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Pourquoi l'IFS fonctionne mieux que la pensée positive

Comprendre la différence entre nier et accueillir ses émotions.

TSThierry Sudan
25 avril 202611 min de lecture

Vous avez peut-être déjà essayé la pensée positive. Vous vous êtes dit : « Je vais regarder le bon côté des choses », « Je vais me répéter que je suis capable », « Je vais chasser les idées noires ». Et vous avez peut-être constaté que ça marche… un temps. Puis que ça ne marche plus. Pire : que ça vous épuise.

Je vois régulièrement des personnes qui arrivent dans mon cabinet à Saintes avec ce constat. Elles ont lu des livres, suivi des coachs, téléchargé des applis. Elles ont fait des listes de gratitude. Elles ont collé des post-it sur leur miroir. Et pourtant, le sentiment de ne pas y arriver, l’anxiété, la colère rentrée ou la tristesse diffuse restent là, comme un bruit de fond qu’on n’arrive pas à éteindre.

Un jour, l’un d’eux m’a dit : « Thierry, j’ai l’impression de mentir à moi-même. Je me force à être positif, mais à l’intérieur, ça gronde. »

C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) entre en jeu. Là où la pensée positive vous demande de nier ou remplacer ce qui ne va pas, l’IFS vous invite à accueillir et comprendre ce qui se passe en vous. Et c’est ce changement de posture qui fait toute la différence.


Pourquoi la pensée positive peut vous enfermer dans un cercle vicieux

La pensée positive repose sur une idée séduisante : si vous changez vos pensées, vous changerez vos émotions. En apparence, c’est logique. En pratique, c’est souvent contre-productif.

Imaginez que vous êtes en train de préparer un entretien important. Une voix intérieure vous dit : « Tu vas te planter, comme d’habitude. » La pensée positive vous dit : « Non, je vais réussir, je suis compétent, je vais y croire. » Vous essayez de chasser la première pensée. Vous la jugez négative, toxique, irrationnelle. Vous la combattez.

Mais cette voix ne disparaît pas. Elle se fait plus discrète, peut-être. Elle s’enfonce. Et plus vous la repoussez, plus elle revient fort, souvent au pire moment : la veille de l’entretien, dans la salle d’attente, ou juste après, quand vous ruminez ce que vous auriez dû dire.

Ce mécanisme s’appelle la suppression émotionnelle. Des études en neurosciences (comme celles de Daniel Wegner sur le paradoxe de la suppression) montrent que plus vous essayez de ne pas penser à quelque chose, plus cette chose occupe votre esprit. C’est le fameux « ours blanc » : si je vous dis de ne pas penser à un ours blanc, à quoi pensez-vous ? À un ours blanc.

La pensée positive vous demande de faire exactement cela : ne pas penser à vos peurs, vos doutes, vos colères. Mais ces parties de vous ne demandent qu’à être entendues. Et à force de les taire, elles prennent le contrôle.

« J’ai passé des années à me dire que tout allait bien, à sourire quand j’avais envie de pleurer, à positiver quand j’étais en colère. Résultat : je me suis retrouvée épuisée, avec des crises d’angoisse, et une sensation de vide. » — témoignage d’une patiente, 38 ans.

Ce n’est pas la pensée positive en elle-même qui est toxique. C’est l’idée qu’il faut nier une partie de vous pour être bien. C’est l’injonction à « voir le verre à moitié plein » quand vous avez l’impression qu’on vous a volé le verre.


L’IFS : un modèle qui ne vous demande pas de vous mentir

L’IFS, ou thérapie des systèmes familiaux internes, a été développé par Richard Schwartz dans les années 1980. Le postulat de départ est simple : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties » ou sous-personnalités, chacune avec ses émotions, ses croyances, ses stratégies.

Vous avez peut-être une partie qui vous pousse à être parfaite, une autre qui vous critique, une autre qui veut tout contrôler, une autre qui se replie sur elle-même quand ça devient trop dur. Ces parties ne sont pas vos ennemies. Ce sont des protecteurs. Elles ont développé des stratégies pour vous éviter de souffrir, souvent depuis l’enfance.

La différence fondamentale avec la pensée positive, c’est que l’IFS ne vous demande pas de remplacer une partie par une autre. Il vous demande de dialoguer avec elle.

Prenons un exemple concret. Vous avez une partie anxieuse qui vous répète : « Et si ça tourne mal ? Et si tu n’y arrives pas ? » La pensée positive vous dirait : « Arrête de penser comme ça, pense à autre chose. » L’IFS vous dirait : « Accueille cette partie. Demande-lui ce qu’elle craint. Pourquoi est-elle là ? Que cherche-t-elle à protéger ? »

Quand vous faites cela, quelque chose de surprenant se produit. La partie anxieuse se calme. Elle n’a plus besoin de crier parce que vous l’écoutez. Et souvent, sous l’anxiété, vous découvrez une partie plus jeune, vulnérable, qui a été blessée il y a longtemps. C’est elle que l’anxiété protège.

L’IFS ne vous demande pas d’être positif. Il vous demande d’être présent et curieux. Et c’est cette présence qui permet une vraie transformation.


Le piège du « tout va bien » : quand la pensée positive devient une armure

J’ai reçu un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre dynamique, sportif, souriant. Il venait pour « un petit coup de mou ». En apparence, tout allait bien. Il avait un bon travail, une famille aimante, des loisirs. Mais il ressentait une fatigue chronique, une irritabilité, et parfois des envies de tout plaquer.

Il m’a raconté comment il gérait les moments difficiles : « Je me répète que ça va passer, que je suis chanceux, que d’autres ont des vrais problèmes. Je fais du sport, je médite, je lis des livres de développement personnel. Mais ça ne marche plus. »

Ce que cet homme vivait, c’est ce que j’appelle le syndrome du masque positif. Il avait construit une identité autour de la force, de la résilience, du contrôle. Il ne s’autorisait pas à ressentir la tristesse, la peur ou la colère. Ces émotions étaient jugées « négatives », donc à éliminer.

Mais le problème, c’est qu’une émotion n’est pas une pensée. Vous pouvez changer une pensée, mais une émotion est une énergie qui traverse votre corps. Si vous la bloquez, elle reste. Elle se transforme en tension musculaire, en fatigue, en insomnie, en anxiété.

La pensée positive, utilisée comme une armure, vous coupe de vous-même. Vous ne ressentez plus ce qui est vrai pour vous. Vous devenez un robot qui fait semblant d’aller bien. Et à force, le robot craque.

L’IFS, au contraire, vous offre une permission : celle de ressentir ce que vous ressentez, sans jugement. Pas pour vous y complaire, mais pour comprendre ce que cette émotion vous dit. Car chaque émotion a une intention positive pour vous. La peur vous protège. La colère vous donne des limites. La tristesse vous permet de lâcher prise.

« J’ai appris que ma colère n’était pas mon ennemie. Elle était juste une partie de moi qui avait besoin qu’on entende son injustice. Depuis que je l’accueille, elle ne me submerge plus. » — patient, 45 ans.


Comment l’IFS transforme votre relation à vous-même (et aux autres)

Quand vous pratiquez l’IFS régulièrement, vous développez une compétence clé : la présence à soi. Vous apprenez à reconnaître quand une partie prend le contrôle. Vous apprenez à faire une pause avant de réagir. Vous apprenez à distinguer la voix de vos parties de votre véritable essence, ce que l’IFS appelle le Self.

Le Self, c’est votre centre. Il est naturellement calme, curieux, confiant, compatissant, créatif. Il n’a pas besoin de se défendre, de contrôler ou de fuir. Il est simplement là.

Quand vous êtes connecté à votre Self, vous n’avez plus besoin de la pensée positive pour vous rassurer. Vous savez que vous pouvez traverser les émotions difficiles parce que vous avez un espace intérieur stable. Vous n’êtes plus identifié à vos parties anxieuses ou critiques. Vous les observez, vous les écoutez, mais vous n’êtes pas elles.

Concrètement, ça change tout dans vos relations. Au lieu de réagir automatiquement quand votre conjoint vous fait une remarque, vous pouvez faire une pause intérieure : « Tiens, une partie de moi est en colère. Qu’est-ce qu’elle veut me dire ? » Vous répondez depuis votre centre, pas depuis votre réactivité.

Au travail, au lieu de vous effondrer après une critique, vous pouvez accueillir la partie qui se sent humiliée, la remercier d’être là, et ensuite décider quoi faire. Vous gagnez en flexibilité, en authenticité, en sérénité.

La pensée positive vous promet de vous sentir mieux en changeant ce que vous pensez. L’IFS vous permet de vous sentir mieux en changeant votre relation à ce que vous ressentez. C’est une différence fondamentale.


Les limites de la pensée positive (et ce qu’elle ne peut pas soigner)

Il faut être honnête : la pensée positive a du bon. Elle peut vous aider à sortir d’une spirale négative temporaire, à retrouver de l’énergie, à voir des opportunités. Je ne suis pas contre. Je suis contre l’idée qu’elle soit une solution universelle.

Elle ne peut pas soigner des blessures profondes. Elle ne peut pas remplacer le travail d’accueil et d’intégration des parts blessées. Elle ne peut pas vous réconcilier avec des émotions que vous avez appris à réprimer depuis l’enfance.

Prenons l’exemple d’une personne qui a vécu un abandon. Une partie d’elle a développé la croyance : « Je ne suis pas aimable. » La pensée positive va lui dire : « Tu es aimable, tu vaux de l’amour, répète-le-toi. » Mais la partie qui croit le contraire ne va pas disparaître. Elle va juste se cacher. Et elle refera surface dès que la personne vivra une situation d’insécurité relationnelle.

L’IFS va aller directement à cette partie. Il va lui demander : « Depuis quand es-tu là ? Qu’as-tu vécu ? Que crois-tu devoir faire pour nous protéger ? » Et en écoutant cette partie, en la déchargeant de son fardeau, la croyance se dissout naturellement. Plus besoin de se répéter des affirmations. La transformation est interne, profonde, durable.

Je vois souvent des personnes qui ont « tout essayé » : thérapies comportementales, coaching, méditation, développement personnel. Elles ont compris intellectuellement ce qui ne va pas. Mais émotionnellement, rien ne change. C’est parce que leurs parties ne sont pas entendues.

« Je savais que je n’étais pas responsable des problèmes de mes parents. Je le savais dans ma tête. Mais dans mon ventre, il y avait une petite fille qui se sentait coupable. L’IFS m’a permis de libérer cette petite fille. » — patiente, 52 ans.


Ce que vous pouvez faire maintenant (avant de prendre rendez-vous)

Je ne vais pas vous promettre que lire cet article va tout changer. Mais je peux vous proposer un petit exercice. Il vous prendra cinq minutes. Asseyez-vous tranquillement, fermez les yeux, et portez votre attention sur une émotion difficile que vous ressentez en ce moment ou que vous avez ressentie récemment.

Ne cherchez pas à la chasser. Ne lui dites pas qu’elle est négative. Posez-lui simplement une question, intérieurement, avec curiosité : « Qu’est-ce que tu veux me dire ? » ou « Depuis combien de temps es-tu là ? »

Écoutez ce qui vient. Pas avec votre mental, mais avec votre cœur. Peut-être qu’une image surgit, un souvenir, une sensation corporelle. Peut-être que rien ne vient. Ce n’est pas grave. L’important, c’est l’intention d’accueillir plutôt que de nier.

Cet exercice, c’est le début de la voie de l’IFS. Ce n’est pas de la pensée positive. C’est de la présence positive. Vous ne vous forcez pas à être bien. Vous vous autorisez à être vrai.

Et si vous sentez que vous avez besoin d’accompagnement pour aller plus loin, sachez que je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert aux adultes qui souhaitent explorer cette approche. On peut aussi travailler à distance si vous êtes loin. L’IFS, c’est un chemin. Et parfois, un guide fait toute la différence.

Prenez soin de vous. Et de toutes vos parties.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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