3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Retrouver une connexion apaisée avec qui vous êtes vraiment.
Vous entrez dans mon cabinet, et la première chose que vous me dites, c’est souvent un truc du genre : « Je ne me reconnais plus. » Vous avez traversé un accident, une séparation brutale, un deuil, un licenciement, ou peut-être une phrase assassine qui a tout fissuré. Et depuis, vous avez l’impression d’être un étranger dans votre propre corps. Votre tête tourne, votre cœur s’emballe pour rien, vous avez des réactions qui vous surprennent – colère soudaine, larmes imprévisibles, ou ce vide étrange qui vous coupe de tout. Vous cherchez à retrouver qui vous étiez avant, mais ce « avant » semble inaccessible, comme un pays que vous ne pourrez plus jamais visiter.
C’est là que l’IFS – le Système Familial Intérieur – entre en jeu. Je ne vais pas vous promettre que vous retrouverez la même personne qu’avant le choc. Ce serait un mensonge. Un choc vous transforme, c’est une loi de la vie. Mais ce que l’IFS peut faire, c’est réparer les liens brisés entre vous et vous-même. Pas pour revenir en arrière, mais pour construire une nouvelle maison intérieure, plus solide et plus accueillante. Laissez-moi vous expliquer comment.
Vous avez probablement déjà entendu parler de l’idée que notre esprit est fragmenté. Mais en IFS, on ne parle pas de « troubles » ou de « pathologies ». On parle de parties. Ce sont des sous-personnalités qui portent des émotions, des croyances, des rôles. Avant le choc, vous aviez déjà des parties : une partie qui vous pousse à être performant, une autre qui vous fait rire, une autre encore qui vous rend prudent. C’est normal, tout le monde fonctionne comme ça. Mais quand un choc survient, c’est comme si un tremblement de terre intérieur projetait certaines parties sur le devant de la scène, et en enfouissait d’autres sous les décombres.
Prenons un exemple anonymisé, celui de Luc, un coureur que j’accompagne. Luc a été percuté par une voiture lors d’un entraînement. Physiquement, il s’en est sorti avec quelques fractures. Mais depuis l’accident, il ne peut plus courir sans paniquer. Sa partie « coureur » – celle qui aimait l’effort, la liberté, la sensation du vent – s’est retrouvée écrasée par une partie « protectrice » hypervigilante. Cette nouvelle partie crie : « Attention, danger ! Si tu cours, tu vas mourir ! » Et Luc se retrouve prisonnier de cette alarme intérieure. Il ne se reconnaît plus, parce que son ancienne partie « coureur » est devenue inaudible, enterrée sous les cris d’alarme.
Ce qui se passe, c’est que le choc a créé des exilés – des parties qui portent la douleur, la peur, la honte du moment traumatique. Et pour les tenir à distance, d’autres parties – les protecteurs – montent la garde avec des stratégies parfois extrêmes : évitement, contrôle, perfectionnisme, ou au contraire apathie. Vous ne vous reconnaissez plus parce que ces protecteurs ont pris le contrôle. Ils font leur boulot, mais ils vous coupent de votre essence.
La première chose que je fais avec vous, c’est de vous apprendre à écouter ces parties, plutôt que de les combattre. Parce que, soyons honnêtes, vous avez probablement déjà essayé de les faire taire. Vous vous êtes dit : « Arrête d’avoir peur, c’est irrationnel », ou « Tu dois passer à autre chose, ça suffit ». Ça ne marche pas, n’est-ce pas ? Les parties n’aiment pas être ignorées ou réprimandées. Elles crient plus fort.
L’IFS vous invite à adopter une posture de curiosité envers vous-même. Je vous guide pour que vous puissiez identifier une partie qui se manifeste – par exemple, cette tension dans votre poitrine, cette voix critique, cette envie de tout fuir. Et au lieu de la juger, vous lui posez des questions simples : « Que veux-tu que je sache ? », « Qu’est-ce qui te fait si peur ? », « Que se passerait-il si tu arrêtais ton travail ? ».
Je me souviens d’une patiente, appelons-la Claire, qui venait pour une dépression après un divorce violent. Elle avait une partie qui la poussait à travailler sans arrêt, jusqu’à l’épuisement. Elle détestait cette partie, la traitait de « bourreau ». Quand je lui ai demandé de dialoguer avec elle, elle a découvert que cette partie protégeait un exilé terrifié : une petite fille qui croyait que si elle n’était pas parfaite, elle serait abandonnée. Le protecteur (la bourreau de travail) disait : « Si tu t’arrêtes, tu t’effondres, et personne ne sera là pour toi. » En comprenant cela, Claire a pu remercier cette partie, au lieu de la hair. C’est le début de la réparation.
Le lien brisé avec soi-même, c’est souvent une guerre intérieure. L’IFS transforme cette guerre en diplomatie. Vous n’êtes pas vos parties, vous êtes celui qui peut les écouter.
Cette écoute crée un premier pont. Vous n’êtes plus en lutte contre vous-même. Vous devenez un espace d’accueil. Et ça, ça change tout.
Le cœur du travail en IFS, après avoir établi un dialogue avec les protecteurs, c’est d’aller rencontrer les exilés. Ce sont les parties qui portent la charge émotionnelle brute du choc. Elles sont souvent jeunes – une partie de vous qui a 5, 8, 12 ans – et elles sont restées figées dans le moment traumatique. Quand un choc survient, il peut réveiller d’anciens exilés, ou en créer de nouveaux.
Prenons le cas de Marc, un footballeur que j’ai suivi en préparation mentale. Il avait vécu une humiliation publique sur le terrain : une erreur qui a coûté un match important, sous les yeux de centaines de personnes. Depuis, il ne pouvait plus jouer sans trembler. Sa partie « compétiteur » (un protecteur) le poussait à s’entraîner comme un fou, mais plus il forçait, plus il tremblait. En IFS, nous avons rencontré l’exilé : un petit garçon de 10 ans, pétrifié par le regard des autres, croyant qu’il était « nul et indigne d’être aimé ». Cette partie portait une honte immense.
Le travail n’est pas de « supprimer » cette honte, mais de la décharger. Comment ? En amenant ce que l’IFS appelle le Self – votre essence, votre centre calme, curieux, compatissant – à être présent pour cet exilé. Vous ne le sauvez pas, vous ne le réparez pas. Vous êtes simplement là, avec lui, dans une présence aimante. Et progressivement, la charge émotionnelle se dissout. Marc a pu, en séance, « prendre dans ses bras » ce petit garçon humilié, lui dire : « Je suis là, tu n’es plus seul, ce n’est pas de ta faute. » Résultat ? Les tremblements ont disparu en quelques semaines. Non pas parce qu’il a « contrôlé » sa peur, mais parce que la partie qui portait la peur a été entendue et apaisée.
Ce processus répare le lien avec vous-même parce que vous réintégrez ces parties rejetées. Vous n’êtes plus coupé de votre vulnérabilité, de votre sensibilité. Vous devenez entier. Et c’est ça, la guérison après un choc : non pas l’absence de douleur, mais la capacité à l’accueillir sans être détruit.
On a souvent tendance à vouloir se débarrasser des protecteurs. Cette partie qui vous rend anxieux, qui vous fait éviter les foules, qui vous pousse à tout contrôler – on la voit comme l’ennemie. Mais en IFS, on apprend à les voir comme des alliés. Ils ont pris le relais après le choc pour vous protéger. Sans eux, vous auriez peut-être sombré.
Je pense à un patient, Thomas, qui avait développé une phobie sociale après un accident de voiture. Sa partie « évitante » le poussait à rester chez lui, à refuser les invitations. Il la détestait, se traitait de « faible ». Quand nous avons dialogué avec cette partie, elle a dit : « Je le protège. Si il sort, il pourrait revivre l’accident. Les gens pourraient le voir fragile. Je le garde en sécurité. » En reconnaissant son intention positive, Thomas a pu la remercier. Et progressivement, cette partie a accepté de lâcher un peu de contrôle, parce qu’elle se sentait reconnue, pas combattue.
Voici ce que je vous propose de retenir : vos symptômes – l’insomnie, l’hypervigilance, les flashbacks, l’apathie – ne sont pas des ennemis. Ce sont des messages de vos protecteurs. Ils disent : « Il y a une partie de toi qui souffre, et j’ai peur que tu ne puisses pas la gérer. » Quand vous écoutez ce message, le protecteur peut se détendre. Et vous pouvez alors aller vers l’exilé.
C’est une réparation profonde du lien avec vous-même, parce que vous cessez de vous haïr pour vos réactions. Vous comprenez que chaque partie fait de son mieux avec ce qu’elle a. Et cette bienveillance envers vous-même, c’est le ciment de la reconstruction.
Un choc ne brise pas seulement le lien avec soi-même. Il affecte aussi vos relations. Vous devenez irritable, distant, ou au contraire dépendant. Vous avez du mal à faire confiance. Vous vous isolez. C’est logique : si vous êtes en guerre à l’intérieur, comment pourriez-vous être en paix avec les autres ?
L’IFS, en réparant les liens internes, a un effet cascade sur vos relations. Quand vous êtes plus en contact avec votre Self – ce centre calme et compatissant – vous réagissez moins à partir de vos parties blessées. Vous pouvez entendre l’autre sans vous sentir menacé. Vous posez des limites sans agressivité. Vous demandez ce dont vous avez besoin sans honte.
Je travaille souvent avec des couples, ou des personnes qui veulent améliorer leurs relations. Une patiente, Sophie, venait pour des crises d’angoisse après un harcèlement moral au travail. Elle était devenue méfiante envers tout le monde, même son compagnon. En IFS, elle a rencontré une partie « loup solitaire » qui disait : « Ne fais confiance à personne, ils vont te trahir. » C’était un protecteur qui la gardait en sécurité. En dialoguant avec elle, Sophie a compris qu’elle protégeait un exilé : une petite fille qui avait été trahie par une collègue qu’elle aimait. En libérant cette charge, Sophie a pu, progressivement, laisser son compagnon s’approcher à nouveau. Elle m’a dit : « Je ne suis plus sur la défensive tout le temps. Je peux pleurer devant lui sans avoir peur qu’il utilise ça contre moi. »
Quand vous réparez le lien avec vous-même, vous réparez du même coup le lien avec les autres. Parce que vous n’avez plus besoin de protéger vos parties blessées en permanence.
C’est un cercle vertueux. Plus vous êtes en paix avec vous-même, plus vos relations deviennent authentiques. Et plus vos relations sont authentiques, plus vous vous sentez soutenu dans votre reconstruction.
Je dois être clair avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne va pas effacer le choc. Vous ne sortirez pas d’une séance en disant : « Super, j’ai oublié ce qui s’est passé. » Non. Le choc reste dans votre histoire. Ce qui change, c’est le rapport que vous entretenez avec lui.
L’IFS ne remplace pas non plus un suivi médical ou psychiatrique si vous êtes en pleine crise. Si vous avez des pensées suicidaires, des symptômes psychotiques, ou si vous êtes dans un état de stress post-traumatique sévère avec dissociation, il est essentiel d’avoir d’abord un cadre sécurisé – parfois avec un psychiatre, parfois avec un thérapeute spécialisé en EMDR ou en thérapie des schémas. L’IFS peut être un complément puissant, mais il ne doit pas être le seul outil si vous êtes en état d’urgence.
Ce que l’IFS fait, c’est vous redonner les clés de votre maison intérieure. Il vous apprend à être votre propre thérapeute, à long terme. Mais ça prend du temps. Certaines parties sont très verrouillées, surtout après des chocs répétés. Il faut de la patience, de la douceur envers soi-même. Et parfois, ça fait mal avant d’aller mieux. Rencontrer un exilé, c’est pleurer, c’est ressentir une vieille douleur. Mais c’est une douleur qui se libère, pas qui s’installe.
Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour amorcer la réparation. Voici un exercice que je donne souvent à mes patients. Il s’appelle l’espace intérieur. Il dure 5 minutes, et il est sécurisé – vous ne plongez pas dans le traumatisme, vous créez juste une relation avec vos parties.
Ce n’est pas un exercice spectaculaire. Mais il pose un acte fondamental : vous cessez de fuir ou de combattre une partie de vous. Vous l’accueillez. Et ça, c’est le premier pas vers la réparation du lien brisé.
Vous êtes arrivé jusqu’ici, et peut-être que quelque chose en vous a vibré. Peut-être que vous reconnaissez cette fatigue d’être en guerre avec vous-même, cette impression de vivre à côté de votre vie. Le chemin de l’IFS n’est pas un chemin facile, mais c’est un chemin qui mène à la paix. Pas à une paix fragile, basée sur le contrôle ou l’évitement. Une paix solide, qui vient du fait de connaître et d’aimer toutes vos parties, même les plus blessées.
Si vous sentez que ce texte résonne avec ce que vous vivez, je vous invite à ne pas rester seul avec ça. Vous pouvez commencer par cet exercice, jour après jour. Vous pouvez lire un livre sur l’IFS – je recommande Système Familial Intérieur de Richard Schwartz, ou Self-Therapy de Jay Earley. Et si vous sentez le besoin d’être accompagné, je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert, et je reçois aussi en visio pour ceux qui sont loin.
Prenez soin de vous. Vous n’êtes pas brisé. Vous êtes juste une collection de parties qui ont besoin d’être réunies. Et c’est un voyage magnifique, même s’il commence dans la douleur. Un pas après l’autre. Je suis là pour vous y aider, si vous le souhaitez.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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