ? »
Je reçois des personnes comme vous presque chaque jour dans mon cabinet à Saintes. Des adultes actifs, des parents, des sportifs, des cadres. Ils viennent pour un mal-être général, une anxiété tenace, ou des blocages dans leur vie. Mais très vite, un détail revient comme une ritournelle : « Je n’arrive plus à me concentrer », « J’ai des trous de mémoire », « Je suis lent ». Et ils se demandent si ce n’est pas un signe de vieillissement prématuré ou de burn-out. Parfois, c’est effectivement lié au surmenage. Mais bien plus souvent que ce que l’on imagine, derrière ces symptômes de brouillard cognitif, se cache un traumatisme non résolu.
Avant de paniquer ou de vous résigner, je vous propose d’explorer ensemble pourquoi votre cerveau peut se mettre en mode « off » au moment où vous avez besoin de clarté. Et surtout, comment l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle peuvent vous aider à retrouver une tête claire et une mémoire fiable.
« Le cerveau traumatisé n’est pas un cerveau défaillant. C’est un cerveau qui fait tout son possible pour vous protéger, même si cela signifie sacrifier votre concentration et votre mémoire. »
Imaginez que vous êtes dans une forêt, et que vous entendez soudain un grognement derrière un buisson. En une fraction de seconde, votre corps se fige, votre cœur s’accélère, votre respiration devient courte. Vous ne pensez plus à la liste de courses ni à votre prochaine réunion. Vous êtes en mode survie. Votre cerveau reptilien, la partie la plus ancienne et la plus automatique de votre système nerveux, a pris le contrôle. Il a une seule mission : vous garder en vie.
Ce mécanisme est formidable quand il y a un vrai danger. Le problème, c’est que quand vous avez vécu un traumatisme, votre système d’alarme reste en permanence en veille, même quand il n’y a plus de danger. Un mot, une odeur, un regard, une situation de stress – même minime – peut activer ce circuit de survie. Et quand ce circuit est allumé, votre cortex préfrontal, la partie de votre cerveau responsable de la concentration, de la planification, de la mémoire de travail et de la prise de décision, est partiellement mis hors tension.
C’est comme si votre ordinateur avait un logiciel antivirus qui tournait en permanence en arrière-plan, consommant 80% de la mémoire vive. Vous pouvez essayer d’ouvrir vos applications de travail, mais tout rame, tout est lent, et parfois ça plante. Votre cerveau fait exactement la même chose. Le traumatisme n’est pas un souvenir comme les autres, c’est une expérience qui a reconfiguré votre système nerveux pour qu’il soit hyper-vigilant.
Concrètement, si vous avez vécu une enfance instable, une agression, un accident, une perte brutale, ou même un harcèlement moral prolongé, votre cerveau a appris que le monde n’est pas sûr. Il scanne donc en permanence l’environnement à la recherche de menaces potentielles. Résultat : vous êtes souvent fatigué mentalement le soir, vous avez du mal à suivre une conversation, vous oubliez des détails importants, et vous vous sentez « ailleurs » alors que vous êtes physiquement présent.
Ce n’est pas un défaut de caractère. Ce n’est pas de la paresse. C’est une adaptation. Mais cette adaptation, si elle dure, devient épuisante et handicapante.
Le terme « brouillard mental » est parfois utilisé à tort et à travers. Mais pour les personnes qui le vivent, c’est une réalité tangible. Vous avez l’impression que vos pensées sont emmaillotées dans du coton, que votre tête est remplie de ouate. Vous lisez un texte, et vous devez le relire plusieurs fois pour en saisir le sens. Vous écoutez quelqu’un, et vous réalisez soudain que vous n’avez rien retenu des deux dernières minutes.
Ce brouillard a plusieurs origines possibles, et le traumatisme en est une majeure. Voici les mécanismes précis qui entrent en jeu :
1. L’hypervigilance épuise vos ressources attentionnelles. Votre attention est comme un projecteur. Normalement, vous pouvez le diriger volontairement sur une tâche. Mais quand vous êtes en hypervigilance, ce projecteur est constamment braqué sur l’environnement pour détecter le danger. Il ne vous reste plus assez de puissance pour vous concentrer sur votre travail ou vos relations. Vous êtes comme un vigile qui doit surveiller un parking immense, il ne peut pas en même temps lire un livre.
2. La dissociation légère vous coupe de l’instant présent. La dissociation est un mécanisme de survie qui vous permet de vous « évader » mentalement quand la réalité est trop douloureuse. Dans le traumatisme, ce mécanisme peut devenir chronique et s’activer même dans des situations banales. Vous êtes là, mais pas vraiment. Vous écoutez, mais vous n’intégrez pas. C’est comme si vous regardiez votre vie à travers une vitre sale. Forcément, la mémoire à court terme en prend un coup, car elle a besoin d’être pleinement présent pour encoder les informations.
3. L’amygdale prend le pas sur l’hippocampe. L’amygdale est le détecteur de danger de votre cerveau. L’hippocampe est le centre de la mémoire et de la navigation dans le temps. Quand l’amygdale est hyperactive (ce qui est le cas après un traumatisme), elle envoie des signaux de stress qui perturbent le fonctionnement de l’hippocampe. Résultat : vous avez du mal à former de nouveaux souvenirs, et vous pouvez avoir des difficultés à vous rappeler des événements récents. En revanche, les souvenirs traumatiques, eux, restent gravés en boucle, souvent de manière fragmentée.
4. L’état de stress chronique altère la neuroplasticité. Le stress chronique libère du cortisol, une hormone qui, à haute dose et sur la durée, est toxique pour les neurones, notamment dans l’hippocampe. Cela peut entraîner une diminution de la capacité à apprendre de nouvelles choses et à s’adapter. Votre cerveau devient moins flexible, plus rigide.
Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, je veux que vous sachiez une chose : ce n’est pas une condamnation. Le cerveau est plastique, il peut se réparer, se reconnecter. Mais pour cela, il faut d’abord comprendre que le problème n’est pas dans votre volonté ou votre intelligence, mais dans votre système nerveux qui a été dérégulé.
Vous est-il déjà arrivé d’être dans une réunion, tout va bien, et soudain, sans raison apparente, vous sentez une boule au ventre, votre rythme cardiaque s’accélère, et vous n’arrivez plus à suivre ? Ou alors, vous croisez une personne avec un certain ton de voix, et vous vous sentez immédiatement rapetisser, comme un enfant ? Ce sont des déclencheurs.
Le traumatisme ne se manifeste pas toujours par des flashbacks violents ou des cauchemars. Il peut se cacher dans des réactions apparemment disproportionnées ou dans des baisses de concentration soudaines. Votre cerveau a associé un stimulus neutre (une intonation, une lumière, une odeur, un mot) à un danger passé. Et il réagit comme si le danger était de retour, maintenant.
Prenons un exemple anonymisé, que j’appellerai Marc. Marc est un cadre commercial de 42 ans. Il vient me voir pour une perte de confiance en lui et une difficulté à prendre la parole en réunion. Il me dit aussi qu’il a des « trous » pendant les présentations, qu’il oublie ses arguments. En explorant son histoire, on découvre qu’enfant, il avait un père très exigeant et colérique. Chaque fois que Marc prenait la parole à table, son père le coupait, le rabaissait, ou se mettait en colère. Aujourd’hui, en réunion, le simple fait de sentir que tous les regards sont braqués sur lui active ce même circuit de peur. Son cerveau se met en mode survie. Résultat : son cortex préfrontal se déconnecte partiellement, et il oublie ce qu’il devait dire. Ce n’est pas un problème de mémoire, c’est un problème de sécurité.
Ces déclencheurs sont souvent invisibles pour la personne elle-même. On croit que l’on est « nul » ou « pas fait pour ça », alors qu’en réalité, notre système nerveux est en train de revivre un traumatisme passé.
L’approche IFS (Internal Family Systems) que j’utilise est particulièrement puissante pour cela. Elle considère que nous avons tous en nous des « parties » qui portent des protections (comme l’évitement, la perfection, l’auto-critique) ou des blessures (comme la honte, la peur, la solitude). Quand un déclencheur survient, une partie de vous prend le contrôle pour vous protéger, mais cette partie utilise des stratégies qui datent de l’enfance et qui ne sont plus adaptées. En IFS, on n’essaie pas de se débarrasser de ces parties, on apprend à les connaître, à les remercier, et à libérer la charge émotionnelle qu’elles portent. Cela permet au cerveau de se détendre et de retrouver sa flexibilité.
Je pratique l’hypnose ericksonienne depuis plus de dix ans, et c’est un outil que je trouve extraordinaire pour adoucir le système nerveux. L’hypnose, ce n’est pas un endormissement ou une perte de contrôle. C’est un état de conscience modifié, très proche de la rêverie ou de l’absorption dans une tâche agréable. Dans cet état, votre esprit critique est plus souple, et vous pouvez accéder à des ressources intérieures qui sont bloquées par le stress.
Concrètement, quand je reçois une personne qui souffre de brouillard mental lié à un trauma, je ne vais pas la forcer à « se souvenir » du trauma. Au contraire. L’hypnose ericksonienne est une approche indirecte, métaphorique. Je vais utiliser des images, des sensations, des histoires, pour aider son cerveau à trouver un chemin vers la sécurité.
Par exemple, je peux guider une personne à imaginer un endroit sûr, un lieu intérieur où elle se sent calme et protégée. Je peux l’aider à symboliser son brouillard mental comme un nuage gris, puis à imaginer un vent doux qui le dissipe. Ce n’est pas magique, c’est une manière de parler au cerveau émotionnel, celui qui ne comprend pas les mots mais qui réagit aux images et aux sensations.
L’hypnose permet aussi de travailler sur la régulation du système nerveux autonome. Elle aide à activer le système parasympathique (celui du repos et de la digestion) et à diminuer l’activité du système sympathique (celui de l’alerte). Après quelques séances, la plupart des personnes constatent une nette diminution du brouillard, une meilleure qualité de sommeil, et une capacité à se concentrer plus longtemps.
« L’hypnose ne vous enlève pas vos problèmes, elle vous donne une clé pour ouvrir la porte de votre propre guérison. »
Le traumatisme n’affecte pas seulement votre cerveau, il affecte aussi votre relation à vous-même et aux autres. Quand vous avez été blessé, vous développez souvent des stratégies de survie relationnelle : taire vos besoins, plaire, éviter les conflits, vous isoler. Ces stratégies, si elles vous ont protégé, vous coupent aussi de votre vitalité et de votre clarté mentale.
L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à être en relation de manière authentique et sécurisée, d’abord avec vous-même, puis avec les autres. Elle repose sur plusieurs piliers :
Quand vous commencez à cultiver l’Intelligence Relationnelle, votre cerveau reçoit un signal de sécurité. Vous n’êtes plus seul face au danger. Vous avez des ressources internes (vos parties, vos émotions accueillies) et des ressources externes (des relations fiables). Ce signal de sécurité permet à votre système nerveux de se détendre, et donc à votre concentration et votre mémoire de revenir.
Par exemple, une personne qui a vécu un trauma relationnel (trahison, abandon, violence) va souvent avoir du mal à se concentrer au travail parce qu’elle est obnubilée par la peur du rejet ou du conflit. En travaillant sur son ancre relationnelle, en apprenant à se faire confiance à elle-même et à faire confiance à des personnes sûres, elle libère une énergie mentale considérable. Le brouillard se lève.
L’IFS (Internal Family Systems) est un modèle de psychothérapie que j’ai intégré à ma pratique il y a quelques années, et il a changé ma manière de comprendre la souffrance humaine. Il part d’une idée simple et puissante : nous ne sommes pas un bloc homogène. Nous sommes constitués de plusieurs « parties » qui ont des rôles, des émotions, des croyances différentes.
Quand on parle de trauma et de brouillard mental, l’IFS permet d’identifier la ou les parties qui sont activées.
Voici les parties les plus fréquentes que je rencontre dans mon cabinet :
L’IFS ne cherche pas à éliminer les parties, mais à rétablir le leadership du « Self », cette essence calme, curieuse, confiante, créative et compatissante qui est en chacun de nous. Quand le Self reprend les commandes, les parties se détendent, et le brouillard se dissipe naturellement.
Je ne vais pas vous promettre que tout sera réglé en une séance. La guérison du trauma est un chemin, pas un sprint. Mais il y a des choses simples que vous pouvez commencer à mettre en place dès maintenant, pour soutenir votre système nerveux et retrouver de la clarté.
1. Créez un rituel de transition le soir. Votre cerveau a
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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