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Comment le Self transforme votre relation à la douleur

Accueillez la souffrance avec moins de résistance grâce au Self.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous avez sans doute déjà vécu ce moment où une douleur — physique ou émotionnelle — s’invite sans prévenir. Vous êtes en pleine journée, concentré sur votre travail ou une discussion, et soudain, une tension dans le dos, une boule dans la gorge, ou un souvenir désagréable refait surface. Votre première réaction, instinctive, c’est de vouloir la faire taire. Vous serrez les dents, vous vous distrayez, vous cherchez une solution rapide. Et si je vous disais que cette lutte est précisément ce qui aggrave la souffrance ?

Depuis 2014, dans mon cabinet à Saintes, j’accompagne des adultes qui vivent avec des douleurs chroniques, des blessures émotionnelles, ou des blocages qui les empêchent d’avancer. À travers l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle, j’ai vu un schéma se répéter : plus on résiste à une sensation ou une émotion désagréable, plus elle s’installe. Mais il existe une autre voie. Une voie qui ne demande pas de supprimer la douleur, mais de changer votre relation à elle. Cette voie, c’est le Self — le cœur de l’IFS.

Dans cet article, je vais vous montrer comment le Self peut transformer votre rapport à la douleur, qu’elle soit physique ou psychique. Nous allons explorer des mécanismes concrets, des exemples tirés de mon expérience, et des pistes que vous pouvez essayer dès maintenant. Et je serai honnête : ce n’est pas une baguette magique. C’est un travail de présence et de compassion envers vous-même. Mais les résultats parlent d’eux-mêmes.

Qu’est-ce que le Self, et pourquoi change-t-il votre rapport à la douleur ?

L’IFS, développé par Richard Schwartz, repose sur une idée simple mais puissante : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de différentes « parties » — des sous-personnalités qui portent des croyances, des émotions, des rôles. Par exemple, il y a une partie de vous qui veut tout contrôler, une autre qui a peur de l’échec, une autre encore qui cherche à apaiser à tout prix. Ces parties sont souvent en conflit, surtout face à la douleur.

Mais au centre de tout cela, il y a le Self. Le Self n’est pas une partie parmi d’autres. C’est votre essence fondamentale — calme, curieuse, confiante, compatissante, courageuse, créative, connectée et claire. Quand vous êtes dans le Self, vous n’êtes pas identifié à vos parties. Vous pouvez les observer avec bienveillance, sans jugement. C’est un état de présence qui ne cherche ni à combattre ni à fuir la douleur.

Voici le paradoxe : plus vous êtes dans le Self, moins la douleur a de pouvoir sur vous. Pourquoi ? Parce que la souffrance n’est pas la sensation elle-même, mais la résistance à cette sensation. Quand une douleur surgit — un mal de dos tenace, une angoisse soudaine, une tristesse ancienne — vos parties réagissent souvent par la panique : « Il faut que ça s’arrête ! », « C’est insupportable », « Je vais craquer ». Cette réaction amplifie la douleur. Le Self, lui, ne lutte pas. Il accueille. Il dit : « Je vois cette sensation. Je suis ici, avec toi. »

Prenons un exemple concret. Un patient, que j’appellerai Marc, est venu me voir pour des migraines chroniques. Il avait tout essayé : médicaments, ostéopathie, régimes. Rien ne durait. En séance, nous avons exploré ce qui se passait juste avant la migraine. Marc a identifié une partie de lui qui se mettait en alerte dès qu’une tension montait dans sa nuque. Cette partie criait : « Attention, danger, ça va exploser ! » Cette alerte déclenchait une contraction musculaire, qui aggravait la douleur. En entrant en contact avec cette partie avec curiosité (une qualité du Self), Marc a pu lui demander ce qu’elle craignait vraiment. La réponse : « J’ai peur que tu t’effondres et que tu ne puisses plus rien faire. » En rassurant cette partie depuis le Self, la tension s’est relâchée. Les migraines n’ont pas disparu du jour au lendemain, mais leur intensité a diminué. Marc a appris à ne plus les craindre.

Le Self ne supprime pas la douleur. Il dissout la résistance. Et c’est cette résistance qui transforme une sensation passagère en souffrance durable.

Pourquoi vos parties amplifient la douleur (et comment le Self les apaise)

Quand une douleur surgit, vos parties ne sont pas vos ennemies. Elles essaient de vous protéger. Le problème, c’est qu’elles utilisent des stratégies héritées du passé, souvent inadaptées à la situation présente. Comprendre ce mécanisme est essentiel pour ne pas tomber dans le piège de la lutte.

Prenons une douleur émotionnelle, par exemple. Vous êtes en conflit avec un proche, et une vague de tristesse vous submerge. Une partie de vous, que j’appelle souvent le « pompier », va immédiatement chercher à éteindre l’incendie : elle vous pousse à vous distraire (scroller sur votre téléphone, manger du sucre, travailler comme un forcené). Une autre partie, le « manager », va essayer de contrôler la situation en planifiant des scénarios de réparation ou de vengeance. Une troisième, le « exilé », porte la blessure originelle — peut-être une vieille sensation d’abandon.

Ces parties s’activent en cascade. Le pompier vous empêche de ressentir la tristesse, mais au prix d’une tension chronique. Le manager vous épuise à force de ruminations. L’exilé reste enfoui, mais sa douleur continue de fuiter. Résultat : vous êtes prisonnier d’un système qui tourne en rond.

Le Self, lui, ne prend pas parti. Il observe ces parties avec compassion. Il peut dire au pompier : « Merci d’essayer de me protéger. Je comprends que tu veux m’éviter cette souffrance. Mais j’ai besoin de faire de la place à cette tristesse pour qu’elle puisse se libérer. » Quand le Self prend les rênes, les parties se calment. Elles sentent qu’elles peuvent lâcher prise, parce qu’une présence plus grande est là.

J’ai travaillé avec une patiente, Sophie, qui souffrait de douleurs lombaires depuis des années. En séance, nous avons découvert qu’une partie d’elle portait une croyance : « Je dois tout porter sur mes épaules. » Cette partie s’était activée après un divorce difficile. Chaque fois qu’une responsabilité se présentait, elle contractait les muscles du bas du dos, comme pour se préparer à une charge émotionnelle. La douleur était réelle, mais elle était alimentée par cette partie protectrice. En dialoguant avec elle depuis le Self, Sophie a pu lui dire : « Je vois que tu fais de ton mieux. Mais je peux poser ce poids maintenant. Tu n’es plus seule. » La douleur a progressivement diminué, non pas parce que Sophie avait « guéri » son dos, mais parce qu’elle avait changé sa relation à la partie qui la provoquait.

Le Self ne combat pas les parties. Il les accueille. Et cet accueil est ce qui permet à la douleur de se transformer.

Les 8 « C » du Self : un cadre pour accueillir la souffrance

Richard Schwartz a identifié huit qualités qui émergent quand vous êtes dans le Self : la Curiosité, la Compassion, la Confiance, le Courage, la Créativité, la Clarté, la Connexion et le Calme. Ces « 8 C » sont des ressources intérieures que vous pouvez cultiver pour faire face à la douleur. Je vais vous montrer comment les appliquer concrètement.

Curiosité : Au lieu de juger votre douleur (« C’est horrible, pourquoi ça m’arrive ? »), posez-vous des questions ouvertes. « Quelle est la texture de cette sensation ? Où est-elle située exactement ? Si elle avait une couleur, laquelle ? » La curiosité désamorce la peur. Vous passez d’un état de réaction à un état d’observation.

Compassion : La douleur active souvent une partie critique qui vous dit : « Tu es faible, tu aurais dû gérer ça autrement. » La compassion, c’est répondre à cette partie avec douceur : « Je vois que tu souffres. Tu as le droit d’être fatigué(e). » La compassion n’est pas de la pitié ; c’est une reconnaissance de votre humanité.

Confiance : Vos parties peuvent paniquer parce qu’elles ne font pas confiance au processus. Le Self, lui, sait que la douleur est temporaire, même si elle semble éternelle. La confiance, c’est dire : « Je ne sais pas quand ça passera, mais je sais que je peux traverser ça. »

Courage : Accueillir la douleur demande du courage. Pas celui de la combattre, mais celui de rester présent sans fuir. C’est un courage doux, qui dit : « Je reste ici, avec toi, même si c’est inconfortable. »

Créativité : La douleur peut bloquer votre imagination. Le Self vous permet de trouver des solutions nouvelles. Par exemple, si une partie veut crier, vous pouvez lui proposer d’écrire, de dessiner, ou de bouger. La créativité transforme l’expression de la douleur.

Clarté : Le Self vous aide à distinguer la sensation brute de l’histoire que vos parties racontent autour. La douleur est une sensation ; la souffrance est le récit que vous en faites. La clarté, c’est voir la différence.

Connexion : La douleur isole. Le Self vous reconnecte à vous-même et aux autres. En séance, je vois souvent des patients qui, en accueillant leur douleur avec le Self, se sentent soudain moins seuls.

Calme : Le Self est un espace de calme intérieur, même au milieu de la tempête. Ce calme n’est pas une absence de sensation, mais une stabilité qui permet de ne pas être submergé.

Prenons un exemple concret. Un patient, Antoine, souffrait d’anxiété sociale qui se manifestait par des douleurs thoraciques. En séance, je lui ai demandé d’explorer la sensation avec curiosité. Il a décrit une boule serrée, chaude, avec des bords irréguliers. Puis, avec compassion, il a dit à cette sensation : « Je suis là. Tu peux rester aussi longtemps que nécessaire. » La boule s’est progressivement relâchée. Antoine n’a pas « guéri » son anxiété en une séance, mais il a appris à ne plus la craindre. Et cette absence de peur a diminué l’intensité des crises.

Comment le Self transforme la douleur physique : le cas des sportifs

Je travaille aussi comme préparateur mental sportif avec des coureurs et des footballeurs. La douleur physique fait partie de leur quotidien : courbatures, blessures, fatigue musculaire. Mais ce qui les fait progresser, ce n’est pas d’ignorer la douleur, c’est d’apprendre à la lire avec le Self.

Un coureur que j’accompagne, Julien, avait une tendinite au genou. Son médecin lui avait dit de ralentir, mais une partie de lui — le « performer » — hurlait : « Continue, ne lâche rien, tu vas perdre ta forme ! » Cette partie le poussait à s’entraîner malgré la douleur, ce qui aggravait la blessure. En travaillant avec le Self, Julien a pu dialoguer avec cette partie. Il lui a demandé : « Qu’est-ce que tu crains si je m’arrête ? » La réponse : « Que tu deviennes faible, que tu ne sois plus respecté. » Julien a rassuré cette partie : « Je ne vais pas m’arrêter pour toujours. Je vais juste écouter mon corps pour pouvoir revenir plus fort. » En prenant soin de son genou depuis le Self, Julien a non seulement guéri plus vite, mais il a aussi amélioré ses performances. Pourquoi ? Parce qu’il a appris à distinguer une douleur-signal (alerte de blessure) d’une douleur-effort (normale dans l’entraînement). Le Self lui a donné la clarté nécessaire.

C’est un point crucial : le Self ne vous rend pas insensible. Il vous rend plus lucide. Vous pouvez ressentir une douleur sans être identifié à la panique qu’elle déclenche. Et cette lucidité est un atout, que vous soyez sportif ou non.

« La douleur est inévitable. La souffrance est optionnelle. Le Self est le pont entre les deux. »

Le piège de vouloir « guérir » à tout prix (et ce que le Self propose à la place)

Beaucoup de personnes viennent me voir avec un objectif clair : « Je veux que cette douleur disparaisse. » C’est légitime. Mais cet objectif cache souvent un piège. Quand vous êtes focalisé sur la guérison comme seul résultat acceptable, vous mettez la pression sur vous-même. Chaque jour où la douleur persiste devient un échec. Cette pression active des parties protectrices qui s’épuisent à chercher des solutions, ce qui augmente votre stress, et donc votre douleur.

Le Self propose une approche différente. Il ne dit pas : « Il faut guérir. » Il dit : « Je suis ici, maintenant, avec ce qui est. » Cela ne signifie pas que vous abandonnez l’idée de guérir. Cela signifie que vous arrêtez de lutter contre le présent. Et paradoxalement, c’est souvent en arrêtant de lutter que la guérison survient.

J’ai vu cela avec une patiente, Claire, qui souffrait de fibromyalgie. Elle avait consulté des dizaines de spécialistes, suivi des régimes stricts, fait des heures de kiné. Rien n’y faisait. En séance, nous avons exploré une partie d’elle qui était épuisée de « tout essayer ». Cette partie disait : « Je ne peux plus continuer comme ça. » Avec le Self, Claire a pu lui répondre : « Je t’entends. Tu n’as pas à trouver une solution aujourd’hui. Tu peux juste être là, avec la douleur, sans rien faire. » Ce lâcher-prise a été un tournant. Claire a commencé à ressentir moins de tension dans son corps. La douleur n’a pas disparu, mais elle est devenue plus supportable. Et surtout, Claire a retrouvé une énergie qu’elle avait perdue à force de chercher à guérir.

Le Self ne vous demande pas de guérir. Il vous demande de faire de la place. Et quand vous faites de la place, le corps et l’esprit trouvent souvent leur propre chemin vers l’équilibre.

Comment commencer à cultiver le Self face à votre douleur aujourd’hui

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour expérimenter le Self. Voici un exercice simple que vous pouvez essayer maintenant, seul(e), chez vous.

  1. Trouvez une position confortable : Assis ou allongé, fermez les yeux. Prenez trois respirations profondes.

  2. Identifiez une sensation de douleur : Cela peut être une tension physique (dans le cou, le dos) ou une émotion désagréable (tristesse, colère, anxiété). Ne cherchez pas à la changer. Notez simplement où elle se trouve dans votre corps.

  3. Accueillez-la avec curiosité : Au lieu de la juger, posez-lui des questions mentalement. « Quelle est sa forme ? Sa couleur ? Sa température ? Si elle avait une voix, que dirait-elle ? » Restez dans l’observation, sans essayer de la modifier.

  4. Parlez à la partie qui porte cette douleur : Imaginez que cette sensation est une partie de vous. Demandez-lui : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » Écoutez la réponse sans l’analyser. Peut-être entendrez-vous une peur, un souvenir, un besoin.

  5. Répondez depuis le Self : Dites à cette partie, avec douceur : « Je te vois. Je suis là. Tu n’es pas seule. » Vous pouvez poser une main sur l’endroit de la douleur pour ancrer cette présence.

  6. Restez quelques minutes : Observez si la sensation change. Parfois elle s’atténue, parfois elle se déplace, parfois elle reste identique. L’important n’est pas le résultat, mais l’intention d’accueillir.

Cet exercice peut sembler simple, mais il est puissant. Il vous permet de passer d’un état de réaction (où vos parties sont aux commandes) à un état de présence (où le Self guide). Plus vous le pratiquerez, plus vous développerez une relation différente à la douleur.

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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