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Témoignage : J'ai arrêté de vouloir changer mon conjoint après l'IFS

Une transformation intérieure qui a sauvé son mariage.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Il y a quelques semaines, un homme que je vais appeler Marc est venu me voir. Il était au bord de la rupture, non pas avec sa femme, mais avec lui-même. Il m’a dit, presque en s’excusant : « Thierry, j’ai tout essayé. Les livres, les discussions, les compromis, la communication non violente… mais je n’arrive pas à arrêter de vouloir la changer. Chaque fois qu’elle fait quelque chose qui m’agace, je sens une colère monter. Je lui dis qu’elle pourrait faire différemment, qu’elle devrait prendre plus soin d’elle, qu’elle ferait mieux de ranger ses affaires. Et plus j’insiste, plus elle se ferme. On s’éloigne. Je ne veux pas divorcer, mais je ne sais plus comment faire. »

Marc n’est pas un cas isolé. Des dizaines de personnes que je reçois chaque année à mon cabinet de Saintes partagent ce même combat : vouloir que l’autre change. Que ce soit sur son rapport à l’argent, son hygiène, son organisation, sa communication, sa carrière ou sa manière de gérer le stress. On croit que si l’autre changeait, tout irait mieux. On imagine une vie plus légère, plus harmonieuse. On se sent légitime : après tout, on veut son bien, non ?

Mais voilà ce que Marc a découvert, et ce que l’IFS (Internal Family Systems) lui a permis de voir : ce n’est pas sa femme qu’il fallait changer. C’était la partie de lui-même qui était obsédée par ce changement.

Dans cet article, je vais vous raconter comment l’IFS a transformé la relation de Marc, et comment elle peut transformer la vôtre. Pas en vous donnant des techniques pour faire plier l’autre, mais en vous aidant à rencontrer les parties de vous qui souffrent. Et peut-être, comme lui, vous découvrirez que le changement que vous attendiez de l’extérieur était en fait un appel à une guérison intérieure.

Pourquoi on veut changer l’autre ? Le piège de la bonne intention

Marc a commencé par me décrire une scène typique. Le soir, après le dîner, sa femme s’asseyait sur le canapé avec son téléphone. Elle scrollait, lisait des articles, répondait à des messages. Lui, il avait envie de parler, de partager sa journée, de se sentir connecté. Il ressentait une irritation grandissante, puis une boule dans la poitrine. Il finissait par lâcher : « Tu pourrais au moins poser ce téléphone cinq minutes. » Elle répondait : « Je suis fatiguée, j’ai besoin de décompresser. » Lui insistait : « Mais on ne se parle plus. » Elle se levait, allait dans la chambre, et la soirée était gâchée.

Ce qui est intéressant, c’est que Marc n’avait pas tort dans son besoin. Il avait besoin de connexion, de présence, d’intimité. Mais sa manière de l’exprimer passait par une demande de changement chez l’autre. Pourquoi ? Parce que sa partie « sauveuse » (celle qui veut réparer, améliorer, guider) était aux commandes. Cette partie croyait sincèrement que si sa femme changeait son comportement, son besoin serait satisfait.

Mais le piège est là : quand on demande à l’autre de changer pour nous, on lui envoie un message implicite : « Tu n’es pas assez bien comme tu es. » Et ça, personne ne l’accepte durablement. Même si la personne aime sincèrement son partenaire, elle finit par se défendre, se fermer ou contre-attaquer.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est un mécanisme de protection. Quand on se sent attaqué dans notre valeur, on active nos propres parties protectrices : la critique, la fuite, la colère. Et le dialogue devient une guerre de tranchées, où chacun campe sur ses positions.

La clé que Marc a découverte, c’est que son désir de changer sa femme n’était pas le problème en soi. Le problème, c’était que cette partie de lui était tellement convaincue qu’elle avait raison qu’elle écrasait toutes les autres voix intérieures : la voix de l’acceptation, de la patience, de la confiance. Et surtout, elle écrasait la voix de la partie vulnérable de Marc, celle qui avait peur de perdre sa femme, peur de ne pas être aimé, peur de l’abandon.

C’est là que l’IFS entre en jeu : au lieu de combattre cette partie qui veut changer l’autre, on apprend à l’écouter, à comprendre sa mission, et à la rassurer.

L’IFS, c’est quoi ? Un modèle pour accueillir ses parts

L’Internal Family Systems (IFS) est un modèle thérapeutique développé par Richard Schwartz dans les années 1980. L’idée de base est simple : notre esprit est composé de multiples « parties » ou « sous-personnalités ». On a tous une partie critique, une partie qui contrôle, une partie qui veut plaire, une partie qui se rebelle, une partie qui se referme, une partie qui s’inquiète… Et au centre de tout ça, il y a un « Self » – une essence de nous-même qui est calme, confiante, curieuse, compatissante et créative.

Le problème, c’est que dans les moments de stress, de conflit ou de souffrance, certaines parties prennent le contrôle et nous éloignent de ce Self. Elles deviennent extrêmes, rigides, et nous font agir de manière répétitive, souvent contre notre propre intérêt. Par exemple, la partie qui veut changer l’autre devient tyrannique. Elle ne lâche rien. Elle nous fait croire que si on n’obtient pas ce changement, on va s’effondrer.

L’IFS ne cherche pas à éliminer ces parties. On ne les combat pas, on ne les juge pas. On les accueille. On leur demande ce qu’elles ressentent, ce qu’elles craignent, ce qu’elles veulent protéger. Et progressivement, quand elles se sentent entendues, elles peuvent se détendre. Et là, on retrouve l’accès à notre Self, qui sait naturellement quoi faire.

Pour Marc, l’IFS a été une révélation. Il a appris à dialoguer avec cette partie qui voulait changer sa femme. Il l’a appelée « le Chef de chantier ». Cette partie était hyperactive, toujours en train de planifier, d’optimiser, de corriger. Elle était convaincue que si elle relâchait la pression, tout partirait en cacophonie. Elle avait peur que le couple se désagrège.

En accueillant cette partie, Marc a découvert qu’elle protégeait une partie plus jeune, plus vulnérable, celle d’un petit garçon qui avait grandi dans un foyer où l’amour était conditionnel. Ce petit garçon avait appris que pour être aimé, il fallait être parfait, performant, et que l’autre devait aussi l’être. Sinon, il risquait d’être rejeté.

Cette prise de conscience a tout changé. Marc a cessé de voir sa femme comme le problème. Il a vu que la vraie bataille se jouait à l’intérieur de lui.

« Ce que je reprochais à ma femme, c’était en fait ce que je n’acceptais pas chez moi. Chaque fois que je voulais qu’elle change, c’était une partie de moi qui criait à l’aide. »

Arrêter de vouloir changer l’autre, c’est d’abord se tourner vers soi

Quand Marc a commencé à pratiquer l’IFS en séance, je lui ai proposé un exercice simple. La prochaine fois qu’il ressentait l’envie de dire à sa femme « Tu devrais… », il devait faire une pause de trois secondes. Puis se poser trois questions :

  1. Quelle partie de moi est activée en ce moment ?
  2. Qu’est-ce qu’elle ressent exactement ?
  3. Qu’est-ce qu’elle a peur qu’il arrive si elle ne contrôle pas ?

Au début, Marc a trouvé ça difficile. Son réflexe était de justifier : « Mais c’est pour son bien », « Elle ne voit pas que ça lui nuit », « Je ne peux pas la laisser comme ça ». C’est normal. Les parties protectrices sont tenaces. Elles croient sincèrement qu’elles sauvent la situation.

Mais en insistant, Marc a commencé à ressentir une différence. Un soir, sa femme est rentrée du travail épuisée, a jeté son sac par terre, s’est affalée sur le canapé sans dire un mot. La partie « Chef de chantier » de Marc a tout de suite voulu dire : « Tu pourrais au moins ranger tes affaires, ça me stresse de les voir traîner. » Mais cette fois, il a fait la pause. Il a senti la tension dans sa mâchoire, une légère accélération du cœur. Il s’est demandé : « Qu’est-ce que cette partie a peur qu’il arrive ? »

La réponse est venue : « Elle a peur que si elle ne dit rien, le désordre s’installe, que la maison devienne un chaos, et que ce chaos soit le reflet d’un couple qui se délite. » Sous cette peur, il y avait une tristesse : celle de ne pas se sentir important, de ne pas compter assez pour qu’elle fasse un effort.

Marc n’a rien dit ce soir-là. Il s’est assis à côté d’elle, a posé sa main sur son épaule, et a juste dit : « T’as l’air crevée. » Elle a levé les yeux, surprise, a souri, et a posé sa tête sur son épaule. Ils sont restés silencieux cinq minutes. Puis elle a rangé son sac. Sans qu’il le demande.

Ce n’est pas magique. C’est mécanique. Quand on arrête de vouloir changer l’autre, l’autre peut enfin se sentir en sécurité. Et dans cette sécurité, elle peut choisir de bouger, non pas sous la contrainte, mais par envie.

Ce que l’IFS n’est pas : ni une excuse, ni une passivité

Attention, je ne dis pas qu’il faut tout accepter, tout supporter, ou devenir un paillasson. L’IFS n’est pas une invitation à la passivité ou à l’effacement de ses besoins. Ce serait une erreur de croire que « arrêter de vouloir changer l’autre » signifie « ne plus rien exprimer ».

Au contraire, l’IFS permet d’exprimer ses besoins de manière plus claire, plus authentique, et moins agressive. Quand Marc s’est reconnecté à sa partie vulnérable, celle qui avait besoin de connexion, il a pu dire à sa femme : « J’ai besoin de moments avec toi, où on se parle vraiment. Je me sens seul parfois. Est-ce qu’on peut trouver un rythme qui nous convienne à tous les deux ? »

Il n’a pas dit : « Tu passes trop de temps sur ton téléphone. » Il a dit : « J’ai besoin de toi. » C’est radicalement différent. Le premier message accuse, le second invite.

L’IFS permet aussi de poser des limites saines. Si une partie de vous est en colère parce que l’autre dépasse une limite importante (manque de respect, violence, mensonge répété), cette partie mérite aussi d’être écoutée. L’IFS ne demande pas de tout tolérer. Il demande de comprendre ce qui se joue avant d’agir.

Par exemple, une patiente est venue me voir parce qu’elle était en couple avec un homme qui dépensait sans compter, mettant leur sécurité financière en danger. Elle voulait le faire changer de comportement. En travaillant avec l’IFS, elle a découvert qu’une partie d’elle avait peur de l’abandon et tolérait des comportements toxiques pour éviter le conflit. Une autre partie, plus protectrice, voulait imposer des règles strictes. En accueillant ces deux parties, elle a pu trouver une position de Self : calme, ferme et claire. Elle a dit à son conjoint : « Je t’aime, mais je ne peux pas continuer comme ça. J’ai besoin qu’on établisse un budget ensemble. Si tu n’es pas d’accord, je devrai réfléchir à ce qui est bon pour moi. »

Elle n’a pas cherché à le changer. Elle a posé une limite. Et lui, libre de ses choix, a décidé de s’adapter. Pas par peur, mais parce qu’il a senti qu’elle était alignée.

L’IFS ne promet pas que l’autre changera. Il promet que vous, vous pouvez changer votre rapport à la situation. Et souvent, ce changement intérieur suffit à transformer la dynamique du couple.

Les résultats concrets : moins de tensions, plus de liberté

Marc est venu me voir pendant six séances, espacées sur trois mois. Les changements qu’il a observés ne sont pas spectaculaires au sens où sa femme serait devenue une autre personne. Non. Ce qui a changé, c’est la qualité de leur présence mutuelle.

Voici ce qu’il m’a dit lors de notre dernière séance :

« Avant, je passais mon temps à guetter ses comportements. J’étais en hypervigilance. Chaque geste, chaque mot, je l’analysais, je le jugeais. Je me sentais épuisé. Maintenant, je la regarde et je la vois. Je ne cherche plus à la corriger. Je me sens plus léger. Et bizarrement, elle est plus présente, plus affectueuse. On rit plus. On se dispute moins. »

Ce n’est pas un hasard. Quand on cesse de vouloir changer l’autre, on libère une énergie considérable. Cette énergie, on peut la réinvestir dans ce qui compte vraiment : la connexion, la tendresse, le partage. On peut aussi la réinvestir en soi : dans ses propres projets, sa créativité, son bien-être.

Marc s’est remis à courir, ce qu’il avait abandonné depuis des années. Il a repris un vieux projet d’écriture. Il s’est inscrit à un atelier de théâtre d’improvisation. Et devinez quoi ? Sa femme a commencé à le regarder avec admiration. Elle lui a dit un jour : « Je te retrouve. Celui dont je suis tombée amoureuse. »

Il ne l’a pas changée. Il s’est changé lui-même. Et en faisant cela, il a donné à leur couple une nouvelle chance.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a encore des moments où la partie « Chef de chantier » reprend le dessus. Mais Marc sait maintenant la reconnaître. Il lui dit : « Je te vois, je sais que tu veux m’aider, mais pour l’instant, je gère. » Et il respire. Il se reconnecte à son Self.

Comment commencer seul ? Un premier pas accessible

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour expérimenter l’IFS. Voici un petit exercice que je donne souvent à mes patients, et que Marc a beaucoup utilisé.

Exercice des trois respirations

La prochaine fois que vous sentez monter l’envie de changer l’autre – que ce soit votre conjoint, un collègue, un parent ou un enfant – faites ceci :

  1. Respirez une première fois en portant votre attention sur la sensation physique de cette envie. Où est-elle dans votre corps ? Poitrine ? Ventre ? Mâchoire ? Épaules ? Notez simplement.

  2. Respirez une deuxième fois en vous demandant : « Quelle émotion est là ? » Colère ? Frustration ? Inquiétude ? Tristesse ? Impuissance ? Nommez-la sans la juger.

  3. Respirez une troisième fois en posant la question : « Quelle est la peur cachée derrière cette émotion ? » Par exemple : « J’ai peur que si je ne dis rien, la situation empire », ou « J’ai peur qu’il/elle ne m’aime plus si ça continue », ou « J’ai peur de perdre le contrôle. »

Ne cherchez pas à résoudre quoi que ce soit. Contentez-vous d’accueillir. Restez avec la sensation et l’émotion pendant 30 secondes. Puis laissez aller.

Ce simple geste crée une brèche. Il permet à votre Self de reprendre un peu les commandes. Et dans cet espace, vous pouvez choisir une réponse plus ajustée, au lieu de réagir automatiquement.

Marc faisait cet exercice plusieurs fois par jour au début. Parfois, il oubliait. Mais à force, c’est devenu un réflexe. Et ce réflexe a changé son couple.

Conclusion : Vous n’avez pas à réparer l’autre, juste à l’aimer

Je vais être honnête avec vous : l’IFS ne va pas résoudre tous vos problèmes de couple. Il ne va pas faire de votre partenaire la personne parfaite que vous imaginiez. Il ne va pas effacer les blessures du passé. Mais il va vous offrir quelque

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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