3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une méthode simple pour distinguer le passé du présent dans votre couple.
Vous l’avez sans doute déjà vécu. Votre conjoint fait une remarque anodine sur la manière dont vous avez rangé la vaisselle, et soudain, vous sentez une bouffée de colère ou une tristesse immense qui vous submerge, totalement disproportionnée par rapport à la situation. Ou bien, sans raison apparente, vous interprétez son silence du soir comme un rejet, une preuve qu’il ou elle ne vous aime plus, et vous passez la nuit à ruminer. Sur le moment, la réaction vous semble justifiée. C’est lui, c’est elle, le problème. Puis, quelques heures ou jours plus tard, un doute s’installe : « Pourquoi est-ce que je réagis si fort ? Ce n’est pas la première fois que ça arrive. »
Ce décalage entre le stimulus (un mot, un geste) et votre réponse émotionnelle (tempête intérieure) est le signal le plus clair que vous ne réagissez pas à la personne en face de vous, mais à une blessure ancienne. Vous projetez sur votre partenaire un rôle qu’il ou elle n’a pas demandé à jouer. L’Internal Family Systems (IFS), ou thérapie des parties, offre un cadre précis pour démêler ce nœud. Il ne s’agit pas de vous accuser d’être « trop sensible » ou de « mal faire ». Il s’agit d’identifier la partie de vous qui réagit, de comprendre ce qu’elle protège, et de faire la paix avec elle pour que votre couple ne soit plus le théâtre de vos vieilles douleurs.
La première chose à comprendre, c’est que votre conjoint n’est pas le problème. Il est le déclencheur. La différence est fondamentale. Un déclencheur est un stimulus neutre – un ton de voix, une absence de réponse, un regard – qui active un circuit émotionnel ancien dans votre cerveau. Ce circuit a été créé dans l’enfance ou lors d’une relation passée significative, à un moment où vous étiez vulnérable et où vous n’aviez pas les ressources pour gérer la situation.
Prenons un exemple anonymisé. Un patient, appelons-le Marc, venait me voir parce qu’il explosait systématiquement quand sa compagne lui demandait de l’aide pour une tâche ménagère. Il se sentait contrôlé, infantilisé. Sa compagne, de son côté, ne comprenait pas : elle demandait juste un coup de main. En explorant avec l’IFS, Marc a identifié une partie de lui qui, à 8 ans, se faisait régulièrement réprimander par sa mère pour ne pas en faire assez. À l’époque, il n’avait pas le droit de dire non. Aujourd’hui, la demande de sa conjointe activait exactement le même sentiment d’injustice et d’impuissance. Il ne voyait plus sa compagne ; il voyait sa mère, et il réagissait avec la rage impuissante du petit garçon qu’il avait été.
Ce mécanisme s’appelle la projection. Vous attribuez à votre partenaire des intentions, des attitudes ou des défauts qui appartiennent à une figure du passé. Le problème, c’est que vous traitez alors votre conjoint comme s’il était cette figure. Vous lui prêtez des pensées qu’il n’a pas, vous l’accusez de choses qu’il n’a pas faites, et vous vous éloignez l’un de l’autre. L’IFS ne vous demande pas de supprimer cette réaction, mais de reconnaître qu’elle vient d’une partie blessée de vous, et non de la réalité présente.
« Quand vous projetez, vous ne regardez pas votre conjoint. Vous regardez un fantôme. Et vous lui demandez de réparer des blessures qu’il n’a pas causées. »
L’IFS postule que votre esprit est composé de multiples « parties », chacune avec ses propres croyances, émotions et rôles. Quand vous êtes en conflit avec votre conjoint, une partie spécifique prend le contrôle. Pour arrêter la projection, la première étape est de devenir curieux de cette partie, plutôt que de vous identifier à elle ou de la juger.
Voici un exercice pratique, que je propose souvent à mes patients. La prochaine fois que vous sentez cette réaction disproportionnée – cette montée de colère, cette angoisse, ce besoin de vous fermer ou d’attaquer – faites une pause. Ne dites rien tout de suite. Si vous le pouvez, éloignez-vous physiquement de la pièce une minute. Puis posez-vous ces questions, comme si vous interviewiez un personnage en vous :
Un jour, une patiente, Sophie, a fait cet exercice après que son mari soit rentré du travail fatigué et peu bavard. Elle s’était sentie rejetée, avait pleuré, puis s’était enfermée dans la salle de bain. En se posant la question, elle a identifié une partie d’elle qui se sentait invisible, comme quand son père, souvent absent, rentrait et ne lui disait pas bonjour. À 7 ans, elle avait appris qu’elle n’était pas importante. Aujourd’hui, le silence de son mari activait exactement cette même blessure.
L’objectif n’est pas de blâmer vos parents ou votre passé. Il s’agit simplement de constater : « Ah, ce n’est pas à mon mari que je réagis, c’est à cette petite Sophie qui a peur d’être invisible. » Cette simple distinction crée un espace. Vous n’êtes plus complètement noyé dans l’émotion ; vous pouvez commencer à dialoguer avec cette partie, au lieu de la laisser conduire le couple à la baguette.
En IFS, on fait une distinction claire entre deux types de parties : les protecteurs et les exilés. Les protecteurs sont les parties qui réagissent en premier. Ce sont elles qui se mettent en colère, qui critiquent, qui se ferment, qui veulent contrôler, ou qui fuient. Leur rôle est de vous protéger de ressentir une douleur plus profonde, celle d’un exilé.
L’exilé, c’est la partie blessée, vulnérable, souvent très jeune, qui porte la honte, la peur, la tristesse ou l’abandon d’une expérience passée. Les protecteurs sont comme des gardes du corps qui empêchent quiconque (y compris vous-même) d’approcher cet exilé, car ils craignent que sa douleur vous submerge ou vous détruise.
Quand vous projetez sur votre conjoint, vous êtes généralement identifié à un protecteur. Par exemple :
Le piège, c’est que vous prenez le protecteur pour la réalité. Vous croyez que votre conjoint est vraiment égoïste, ou que le chaos va vraiment arriver. Mais le protecteur exagère et déforme la réalité pour atteindre son but : vous éviter la douleur de l’exilé.
Pour arrêter de projeter, il ne suffit pas de réprimer le protecteur (« je ne devrais pas me fâcher »). Il faut, avec douceur, comprendre ce que le protecteur craint, et lui montrer que vous pouvez, en tant qu’adulte, prendre soin de l’exilé qu’il protège. C’est le travail de fond.
Le protecteur vous dit : « Si tu te calmes, tu vas souffrir. » Votre vrai travail n’est pas de le faire taire, mais de lui prouver que vous pouvez gérer cette souffrance sans être détruit.
Un outil concret que j’utilise régulièrement avec les couples (et en individuel avant de faire des séances en couple) est l’exercice des deux chaises. Il permet de matérialiser la distinction entre la partie blessée et votre partenaire. Voici comment le pratiquer, seul chez vous, après un conflit ou une réaction forte.
Ce qui est puissant, c’est qu’en faisant cet exercice, vous commencez à percevoir le décalage. Vous réalisez que votre conjoint ne dit pas les mots que votre partie attend ou redoute. Peut-être que votre partie s’attend à ce qu’il dise « Tu es trop sensible », mais dans la chaise de votre conjoint, vous dites « Je suis fatigué, ce n’est pas contre toi. » Ce décalage est la preuve que vous projetez. Vous pouvez alors, en tant qu’adulte, dire à votre partie : « Tu vois ? Ce n’est pas la même scène. Il/elle n’est pas cette personne du passé. »
Répétez cet exercice régulièrement, surtout après des disputes récurrentes. Il ne remplace pas une thérapie, mais il vous entraîne à sortir du pilote automatique émotionnel. Il vous apprend à faire une pause entre le stimulus et la réaction, et à choisir une réponse plus ajustée à la réalité présente.
Arrêter de projeter sur le long terme ne se fait pas uniquement en contrôlant vos réactions. Le vrai changement vient quand vous prenez soin de la partie exilée, celle qui porte la blessure originelle. Tant que cet exilé est en souffrance, les protecteurs seront en alerte, prêts à projeter sur n’importe qui s’approche un peu trop de la plaie.
L’IFS propose une méthode simple mais profonde pour cela. Il s’agit de ce qu’on appelle le « déchargement » ou « unburdening ». En pratique, cela ressemble à une méditation guidée, que vous pouvez faire seul une fois que vous avez un peu d’expérience, ou avec un thérapeute. Voici les étapes clés :
Un patient, après avoir fait cet exercice, m’a dit : « J’ai réalisé que la petite fille en moi n’avait pas besoin que mon mari s’excuse. Elle avait juste besoin que quelqu’un lui dise qu’elle était aimable, même quand elle se trompait. Je le lui ai dit, à elle. Et depuis, les remarques de mon mari ne me touchent plus pareil. »
C’est ça, la clé. Quand vous prenez soin de l’exilé, le protecteur n’a plus besoin de monter au front. Vous pouvez voir votre conjoint pour ce qu’il est : une personne imparfaite, mais qui n’est pas votre bourreau passé. La projection diminue naturellement.
Vous ne pouvez pas guérir votre enfance en demandant à votre conjoint de vous aimer parfaitement. Vous la guérissez en apprenant à aimer la partie de vous qui a été blessée alors.
Il est important d’être honnête sur les limites de cette approche. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne va pas faire disparaître tous les conflits de couple, ni transformer votre conjoint en partenaire parfait. Il ne vous donne pas non plus une excuse pour justifier tous vos comportements (« C’est ma partie, je n’y peux rien »). Au contraire, il vous responsabilise.
Ce que l’IFS ne fait pas :
La bonne nouvelle, c’est que l’IFS vous redonne du pouvoir. Vous n’êtes plus à la merci de vos réactions. Vous n’êtes plus en train d’attendre que votre conjoint change pour aller mieux. Le changement commence en vous. Et c’est là que se trouve la véritable liberté relationnelle.
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’avoir tout compris pour commencer. Ce soir, avant de vous endormir, ou demain matin, faites ceci :
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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