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Pourquoi vous vous sentez seul(e) en couple et comment l'IFS y remédie

La solitude à deux vient souvent d'une part intérieure non connectée.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

C’est une situation que je rencontre souvent en consultation, à Saintes. Un couple franchit la porte de mon cabinet, mais ce n’est pas un conflit classique qui les amène. Non. Ils sont là parce que l’un des deux – parfois les deux – formule une phrase qui revient comme un leitmotiv : « Je me sens seul(e) en sa présence. »

Je pense à Sophie, la quarantaine, cadre dynamique, mère de deux enfants. Elle vient me voir pour des insomnies, mais très vite, la conversation dérive. Son compagnon, Julien, est présent, attentionné, prévisible. Il rentre à heure fixe, il participe aux tâches, il l’écoute. Pourtant, le soir, quand le silence tombe entre eux sur le canapé, elle ressent un vide. Un poids froid dans le ventre. Elle se demande si elle est normale, si elle est ingrate, si elle ne demande pas trop.

Elle n’est pas ingrate. Elle n’est pas anormale. Elle est simplement aux prises avec un mécanisme intérieur que beaucoup de personnes vivent sans le nommer : la solitude à deux n’est pas un problème de relation, c’est un problème de connexion interne. Et c’est là que l’IFS – le modèle des Systèmes Familiaux Internes – change complètement la donne.

Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi ce sentiment surgit, ce qu’il révèle de votre psyché, et comment l’IFS offre une voie concrète pour le transformer. Pas de promesses magiques, juste un chemin qui a déjà changé la vie de nombreuses personnes que j’accompagne, que ce soit en hypnose ericksonienne ou en séances d’IFS.

Pourquoi vous pouvez vous sentir seul(e) au milieu de votre propre vie ?

Commençons par un constat qui peut sembler rude : la solitude en couple est rarement due à un manque d’amour ou à une absence de l’autre. Elle vient d’une incapacité temporaire à recevoir ce que l’autre offre. Et cette incapacité est presque toujours liée à une part intérieure qui s’est mise en retrait ou qui fait barrage.

Imaginez votre esprit comme une maison avec plusieurs pièces. Dans la pièce principale, il y a votre part adulte, celle qui travaille, qui discute, qui gère le quotidien. Mais dans une autre pièce, il y a une part plus jeune, peut-être une enfant ou une adolescente, qui se sent seule, qui a peur de l’abandon, ou qui a appris très tôt qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même. Cette part n’est pas un défaut. C’est une stratégie de survie qu’elle a développée dans le passé.

Quand vous êtes en couple, cette part intérieure peut s’activer. Par exemple, votre conjoint est fatigué un soir et ne vous parle pas. La part « abandon » s’allume : « Il s’éloigne. Je vais me retrouver seule. » Pour vous protéger, une autre part – un manager – prend le relais. Elle vous dit : « Ne lui montre pas que tu es vulnérable. Occupe-toi, lis un livre, fais semblant que tout va bien. »

Résultat ? Vous êtes physiquement à côté de votre partenaire, mais émotionnellement, vous êtes barricadée dans votre forteresse intérieure. Et cette forteresse, aussi protectrice soit-elle, est profondément isolante. Vous ne laissez pas l’autre vous atteindre, parce qu’une part de vous croit que c’est trop risqué.

C’est exactement ce qui se passait pour Sophie. Son enfance avait été marquée par un parent imprévisible. Elle avait appris à ne pas faire confiance à la constance des autres. Alors, même avec Julien, qui était la fiabilité incarnée, elle restait en alerte. Elle voyait son amour, mais elle ne le sentait pas. La connexion était coupée par une part intérieure qui disait : « Si tu t’attaches vraiment, tu vas souffrir. »

La solitude à deux : un symptôme, pas une fatalité

Quand je parle de ce sujet avec mes patients, je leur dis souvent : « La solitude que vous ressentez n’est pas un défaut de votre couple, c’est un signal d’alarme de votre système intérieur. » C’est une distinction cruciale. Si vous croyez que le problème vient de l’autre, vous allez essayer de le changer, de le convaincre, de le faire réagir. Vous allez multiplier les reproches, les demandes, les silences. Et plus vous ferez cela, plus l’autre se sentira impuissant, et plus vous vous sentirez seul(e).

En revanche, si vous comprenez que ce sentiment est le symptôme d’une part intérieure qui a besoin d’être écoutée, alors tout devient possible.

Prenons un autre exemple, celui de Marc, un footballeur que j’accompagne en préparation mentale. Sur le terrain, il est leader, il crie, il motive. Mais à la maison, avec sa compagne, il se ferme. Il me confie : « Je ne sais pas lui parler de ce que je ressens. C’est comme si j’avais un mur entre nous. » Ce mur, c’est une part de lui qui a été formatée très tôt : « Un homme ne pleure pas. Un homme gère seul ses problèmes. » Cette part, qu’on appelle souvent un manager en IFS, a protégé Marc pendant des années. Elle lui a permis de performer, de ne pas s’effondrer. Mais dans son couple, elle devient un obstacle à l’intimité.

Le piège, c’est de croire que ce mur est une fatalité. Beaucoup de personnes vivent des années avec ce sentiment, pensant que c’est le lot de la vie adulte. Elles s’installent dans une cohabitation polie, fonctionnelle, mais vide. Elles échangent des informations – « Tu as pris le pain ? » – mais pas des émotions. Elles sont deux solitudes qui se croisent.

« La solitude à deux n’est pas un problème de couple. C’est le cri silencieux d’une part de vous qui a besoin de sécurité pour se montrer vulnérable. »

Comment l’IFS déverrouille la connexion intérieure ?

L’IFS, ou Internal Family Systems, est un modèle thérapeutique développé par Richard Schwartz. Son idée centrale est que nous ne sommes pas un seul bloc de personnalité, mais que nous sommes composés de multiples parts (ou sous-personnalités) qui ont chacune leurs croyances, leurs émotions et leurs rôles. Et au centre de tout cela, il y a notre Self – une essence de calme, de compassion, de curiosité et de confiance.

Le problème, c’est que nos parts prennent souvent le contrôle, surtout quand nous sommes stressés, fatigués ou en situation d’intimité. Elles réagissent avec des schémas anciens. La part qui se sent seule en couple, c’est souvent une part exilée – une part jeune qui porte une blessure d’abandon, de rejet ou d’humiliation. Et autour d’elle, il y a des parts protectrices (les managers et les pompiers) qui font tout pour que cette blessure ne remonte pas à la surface.

Quand vous vous sentez seul(e) en couple, c’est que ces protectrices sont en mode survie. Elles vous isolent pour vous protéger. L’IFS ne cherche pas à éliminer ces parts. Il cherche à établir un dialogue avec elles, à comprendre leur rôle, et à les rassurer pour qu’elles puissent se détendre.

Je me souviens de Claire, une femme d’une trentaine d’années, sportive, qui venait pour une préparation mentale pour un semi-marathon. Mais très vite, le sujet de son couple est apparu. Elle me disait : « Je cours pour me vider la tête, mais le soir, je me sens vide. Mon compagnon est là, mais je n’ai rien à lui dire. » En séance d’IFS, nous avons invité la part qui se sentait vide à s’exprimer. Ce n’était pas une part adulte. C’était une petite fille de 6 ans, assise seule dans une cour de récréation, qui avait appris à ne pas déranger ses parents avec ses émotions. Cette part avait décidé qu’elle devait être autonome pour être aimée.

En accueillant cette part avec curiosité, en la remerciant d’avoir protégé Claire pendant tant d’années, quelque chose a bougé. Claire a pu lui dire : « Tu n’es plus seule. Je suis là, maintenant. Tu peux compter sur moi. » À partir de ce moment-là, la part a pu se détendre. Et Claire a commencé à se sentir moins vide. Elle a pu, pour la première fois, s’asseoir à côté de son compagnon sans avoir à remplir le silence.

Les trois étapes concrètes pour sortir de la solitude à deux

Je ne vais pas vous promettre que tout sera réglé en un soir. Mais voici trois étapes que vous pouvez commencer à explorer, que ce soit seul(e) ou avec un thérapeute formé à l’IFS.

1. Identifiez la part qui se sent seule

La prochaine fois que vous ressentez cette solitude en présence de votre partenaire, arrêtez-vous une seconde. Ne cherchez pas à la chasser ou à l’expliquer. Posez-vous simplement cette question : « Qui en moi ressent cette solitude ? » Il est possible qu’une image, un âge, une sensation corporelle émerge. Peut-être que c’est un poids dans la poitrine, une boule dans la gorge, ou une image d’un enfant assis dans le noir.

Cette part n’est pas vous tout entier. C’est juste une partie de vous. Et elle a besoin d’être vue. Vous pouvez même lui parler : « Je te vois. Je sens que tu es seul(e). Merci d’essayer de me protéger. » Cela peut sembler étrange, mais c’est le premier pas pour sortir de la fusion avec cette part. Vous passez de « Je suis seul(e) » à « Une part de moi se sent seule. » Cette nuance est un changement de paradigme.

2. Accueillez la part protectrice qui vous isole

Souvent, derrière la part qui se sent seule, il y a une part protectrice qui vous empêche de vous connecter. Par exemple, une part qui critique votre partenaire : « Il ne fait pas assez d’efforts. » Ou une part qui vous pousse à vous distraire : « Regarde ton téléphone, va lire, fais à manger. » Cette part a peur. Elle croit que si vous vous ouvrez, vous allez souffrir.

Au lieu de lutter contre elle, remerciez-la. Dites-lui : « Je comprends que tu veuilles me protéger. Tu as fait du bon travail. Mais pour l’instant, je voudrais essayer de me connecter un peu. Tu peux rester à côté, mais laisse-moi tenter quelque chose. » C’est une négociation respectueuse. Et souvent, cette part accepte de se mettre en retrait si elle se sent entendue.

3. Faites un petit geste de connexion, sans attente

Une fois que vous avez un peu apaisé le système intérieur, vous pouvez essayer un micro-geste. Pas une conversation profonde. Pas une confession. Juste un pont minuscule. Par exemple : posez votre main sur le bras de votre partenaire pendant 10 secondes. Ou dites : « Je suis content(e) que tu sois là. » Sans attendre de réponse.

Le but n’est pas de provoquer une réaction. Le but est de montrer à votre part intérieure que la connexion est possible sans danger. Vous entraînez votre système à tolérer l’intimité. Au début, cela peut être inconfortable. Vous pouvez ressentir une envie de vous retirer. C’est normal. C’est la part protectrice qui s’agite. Tenez bon quelques secondes, puis relâchez. Avec le temps, ces fenêtres de connexion s’allongent.

« Chaque fois que vous tendez la main vers l’autre, vous tendez aussi la main vers une part de vous-même qui avait peur d’être vue. »

Ce que l’IFS ne fait pas (et pourquoi c’est important)

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’est pas une baguette magique. Il ne va pas faire disparaître les conflits de couple du jour au lendemain. Il ne va pas non plus transformer un partenaire toxique en partenaire aimant. Si vous êtes dans une relation abusive, l’IFS ne vous dira pas de rester. Il vous aidera à entendre la part de vous qui veut partir, et celle qui a peur de partir.

L’IFS ne remplace pas non plus la communication de couple. Il y a des compétences relationnelles à apprendre – exprimer ses besoins, poser des limites, écouter activement. L’IFS est un complément puissant, pas un substitut.

Ce que l’IFS fait, en revanche, c’est de vous redonner le pouvoir. Au lieu de vous sentir victime de votre solitude ou de votre partenaire, vous devenez un explorateur de votre monde intérieur. Vous cessez de chercher la cause à l’extérieur. Et c’est là que se trouve la liberté.

Je pense à un patient, Antoine, coureur de fond, qui était en pleine préparation pour un marathon. Il venait me voir pour améliorer sa gestion de l’effort, mais il a fini par me parler de son couple. Il disait : « Je suis capable de courir 42 kilomètres seul, mais je suis incapable de rester 10 minutes en silence avec ma femme sans paniquer. » L’IFS lui a permis de voir que cette panique venait d’un adolescent qui avait été humilié en public. En libérant cette part, il a pu, progressivement, habiter le silence avec son épouse sans la fuir.

Et si vous commenciez par un petit pas ?

Vous n’avez pas besoin de tout comprendre de l’IFS pour commencer à changer votre vie. Vous n’avez pas besoin de changer de partenaire, ni de vous forcer à des discussions profondes. Tout commence par un geste intérieur de curiosité.

Ce soir, quand vous serez avec votre conjoint(e), si vous sentez cette pointe de solitude, arrêtez-vous. Respirez. Et demandez-vous : « Quelle part de moi est là en ce moment ? » Vous n’avez pas à avoir la réponse tout de suite. L’important, c’est d’ouvrir une porte.

Si vous sentez que vous avez besoin d’être guidé(e) dans cette exploration, je suis là. Je reçois en cabinet à Saintes depuis 2014, et je propose aussi des séances en visio pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Que ce soit pour un travail sur la solitude en couple, une préparation mentale pour le sport, ou simplement pour mieux vous connaître, l’IFS est un outil que j’utilise quotidiennement avec des résultats qui me touchent profondément.

Vous n’êtes pas seul(e) à vous sentir seul(e). Et il y a un chemin.

Si cet article résonne en vous, vous pouvez me contacter via mon site thierrysudan.com pour un premier échange, sans engagement. Parfois, il suffit d’une conversation pour qu’une part intérieure se sente enfin entendue.

Prenez soin de vous. Et de toutes vos parts.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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