3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les mécanismes psychologiques qui expliquent cette transformation.
Je ne compte plus le nombre de personnes qui sont venues me voir en me disant : « Thierry, je ne comprends pas. Mon frère a vécu la même perte que moi, et lui il s’en est sorti, il a même changé en mieux. Moi je reste bloqué, je n’arrive pas à avancer. Qu’est-ce qui cloche chez moi ? »
Rien ne cloche chez vous. Absolument rien.
Cette question, je l’entends depuis plus de dix ans dans mon cabinet à Saintes. Elle revient dans la bouche d’hommes et de femmes qui ont traversé des épreuves que personne ne devrait avoir à vivre : un deuil brutal, un accident, une maladie grave, une trahison qui fissure tout ce qu’on croyait solide. Et derrière cette question, il y a souvent une double peine : la souffrance du drame lui-même, et celle de se sentir « en retard » sur un chemin de reconstruction que d’autres semblent avoir emprunté.
Alors aujourd’hui, j’ai envie de poser les choses à plat. De regarder ensemble ce qui se joue vraiment quand quelqu’un ressort transformé – et pas seulement abîmé – d’une épreuve. Et surtout, de vous montrer que cette transformation n’a rien d’un don réservé à une élite. Elle repose sur des mécanismes psychologiques précis, que je vois se mettre en place en séance, semaine après semaine.
La première chose que j’aimerais clarifier, c’est qu’il n’y a pas deux catégories de personnes : les fragiles et les solides. Ce serait trop simple, et ce serait faux. J’ai vu des athlètes de haut niveau, des gens que tout le monde décrit comme « forts », s’effondrer complètement après une blessure ou une défaite. Et j’ai vu des personnes timides, anxieuses, qui doutaient d’elles en permanence, traverser un cancer ou un divorce avec une profondeur et une présence à elles-mêmes qui m’ont bluffé.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas une qualité innée. C’est une posture.
Prenons un exemple. J’ai reçu il y a quelques années un homme d’une quarantaine d’années, cadre dans une entreprise locale. Il avait perdu son père brutalement, et six mois plus tard, sa femme avait demandé la séparation. Il était anéanti. Pendant nos premières séances, il répétait en boucle : « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » Il était dans la recherche de sens, mais d’une manière qui le maintenait coincé, comme une voiture dont les roues patinent dans la boue.
De l’autre côté, j’ai accompagné une femme de 55 ans, dont le mari était décédé dans un accident de la route. Elle aussi avait traversé des mois de douleur intense. Mais à un moment, elle avait changé de question. Elle ne demandait plus « pourquoi ? ». Elle se demandait : « Maintenant que c’est arrivé, qu’est-ce que je fais de ça ? »
C’est là que se joue tout le basculement. Pas dans l’absence de souffrance, mais dans le passage d’une question qui tourne en rond à une question qui ouvre un chemin. La première vous enferme dans le passé. La seconde vous ancre dans le présent et vous tend une direction.
En psychologie, on appelle ça le passage d’un mode « victime » à un mode « acteur ». Mais attention : je ne parle pas de culpabilité ni de déni. Je ne dis pas qu’il faut « positiver » ou « tourner la page ». Je parle d’une chose beaucoup plus profonde : la décision – souvent inconsciente au début – de ne pas laisser l’événement définir qui vous êtes.
Les personnes qui ressortent plus fortes ne sont pas celles qui souffrent moins. Ce sont celles qui, à un moment donné, arrêtent de lutter contre la réalité et commencent à négocier avec elle. Elles acceptent que le drame a eu lieu, qu’il a changé certaines choses irrémédiablement, et qu’elles doivent désormais composer avec ce nouveau paysage intérieur.
Je vais vous dire quelque chose qui peut paraître provocant, mais qui est une réalité clinique : la souffrance intense a un pouvoir que le confort n’a pas. Elle vous met le nez dans ce qui compte vraiment.
Quand tout va bien, on peut passer des années à éviter les questions fondamentales. On s’occupe. On remplit son agenda. On court après des objectifs qui, parfois, ne nous appartiennent même pas. La vie quotidienne est un excellent anesthésiant.
Mais un drame, c’est comme un arrêt brutal. Tout s’arrête. Le bruit de fond s’éteint. Et vous vous retrouvez face à vous-même, sans filtre, sans distraction.
C’est là que des choses émergent. Des prises de conscience que vous auriez peut-être mises dix ans à atteindre autrement. Des priorités qui se réordonnent d’elles-mêmes. Des parts de vous que vous aviez enfouies sous des couches de « il faut », « on doit », « c’est comme ça ».
Je pense à ce coureur amateur que j’accompagne en préparation mentale. Il s’était blessé gravement au genou, et les médecins lui avaient annoncé six mois d’arrêt. Pour un athlète – même amateur – c’est une petite mort. Les premiers mois, il était dévasté. Il ne voulait voir personne, il regardait les autres courir et ça lui faisait mal.
Puis un jour, il m’a dit : « Thierry, je me suis rendu compte que je courais pour prouver quelque chose à mon père. Depuis que je suis gamin. Et que cette blessure, elle m’a forcé à arrêter de courir après son regard. »
Cette prise de conscience, il ne l’aurait jamais eue dans le rythme effréné de ses entraînements et de ses compétitions. C’est l’arrêt forcé qui l’a rendue possible. Il a transformé une blessure en une libération.
Je ne dis pas que la souffrance est une bonne chose en soi. Je dis que, quand elle est là, elle peut devenir un levier si on accepte de l’utiliser comme tel. C’est un peu comme un incendie dans une forêt : il détruit, oui. Mais il nettoie aussi le sous-bois, il élimine ce qui était mort ou malade, et il permet à de nouvelles pousses de voir la lumière.
C’est là que mon travail rejoint concrètement ces mécanismes. Je ne suis pas là pour vous dire « allez, positiver, ça va passer ». Je suis là pour vous aider à accéder à des ressources que vous avez déjà, mais que le trauma a verrouillées.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis mon installation à Saintes, est particulièrement adaptée à ce travail. Pourquoi ? Parce qu’elle ne force pas. Elle ne vous demande pas de « comprendre » ou d’« analyser ». Elle vous propose un état de conscience modifié où votre esprit peut, tout seul, trouver des solutions que votre mental rationnel ne voyait pas.
Quand vous êtes en état d’hypnose, votre cerveau est comme un ordinateur qui ferait du ménage dans ses fichiers en arrière-plan. Les connexions neuronales se réorganisent. Des souvenirs douloureux peuvent être revisités sans la charge émotionnelle qui les rendait insupportables. Des ressources oubliées – une force, une intuition, une confiance – peuvent refaire surface.
Je compare souvent ça à une navigation. Vous êtes dans un bateau après une tempête. L’hypnose ne calme pas la mer. Elle vous apprend à lire les courants, à ajuster vos voiles, à trouver des caps que vous ne voyiez pas avant.
L’IFS (Internal Family Systems), que j’ai intégré plus récemment, va encore plus loin dans la compréhension de ce qui se passe à l’intérieur de vous. Cette approche part d’une idée simple mais radicale : vous n’êtes pas un bloc homogène. Vous êtes composé de plusieurs « parts » – des sous-personnalités qui ont chacune leur rôle, leur histoire, leur manière de vous protéger.
Quand vous vivez un drame, certaines de ces parts prennent le contrôle. Il y a la part qui veut tout contrôler pour ne plus jamais être surprise. La part qui vous dit « ne fais confiance à personne ». La part qui vous pousse à travailler comme un fou pour ne pas ressentir le vide. La part qui vous répète que vous auriez dû faire autrement.
L’IFS ne cherche pas à supprimer ces parts. Elle cherche à les comprendre, à les remercier pour le rôle de protection qu’elles ont joué, et à libérer ce qu’on appelle le Self – cette partie centrale de vous qui est calme, curieuse, confiante, créative et connectée.
Et c’est là que la transformation opère. Quand vous accédez à votre Self, vous n’êtes plus défini par vos blessures. Vous devenez celui ou celle qui peut les regarder, les accueillir, et choisir comment agir avec elles.
C’est une question cruciale, et je vais être honnête avec vous : il m’arrive encore, après toutes ces années, de recevoir des personnes qui veulent vraiment aller mieux, qui font des efforts sincères, et qui pourtant n’y arrivent pas. Pourquoi ?
La raison la plus fréquente, celle que je rencontre le plus souvent, c’est ce que j’appelle la « double contrainte intérieure ». Vous voulez guérir, oui. Mais une partie de vous – souvent inconsciente – a peur de ce que cette guérison implique.
Concrètement, ça donne quoi ? Une personne qui a perdu un être cher peut avoir peur, en acceptant son deuil, de « trahir » la mémoire du disparé. Un sportif qui a vécu un échec cuisant peut avoir peur, en retrouvant sa confiance, de « s’autoriser à échouer à nouveau ». Une personne victime d’une agression peut avoir peur, en se sentant mieux, de « baisser sa garde » et d’être à nouveau vulnérable.
Ces peurs ne sont pas stupides. Elles sont logiques, du point de vue de la part qui les porte. Ce sont des mécanismes de survie qui ont été efficaces à un moment donné. Le problème, c’est qu’ils deviennent des prisons quand le danger est passé.
J’ai eu une patiente qui avait été harcelée au travail pendant des années. Elle avait fini par démissionner, mais elle restait dans un état d’hypervigilance permanent. Elle scrutait chaque mot, chaque regard, chaque silence. Elle était épuisée. Elle voulait « lâcher prise », me disait-elle. Mais une part d’elle, profondément enfouie, lui soufflait : « Si tu lâches prise, tu risques de ne pas voir arriver le prochain coup. »
Tant que cette part n’est pas entendue, reconnue, rassurée, la personne reste bloquée. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est une loyauté intérieure envers une stratégie de protection qui a sauvé la personne à un moment donné.
Le chemin vers la force n’est pas de combattre ces parts. Il est de les écouter, de les comprendre, et de leur montrer que vous êtes désormais capable de gérer la situation autrement.
Je ne crois pas aux transformations spectaculaires du jour au lendemain. Dans mon expérience, le changement véritable est progressif, parfois presque imperceptible sur le moment. Mais il y a des signes qui ne trompent pas.
Le premier, c’est un rapport différent à l’émotion. Au début, l’émotion vous submerge. Vous êtes dans la vague, vous ne pouvez pas respirer. Puis, progressivement, vous commencez à pouvoir observer l’émotion sans être complètement dedans. Vous vous dites : « Tiens, je sens de la tristesse qui monte. » Au lieu de : « Je suis triste, c’est insupportable. » Cette petite distance, c’est énorme. C’est le signe que vous retrouvez une capacité d’auto-régulation.
Le deuxième signe, c’est l’apparition de nouvelles questions. Au début, les questions tournent autour du passé : « Pourquoi ? Qu’est-ce que j’aurais dû faire ? » Puis, un jour, une question différente émerge : « Qu’est-ce que je veux maintenant ? » ou « Qu’est-ce qui est important pour moi aujourd’hui ? » C’est le signe que l’énergie commence à se déplacer de la rumination vers l’action.
Le troisième signe, c’est un changement dans la relation aux autres. Les personnes qui se transforment deviennent souvent plus sélectives. Elles arrêtent de s’investir dans des relations qui les épuisent. Elles osent dire non. Elles osent demander ce dont elles ont besoin. C’est parfois déroutant pour leur entourage, mais c’est un indicateur puissant de reconstruction identitaire.
Le quatrième signe, c’est l’émergence d’un sens, même modeste. Je ne parle pas d’une grande révélation philosophique. Je parle de quelque chose de plus simple : une personne qui a traversé un burn-out et qui se met à peindre le dimanche. Un sportif blessé qui devient entraineur pour les jeunes. Une personne qui a vécu un deuil et qui crée un petit rituel personnel chaque année.
Ce sens n’est pas imposé de l’extérieur. Il émerge de l’intérieur, comme une réponse personnelle à ce qui a été traversé. Et c’est lui qui donne à la transformation sa profondeur et sa durabilité.
Je termine souvent mes articles par une invitation à l’action. Mais avant cela, j’aimerais vous partager une réflexion qui m’est venue au fil des années, en voyant des dizaines de personnes traverser l’indicible.
Peut-être que la vraie force, ce n’est pas de « s’en sortir » au sens de revenir à l’état d’avant. Peut-être que c’est une illusion, cette idée qu’on pourrait effacer ce qui s’est passé et retrouver une innocence perdue.
La force, peut-être, c’est d’accepter que vous êtes désormais quelqu’un qui porte en lui une cicatrice. Et que cette cicatrice, elle fait partie de vous. Elle n’est pas votre identité, mais elle est une marque de votre histoire. Les personnes qui ressortent plus fortes ne sont pas celles qui ont « oublié » ou « pardonné » ou « tourné la page ». Ce sont celles qui ont intégré leur épreuve dans leur récit de vie, sans en faire le centre, mais sans non plus la nier.
Elles ont appris à vivre avec. Pas à côté. Pas contre. Avec.
Et c’est ça, peut-être, la plus grande transformation : passer de quelqu’un qui subit son histoire à quelqu’un qui l’habite.
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans ce que j’ai décrit, je voudrais vous proposer une chose simple, concrète, que vous pouvez faire dès aujourd’hui.
Prenez un carnet, une feuille, ou même une note dans votre téléphone. Posez-vous trois questions, et écrivez ce qui vous vient, sans chercher à faire bien ou à avoir des réponses parfaites :
Ne cherchez pas à tout résoudre. Ne cherchez pas à être « fort » selon les critères des autres. Cherchez juste à être présent à vous-même, avec honnêteté et douceur.
Et si vous sentez que vous avez besoin d’un cadre pour faire ce chemin, sachez que mon cabinet à Saintes vous est ouvert. Pas pour vous « réparer » – vous n’êtes pas cassé. Mais pour vous accompagner, le temps qu’il faudra, vers cette version de vous qui a déjà, quelque part en elle, les ressources pour traverser ce qui est là.
Prenez soin de vous.
— Thierry
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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