PsychologieTrauma Et Resilience

Mon histoire : j'ai cru que j'étais faible, puis j'ai changé

Témoignage fictif d'une reconstruction après un choc.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Tu t’es déjà réveillé un matin en te demandant si tu allais tenir la journée ?

Pas seulement à cause de la fatigue, mais à cause de ce poids dans la poitrine, cette voix qui te dit que tu n’es pas à la hauteur, que tu es fragile, que les autres gèrent mieux que toi. Moi, j’ai passé des années à croire que j’étais faible. J’ai encaissé, j’ai souri, j’ai fait semblant. Et puis un jour, tout a craqué. Pas un craquement spectaculaire, non. Plutôt une fissure qui s’est élargie jusqu’à ce que je ne puisse plus rien retenir.

Aujourd’hui, je ne te raconte pas mon histoire pour te donner une leçon. Je te la raconte parce que, peut-être, tu te reconnaîtras dans certains morceaux. Et si c’est le cas, j’aimerais que tu saches une chose : ce que tu appelles faiblesse, c’est souvent juste une tentative de survivre à quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver.

Je m’appelle Alex (mon prénom a été changé, mais l’histoire est vraie dans sa chair). J’ai 34 ans, je suis commercial dans une boîte de logistique, et jusqu’à l’année dernière, j’étais convaincu que ma vie était un échec. Pas parce que je n’avais pas de boulot ou de toit – j’avais tout ça. Mais parce que, à l’intérieur, je me sentais vide et terrifié.

Tout a commencé par un choc. Un accident de voiture, banal sur le papier. Personne n’est mort. Moi, je m’en suis sorti avec une clavicule cassée et quelques bleus. Mais dans ma tête, quelque chose s’est dévissé. Les nuits d’après, je revoyais les phares approcher, j’entendais le bruit du métal. Je me réveillais en sueur, le cœur cognant. Au début, je me suis dit : « C’est normal, c’est le stress post-traumatique, ça va passer. »

Ça n’est pas passé.

Les mois ont suivi, et je me suis enfoncé. Les insomnies sont devenues mon quotidien. Au travail, je n’arrivais plus à me concentrer. Un client qui haussait le ton, et je sentais une boule dans ma gorge. Je fuyais les réunions, je prenais des arrêts maladie. Mes collègues me regardaient bizarrement. Mon chef m’a convoqué deux fois. La première pour me dire « remets-toi », la seconde pour me dire « on va devoir se séparer si ça continue ».

Je culpabilisais. Je me disais : « Les autres vivent des choses bien pires et ils tiennent », « T’es un homme, t’as pas le droit de craquer », « Si tu étais plus fort, tu gérerais ». Je me suis mis à boire un peu le soir pour m’endormir. Pas grand-chose, un verre de whisky. Juste pour calmer l’anxiété. Mais très vite, un verre est devenu deux, puis trois.

Je n’étais pas alcoolique, pas encore. Mais j’étais sur une pente. Et ce qui me terrifiait le plus, ce n’était pas la boisson en elle-même, c’était cette idée que je n’avais aucun contrôle. Que j’étais faible. Que je méritais peut-être ce qui m’arrivait.

Comment j’ai réalisé que ma “faiblesse” était un signal d’alarme

Un soir, après une journée où j’avais à peine mangé, je me suis retrouvé assis par terre dans ma salle de bain, le dos contre le mur froid. Je pleurais. Pas une petite larme discrète, non. Des sanglots qui me déchiraient la gorge. Je ne savais même pas pourquoi. C’était juste trop. Trop de peur, trop de honte, trop de fatigue.

Et là, dans ce moment de vide total, une pensée m’a traversé : « Et si ce n’était pas de la faiblesse ? Et si c’était juste mon corps qui me disait d’arrêter ? »

J’ai repensé à l’accident. Pendant des mois, je m’étais forcé à « passer à autre chose ». J’avais refoulé tout ce que je ressentais. Je n’avais jamais parlé de la peur, de l’impression de revivre la scène, des cauchemars. Je faisais comme si de rien n’était. Et mon corps, lui, il n’avait pas oublié. Il criait. À travers l’insomnie, l’anxiété, la boule au ventre.

Le problème, c’est que j’avais appris très tôt que montrer ses émotions, c’était être faible. Mon père me disait : « Un homme, ça pleure pas. » Ma mère, elle, était toujours dans le contrôle : « Arrête de faire ton cinéma. » Alors j’ai grandi en croyant que ressentir, c’était un défaut. Que la bonne attitude, c’était d’encaisser, de serrer les dents, de sourire même quand ça va mal.

Mais encaisser sans jamais évacuer, ça finit par exploser. Ou par s’effondrer. Moi, j’ai fait les deux.

C’est là que j’ai compris un truc fondamental : ma “faiblesse” n’était pas une tare. C’était un signal. Mon système nerveux me disait : « Stop, tu es en danger, même si le danger est passé. » Mon corps n’était pas en train de me trahir. Il essayait de me protéger. Le problème, c’est que le système d’alarme était resté bloqué sur “ON” après l’accident.

J’ai arrêté de me juger. Pas d’un coup, hein. Ça a pris du temps. Mais j’ai commencé à me dire : « OK, je ne suis pas faible. Je suis juste en état d’alerte permanent. Et ça, ça se soigne. »

« La faiblesse n’est pas de tomber. La faiblesse, c’est de rester par terre en croyant que c’est ta place. »

Pourquoi j’ai arrêté de croire que “serrer les dents” allait me sauver

Pendant des mois, j’ai tenté de m’en sortir tout seul. Je lisais des articles sur la résilience, je regardais des vidéos de développement personnel, je me disais : « Il faut que tu sois fort, que tu passes au-dessus. » Mais plus j’essayais de contrôler mes émotions, plus elles me submergeaient.

C’est un peu comme essayer de retenir un ballon sous l’eau. Plus tu appuies fort, plus il remonte violemment quand tu lâches. Et moi, je lâchais sans cesse : crises d’angoisse en réunion, nuits blanches, irritabilité. Un jour, j’ai hurlé sur un collègue pour une histoire de dossier mal classé. Je me suis excusé, mais j’avais honte.

Je me souviens d’un vendredi soir, assis dans ma voiture garée devant chez moi, incapable d’ouvrir la portière. Je restais là, les mains sur le volant, à fixer le vide. Je n’avais même pas la force de rentrer. C’est à ce moment-là que j’ai compris que “serrer les dents” n’était pas une solution. C’était une stratégie d’évitement. Et elle me tuait à petit feu.

J’ai fini par consulter un médecin généraliste, un peu par hasard. Elle m’a écouté sans me juger, puis elle m’a dit : « Vous savez, la résilience, ce n’est pas ne pas souffrir. C’est apprendre à traverser la souffrance sans se détruire. Et pour ça, vous avez besoin d’un cadre. »

Elle m’a orienté vers un psychologue spécialisé dans les traumatismes. Je dois t’avouer que j’y suis allé à reculons. Dans ma tête, consulter, c’était admettre que je n’y arrivais pas. Que j’étais faible. Mais j’étais tellement épuisé que je n’avais plus rien à perdre.

Les premières séances ont été dures. Très dures. Parler de l’accident, de la peur, des nuits, de la honte. Je pleurais comme un gamin. Mais le psy ne me disait jamais « arrête de pleurer ». Il me disait : « Laisse sortir. C’est juste de l’énergie qui a besoin de circuler. »

Petit à petit, j’ai appris à ne plus me battre contre mes émotions. J’ai compris qu’elles n’étaient pas des ennemies. La peur, la tristesse, la colère, c’était juste des messagères. Et si je les écoutais, elles finissaient par se calmer d’elles-mêmes.

Le jour où j’ai compris que mon corps n’était pas mon ennemi

L’un des plus grands virages dans mon parcours, ça a été quand j’ai arrêté de vivre uniquement dans ma tête. Pendant des années, j’étais dans le mental : analyser, anticiper, contrôler. J’essayais de résoudre mes problèmes par la pensée. Mais la peur, elle, ne se résout pas par la logique. Elle se loge dans le corps.

Le psy m’a proposé un exercice tout bête : au lieu de me demander “pourquoi j’ai peur ?”, il m’a demandé de décrire où je sentais la peur dans mon corps. Je me suis rendu compte qu’à chaque fois que j’étais angoissé, j’avais une boule dans la gorge et une tension dans les épaules. Rien de sorcier, mais je ne l’avais jamais remarqué.

Alors il m’a appris à respirer. Pas une respiration compliquée de yoga, non. Juste poser ma main sur mon ventre et suivre l’air qui entre et qui sort. Trois minutes. Le premier jour, j’ai trouvé ça ridicule. Le troisième jour, j’ai senti mon rythme cardiaque ralentir. Le septième jour, j’ai réussi à m’endormir sans whisky.

Je ne te dis pas que la respiration a tout réglé. Non. Mais elle m’a donné une base. Un endroit où revenir quand le chaos intérieur reprenait le dessus.

J’ai aussi découvert l’hypnose ericksonienne. Le psy m’a proposé une séance. J’étais sceptique. Je pensais que j’allais me faire manipuler ou perdre le contrôle. En fait, c’était tout l’inverse. L’hypnose, c’est un état de conscience modifié où tu restes aux commandes, mais où tu peux accéder à des ressources que ton mental bloquait.

Pendant la séance, il m’a guidé pour revisiter le souvenir de l’accident, mais cette fois en sécurité. Pas pour le revivre en détail, mais pour le “retraiter”. Je ne peux pas t’expliquer exactement comment ça marche, mais je peux te dire qu’après cette séance, les cauchemars ont diminué de moitié. Et pour la première fois depuis des mois, j’ai dormi six heures d’affilée.

« La guérison ne vient pas de l’oubli. Elle vient de la capacité à regarder le passé sans qu’il te détruise. »

Comment j’ai appris à accueillir mes parties blessées (et pas les fuir)

Le vrai tournant, ça a été quand j’ai découvert l’approche IFS (Internal Family Systems). C’est un modèle qui dit qu’on est tous composés de plusieurs “parties” en nous, comme des sous-personnalités. Il y a la partie qui veut tout contrôler, la partie qui a peur, la partie qui se juge, la partie qui veut juste s’amuser. Et au centre, il y a un “Soi” calme et sage, mais souvent recouvert par le bruit de ces parties.

Au début, j’ai trouvé ça bizarre. Moi, j’étais plutôt “un cerveau, une personne, un problème”. Mais le psy m’a proposé un exercice. Il m’a demandé de fermer les yeux et de me connecter à la partie de moi qui avait peur après l’accident. Pas pour la chasser, mais pour l’écouter. Et là, j’ai senti une petite voix intérieure qui disait : « J’ai eu si peur. Je veux juste être en sécurité. »

Cette partie, je l’avais ignorée pendant des mois. Je lui disais : « Tais-toi, sois forte, on passe à autre chose. » Mais plus je la réprimais, plus elle criait fort. L’IFS m’a appris à dialoguer avec elle, à la remercier d’avoir essayé de me protéger, et à lui montrer que maintenant, j’étais capable de gérer.

J’ai découvert que j’avais aussi une partie “contrôleuse”, celle qui voulait tout planifier, tout anticiper, tout maîtriser pour éviter la surprise et donc la peur. Cette partie était épuisante, mais elle avait une bonne intention : me protéger. Au lieu de la combattre, j’ai appris à négocier avec elle. À lui dire : « Je te remercie, mais pour ce soir, on peut juste respirer et lâcher prise cinq minutes ? »

Ce n’est pas miraculeux. Certains jours, la partie peur prend encore le dessus. Mais maintenant, je sais que ce n’est pas “moi”. C’est juste une partie de moi qui a besoin d’être rassurée. Et ça change tout.

Ce que j’ai découvert sur la résilience en acceptant de ne pas tout contrôler

Avant, je croyais que la résilience, c’était rebondir vite, fort, sans trembler. Je pensais que les gens résilients étaient ceux qui traversaient les épreuves sans plier. Mais en réalité, j’ai découvert que la résilience, c’est plutôt la capacité à s’adapter, à fléchir sans casser, et à accepter que la vulnérabilité fait partie du chemin.

Un exemple concret : il y a quelques mois, j’ai eu une rechute. Un bruit de moteur qui a pétaradé dans la rue, et j’ai eu un flash de l’accident. Mon cœur s’est emballé, j’ai eu chaud, j’ai eu envie de fuir. Avant, je me serais dit : « Ça y est, je suis encore faible, je n’ai rien appris. » Mais cette fois, je me suis dit : « OK, c’est une réaction normale. Mon corps se souvient. Je vais respirer et lui dire que je suis en sécurité. »

Et ça a marché. Pas parfaitement, mais ça a marché. La crise est passée en quelques minutes au lieu de durer des heures.

J’ai aussi appris à ne plus me comparer aux autres. Pendant longtemps, je regardais mes collègues qui semblaient gérer leur vie sans problème, et je me sentais minuscule. Mais en réalité, on ne voit jamais les batailles intérieures des autres. Chacun a ses fragilités. Certains les cachent mieux, d’autres les expriment différemment. Mais personne n’est immunisé contre la souffrance.

La résilience, ce n’est pas être invincible. C’est savoir qu’on peut tomber, et se relever un peu plus doucement à chaque fois.

Comment j’ai reconstruit ma vie sans faire semblant d’être un autre

Aujourd’hui, je ne suis plus le même qu’avant l’accident. Et c’est une bonne nouvelle. Avant, j’étais un commercial performant, mais vide à l’intérieur. Je courais après des objectifs sans savoir pourquoi. Maintenant, je suis plus lent, moins “productif” dans le sens classique, mais plus présent.

J’ai changé quelques choses concrètes. J’ai réduit mon temps de travail à 80 %. Moins d’argent, mais plus de temps pour moi. Je marche tous les jours, même dix minutes. J’ai arrêté l’alcool en semaine. Je pratique la respiration cohérente le matin. Rien d’extraordinaire, mais ces petits gestes m’ancrent.

J’ai aussi appris à dire non. Avant, je disais oui à tout pour ne pas décevoir. Maintenant, je pèse mes limites. Si un client est trop exigeant, je pose un cadre. Si un ami me propose une sortie alors que je suis fatigué, je refuse sans culpabiliser. C’est un apprentissage constant.

Et surtout, j’ai appris à demander de l’aide. Avant, c’était impensable. Demander de l’aide, c’était avouer ma faibless

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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