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IFS pour les sportifs : libérer la performance mentale

Différence avec la préparation mentale classique.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu es au 38e kilomètre d’un marathon. Tes quadriceps brûlent, ta respiration s’emballe, et une voix intérieure te souffle : « Lâche tout, tu vas craquer. De toute façon, tu n’es pas fait pour ça. » Tu la connais, cette voix. Elle a déjà gagné avant, lors de séances d’entraînement ou de compétitions importantes. Tu as essayé de la contrer avec des mantras positifs, de la visualisation, des techniques de respiration. Parfois ça marche un moment, mais elle revient toujours, plus forte, plus insistante.

Et si cette voix n’était pas un ennemi à combattre, mais une partie de toi qui essaie de te protéger ? Une partie qui, à sa manière, cherche ton bien ? C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) change radicalement la donne pour les sportifs. Là où la préparation mentale classique t’apprend à gérer tes pensées, l’IFS t’invite à dialoguer avec elles.

Depuis 2014, j’accompagne des adultes en souffrance à Saintes, mais aussi des coureurs et footballeurs qui veulent libérer leur performance mentale. Dans cet article, je vais te montrer pourquoi l’IFS est une approche profondément différente de ce que tu as pu essayer, et comment elle peut transformer ta relation avec ce qui te freine sur le terrain ou sur la piste.

Qu’est-ce que l’IFS et pourquoi ça parle aux sportifs ?

L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle thérapeutique développé par Richard Schwartz dans les années 1980. Son idée centrale est simple : notre esprit n’est pas un bloc monolithique, mais une famille intérieure composée de différentes « parties ». Chaque partie a ses propres croyances, émotions et rôles. Il y a la partie perfectionniste, la partie qui doute, la partie qui veut tout contrôler, la partie qui se décourage… Et au centre de cette famille, il y a un Self, une essence fondamentale calme, confiante, curieuse et compatissante.

Pour un sportif, cette vision est une révolution. Imagine : tu n’es pas « quelqu’un qui manque de confiance ». Tu as une partie de toi qui manque de confiance, et d’autres parties qui compensent. Tu n’es pas « quelqu’un qui craque sous pression ». Tu as une partie qui s’active pour te protéger quand elle perçoit un danger.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné un jeune footballeur de 22 ans, appelons-le Lucas. Il avait un talent technique évident, mais en match, il se figeait dès qu’un défenseur s’approchait de lui. Il perdait ses moyens, faisait des passes hasardeuses. En préparation mentale classique, on aurait travaillé sur la visualisation de réussite, des routines de concentration, ou des techniques de respiration pour calmer son stress. Ça marchait un temps, puis ça revenait.

Avec l’IFS, on a fait autre chose. On a invité Lucas à se tourner vers cette partie qui le figeait, non pas pour la chasser, mais pour la comprendre. « Qu’est-ce que tu ressens quand cette peur arrive ? Où est-elle dans ton corps ? » Il a décrit une boule dans le ventre, une sensation de paralysie. Puis on a dialogué avec cette partie : « Qu’est-ce que tu veux pour Lucas en le figeant ? » La réponse a été sidérante : « Je veux qu’il arrête de jouer, parce que s’il se fait tacler et qu’il se blesse, il ne pourra plus jamais jouer. Sa carrière s’arrêtera. »

Cette partie n’était pas une ennemie. C’était un protecteur excessif, qui utilisait une stratégie du passé (peut-être une blessure vécue ou observée) pour éviter une catastrophe future. En comprenant son rôle, Lucas a pu la remercier, et progressivement, lui demander de se détendre. Sa performance sur le terrain s’est libérée – non pas parce qu’il avait « géré son stress », mais parce qu’il avait fait la paix avec une partie de lui-même.

L’IFS ne vise pas à éliminer tes peurs ou tes doutes. Il t’invite à les connaître, à les écouter, et à leur offrir une place qui ne paralyse plus ta performance.

La différence fondamentale avec la préparation mentale classique

Tu as peut-être déjà expérimenté la préparation mentale : fixation d’objectifs, visualisation, routines, gestion du stress, discours intérieur positif. Ces outils sont puissants, je ne les renie pas. Mais ils fonctionnent souvent sur un principe implicite : il faut contrôler ou remplacer ce qui ne va pas. Ta pensée négative ? Remplace-la par une pensée positive. Ton anxiété ? Respire pour la calmer. Ta peur de l’échec ? Visualise ta réussite.

Le problème, c’est que la partie qui produit la pensée négative ou l’anxiété ne disparaît pas. Elle se sent repoussée, jugée, silencée. Et comme tout être vivant (même intérieur), elle revient plus fort pour se faire entendre. C’est le fameux effet rebond : plus tu luttes contre une pensée, plus elle s’installe. Tu passes ton match à combattre une partie de toi, ce qui te coûte une énergie mentale énorme.

L’IFS inverse la logique. Au lieu de contrôler, tu accueilles. Au lieu de remplacer, tu écoutes. Au lieu de combattre, tu négocies.

Voici un tableau comparatif simple pour y voir clair :

| Préparation mentale classique | Approche IFS | |------------------------------|--------------| | Identifie une pensée négative comme un problème | Voit la pensée négative comme une partie ayant une intention positive | | Cherche à remplacer ou supprimer | Cherche à comprendre et dialoguer | | Travail sur le comportement et les routines | Travail sur la relation avec les parties | | L’athlète apprend à se contrôler | L’athlète apprend à se connaître | | Effet temporaire si la partie n’est pas écoutée | Transformation durable car la partie se sent entendue |

Un exemple sportif typique : un coureur de fond qui a une partie « saboteur » qui le fait ralentir dans le dernier kilomètre. En préparation mentale classique, on lui donnerait des mantras du type « Je suis fort, je peux le faire » ou une routine de respiration pour gérer la douleur. Ça peut marcher une course, mais la partie saboteur reste active, cherchant d’autres moments pour se manifester.

Avec l’IFS, on invite le coureur à dialoguer avec cette partie : « Qu’est-ce que tu veux m’éviter en me faisant ralentir ? » La réponse pourrait être : « Je veux t’éviter la souffrance de l’épuisement total. Je me souviens de cette fois où tu as fini une course en t’effondrant, et j’ai peur que tu te blesses gravement. » En reconnaissant cette intention protectrice, le coureur peut rassurer cette partie : « Merci de veiller sur moi. Aujourd’hui, je suis entraîné, je connais mes limites, et je peux gérer cette douleur. Tu peux te détendre. » La partie saboteur, se sentant écoutée et respectée, peut alors lâcher prise.

Les parties qui jouent dans l’équipe du sportif

Dans mon cabinet, je rencontre souvent les mêmes « personnages » intérieurs chez les sportifs. Les reconnaître permet déjà de les apprivoiser.

Le Perfectionniste : Il veut que tout soit parfait. Chaque geste, chaque fraction de seconde. Il te pousse à t’entraîner dur, à ne rien laisser au hasard. Mais il peut devenir tyrannique : tu n’es jamais assez bon, tu dois toujours faire plus. Il te vole le plaisir du jeu et te prépare à une déception permanente, car la perfection n’existe pas.

Le Critique Intérieur : C’est la voix qui juge : « T’as vu ta technique ? N’importe quoi. Les autres sont meilleurs que toi. Tu vas perdre. » Il utilise la critique comme un moteur : « Si je te critique, tu vas te surpasser. » Mais trop de critique t’écrase.

Le Protecteur : Il veut te garder en sécurité. Il te fait éviter les risques, les compétitions importantes, les adversaires trop forts. « Ne t’engage pas, tu pourrais te blesser ou perdre face à lui. » Il te protège de l’échec et de la honte, mais il te prive aussi de la croissance.

Le Saboteur : Il fait exactement ce que son nom indique. Il te fait rater un penalty, oublier ton matériel, te lever fatigué le jour de la course. Il semble travailler contre toi, mais en réalité, il te protège d’une peur plus grande : celle de réussir et des attentes qui viennent avec.

Le Porteur de Douleur : C’est la partie qui garde les blessures du passé – une défaite humiliante, une blessure grave, une parole d’un entraîneur qui t’a marqué. Elle n’est pas une protectrice, mais une partie exilée, souvent cachée, qui influence tes réactions sans que tu le saches.

Un footballeur que j’ai suivi, Marc, avait une partie Critique Intérieur très active. Avant chaque match, elle lui répétait : « Tu vas faire une erreur, tout le monde va te regarder, tu vas décevoir. » En préparateur mental classique, on aurait travaillé des affirmations positives. Avec l’IFS, on a découvert que cette critique était en fait une protectrice : elle avait pris ce rôle à 12 ans, après que Marc avait raté un penalty décisif et s’était fait humilier par son entraîneur. La critique était devenue un bouclier : « Si je te critique avant, tu feras attention, et tu n’auras pas honte. » En comprenant ça, Marc a pu remercier cette partie, et lui demander de prendre un rôle moins stressant. Sa confiance en match a changé radicalement.

Comment l’IFS libère la performance mentale étape par étape

Concrètement, comment ça se passe dans une séance avec un sportif ? Je ne vais pas te donner un protocole rigide, mais un aperçu du processus.

Étape 1 : Identifier la partie qui bloque On commence par un moment de performance difficile. Pas besoin d’un traumatisme. Juste une situation récente : un entraînement raté, une compétition où ça n’est pas passé. On invite la personne à se reconnecter à cette expérience, à ressentir l’émotion dans le corps. « Où sens-tu cette tension ? À quoi ressemble-t-elle ? Si elle avait une voix, que dirait-elle ? »

Étape 2 : Dialoguer avec la partie On ne cherche pas à la changer tout de suite. On l’écoute. « Qu’est-ce que tu veux pour [prénom] en agissant ainsi ? » La réponse surprend souvent. La partie qui fait ralentir veut éviter la blessure. Celle qui critique veut pousser à l’excellence. Celle qui fige veut protéger d’une humiliation passée. À ce stade, on remercie la partie pour son intention positive.

Étape 3 : Se connecter au Self Le Self, c’est la partie de toi qui est calme, curieuse, confiante, créative, compatissante, courageuse, connectée et claire. (Les 8 C de l’IFS). Quand tu es dans ton Self, tu peux accueillir toutes tes parties sans être submergé. On invite le sportif à ressentir cette qualité de présence, souvent en se rappelant un moment de flow ou de pure confiance.

Étape 4 : Délivrer les parties exilées Parfois, derrière un protecteur (comme le critique ou le saboteur), il y a une partie plus jeune qui porte une blessure. Par exemple, le critique protège un enfant intérieur qui a été humilié. On peut alors dialoguer avec cet enfant, lui offrir ce dont il a eu besoin à l’époque (réconfort, validation, sécurité). C’est un travail plus profond, qui libère l’énergie bloquée.

Étape 5 : Négocier un nouveau rôle Une fois que la partie protectrice se sent écoutée et que l’exilée est soulagée, on peut négocier. « Maintenant que tu sais que je peux gérer cette situation, est-ce que tu pourrais prendre un rôle moins stressant ? Peut-être me rappeler de m’échauffer, ou de respirer, au lieu de me figer ? » La partie accepte souvent. La performance se libère.

L’IFS ne force pas le changement. Il crée un espace intérieur où les parties peuvent se détendre, et où le Self peut naturellement prendre les commandes.

Un cas concret : quand le corps dit stop

Je me souviens d’une coureuse de trail, Sophie, 38 ans. Elle avait un problème récurrent : depuis deux ans, à chaque compétition, elle développait des douleurs au genou vers le 15e kilomètre, l’obligeant à abandonner. Elle avait consulté des kinés, des ostéopathes, fait des examens médicaux : rien d’organique. Les douleurs étaient « fonctionnelles ».

En séance, on a exploré ce qui se passait dans sa tête juste avant que la douleur n’apparaisse. Sophie a décrit une pensée fugace : « Si je continue à ce rythme, je vais m’écrouler. » Puis la douleur arrivait. Avec l’IFS, on a dialogué avec cette douleur. Sophie s’est tournée vers son genou, a ressenti la sensation. « Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » La réponse est venue : « Je veux que tu t’arrêtes, parce que si tu continues, tu vas te briser. Tu te souviens de ta mère qui s’est effondrée ? »

Sophie avait grandi avec une mère dépressive, qui s’était littéralement « effondrée » quand elle avait 10 ans. Sophie avait dû être forte, porter la famille. Cette partie de son genou, en fait, la protégeait de reproduire le même effondrement. La douleur était un signal d’alarme protecteur.

En libérant cette charge émotionnelle (l’enfant qui avait dû être fort), Sophie a pu rassurer la partie genou : « Je ne suis pas ma mère. Je peux gérer la fatigue et la douleur sans m’effondrer. » Les douleurs ont disparu. Elle a terminé sa prochaine course sans problème.

Cet exemple montre que l’IFS ne travaille pas seulement sur le mental, mais aussi sur le corps. Les parties s’expriment souvent à travers des symptômes physiques. Libérer la partie, c’est libérer le corps.

Ce que l’IFS peut et ne peut pas faire pour toi

Je veux être clair, car je ne suis pas un vendeur de méthodes miracles. L’IFS est une approche puissante, mais elle a ses limites.

Ce qu’elle peut faire :

  • Identifier les blocages mentaux récurrents (peur de l’échec, syndrome de l’imposteur, auto-sabotage)
  • Transformer la relation avec les pensées et émotions limitantes
  • Libérer l’énergie mentale gaspillée à lutter contre soi-même
  • Accéder à un état de flow plus régulier
  • Guérir des blessures du passé qui impactent la performance présente

Ce qu’elle ne peut pas faire :

  • Remplacer un entraînement physique adapté
  • Corriger une technique sportive défaillante (ça, c’est le travail du coach)
  • Soigner des blessures physiques nécessitant un suivi médical
  • Garantir la victoire ou un chrono précis
  • Fonctionner sans ton engagement dans le processus

L’IFS n’est pas une baguette magique. C’est un outil de connaissance de soi qui, utilisé régulièrement, libère des potentiels que tu ne soupçonnais pas. Mais tu dois être prêt à regarder à l’intérieur, à accueillir ce que tu trouveras, et à dialoguer avec des parties que tu as peut-être ignorées ou combattues pendant des années.

Comment commencer dès maintenant

Tu n’as pas besoin d’attendre une séance pour expérimenter l’IFS. Voici un exercice pratique que tu peux faire seul, chez toi, avant ton prochain entraînement ou compétition.

  1. Identifie une situation récurrente : un moment où tu sens que quelque chose te bloque (une perte de concentration, une baisse d’énergie, une douleur, une pensée négative).

  2. Ferme les yeux et reconnecte-toi à cette situation : ressens la sensation dans ton corps. Où est-elle ? À quoi ressemble-t-elle (forme, couleur, texture, température) ?

  3. **Dialogue avec cette sensation

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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