3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Rétablir un souffle libre malgré les souvenirs.
Tu es assis dans mon bureau, ou peut-être en train de lire ces lignes chez toi, et tu te reconnais dans cette sensation étrange : depuis un événement difficile, ta respiration n’est plus la même. Parfois, tu as l’impression d’oublier d’inspirer. Parfois, tu retiens ton souffle sans t’en rendre compte, comme si ton corps avait décidé de se mettre en veille. Tu n’es pas seul·e. Chaque semaine, je reçois des personnes qui me disent : « Depuis mon accident, je suis essoufflé dès que je marche vite », ou « Depuis cette séparation, j’ai l’impression d’avoir un poids sur la poitrine ». La respiration bloquée après un choc n’est pas une faiblesse, c’est une réponse intelligente de ton système nerveux. Mais quand cette réponse s’installe, elle peut devenir une prison invisible. Alors, pourquoi ton souffle se bloque-t-il exactement ? Et surtout, comment retrouver une respiration libre, même quand les souvenirs restent ?
La respiration bloquée : une réaction de survie qui s’éternise
Quand tu vis un choc – un accident de voiture, une agression, une perte brutale, une annonce médicale difficile – ton cerveau active un programme ancestral : la réponse de survie. Ce programme, partagé avec tous les mammifères, a un but précis : te protéger. Pour comprendre pourquoi ta respiration se bloque, il faut regarder ce qui se passe dans ton corps à ce moment-là.
Imagine un instant que tu croises un ours dans les bois. Ton système nerveux sympathique – la branche accélérateur – se met en marche. Ton cœur bat plus vite, tes pupilles se dilatent, et ta respiration change radicalement. Tu passes d’une respiration calme et profonde à un souffle court et rapide, en haut des poumons. Pourquoi ? Parce que dans une situation de danger immédiat, ton corps donne la priorité à l’oxygénation rapide des muscles pour courir ou combattre. La respiration abdominale, celle du repos, est désactivée. C’est normal, c’est efficace.
Le problème, c’est que chez beaucoup de personnes, ce mode « survie » ne se désactive pas après la fin du danger. Le choc est passé, l’ours n’est plus là, mais ton système nerveux reste en alerte. Pourquoi ? Parce que ton cerveau a enregistré l’événement comme une menace potentiellement récurrente. Il garde un souvenir corporel de ce qui s’est passé. Et ce souvenir, tu ne le vis pas seulement dans ta tête : tu le vis dans ta cage thoracique, dans tes épaules tendues, dans ce diaphragme qui reste figé.
Prenons un exemple concret. L’année dernière, j’ai accompagné Julien, un coureur amateur de 42 ans. Il avait été percuté par une voiture à vélo, sans gravité physique apparente. Pourtant, six mois après, il ne pouvait plus courir plus de dix minutes sans avoir l’impression d’étouffer. Les examens médicaux étaient normaux. Ce qui s’était passé ? Son système nerveux avait associé l’effort physique – l’accélération du rythme cardiaque, la respiration plus rapide – au moment du choc. Chaque fois qu’il commençait à courir, son corps se préparait à revivre l’impact. La respiration bloquée n’était pas un problème pulmonaire, c’était un réflexe de protection.
Un souffle bloqué n’est jamais un problème de poumons, c’est toujours un message de ton système nerveux qui te dit : « Je ne suis pas encore en sécurité. »
Comment le diaphragme devient prisonnier des souvenirs
Le diaphragme est ton principal muscle respiratoire. C’est un muscle en forme de dôme, situé sous les poumons. Quand tu inspires calmement, il descend, créant un vide qui aspire l’air. Quand tu expires, il remonte. Ce mouvement est naturel, fluide, automatique. Mais après un choc, ce muscle peut se verrouiller.
Pourquoi ? Parce que le diaphragme est intimement lié à ton système nerveux central. Il est innervé par le nerf phrénique, qui part directement de la moelle épinière cervicale. Mais surtout, il est connecté à ton système limbique, le centre émotionnel du cerveau. Quand tu ressens une émotion forte – peur, colère, tristesse – ton diaphragme réagit instantanément. Tu l’as déjà expérimenté : quand tu as peur, tu retiens ton souffle. Quand tu es triste, tu laisses échapper un soupir. Quand tu es en colère, ta respiration devient saccadée.
Après un choc, ce lien émotionnel reste actif. Même si tu ne penses plus consciemment à l’événement, ton diaphragme peut se contracter dès que quelque chose te rappelle la situation : un bruit, une odeur, une sensation corporelle similaire. C’est ce qu’on appelle un déclencheur somatique. Tu n’as pas besoin de te souvenir mentalement du choc pour que ton corps réagisse. Un simple changement de rythme cardiaque, une accélération due à une montée d’escalier, et ton diaphragme se fige.
J’ai travaillé avec Sophie, une enseignante de 35 ans, qui avait vécu un burn-out sévère après des années de pression professionnelle. Elle me décrivait une sensation de « ceinture serrée » autour des côtes, permanente. Son souffle était court, superficiel. Elle ne pouvait plus rire aux éclats sans avoir mal. Ce qui s’était passé ? Pendant des mois, son diaphragme avait été maintenu en contraction pour gérer le stress chronique. Il avait perdu sa capacité à se détendre. Le choc du burn-out avait été le point de bascule, mais le verrouillage datait de bien avant.
Ce phénomène a un nom : l’hypertonie diaphragmatique. Le muscle reste contracté, même au repos. Résultat : tu utilises tes muscles accessoires – ceux du cou et des épaules – pour respirer. Tu fatigues ta nuque, tu développes des tensions dans les trapèzes, et tu entretiens un cercle vicieux où la respiration devient un effort conscient.
Le piège de la respiration contrôlée : pourquoi forcer ne marche pas
Quand tu réalises que ta respiration est bloquée, ta première réaction est souvent d’essayer de la contrôler. Tu te dis : « Je vais respirer profondément, ça va passer. » Alors tu prends une grande inspiration, tu gonfles la poitrine, mais ça ne marche pas. Pire, parfois tu te sens encore plus oppressé·e.
C’est normal. Quand tu forces une respiration profonde avec un diaphragme verrouillé, tu actives les muscles du cou et des épaules. Tu crées une respiration thoracique haute, qui n’est pas efficace. Tu remplis le haut des poumons, mais les bases restent sous-ventilées. Tu consommes plus d’énergie pour moins d’oxygène. Et ton système nerveux, qui est déjà en alerte, interprète cette effort comme un signe de danger supplémentaire. Il se dit : « Si elle doit forcer pour respirer, c’est que la menace est encore là. »
Je vois souvent des personnes qui ont appris des techniques de respiration en ligne ou dans des ateliers de bien-être. Elles essaient la cohérence cardiaque, le 4-7-8, ou la respiration carrée. Ces outils sont excellents, mais seulement si le système nerveux est prêt à les recevoir. Après un choc, ce n’est pas le cas. C’est comme essayer de faire du yoga sur un terrain miné : tu risques de déclencher une explosion.
Prenons l’exemple de Marc, un footballeur de 28 ans que j’ai suivi en préparation mentale. Après une blessure grave au genou, il avait développé une peur panique de l’effort. Il essayait de contrôler sa respiration avant chaque match, mais plus il contrôlait, plus il avait l’impression d’étouffer. Ce qui se passait ? Sa tentative de contrôle activait son cortex préfrontal, la partie rationnelle du cerveau. Mais le choc était stocké dans son système limbique et son corps. Le cortex ne peut pas commander directement au système nerveux autonome. Tu ne peux pas décider de ne plus avoir peur, et tu ne peux pas décider de débloquer ton diaphragme par la volonté seule.
La solution ne passe pas par le contrôle, mais par la régulation. Il faut d’abord calmer le système nerveux avant de travailler la respiration. C’est un ordre différent. Beaucoup de personnes inversent les étapes et s’épuisent.
Quand tu forces ta respiration, tu dis à ton système nerveux : « Il y a un problème. » Quand tu l’accueilles, tu lui dis : « Je suis en sécurité. »
L’IFS et l’hypnose pour libérer le souffle : deux voies complémentaires
Alors, comment faire concrètement ? Depuis mon installation à Saintes en 2014, j’utilise principalement deux approches qui fonctionnent remarquablement bien pour la respiration bloquée post-choc : l’IFS (Internal Family Systems) et l’hypnose ericksonienne. Elles ne s’opposent pas, elles se complètent.
L’IFS, ou système familial interne, part d’une idée simple : tu n’es pas un bloc homogène, tu es composé de différentes « parties » de toi-même. Après un choc, une partie de toi s’est figée pour te protéger. C’est cette partie qui retient ta respiration. Elle croit sincèrement que si tu respires librement, tu vas revivre le danger. Elle fait son travail : te protéger.
Le problème, c’est qu’elle utilise une stratégie qui n’est plus adaptée. En IFS, on ne combat pas cette partie. On l’écoute. On lui demande : « Qu’est-ce que tu crains si tu laisses le souffle circuler ? » Parfois, la réponse est surprenante. Une partie peut dire : « Si je respire, je vais m’effondrer. » Ou : « Si je lâche la respiration, je vais pleurer et ne plus m’arrêter. » Ou encore : « Si je respire profondément, je vais sentir la douleur du choc. »
Quand tu accueilles cette peur sans la juger, la partie protectrice peut commencer à se détendre. Elle n’a plus besoin de maintenir la tension. C’est un travail de dialogue intérieur, souvent très émouvant. J’ai vu des personnes retrouver une respiration ample en quelques séances, simplement parce qu’elles avaient compris pourquoi leur corps résistait.
L’hypnose ericksonienne, elle, agit plus directement sur le système nerveux autonome. Elle utilise l’état modifié de conscience pour contourner les résistances conscientes. En hypnose, je ne te demande pas de respirer profondément. Je te propose des suggestions indirectes, des métaphores. Par exemple, je peux évoquer l’image d’une porte qui s’ouvre doucement, ou d’une vague qui monte et descend. Ton inconscient, qui est bien plus sage que ta volonté, peut alors retrouver le mouvement naturel du souffle sans que tu forces.
Un de mes clients, un pompier de 45 ans, avait développé une apnée du sommeil après une intervention traumatisante. Les médecins lui parlaient de machine, de chirurgie. En hypnose, nous avons travaillé sur la sensation de son diaphragme qui se déverrouillait pendant la nuit. Sans qu’il le cherche, son souffle s’est libéré progressivement. Ce n’était pas magique : c’était la capacité innée du corps à retrouver son équilibre quand on lui en donne la permission.
L’Intelligence Relationnelle : respirer avec l’autre pour respirer seul
Il y a un troisième pilier que j’utilise, moins connu, mais essentiel : l’Intelligence Relationnelle. Cette approche, développée par le Dr. Stephen Porges, repose sur la théorie polyvagale. Elle explique que notre système nerveux se régule principalement à travers la relation à l’autre.
Après un choc, tu peux te sentir isolé·e. Personne ne comprend ce que tu vis. Tu te replies sur toi-même, et ta respiration se bloque encore plus. C’est un cercle vicieux : moins tu es en lien, plus ton système nerveux reste en alerte. Plus il reste en alerte, plus ta respiration est bloquée.
L’Intelligence Relationnelle propose de recréer des moments de sécurité relationnelle. Pas forcément en parlant du choc, mais en vivant des expériences où tu te sens vu·e, entendu·e, accueilli·e. Dans mon cabinet, je crée un cadre où tu peux expérimenter une présence sécurisante. Parfois, rien que le fait de savoir que quelqu’un est là, sans attente, permet au diaphragme de se détendre.
Prenons un cas concret. J’ai accompagné Claire, une infirmière de 50 ans, qui avait vécu une agression verbale violente de la part d’un patient. Depuis, elle ne pouvait plus parler en public sans perdre son souffle. Elle évitait les réunions, les repas de famille. En séance, nous avons travaillé sur sa capacité à recevoir un regard bienveillant. Au début, c’était très difficile. Elle détournait les yeux, retenait sa respiration. Progressivement, elle a pu soutenir mon regard tout en laissant l’air circuler. Ce n’était pas un exercice de respiration, c’était un exercice de connexion.
Ce que montre la théorie polyvagale, c’est que la branche ventrale du nerf vague – la partie qui permet la connexion sociale – est aussi celle qui régule la respiration calme. Quand tu te sens en sécurité avec quelqu’un, ton système nerveux active cette branche. Ton diaphragme se détend, ta voix devient plus posée, ton rythme cardiaque ralentit. Tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit : cela arrive naturellement.
Trois gestes simples à essayer dès maintenant
Je vais te proposer trois choses concrètes que tu peux essayer chez toi, sans pression, sans objectif de performance. Ce ne sont pas des exercices à réussir, mais des invitations à explorer.
1. La pause avant l’inspiration Assieds-toi confortablement. Porte une main sur ton ventre, l’autre sur ta poitrine. Ne cherche pas à changer ta respiration. Reste simplement présent·e à ce qui est. Après quelques instants, laisse venir une expiration complète. Ne force pas, laisse l’air sortir doucement. Puis, au lieu de chercher à inspirer, fais une pause. Reste dans ce vide. Peut-être que tu sentiras un besoin naturel d’inspirer, comme un appel venant du ventre. Laisse-le venir. Ce n’est pas une technique, c’est une redécouverte du rythme naturel.
2. La main sur le sternum Parfois, le blocage est plus haut, au niveau du sternum ou de la gorge. Pose une main à plat sur le haut de ta poitrine, juste sous la gorge. Laisse la chaleur de ta main se diffuser. Sans bouger, perçois les micro-mouvements de ta respiration à cet endroit. Souvent, cette simple présence permet une détente progressive. Tu peux fermer les yeux et imaginer que ta main est celle de quelqu’un de bienveillant.
3. Le regard périphérique Quand on est en état d’alerte, notre regard se focalise, comme pour scruter un danger. Pour calmer le système nerveux, tu peux élargir ton regard. Assieds-toi et laisse tes yeux se détendre. Au lieu de fixer un point, prends conscience de tout ce qui est dans ton champ de vision, y compris les côtés et le bas. Ne cherche pas à voir net, juste à percevoir large. Tu sentiras peut-être une détente dans les épaules et la mâchoire, puis un allongement naturel du souffle.
Ce que ces approches ne font pas
Je veux être honnête avec toi. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ne font pas disparaître les souvenirs du choc. Elles ne te promettent pas que tu ne ressentiras plus jamais d’émotion quand tu y penseras. Ce serait illusoire et même contre-productif. Le but n’est pas d’effacer, mais de restaurer la liberté de ton souffle malgré la présence de ces souvenirs.
Certaines personnes s’attendent à une guérison totale, rapide, sans rechute. La réalité est plus nuancée. Tu peux retrouver une respiration libre pendant des semaines, puis un déclencheur – une situation similaire, une fatigue accumulée – peut faire revenir la sensation d’oppression. Ce n’est pas un échec. C’est le signe que ton système nerveux a besoin de continuer à apprendre qu’il est en sécurité, même dans des contextes difficiles.
Ce qui change, c’est ta relation à ce blocage. Au lieu de le combattre, tu apprends à l’accueillir. Au lieu de
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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