3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Accepter sa fragilité comme première étape du rebond.
Tu viens de terminer un appel difficile. Encore une fois, tu as écouté, encaissé, souri alors que tu aurais voulu pleurer. Tu as serré les dents, et tu es passé à autre chose. Ce soir, seul(e) chez toi, tu te demandes pourquoi tu te sens aussi vide, alors que tout le monde te dit que tu es fort(e), que tu tiens bon.
On m’appelle souvent pour cette raison. Pas pour apprendre à être plus fort, mais parce que la force qu’on croyait avoir commence à peser trop lourd. On me dit : « Je gère tout, mais pourquoi je craque dès que je suis seul ? », ou encore « On me dit que je suis résilient, mais je me sens brisé à l’intérieur. » Il y a un malentendu profond autour de la résilience. On en a fait un synonyme d’invulnérabilité, de capacité à tout encaisser sans broncher. On l’a transformée en armure. Pourtant, à Saintes, dans mon cabinet, je vois chaque jour des personnes qui ont survécu à des choses terribles. Et ce qui les a sauvées, ce n’est pas leur armure. C’est leur capacité, un jour, à l’enlever et à montrer leurs cicatrices.
Dans cet article, je vais te parler de ce que j’observe depuis 2014 avec mes patients et les sportifs que j’accompagne. La résilience n’est pas une ligne droite où l’on passe de la douleur à la force. C’est un chemin sinueux, souvent invisible, qui commence par un acte que notre société considère comme une faiblesse : accepter sa fragilité. Accroche-toi, on va déconstruire ensemble ce mythe de la force absolue. Et si tu es prêt(e) à lâcher un peu de cette armure, tu es au bon endroit.
Quand on parle de résilience, on pense tout de suite à l’image du roseau qui plie mais ne rompt pas. Ou au guerrier qui se relève après chaque combat. C’est une image séduisante, presque héroïque. Sauf qu’elle est fausse. Dans mon travail, je vois des gens qui ont été pliés, tordus, parfois même cassés. Et ce qui fait la différence, ce n’est pas leur capacité à rester debout coûte que coûte, mais leur capacité à reconnaître qu’ils sont à terre.
Boris Cyrulnik, le neurologue et psychiatre qui a popularisé ce concept, insiste sur un point souvent oublié : la résilience est un processus, pas un état. Ce n’est pas une qualité innée qu’on aurait ou qu’on n’aurait pas. C’est un tissage qui se fait avec le temps, avec les autres, et surtout avec la reconnaissance de sa propre vulnérabilité. Le mot vient du latin resilire, qui signifie « sauter en arrière » ou « rebondir ». Mais pour rebondir, il faut d’abord avoir touché le fond. Et pour toucher le fond, il faut accepter de ne pas être en lévitation permanente.
Je reçois souvent des patients qui me disent : « Je n’y arrive pas, je suis faible, je pleure encore pour cette histoire qui date d’il y a dix ans. » Ils se jugent sévèrement parce qu’ils ne sont pas passés à autre chose aussi vite qu’ils le voudraient. Mais la résilience n’a pas de chronomètre. Elle n’est pas une compétition de vitesse. Elle est une danse avec la douleur, parfois lente, parfois hésitante.
Le problème, c’est qu’on a confondu résilience avec endurance. L’endurance, c’est la capacité à supporter une charge sans faiblir. C’est utile pour un marathon, pas pour un traumatisme. Si tu endures un choc émotionnel en serrant les dents, tu ne le traverses pas : tu le stockes. Ton corps et ton psychisme gardent la mémoire de cette tension. Et un jour, ça craque. Ce n’est pas de la résilience, c’est de la survie. Et la survie, à long terme, use.
« La résilience n’est pas la capacité à ne pas souffrir, mais la capacité à faire de la place à la souffrance sans qu’elle occupe toute la maison. »
Alors, si tu te reconnais dans cette image de la personne qui tient tout, qui gère tout, mais qui se sent vide à l’intérieur, arrête-toi un instant. Demande-toi : est-ce que je suis en train de rebondir, ou est-ce que je suis en train de m’épuiser à faire semblant de rebondir ? La réponse est souvent inconfortable, mais c’est la première étape.
J’ai un patient que j’appellerai Christophe. C’est un cadre dynamique, sportif, apprécié de tous. Il est venu me voir pour des insomnies et une irritabilité grandissante. En apparence, tout allait bien. En creusant, j’ai découvert qu’il avait perdu son père brutalement deux ans plus tôt. Il n’avait pas pleuré. Il avait organisé les funérailles, géré les papiers, soutenu sa mère, et repris le travail trois jours après. « Il fallait bien, m’a-t-il dit. Je devais être fort pour les autres. »
Cette histoire, je l’entends tout le temps. On nous apprend dès l’enfance que la force, c’est ne pas montrer ses émotions. Les garçons ne pleurent pas. Les filles doivent être fortes. On valorise le self-control, la maîtrise, l’indépendance. Résultat : on construit une armure. Une belle armure, solide, qui nous protège du regard des autres et de notre propre vulnérabilité.
Le problème, c’est que cette armure, avec le temps, devient une prison. Elle nous coupe de nous-mêmes. On ne sent plus la tristesse, mais on ne sent plus la joie non plus. On ne ressent plus la peur, mais on ne ressent plus l’enthousiasme. On devient des robots efficaces, mais vidés de notre substance. C’est ce que j’appelle le syndrome du « tout va bien » : sourire de façade, performances maintenues, mais un vide intérieur qui grandit.
L’hypnose ericksonienne, que j’utilise quotidiennement, est un outil puissant pour aider à enlever cette armure. Pas en la brisant d’un coup, ce qui serait violent, mais en apprenant à l’assouplir, à l’enlever par endroits, à laisser passer l’air. En état hypnotique, on peut accéder à ces parties de nous qui ont été verrouillées, sans jugement. On peut revisiter ces moments où on a décidé qu’il fallait être fort, et on peut leur donner une autre signification.
L’IFS (Internal Family Systems), que j’intègre aussi dans mon accompagnement, va encore plus loin. Il considère que nous sommes tous composés de différentes « parties ». Il y a la partie « manager » qui veut tout contrôler, la partie « pompier » qui éteint les émotions trop fortes, et la partie « exilée » qui porte la douleur originelle. Le mythe de la force absolue, c’est le règne du manager et du pompier. Ils font un boulot remarquable, mais ils épuisent tout le monde. La résilience, en IFS, c’est permettre au Self – cette partie calme, curieuse et compatissante que nous avons tous – de reprendre les commandes. Et le Self, lui, n’a pas besoin d’armure. Il sait accueillir la fragilité.
Si tu te sens prisonnier(ère) de ta propre force, si tu as l’impression que tu ne peux pas craquer parce que tout le monde compte sur toi, pose-toi cette question : à quel âge as-tu appris que pleurer était interdit ? À quel âge as-tu décidé que tu devais être celui ou celle qui tient tout ? Cette décision, prise souvent dans l’enfance, a sauvé une partie de toi. Mais aujourd’hui, elle te limite. Et la force véritable, celle qui permet de rebondir, commence par reconnaître que cette décision n’est plus nécessaire.
On arrive au cœur du sujet, et c’est probablement le plus difficile à entendre. Accepter sa fragilité, ce n’est pas se vautrer dans la plainte ou se complaire dans la souffrance. Ce n’est pas non plus s’effondrer en public ou perdre toute dignité. C’est un acte de courage immense. C’est dire : « Je suis humain, je souffre, et je n’ai pas à le cacher. »
Dans ma pratique, je vois deux types de rebonds. Le premier, c’est le rebond apparent. La personne traverse une épreuve, et trois semaines après, elle est « remontée », elle a « positivé », elle est « passée à autre chose ». En apparence, tout va bien. Mais en réalité, elle a juste reconstruit son armure un peu plus épaisse. Le traumatisme n’est pas traité, il est enfoui. Et il refera surface un jour, souvent de façon plus brutale.
Le second, c’est le rebond authentique. Celui qui prend du temps. Celui où la personne accepte de traverser la boue. Où elle pleure, où elle doute, où elle se permet d’être faible. Où elle va voir un professionnel (hypnothérapeute, psychologue, etc.) en disant : « Je n’y arrive plus, aidez-moi. » Ce n’est pas une défaite. C’est le début de la reconstruction.
Je me souviens d’une patiente, Sophie, qui avait subi un burn-out sévère. Elle était cadre dans une grande entreprise, et tout son identité reposait sur sa performance. Quand elle est venue me voir, elle était en larmes, honteuse de ne pas « tenir le coup ». Je lui ai dit : « Tu as tenu bien plus que ce que tu crois. Le fait que tu sois là, à pleurer dans mon cabinet, c’est ta plus grande force. » Elle a mis des mois à accepter cette idée. Mais à partir du moment où elle a cessé de lutter contre sa fatigue, où elle a accepté de ne pas être la meilleure, quelque chose a changé. Elle a commencé à dormir. Elle a repris une activité douce. Elle a renoué avec des amis. Et un jour, elle m’a dit : « Je ne suis plus la même. Je suis plus fragile, mais je suis plus vivante. »
C’est ça, la résilience. Ce n’est pas un retour à l’état d’avant. C’est une transformation. On ne rebondit pas au même endroit. On rebondit ailleurs, différemment. Et pour ça, il faut accepter de perdre ses repères, de ne pas savoir où l’on va. C’est inconfortable. C’est même terrifiant parfois. Mais c’est le seul chemin.
« La fragilité n’est pas une fissure par laquelle on se vide, mais une ouverture par laquelle la vie peut entrer à nouveau. »
Si tu es en train de traverser une épreuve, arrête-toi. Ne cherche pas à « positiver » à tout prix. Ne cherche pas à être fort(e). Laisse-toi le droit d’être à terre. Respire. Pleure si tu en as besoin. Et surtout, ne reste pas seul(e). La résilience ne se construit pas en solitaire. Elle se tisse dans le lien. Un regard, une main tendue, une parole vraie. C’est là que tout commence.
Tu te demandes peut-être concrètement comment on fait, en cabinet, pour accompagner cette acceptation de la fragilité. Je vais te donner quelques clés, sans jargon, pour que tu comprennes ce qui se joue.
L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est une approche douce et permissive. Contrairement à ce qu’on voit dans les spectacles, il ne s’agit pas de perdre le contrôle, mais au contraire de le retrouver sur ce qui compte vraiment. En état hypnotique, on abaisse la vigilance du mental critique. On accède à des ressources inconscientes qu’on ignorait avoir. Pour une personne qui s’est construite sur la force, l’hypnose est un outil précieux : elle permet de lâcher prise sans se sentir menacé.
Concrètement, je peux guider une personne vers un souvenir où elle s’est sentie en sécurité, ou vers une image symbolique de sa force intérieure. Mais je ne la force jamais. L’hypnose ericksonienne est une danse : je propose, la personne accepte ou non. C’est respectueux de ses rythmes. Et progressivement, on peut aborder les zones de fragilité, non pas comme des ennemis à combattre, mais comme des parties de soi qui ont besoin d’attention.
L’IFS, que j’intègre souvent après quelques séances d’hypnose, va structurer ce travail. Imagine que tu as en toi un petit garçon ou une petite fille qui a eu très peur, ou qui a été blessé(e). Pour survivre, tu as dû le/la mettre de côté, l’enfermer dans une pièce. Tu as développé un « manager » très fort qui t’a permis de continuer. Mais cet enfant est toujours là, et il souffre. L’IFS va permettre d’ouvrir la porte, d’écouter cet enfant, de le rassurer. Pas pour le faire disparaître, mais pour l’intégrer. Pour qu’il ne soit plus un poids, mais une partie de ton histoire.
La force, en IFS, ce n’est pas de tuer le manager ou le pompier. C’est de les remercier pour le travail qu’ils ont fait, et de leur dire : « Maintenant, je peux prendre le relais. » C’est un processus de réconciliation intérieure. Et c’est incroyablement libérateur.
Je travaille aussi avec des sportifs, des coureurs et des footballeurs. Eux aussi sont formatés à la « force mentale ». On leur apprend à ne pas montrer la douleur, à serrer les dents. Mais les meilleurs athlètes, ceux qui durent, sont ceux qui savent écouter leur corps et leurs émotions. Un coureur qui ignore une douleur au genou finira blessé. Un footballeur qui refoule son stress finira par faire une erreur. La préparation mentale que je propose intègre cette dimension : apprendre à accueillir la vulnérabilité comme une information, pas comme une faiblesse.
Si tu te sens prêt(e) à explorer ta propre fragilité, sache que ce n’est pas un chemin linéaire. Certains jours, tu auras l’impression de reculer. D’autres jours, tu feras des bonds de géant. L’important, c’est d’avoir un espace où tu peux être vrai, sans masque. Mon cabinet à Saintes est cet espace pour beaucoup. Mais tu peux aussi commencer seul(e), par de petites choses.
Je ne vais pas te mentir : il y a des moments où la fragilité n’est pas seulement une étape, mais un signal d’alarme. Quand la force que tu déploies pour tenir te coûte trop cher, ton corps et ton psychisme envoient des signaux. Les ignorer, c’est prendre le risque de s’effondrer plus gravement.
Voici quelques signes qui devraient t’alerter :
Si tu coches plusieurs de ces cases, il est temps de ralentir. Ce n’est pas un signe de faiblesse que de consulter. C’est un signe d’intelligence. J’ai vu des gens attendre d’être en burn-out, en dépression sévère ou en crise d’angoisse pour pousser ma porte. Ils regrettent souvent de ne pas être venus plus tôt. Pas parce que je suis magicien (je ne le suis pas), mais parce que plus on attend, plus le chemin de retour est long.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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